‹ La Grosse Niche de Haudek: Ses SignificationsChapitre 29 sur 31 · CONDUITE A TENIR · texte numérisé non relu

CONDUITE A TENIR

En 1922, Moutier écrivait, à la suite de nombreuses publications de cas de guérison d’ulcères à niche diverticulaire : «Il se dégage actuellement une impression que nous n’aurions pu formuler il y a un an, à savoir que la niche diverticulaire ne constitue pas à elle seule, comme on l’avait pensé, un argument définitif en faveur d’une intervention chirurgicale ».

Mais cette phrase s’appliquait uniquement aux niches de petites tailles. Nous croyons pouvoir affirmer actuellement qu’elle peut être employée sans. restriction.

Nous nous permettrons d’ailleurs de citer à ce sujet l'opinion de R. A. Gutmann. Dans une lettre personnelle que le Professeur agrégé J. Dubarry, à qui elle était adressée, a bien voulu nous communiquer, R. A. Gutmann écrit que les ulcères à niches ovoides sont toujours. des ulcères bénins : « plus ces ulcères sont gros, plus ils sont dociles au traitement. Les grosses niches ulcéreuses de la petite courbure verticale ne correspondent pas le plus souvent à des ulcères perforés bouchés, surtout lorsqu'ils sont ovoides; ce sont les grosses niches pointues qui répondent à de tels cas, aussi n'est-il pas « vain » de les traiter. »

R. A. Gutmann nous indique donc la marche à suivre. En présence d’une niche de, Haudek, nous sommes autorisés à instituer un traitement médical, même lorsque la taille de la niche est importante, en prenant toutes les précautions voulues lorsque les symptômes cliniques font penser à un ulcère grave.

Nous ne voulons nullement éliminer systématiquement

l'intervention chirurgicale, nous croyons qu’il y a intérêt à attendre un peu, ne serait-ce que pour fortifier le malade et améliorer ainsi le pronostic opératoire.

Il nous sera facile, par cette méthode, de suivre lévolution des signes cliniques et radiologiques et, bien souvent, nous constaterons avec surprise la diminution, voire la disparition des symptômes et la reprise du poids. Mie Menier et Pelissier, dans leurs thèses, ont rapporté de nombreux cas d’ulcères calleux géants, dont certains avaient été jugés inopérables et qui ont guéri par un traitement conservateur. Tous ces ulcères, qui étaient devenus rebelles à la thérapeutique classique, ont disparu à la suite de deux ou trois séries d’injections d’oxy-ferriscorbone sodique.

Ce médicament nous paraît être le médicament de choix pour le traitement de cette affection, les résultats obtenus sont remarquables. Nos observations, qui abondent dans le même sens que celles de M''° Menier et de Pelissier, montrent qu’il y a avantage à l’employer dans tous les cas.

Voyons à ce sujet ce qu’en dit le Professeur agrégé J. Dubarry qui préconisa le premier l'emploi de l’oxyferriscorbone sodique dans les ulcères calleux géants :

«Il est intéressant d'essayer systématiquement l’oxyferriscorbone sodique dans les ulcères calleux. L'action de ces injections sur l’infiltration et sur l’infection pariétale gastrique constatée dans le cancer peut être aussi manifeste ou encore plus évidente dans l’ulcère. »

Le Professeur agrégé J. Dubarry dit ensuite que les résultats obtenus dans les ulcères calleux l’incitèrent à essayer loxy-ferriscorbone sodique chez les vieillards présentant de gros ulcères chroniques. Il spécifie bien que ce médicament ne peut être considéré sur le même plan que les autres médications anti-ulcéreuses. Il ne peut être employé que dans des cas sélectionnés, rebelles, véritablement chirurgicaux. « Depuis quatre ans, nous avons traité, à une exception près, tous nos gros ulcères de la portion verticale de

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l'estomac, soit vingt-trois cas, qu'ils siègent sur la petite courbure ou sur la face postérieure de l’estomac... L'’oxyferriscorbone sodique a été essayée comme dernière ressource médicale avant d’envisager l’intervention chirurgicale. Pour tous nos malades, nous avons observé une sédation des douleurs dans un délai de une à trois semaines. une reprise rapide de l’état général, gain de poids de plusieurs kilogrammes le premier mois et, sauf dans un cas, diminution progressive de la niche jusqu’à sa complète disparition.

« Nous n’osons pas affimer que sans l’oxy-ferriscorbone sodique ces malades n’auraient pas guéri, mais nous croyons que ce traitement a beaucoup contribué à la guérison, l’a déclenchée, l’a hâtée, et la rapidité de la guérison a fait la preuve de la bénignité de la lésion dans ces cas où ni les signes cliniques ni les signes radiologiques ne permettaient de conclure fermement à cet égard. »

Le Professeur agrégé J. Dubarry continue en soulignant l’importance de ces améliorations, voire même de ces guérisons cliniques. Ces faits sont importants pour deux raisons : le cancer ulcériforme ou naissant sur un vieil uleus est exceptionnel et, d'autre part, l’intervention dans ces gros ulcères est grave. Cette gravité a donné lieu à une discussion à la Société de Gastroentérologie (12 mars 1946), où Petit-Dutaillis et J. Charrier conseillaient de faire précéder la gastrectomie d’une gastrostomie transpylorique, proposée par Santy dès 1921. « Or Santy lui-même, depuis trois ans, ne fait plus de ‘gastrostomie transpylorique dans ces cas. Il fait systématiquement l’oxy-ferriscorbone sodique comme traitement préparatoire.

« Tenus au courant de nos résultats brillants obtenus par l’oxy-ferriscorbone sodique dans les gros ulcères haut situés, les auteurs lyonnais, les Professeurs F. Arloing, A. Morel et A. Josserand ont actuellement, en effet, adopté ce traitement, le plus souvent à titre préopératoire, comme nous le préconisions dès 1941, quelquefois chez des sujets âgés ou

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à état général déficient, comme seule thérapeutique antiulcéreuse. »

Le Professeur J. Dubarry n’est nullement opposé au traitement chirurgical, mais ses malades ont été suffisamment améliorés pour ne pas juger bon de se faire opérer. Pour la portion horizontale de l’estomac, où le cancer peut être suspecté, on ne doit instituer le traitement que dans le seul but de préparer le malade à l'opération. Il ne semble pas y avoir, à son avis, d'amélioration dans l’ulcère duodénal.

Nous voyons donc toute l’importance de ce médicament nouveau qui, souvent, permettra des guérisons inespérées et diminuera notablement le taux de mortalité opératoire, dans les cas où lopération se révélera indispensable.

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