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CROIT DE FATIGUE PENDANT LES DERNIERS MOIS DE

la grossesse. — Dans son Essai sur l'abus des régies générales en obstétrique, Levrei s'exprime de la façon suivante (i) :

« Toutes les femmes se disent les unes aux « autres que, pour accoucher aisément, il « faut beaucoup se promener pendant la grosce sesse, et surtout à la fin...; mais elles courent

(i) Levret, 1766, p. 58.

« les risques de déterminer le travail avant « que le terme soit arrivé. »

On se demande quelle peut être l'origine de cette coutume, qui est en contradiction absolue avec les lois de la nature ?

Chez tous les animaux, en effet, la femelle se traîne au contraire pesamment, pendant les derniers jours de la gestation, ne faisant que le minimum de mouvements.

C'est ainsi que les bergers ont remarqué, de tout temps, que la brebis qui va mettre bas marche toujours au dernier rang du troupeau.

Ace moment, « la chienne, dit Bournay (i), « cesse de gambader, et s'éloigne peu de son « gîte. »

Il est certain que le surmenage prémédité, pendant les derniers mois de la grossesse, peut, jusqu'à un certain point, être avantageux pour la mère, puisque, la durée de la grossesse étant probablement abrégée par cet artifice, l'accouchement sera certainement plus facile, en raison même du moindre développement de l'enfant.

Ce préjugé, qui est très ancien, s'appuie donc sur une remarque parfaitement exacte.

Aussi, le surmenage est-il généralement le

(i) Obstétrique vétérinaire, 1900, p. 11 1 .

temps préliminaire de l'avorteraient criminel, suivant l'expression de Tardieu.

« Nous en connaissons, dit-il, les prélimi- « naires. D'abord la femme doute encore de « sa grossesse ; puis elle espère, à l'aide de « violents exercices ou de marches forcées, « déterminer un avortement clandestin ; puis « des signes certains se manifestent : elle va « trouver la sage-femme... »

Cest donc bien la connaissance expérimentale, de l'influence de la fatigue sur la durée de la grossesse, qui a donné naissance à cette idée néfaste, de l'utilité du surcroît d'exercice pendant les derniers mois de la grossesse.

Encore aujourd'hui, bien des femmes approchant du terme se livrent à des danses, promenades forcées, stations debout prolongées, etc.

Liebaut allait même jusqu'à conseiller, à ce moment, « un voyage en coche, ou une pro- « menade sur un cheval de trot. »

Mauriceau s'était déjà élevé contre ce préjugé : « ...Il m'est impossible, dit-il, d'être, « sur ce sujet, du sentiment de tous les au- « teurs,... qui veulent que la femme grosse « s'exerce beaucoup plus qu'à l'ordinaire, vers « le dernier mois de sa grossesse, afin, disent- « ils, de faire descendre l'enfant en bas. »

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CAUSES DES VARIATIONS 3a5

Et Mauriceau explique sa pensée de la facou suivante (i) :

« Premièrement, on doit savoir et poser en « fait, que la sortie de l'enfant doit être laissée a à l'œuvre de nature bien réglée, et qu'on ne « doit pas l'exciter, en le secouant par cet « exercice, à déloger avant qu'il en soit tout « h fait temps ; ce qui arrivant (quoique ce ne « soit trop tôt que de sept à huit jours) ne « laisse pas d'être aussi préjudiciable à l'en- « fant que nous le voyons être au raisin, qui « quelquefois, à quatre ou cinq jours près du « temps qu'il lui faudrait pour son entière « maturité, est encore presque demi-verjus.))

A la page suivante, Mauriceau revient encore sur cette question :

« On voit souvent aussi, dit-il, que ces « exercices extraordinaires que les femmes « font, dans les derniers mois de leur grosce sesse, faisant détacher l'arrière- faix d'avec « la matrice avant le temps de l'accouche- « ment, leur causent des pertes de sang, qui « leur sont fort dangereuses en ce temps... »

y) Influence des trépidations. — a) Influence de la bicyclette. — On a prétendu que les

! (i) Traite des maladies des femmes grosses, 1740, p. 122 et ia3.

3a6 ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

mouvements des cuisses, chez les cyclistes, provoquaient des frottements, des frictions des lèvres et du clitoris, et équivalaient parfois à un véritable onanisme.

