‹ La grisette de qualite dramevaudeville en quatre actesChapitre 3 sur 39 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

Les Mêmes, L.\ MARQUISE*.

Air : Bonne e[ douce Marie. (MÉnuinrs nv Ui.iii.i. )

ISAREl.tE.

Pour marcher, bonne mère.

Daignez prendre mon bras;

• Je suis heureuse et hère De diriger vos pas.

LA MARQUISL.

Pour moi quelle tendressi* 1...

ISABELLE

C’est remplir un devoir.

LA MARgUISL.

luOrsqu’ainsi je te presse,

Il me semble te voirl

Elle laeonduit au /ouieuiÈ.

ENSEMBLE

iSABLLB.

Pour marcher, borine mère,

Daignez prendre mon bras,

Je suis heureuse et fière De diriger vos pas.

LA MARgnsR.

Dieu m’ôta la lumière;

Je n’en murmure pas,

(iar pour marcher sur terre II me reste ton bras.

LA MARQUISE, assise. Que faisais-lu donc, Isabelle?...

ISABELLE**. Je tenais compagnie à mon cousin.

LA MARQUISE. Ah! il est ici..... Bonjour, don Manuel... Eh bien, sa majesté a-t-

* * La Marquise, Isabelle, Manuei.

'* Isabelle, Manuel, la Marquise

eneenfia entendu la voix de la justice, et nous fera-t-oo bientôt cette réparation qui nous

est dne T

itAROEL. Hélas! ma tante, je n’ai pas encore obtenu l'audience que je sollicite du ministre, et je n’ai pu présenter à son excellence vos réclamations et vos plaintes.

LA MARQtJlSË, passant au milieu. Mes plaintes !. .. Vous vous trompez , mon neveu; je ne me plains pas... j’attends; et la force ne nie manquera pas plus pour supporter encore la misère qu'elle ne m’a manué depuis huit ans; car, sachez -le bien, on Manuel, ce n’est pas sur notre fortune perdue , sur notre château dévasté que j’ai versé des pleurs ; contre de pareilles infortunes, M ne faut qu’un peu de courage

mais on a faussement accusé le marquis de San-Lucar de trahison, de complot contre l’état; et j’ai vu mon époux traîné dans un cachot où il attend depuis'huit ans le jour de la justice... Voilà, mon neveu, de ces malheurs dont une épouse peut se souvenir longtemps, dont une femme peut pleurer assez pour que ses yeux s’éteignent dans les larmes.

ISABELLE. Ah ! ma mère , calnicz-vuus , de grâce.

MANL'EL. Je partage votre impatience.., mais un secret pressentiment me dit que le jour approche...

LA MARQUISE. Et, en attendant, il nous faut, pour vivre, accepter les secours d'un parent éloigné... d’un homiiie orgueilleux , dont les bienfaits me semblent une aumône.

MANUEL. Vous pensez que le duc d’Alcala?...

LA MARQUISE. Ne cède, en nous obligeant , qu'à l'importunité. Ah! si j’avais été seule à souffrir, jamais je ne me serais adressée à lui ; Isabelle a voulu loi écrire.. . pour elle, pour vous aussi, mou neveu ; je l’ai laissée faire... mais, je le répète, ces bienfaits me coûtent... m'humilient.

MANUEL. Et croyez-vous, ma tante, qu'ils ne me pèsent pas aussi 7... Moi, jeune et fort , qui devais tout tenir de nioi-méme, je suis forcé d'accepter des secours; pauvre cadet de famille, je n’ai rien qu’une épée... J'étais venu à iMadrid dans l'espoir que du moins on l'emploierait., étalon, quelle eût été ma joie d’étre votre protecteur, votre appui!... mais, hélas! enveloppé' dans la proKription qui pèse sur vous, jusqu'à présent je n’ai rien obtenu... Ah ! il y a des instants où je maudis le rang où je suis né... cette èdncatioD de gentilhomme que j’ai reçue!...’

* Marquises Manuel.

DE qualité. V 5

Air : ConnaiMtet-inieuz le grand Eitgène.

U est des instants où j'envie Le sdrt de l'obscur ouvrier !

De sa famille il peut gagner la vie Lui du moins il peut travailler.

tA MARuLtsC.

. * Qu'entends>)e?

MA5CRL.

Oh! oui, je voudrais travailler!

Lorsque par tous mon attente est trompée.

Sur votre sort lorsque je pleure en vain.

Je troquerais cette inutile épée

t.^Dlrc un outil qui vous donnât du pain.

