HISTORIQUE DE LA NOTION D'ULCÈRES A NICHE DE HAUDEK
C’est en 1907 que le médecin viennois Haudek voit pour la première fois une tache de bismuth prolongeant l'ombre gastrique et symptomatique d’une ulcération de la paroi. Hemmeter, un an après, publie quelques cas de diagnostic radiologique d’ulcères.
En 1910, au Congrès de Berlin, Haudek rapporte deux observations capitales d’ulcères à niches diverticulaires, dont il fait une description détaillée. Il expose la technique qu’il a suivie pour arriver à reproduire sous écran les lésions de la paroi gastrique, les nombreuses expériences qu’il a faites sur des chiens.
Au Congrès de Kæœnigsberg, en septembre de la même année, il est en mesure de présenter dix-sept autres observations et trente-huit en 1911. A l’opération, il constate que tous ces ulcères, qu’il appelle alors « pénétrants », se révègénéral
lent perforés et bouchés par un organe voisin, en le foie ou le pancréas.
Il en conclut que cette affection est très grave, relativement fréquente, et que le seul aspect de la niche doit toujours inciter le médecin à remettre d’urgence son malade entre les mains d’un chirurgien.
Voici la description qu’il donne de cette niche :
« L’ulcus se présente sous l’aspect d’un diverticule prolongeant la cavité gastrique. Il siège à la petite courbure, le plus souvent à la partie moyenne, et se caractérise par les signes radioscopiques suivants
«1° Existence d’une tache de bismuth, séparée de l'ombre formée par l’estomac rempli de baryte, ou consti-
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tuant une sorte d’appendice siégeant à la hauteur de la portion moyenne de la petite courbure.
«2° Immobilité à la palpation.
«3° Persistance du diverticule par l'arrêt du bismuth à son niveau.
«4° Présence d’une chambre à air au-dessus de la tache.
«5° Impossibilité de modifier cette tache à la palpation. »
A cette époque (1911), Haudek, Faulhaber et Reiche soutiennent que la niche révèle la dimension exacte de l’ulcère, son degré de pénétration, ses adhérences avec les organes voisins.
Cependant, Faulhaber, en 1914, à la description faite par Haudek, ajoutait un symptôme qui, à ses yeux, revêtait une importance capitale, à savoir l’encoche de la grande courbure, donnant l’image de « l’estomac en sablier », dont nous parlerons plus tard. Il en faisait le signe essentiel, après la niche.
Après la guerre de 1914-1918, en France, R. A. Gutmann précise les éléments constitutifs de la tache diverticulaire. Il décrit son contenu, formé de trois couches superposées : une inférieure, noire, constituée par un dépôt de baryte; une moyenne, légèrement plus claire, à niveau horizontal, formée par le liquide de stase; une supérieure, aérique, claire, représentant la bulle d’air signalée par Haudek.
Cependant, Pierre Duval, Loeper et H, Béclère signalent que cette bulle d’air fait souvent défaut sans que pour cela la signification de l’image de la niche en soit modifiée.
Mais ces auteurs entendent déjà par niche de Haudek toute image diverticulaire par ulcération de la portion verticale de lestomac, acception plus large que ce qu'avait décrit Haudek. En somme, pour eux, la niche de Haudek est la traduction radiologique de tout ulcère de l’estomac, du moins dans sa portion verticale, quelles que soient sa taille, sa forme, sa profondeur. Il n’est plus question exclusivement de grosse niche ovoïde unie au corps de l’estomac par un collet plus étroit,
HR
Mais nous ne tiendrons compte dans notre travail que de cet aspect typique de Ia niche de Haudek, qu’il y ait ou non niveau liquidien et bulle d’air, ce détail de séméiologie radiologique nous paraissant accessoire puisqu'il ne peut être chservé que sur des clichés pris en position debout. Nptons que cette niche ovoïde peut flanquer la petite courbure ou son versant postérieur dans certains cas (cf. thèse A. Pélissier), paraissant isolée de l’estomac par un intervalle clair, de quelques millimètres.
Ces divers travaux radiographiques, consacrés à ces grosses niches de la petite courbure, eurent un grand retentissement dans le monde. Les journaux médicaux, anglais et américains, publièrent in-extenso les articles de Haudek, et tous les auteurs furent d’accord pour en adopter les conclusions résumées par Mayo en ces termes : « La niche de Haudek est caractéristique de l’ulcère extériorisé, perforé bouché ».
Cependant, Gutmann ne tarde pas à signaler que, très souvent, les ulcères extériorisés donnent des images radiologiques très diverses. Non seulement la bulle d’air manque parfois, mais l’image de Haudek est très fréquemment absente et remplacée par une niche d’ulcère simple cratériforme. Les signes radiologiques de niche ulcéreuse peuvent même être temporairement inexistants.
Périgord (1926) a réuni vingt observations d’ulcères perforés bouchés, vérifiés opératoirement. Sur ces vingt cas, deux seulement présentent la niche typique décrite par Haudek. É