Mais M. Verchère a montré depuis longtemps, que cette influence avait été beaucoup exagérée, et qu'elle s'exerçait surtout chez les prédisposées.

« S'il y a masturbation, dit-il (i), c'est qu'il v y a manœuvre de la femme, soit en se pence chant en avant sur le pommeau de la « selle..., soit en serrant les cuisses. »

C'est ainsi que M. Dickinson (2) raconte qu'une jeune femme, possédant une expérience très grande des plaisirs sexuels, ne pouvait pas obtenir de jouissances plus intenses, que celles produites par l'usage de la bicyclette.

M. O'Followel (3) rapporte que M. Martin « a interrogé un grand nombre de femmes, « au sujet des sensations voluptueuses res- « senties à bicyclette, et elles lui ont répondu « affirmativement. »

Il semble donc que, cet exercice doive être

(1) Verchère. France Médicale, décembre 1894.

(2) Dickinson. The American journal of Obstetric&, i8g5.

(3) O'Followell. Bicyclette et organes génitaux, 1900, p. 69.

pratiqué avec une grande modération, pendant la grossesse, au même titre que les autres excitants sexuels.

D'ailleurs, en raison des efforts multiples qu'elle nécessite, surtout chez les femmes qui n'en ont pas une grande habitude, la bicyclette exerce souvent une influence fâcheuse sur la grossesse.

M. Le Roy des Barres a rapporté l'observation d'une de ses clientes, qui prit des leçons de bicyclette, pendant les trois premiers mois d'une grossesse méconnue. Des douleurs abdominales ayant apparu, cette cycliste novice fut bientôt obligée au repos. Et cependant, au bout de quelque temps, « un accouchement prématuré donne nais- « sance à un garçon très chétif, dont les « membres sont courbés, et dont le pied est « à concavité interne. »

• M. Menant a publié récemment (1) le cas d'une jeune femme, enceinte de deux mois, qui avorta le lendemain d'une course fatigante en bicyclette.

Il semble donc que, pour un double motif, le cyclisme doive être déconseillé pendant la grossesse.

(1) Journal d'hygiène, 29 mars 1900.

3a8 ÉTUDES SUR LA GHOSSESSE

Néanmoins, pour M. Championnière, qui a une longue expérience de ce sport — ainsi d'ailleurs que toute sa famille, — l'usage de la. bicyclette est plutôt utile, pendant les premiers mois de la grossesse, à condition qu'il n'y ait pas de contre-indication spéciale.

Bien entendu, il ne faut pas que la femme enceinte fasse des courses trop longues, ni qu'elle monte des côtes rapides.

M. Championnière résume son opinion favorable à cet exercice, en disant qu'il constitue le moins fatigant des voyages.

b) Influence de la machine à coudre. — On admet, assez généralement, que l'abus de la machine à coudre peut devenir une cause d'interruption de la grossesse ; le modèle à double pédale serait particulièrement efficace.

Comme ce mouvement rythmé produit, chez certaines femmes nerveuses, uné excitation génitale pour ainsi dire permanente, il y a lieu de se demander si cette influence abortive n'est pas due, tout au moins en partie, à cet onanisme mécanique.

M. O'Followell résume ainsi les effets de la machine à coudre : « ... le mouvement de « va-et-vient de la pédale n'est ni large, ni « complet, il ébranle la partie inférieure du « corps..., les grandes lèvres frottent sur les

CAUSES DES VARIATIONS 3ag

« petites... La position occasionne une pres- « sion sur les organes pelviens. »

Le même auteur, comparant cette action a celle de la bicyclette, se prononce nettement en faveur de cette dernière, qui a le grand avantage d'être utilisée en plein air.

Enfin M. Fauquez a insisté, en 1897, sur la congestion utéro-ovarienne provoquée par la machine à coudre, et qui pourrait être, à elle seule, une cause d'avortement.

c) Influence de la locomotion en chemin de fer. — On a attribué aux voyages en chemin de fer des propriétés abortives, surtout marquées quand ils ont une durée de plus de deux ou trois heures.

On pourrait facilement recueillir un nombre respectable d'observations, d'avortements ou d'accouchements prématurés, consécutifs à un trajet prolongé en chemin de fer. Je me bornerai à citer le fait suivant, qui m'a été communiqué par M. Bouilly.

I no dame, habitant un département éloigné, fut envoyée à Paris par son médecin, pour y être opérée d'une grossesse extra-utérine.