LA MARQUISE. Est-ce bien vous que j’entends, mon neveu I Les San-Lucar ne sont pas nés pour un travail abject,’ et moiméme je rougirais d'avoir donné à ma fille de ces prétendus talents qui nous fourniraient un pain que j'aurais honte de manger. .. Des gens comme nous peuvent mourir de faim; c’est à la cour de rougir de condamner à la misère une illustre ramille.

ISABELLE*. Ma mère a raison, mon cousin.

MANUEL. Eh quoi, Isabelle ! vous aussi , vous pensez...

ISABELLE. Que le jour où l'on vous fera justice, le jour où vous serez présenté à l'Escurial, où vons serez revêtu de l'uniforme de capitaine, iUiie faut pas que quelqu’un puisse vous rappeler un souvenir humiliant... Et d’ailleurs, pourquoi garder de pareilles pensées? vous le disiez tout à l’heure, i’intant de la justice est peut-être proche, et vous avez pour l’attendre les secours du duc d’Alcala, qui ne vous manqueront pas... El à ce propos, mon cousin, je me souviens , que nous avons une petite somme à vous remettre.

MANUEL. De l’argent pour moi I. ..

ISABELLE. Vous devez en avoir besoin; ces envois sont si faibles, si modiques!...

Tenez, tenez, le voici!...

EU. lui présente une bourve.

MANUEL, tam la prendre. Je ne sais pourquoi j’hésite toujoum à recevoir cet argent ; il me semble que...

LA SIARQUISE. Prenez, mon neveu... il est à vous, puisqu’on vous l'envoie.

ISABELLE. Mais prenez donc, Manuel ; vous êtes bien peu galant de tant hésiter, quand je vous le prfoeule dans une bourse que j’ai pris la peine de vous faire moi-même.

MANUEL. En vérité!

ISAIELLK.

Air : Si ça f'am're encore. (La Marraime.)

Gel «rgenl, je le voyais bien,

Vous causait de la répugnance;

Il fallait trouver le moyen

De vaincre votre résistance.

Pour mieux réussir, qu’ai-je fait ?

* Manuel, Isabelle, la Marquise, assise.

MAGASIN théâtral.

(Pardon de colle tromperie)

J'ai voulu cacher le bienfait •

Sous le« fiU do ma broderie;

Oui, i*ai su cacher le bienfait

Sous les OU de ma broderie.

Elle lui donne la bonne.

MANUEL. Merci, oh! merci ! ... Mais pourquoi, Isabelle, ne me communiquez-vous jamais les lettres du duc T... je voudrais lui écrire, le remercier de ce qu’il fait pour moi.

ISABELLE. El voilà justement ce qu’il ne \eut pas.

MANUEL. Comment?

ISABELLE. Il nous écrivait encore dernièrement que, brouillé autrefois avec votre père, il cesserait de nous aider du jour où lui arriveraient vos remercîmenls.

MANUEL. Je ne comprends pas...

LA MABQUISE. En effet, j’ai peine à m’expliquer cet excès d’orgueil.

ISABELLE. Enfin , puisque telle est sa volonté, il faut nous y soumettre... Vous ne voudriez pas nous enlever cette dernière ressource?...

MANUEL. Non: mais, au moins, je veux chercher à m’en créer d’autres qui coûtent moins à ma fierté.

LA MARQUISE*. Bien parlé, mon neveu ! A propos, j’ai prié nos voisins, les seigneurs de Fontanarose, de parler pour nousau ministre .

MANUEL. Qui?... ces trois cousins si sols, si vains, si gonflés de leur prétendue imporunce... qui pensent de même, agissent de même, s’habillent de même...

ISABELLE, riant. Et qui, comme ils le disent sans cesse, ne vont jamais l’un sans l’autre.

LA MARQUISE. On les dit fort bien avec son excellence.

MANUEL. Non, le ministre s’amuse de leurs ridicules et de leur sottise... Ce sont des bouffons qu’il admet à ses fêles, mais auxquels il n’accordera rien.

LA MARQUISE. El moi , jc pense qu’ils nous seront bons à quelque <iose.

MANUEL. Je le’sonhaite, marquise; mais il est Urd , il faut que je me retire.

Air de l'Enfant de ta Grève.

Oui, voici l’ombre du soir,

Chez moi la nuil me rappelle.

Ah ! dans vos cœurvi puis.'«e-l-ellc Kauiener un peu d’eapoir!

ISAOELLE.

Touché de noire ferveur.

Dieu finira nos alarmes;

Il éprouve perdes larmes Ceux qu’il réserve au bonheur.

ERseiiai.E.

Oui. voici l’heure du soir.

Chez vous la nuil vous rappelle.

Ah l dans nos cœurs, etc.

Manuel sort.

r habelle. Manuel, la Marquise assise.

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