TRAITEMENT
On ne doit pas considérer comme autrefois que rupture prématurée des membranes signifie avortement ou accouchement avant terme inévitable. Les travaux de Budin, Bar, Maygrier et d’autres accoucheurs éminents ont mis en évidence qu’il est possible de retarder de beaucoup lapparition du travail après la rupture prématurée de l’œuf et même enrayer jusqu’à un certain point le travail au début, afin d’assurer au fœtus une vie intra-utérine la plus longue possible et lui donner le plus de chances possibles à la viabilité. |
Les travaux de Budin sur les soins à donner aux prématurés et débiles, concourent à augmenter nos efforts dans ce sens, puisqu'ils démontrent que l’opinion des anciens accoucheurs qui considéraient tout enfant né avant terme comme voué à une mort presque certaine et fausse.
On ne doit donc pas rester inactif en présence d’une femme qui même à cinq mois de grossesse perd les eaux et présente des symptômes d’hydrorrhée amniotique, surtout quand le travail n’est pas franchement déclaré.
On doit agir immédiatement, que l’on soupçonne ou non une grossesse extra-ovulaire. Le traitement consiste à retarder le plus possible l'accouchement par le repos absolu au lit, le siège légèrement surélevé pour éviter la congestion utérine. On évitera à la malade toute fatigue et toute agitation autour d'elle; un repos physique et'moral complet
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lui sont indispensables. On n’oubliera pas que chaque jour qu'on pourra ajouter à la gestation menacée sera une chance de salut de plus pour l'enfant.
On évitera à cette malade les explorations répétées. On la palpera et on la touchera le moins souvent possible, En cas d'apparition des douleurs, ou si l’utérus entre en contraction et que ces contractions deviennent douloureuses et très rapprochées on luttera par les opiacées.
On emploiera le laudanum en lavement (un ou deux petits lavements laudanisés tièdes, XV gouttes de laudanum), après lavement évacuateur et que la malade doit garder le plus longtemps possible.
La femme enceinte supporte très bien l’opium. On peut donner jusque à C et CC et même CCC gouttes de laudanum par vingt-quatre heures, doses qui seraient toxiques pour une femme dans les conditions ordinaires et qui sont parfaitement bien tolérées par une femme en état de gestation. Le laudanum calme les contractions douloureuses, assoupit un utérus irritable, et arrête un début de travail.
Si le laudanum ne réussit pas, on peut employer le chlorydrate de morphine par voie sous-cutanée à la dose de 1 centigramme et répété dans les vingt-quatre heures, suivant besoin.
On peut employer encore la morphine à la dose de 2 centigrammes en lavements. L'action de la morphine serait plus prompte et plus énergique (Oui).
On peut employer à l’intérieur, à la dose de XL à L gouttes par vingt-quatre heures le viburnum prunifulium.
Le chloral(2à3gr.) en lavement, compte moins de succès.
Il est évident qu’on doit veiller à la propreté rigoureuse des organes génitaux. On fera deux toilettes journalières des organes génitaux externes et dans l'intervalle on maintiendra sur la vulve un pansement de gaze stérilisé recouvert d’ouate hydrophile.
Dans le cas où le travail se déclanche franchement, on doit tout particulièrement surveiller les bruits du cœur fœtal, dans cet utérus vide d’eau. Au moindre signe de souffrance fœtaleil faut intervenir et agir vite. On n’hésitera
pas de compléter la dilatation s’il est nécessaire, par le
procédé bimanuel de Bonnaire et on fera le plus promptement possible une application de forceps ou une version,
Néanmoins, malgré tout, au cours de la gestation même, dans le cas où les hémorragies deviennent inquiétantes, il ne faudra pas tarder à provoquer l'accouchement par la dilatation au moyen du ballon, suivi de l’extraction du fœtus et du placenta.
Et quand l'enfant sera né viable, il faudra lui donner tous les soins qu’exige son état de prématuré et de débile, suivant les règles établies et mises au point par Budin.