Pendant le voyage, elle expulsa spontanément un fœtus parles voies naturelles.

Le diagnostic de grossesse ectopique certaine ayant.

33o ÉTUDES SUJÎ LA GROSSESSE

été porté, on conçoit la stupéfaction des personnes présentes, et du médecin traitant en particulier.

M. de Soyre (i) s'exprime, sur ce sujet, de la façon suivante :

« Je considère les voyages en chemin de « fer comme absolument dangereux, quelle « que soit l'époque de la grossesse à laquelle « ils s'accomplissent. Les exemples de voyages « ayant entraîné une fausse couche ou un « accouchement prématuré ne sont pasrares. »

Pour cet auteur, le mécanisme de l'interruption de la grossesse, sous cette influence, est un peu différent, suivant qu'on l'envisage pendant les premiers ou les derniers mois.

« Il faut toujours avoir soin, ajoute « M. de Soyre, de ne pas se mettre en « voyage à une époque qui répond aux trou- « bles menstruels. »

« J'ai souvent recommandé... l'usage du « coussin en caoutchouc, gonflé d'air, sur « lequel on s'assied. Grâce à ce moyen, le « siège est mieux isolé des banquettes du « wagon, et, par conséquent, moins exposé « aux secousses et surtout à la trépidation... »

(i) De Soyre. Hygiène de la femme enceinte, 1891, p. 96. '

CAUSES DES VA RI ATIONS 33i

D'après Garimond (i), le voyageur qui se trouve dans un wagon, subit trois sortes de secousses, dont les inconvénients sont très différents.

Le mouvement de haut en bas, produit par l'élasticité des essieux, et le mouvement en avant du train, auraient peu d'influence sur l'utérus.

Mais il n'en serait pas de même du mouvement de latéralité, qui est appelé mouvement de lacet par les techniciens, et dont l'origine doit être attribuée à la propulsion unilatérale, et par secousses, des locomotives à vapeur.

Ce mouvement est rendu possible, par ce fait que les roues sont plus écartées entre elles que ne le sont les rails. Il produirait un ballottement latéral variable suivant la vitesse, et suivant l'état de la voie, qui pourrait facilement déterminer des douleurs.

Aussi Garimond conseille-t-il à la femme enceinte de se placer perpendiculairement à l'axe du train, de façon que son utérus ne subisse que des mouvements limités, et par conséquent moins dangereux.

Enfin il ne semble pas qu'on ait attiré l'attention sur l'influence des freins automati-

(i) Traité théorique et pratique de l'avortement, 1873.

33a ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

ques puissants, employés actuellement sur leg grandes lignes, et dont l'action ne nous paraît nullement négligeable.

Ils agissent d'abord en ce que l'arrêt qu'ils impriment au train est quelquefois tellement brusque, que les voyageurs ont une tendance à être projetés sur la paroi d'avant du wagon; de plus il est certain que, pendant quelques secondes tout au moins, les banquettes sont soumises à une trépidation très désagréable, due au patinage des roues sur les rails.

Les mouvements de haut en bas étant d'autant plus marqués que là suspension du wagon sera moins parfaite, il y aura donc avantage, pour les femmes qui sont obligées de voyager pendant leur grossesse, à choisir de préférence des wagons de première classe, et surtout, si la chose est possible, a se coucher sur la banquette, de façon à éviter ce mouvement de latéralité, qui, d'après Garimond, serait particulièrement doué de propriétés abortives.

Les mouvements en avant et de latéralité, étant d'autant plus marqués que la vitesse du train est plus grande, il y a certainement avantage à faire voyager les femmes enceintes clans des trains peu rapides, par petites étapes, le sleeping étant l'idéal comme compa rtiment.

CAUSES DES VABIATIONS 333

Notons, en passant, que nos grandes femelles domestiques, chez lesquelles nous venons de signaler la faible influence abortive du chemin de 1er, sont dans de bonnes conditions mécaniques, puisqu'elles voyagent par trains lents, et sont placées en travers, dans des wagons spéciaux ; elles sont donc presque soustraites aux mouvements de latéralité.

d) Influence des voyages en mer. — On trouve, dans le livre de M. de Soyre (i), une étude très complète, sur l'influence des voyages en mer pendant la grossesse.

