OBSERVATION V
(Déjà publiée résumée dans la thèse du Docteur R. ETCHEVERRIGARAY.)
M. Ber..., cinquante-sept ans, ex-navigateur mécanicien. Le malade, qui a toujours navigué jusqu’en septembre 1939, souffre, depuis 1904, d’une amibiase qui n’a jamais guéri complètement. Il a souvent présenté des troubles hépatiques qui ont entraîné par deux fois son hospitalisation (en 1912 et en 1932).
Jusqu'en 1939, il est très bien; mais, à partir de ce moment et pendant dix-huit mois, il s’amaigrit très progressivement, de 15 kg.
Depuis la fin mai 1941, malaises quotidiens, réveil parfait puis, vers 10 h. 30, langueur, "fringale désagréable sous le rebord costal gauche, calmée immédiatement par le repas de midi qu'il prend avec appétit sans présenter d’intolérance élective.
Digestion très bonne, mais s’il doit se baisser au cours de son travail, les douleurs reviennent vers 3 h. 30 et durent presque jusqu’au soir. S’il est moins occupé, les douleurs ne reviennent que vers » heures. Le repas du soir n’est pas suivi
roues
de malaises. Stalkosal et hista-dimilli, les troubles disparaissent en cinq à six jours.
Selles plus moulées qu'avant, ni nausées, ni vomissements.
A l’examen, on ne trouve aucun point décelable, mais une tension de toute la région épigastrique. A la percussion, on délimite une zone mate, en demi-cercle, sous le rebord gauche du foie, dans la région vésiculaire.
La radiologie fait découvrir une niche ulcéreuse diverticulaire de la partie moyenne de la portion verticale de la petite courbure.
L'aspect d’une masse arrondie, un peu irrégulière, du volume d’une mandarine, calcifiée et pommelée, dans la région vésiculaire. Tout à fait semblable à un précédent examen, il y a six ans. Vésicule ou kyste à paroi calcifiée.
On continue le traitement médical.
Le malade est revu en décembre 1944. Il s’est bien porté entre temps, à part quelques malaises insignifiants de quatre à huit jours, au cours de l'été; il reprenait alors de l’histadimilli, dont il faisait deux cures par an.
Mais depuis un mois il a des troubles divers : d’abord des céphalées violentes, constantes pendant cinq à six jours, inhabituelles, puis cinq à six jours de diarrhées très fortes, avec coliques, arrêtées par le stovarsol (0,10 g. par jour pendant six jours). Puis réveil des troubles gastriques, vomissements aqueux très abondants. Brûlures au niveau du creux épigastrique et de la poitrine. L’hista-dimilli est sans effet.
N'est bien qu’étendu, au lit; est plutôt constipé. Il y a ictère pendant plusieurs jours, avec urines très diminuées et foncées.
Au réveil, brûlures calmées par le petit déjeuner au lait écrémé, pendant une heure et demie à deux heures. Puis les brûlures reviennent, calmées par une bouchée de-pain et de la compote. Repas très léger à midi, plutôt pour calmer une nouvelle crise. Le décubitus latéral gauche procure un mieux sensible.
Il arrive à souffrir nuit et jour, ne mangeant presque plus. Amaigrissement de 5 à 6 kg.
L'examen révèle une tension épigastrique; foie normal. Radio de contrôle : très nette diminution de la niche à la suite d’une série de dix injections de ferriscorbone, en février 1945. A ce
Hope
moment, depuis une semaine, pituites, pyrosis. Pas de vomissements alimentaires. Poids : 68 kg. Niche de 20 mm.
En avril 1945, poids : 71 kg. 500; malaises une heure après chaque repas, gros appétit, selles normales, nuits bonnes, petite niche de 8 mm., indolore à la pression. On fait quatorze injections de ferriscorbone. Suit toujours son régime.
Revu en juin 1946, a réagi un peu au traitement, a dû interrompre son travail pendant les injections, mais les a bien supportées. À toujours des pituites, vers 16 ou 17 heures, et des brûlures plus ou moins durables. Doit se faire vomir et est alors tout de suite soulagé. Quand il ne travaille pas, n’a pas de brûlures. Très bon appétit. Selles normales, digestions très longues. Poids : 75 kg. 500. Radio : la niche n’a pas régressé cette fois. On fait de nouveau dix injections de ferriscorbone.
Revu en septembre seulement, parce que les ampoules de ferriscorbone manquaient jusque là; dix nouvelles injections.
En décembre, le malade va très bien, les alcalins, une heure après les repas, ont supprimé les crises pendant cinq mois. Il assure normalement son travail. Dix injections de ferriscorbone ont permis d'élargir le régime, sauf pour le pain qui est mal supporté, et les pâtes. Examen normal, sauf pour le foie ptosé, aucune douleur à la pression dans la zone de l’ulcère.
Radio : la niche persiste, mais très petite. A défaut de ferriscorbone, hista-dimilli à jour passé, atropine, bromure, etc.
Depuis, le malade ne souffre plus.