OBSERVATION IV
(Présentée à la Société de Médecine et de Chirurgie de Bordeaux (séance du 9 novembre 1945) et partiellement publiée dans la thèse de M''° MENYIER.)
M"* Al.., soixante-trois ans, est hospitalisée dans le Service du Professeur Dupérié en janvier 1942, parce que depuis six mois elle a des crises épigastriques douloureuses, tardives, postprandiales, calmées par l'alimentation; elle a beaucoup maigri malgré un appétit conservé et une table bien garnie. Anémie (2.900.000 G. R.) Hyperchlorhydrie. Elle a, depuis trois mois, un mélæna intermittent. Son poids est de 48 kg.
C’est une ancienne hypertendue, dont la tension est tombée à : Mx. = 12, Mn. = 5. Examen somatique négatif.
Janvier 1942. Février 1942.
Lies
Radiologiquement, énorme niche arrondie de la partie moyenne de la petite courbure (60 mm/30 mm.).
La malade, qui est une réfugiée de l'Est, d’une famille médicale, âgée, se refuse à toute intervention. Elle est traitée par une série de treize injections de ferriscorbone.
A la fin de cette série, on enregistre rapidement une disparition des douleurs (février 1942). A ce: moment, la niche a considérablement diminué; elle est devenue nettement diverticulaire, et la grande courbure a une tendance à la biloculation.
En mars, puis en octobre 1942, elle reçoit deux séries de dix nouvelles injections, faites systématiquement, chacune suivie d’un gain de poids notable (57 kg. 500 en avril 1947, soit 10 kg.).
A cette époque, la malade est en parfaite santé. Radiologiquement, estomac et duodénum normaux. Persistance de la guérison jusqu'en février 1944, où la malade entre dans le Service de M. le Professeur Dupérié pour asystolie avec anasarque. Autant qu'on puisse l’interroger, ses troubles digestifs n’ont pas reparu. Elle meurt quarante-huit heures après.
Cette observation est très riche d'enseignements.
1° L'aspect de Haudek n’est pas initial dans nos examens radiologiques successifs. Il apparaît à une phase d’involution de la niche qui aboutira à la disparition radiologique.
2° Cette malade a pu être autopsiée. Nous avons eu la surprise de constater la présence d’un gros ulcère duodénal perforé à la période agonique; au niveau de l’ancien ulcère, nous n’avons trouvé aucune trace de périgastrite ni de lésion ulcéreuse sur la face externe de l’estomac. A plus forte raison, pas la moindre lésion en regard de l’ancien ulcère au niveau du foie qui aurait bouché la perforation si cet ulcère avait été véritablement perforé bouché.
Par contre, cicatrice nette sur la face muqueuse de l’estomac, paraissant de bonne qualité. Quels que soient les beaux résultats obtenus par ferriscorbone, nous ne pouvons soutenir que ce traitement médical ait permis la fonte de la périgastrite, l'effacement de toute trace de perforation, tant
sur l’estomac que sur le foie voisin.
ss ON 2
Histologie : guérison par substitution à la paroi normale d’un tissu cicatriciel. :
Au niveau de l’ancien ulcère, on constate : absence de toute périgastrite au niveau de la petite courbure, et de toute cicatrice extérieure sur la paroi gastrique, à l’endroit où devait siéger l’ulcère. Par contre, à l'ouverture de lestomac, on voyait, sur la face muqueuse par conséquent, la cicatrice de l’ulcère, de forme triangulaire, ayant environ 1 cm. de côté. Elle est blanc nacré, très légèrement dépressible par rapport à la muqueuse du voisinage plus rosée et présentant quelques plis convergeant vers ce triangle ulcéreux.
La consistance est fibreuse, un peu plus dure qu’au niveau des parties voisines, et le palper montre que les parois gastriques sont un peu moins épaisses à ce niveau qu'ailleurs.
En somme, macroscopiquement, cicatrice de bonne qualité.
L’histologie a montré : une couche interne en rapport avec la lumière gastrique, caractérisée par la disparition de lPépithélium et des glandes, et limitée vers la lumière gastrique par du tissu fibreux plus où moins dense, peu vasculaire, où abondent des microbes divers.
Une couche moyenne, séparée de la précédente par une zone assez large d’un tissu réticulé, est constituée par un tissu fibreux très dense, formant des tourbillons, des faisceaux dans lesquels on retrouve, plus ou moins intactes, les différentes couches de la muscularis mucosæ.
La troisième couche, la plus externe, est constituée par la zone séreuse épaissie, riche en feuillets nerveux.