Nous extrayons de ce travail, dont l'auteur est M. Letellier, médecin des Messageries maritimes, le passage le plus important, en lui laissant la forme de réponses, à des questions posées par M. de Soyre.

« Les voyages en mer prédisposent-ils aux « avorte ments ?

« Oui. — Mille fois oui.

« Sur le nombre d'accouchements que je « vous ai signalés (70 à 80), j'accuse au moins « 50 accouchements faits avant terme, depuis « 7 mois et demi. — Presque toujours les « femmes qui accouchaient à bord, m'ont dé-

(0 Hygiène de la femme enceinte, 1 89 1 , p. 101 et suivantes.

« claré qu'elles pensaient être délivrées de « i5 à 20 jours plus tard.

« Toutes ces femmes, sans exception^ ont « eu le mal de mer avant que d'accoucher, « depuis quelques heures jusqu'à quelques « jours... J'ai, en outre, noté de nombreuses, « très nombreuses fausses couches à 2, 3, « 4 mois, ces dernières un peu plus rares... »

Enfin, à propos des hémorragies, M. Letellier ajoute : « Je dois aussi vous faire remar- « quer que, fréquemment, les femmes en- « ceintes sont sujettes à des hémorragies plus « ou moins abondantes... »

Un de nos amis, M. Henry Luys, ancien médecin des Messageries, estime, lui aussi, que, au point de vue accouchement, « la mer (( a une action nettement prévocatrice. »

Quoiqu'il ne semble pas qu'on ait fait, sur ce sujet, des statistiques sérieuses, il est incontestable que les médecins des différentes compagnies de navigation font assez souvent des accouchements à bord.

Or, comme les femmes ne s'embarquent guère au dernier mois de leur grossesse, il faut donc admettre que presque tous ces accouchements sont prématurés.

Nous avons vu précédemment combien, en réalité, le vomissement incoercible agissait peu

sur l'utérus gravide; l'action abortive est donc dur vraisemblablement au mouvement de tangage, et surtout de roulis, qui doit être particulièrement efficace, quand la femme reste constamment tournée dans le sens de l'axe du bâtiment.

e) Influence de Vèquitation. — M. de Soyre est absolument opposé, à la continuation de

v cet exercice pendant la grossesse ; il s'appuie surtout sur l'observation suivante :

« Une dame, que j'ai soignée pendant plu- « sieurs années, avait eu un enfant d'un pre- « mier mari dans des conditions absolument normales. »

Ayant épousé un officier de l'armée d'Afrique, elle l'accompagna dans toutes ses campagnes.

« C'était a cheval, naturellement, qu'elle « suivait l'escadron. A partir de ce moment, « les grossesses successives ne parvinrent « jamais à terme. »

f) Influences abortives spéciales. — D'après le capitaine Devaux (i), les femmes algériennes se serviraient parfois, pour déterminer l'avortement, de leur moulin portatif en pierre. Ce

(i) Les Kebaïles du Djerdjera, p. 68, in Thèse Galliot, loc. cit.

moulin, qui sert normalement à écraser l'oi est une lourde masse, formée par deux grosses rondelles en grès.

Le manuel opératoire serait le suivant : On place cet instrument culinaire sur le ventre de la patiente, et on tourne jusqu'à ce que les ébranlements aient provoqué l'expulsion du fœtus.

Enfin notons que plusieurs sages-femmes de différents hôpitaux de Paris ont été frappées de la fréquence des avortements pendant la durée de l'Exposition, et que, chez beaucoup de ces femmes, le travail semble avoir débuté à la suite de séances sur le trottoir roulant.

S) Exemples de résistance a ces actions abohtives. — Il faut reconnaître que l'action abbrtive du surmenage, et de tous les exercices fatigants, agit surtout chez les femmes dont l'utérus est irritable, et qui présentent un mauvais état général.

Heureusement pour l'espèce humaine, cette influence est très incertaine et demande, pour être réellement efficace, un esprit de suite qui est peu commun chez les femmes. Aussi, celles qui ont recours à ces procédés primitifs, pour interrompre leur grossesse, ne réussissentelles que rarement.

Beaucoup de femmes en effet qui, dans ce but, abusent de propos délibéré de tous les

sports, et de tons les genres de surmenage, n'arrivent pas au résultat espéré.

On ne compte plus les observations de grossesses qui ont résisté h de véritables orgies de bicyclette, d'équitation, de voiture, de chemin de fer, etc.

Witkowski (i) rapporte le fait suivant :

Une jeune fille enceinte fut assez habile pour tromper sa famille et deux médecins, qui portèrent le diagnostic de chloro-anémie, et lui ordonnèrent l'équitation . « La jeune fille « fit un véritable abus de cet exercice dans « l'espoir de se faire avorter ; mais contrairece ment à ses vœux, et malgré les secousses de « l'équitation, la grossesse arriva à terme ».

« J'ai connu, dit M. de Soyre (2), des « étoiles du corps de ballet, qui continuaient « leur service jusqu'à la dernière limite. »

Xous connaissons un cas, dans lequel la pratique quotidienne de la bicyclette, du matin jusqu'au soir, pendant des semaines, avec recherche des routes mal pavées et nouvellement empierrées, le tout agrémenté de chutes préméditées ou non, produisit des effets absolument négatifs.

(1) WlTK owski. La génération humaine, p. 267.

(2) Hygiène de la femme enceinte, 189 1 , p. 92.

DOC CHACOt'KT. 22

3) Influence des traumatism.es.

A) Chez les femelles domestiques. — x) Influence DES TRAUMATISME S n'aYANT PAS POUR SIÈGE LA RÉGION ARDOMINO-GENITALE. Il est

incontestable que les traumatismes violents, tels que : chute, coup de pied de cheval, coup de corne, choc quelconque, etc., produisent souvent l'avortement.

Les chutes jouent notamment un rôle important chez la jument, d'autant plus qu'elles s'accompagnent parfois de fractures de membres, ou de plaies déterminant une hémorragie.

C'est sans doute à cette action abortive des coups, que Zoroastre faisait allusion, quand il a dit que : « sera damné celui qui frappera « une chienne mère. »

Bournay considère que la cohabitation de la jument poulinière avec les grands ruminants est dangereuse, à cause de la possibilité, pour elle, de recevoir des coups de corne.

Cet auteur pose en principe que, pendant la. gestation, « les opérations chirurgicales « doivent autant que possible être différées. »

On cite cependant beaucoup de femelles, qui ont subi des interventions, sans qu'aucun accident ne soit survenu.

CAUSES DES VARIATIONS 33g (5) Influence des traumatismes ayant pour

SIÈGE LA RÉGION ABDOMINO-GÉNITALE . De tout

temps, on a admis que les traumatismes abdominaux avaient une fâcheuse influence sur la durée de la gestation.

C'est pour ce motif que Bournay recommande de loger les femelles pleines dans des locaux « à portes larges, afin d'éviter les « chocs au niveau du flanc. »

Saint-Cyr et Violet (i) avaient déjà rangé parmi les causes d'avortement « les froisse- « ments des parois abdominales, contre les « jambages des portes trop étroites des écu- « ries, des bouveries, des bergeries;... » et, en outre, pour la jument, l'abus de l'éperon.

Après avoir déconseillé, comme nous venons de le voir, la cohabitation de la jument poulinière avec les grands ruminants, Bournay ajoute : « les coups de corne, qu'elle peut « recevoir dans la région abdominale, provo- « quent parfois Tavortement. »

Les auteurs-éleveurs, dont nous avons parlé précédemment, font la même recommandation pour les chèvres et pour les moutons. Chez

(i) Saint-Cyr et Violet. Traite d'obstétrique vétérinaire, 1888, p. 291.

34o ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

ces derniers, la simple compression du ventre

pourrait déterminer l'avortement (More]

De même Bournay déclare que : « si on a était obligé découcher une grande femelle « (pleine), il serait prudent de procéder avec « ménagement, et d'abattre le sujet sur un « lit de paille très épais. »

Les opérations chirurgicales ayant pour siège cette région, amènent presque toujours l'avortement.

C'est ainsi que, chez la vache, la castration est presque inévitablement suivie de l'expulsion immédiate du produit de conception.

H. Bouley a castré trois vaches, qui ont avorté toutes les trois, dans les deux jours qui ont suivi l'opération.

y) Exemples de résistance a ces divers actions abortives. — On a vu des juments pleines tomber plusieurs fois, pendant le ferrage, sans que la gestation ait été troublée.

Menveux (i) rapporte avoir couché une jument deux fois impunément.

Mais le cas le plus extraordinaire, comme résistance h l'action abortive, est certainement celui qui a été rapporté par Chanel

(i) Menveux. Bec. de méd. vétérin., 1894, p- 563.

CAUSES DES VARIAI IONS 34t

(de Bourg) (i), et qu'on trouve reproduit partout.

Ce vétérinaire a vu pratiquer, en sa présence, sur une truie pleine de deux mois, l'ablation d'une corne utérine, contenant trois fœtus gros comme le médius.

L'opération, laite par un châtreur de profession, - accompagna d'une hémorragie abondante ; la bête fut extrêmement malade pendant six ou sept jours. Et cependant, malgré tous ces incidents, la gestation continua, et la truie mit bas, à terme, cinq petits qu'elle allaita.

On trouve enfin signalé, dans Saint-Cyr et Violet, que Violet a pratiqué, sans accident, l'ablation d'un ovaire sur une vache pleine de deux mois.

Bj Chez la femme. — a) Historique et généralités. — L'action abortive des divers traumatismes a été admise de tout temps.

Hofïmeier, ayant eu l'occasion d'observer l'utérus d'une femme qui s'était tuée à la suite d'une chute d'un lieu élevé, trouva un œuf gémellaire contenant des caillots, un décollement des membranes, et des ecchymoses sur l'utérus.

(i) Chanel. jRec. de méd, vétérin., i8a5, p. 257.

3Aa ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

Cette constatation anatomique montre bien quel est un des mécanismes de l'interruption de la grossesse, sous l'influence des traumatismes : décollement partiel du placenta, rupture de quelques vaisseaux utéro-placentaires, ou du sinus circulaire (Budin), et hémorragie précédant l'expulsion de l'œuf.

Mattei fait remarquer que la femme grosse a toujours été au nombre des personnes qu on devait respecter, même dans les combats.

On trouve, dans la Bible (i), une loi très sévère contre les blessures faites aux femmes enceintes, et ayant empêché la continuation de la grossesse.

Cette loi est formulée de la façon suivante, d'après la version de la Vulgate: « Si deux « hommes se battent et frappent une femme « enceinte, et qu'elle en accouche, et que « cependant elle ne meure pas elle-même, « celui qui l'a frappée sera obligé de payer « ce que le mari de la femme voudra, et ce « qui aura été ordonné par les juges. »

En France, sous le régime féodal, on punissait de la potence, ou de la perte des biens, toute personne coupable d'avoir fait subir, a

(i) Exode, chap. xxr, versets 22-24.

une femme enceinte, des mauvais traitements ayant occasionné l'avortement.

Cette loi était encore plus rigoureuse en Espagne, si on en croit De Boys (i).

« La femme enceinte, dit-il, qui se donne... « des coups de poing sur le ventre... pour se « faire avorter, doit subir pour ce fait la « peine capitale. »

« La même peine sera prononcée contre le « mari qui aura frappé sa femme, la sachant jt< enceinte, et voulant détruire par ce fait son « fruit. Mais si c'est un étranger qui Tait « frappée, et qui l'ait fait avorter..., il devra « mourir pour ce crime. »

D'après Galliot (2), avant la Révolution, la justice des Parlements faisait traîner et pendre, jusqu'à ce que mort s'ensuivît, tout individu coupable d'un coup brutalement porté à une femme enceinte.

Cette loi barbare était appliquée non seulement en France, mais encore en Angleterre.

Ambroise Paré est un peu moins sévère , car il établit une distinction suivant l'âge de

(1) De Bots. Histoire du droit criminel des peuples modernes, t. IV. Partidas VII, leg. 8, p. a35.

(2) Sur l'avortement criminel Thèse, Lyon, 1884 , p. 86.

m ÉTUDES S UU LA GROSSESSE

la grossesse (i) : ...« Si quelqu'un, dit-il, « frappe ou pousse une femme, et qu'elle <( avorte, si l'enfant est déjà formé, qu'il en « perde la vie, mais s'il n'est encore formé, « qu'il soit condamné ii amende pécuniaire. »

Dans le livre de théologie musulmane intitulé El Ktab (2), on lit que la peine de mort sera prononcée, « pour la personne qui, en « blessant une femme enceinte, occasionne « sa mort avant ses couches, ou celle de l'en- « faut qui, né vivant, meurt peu après. »

Il est évident qu'il s'agit bien ici d'accouchement prématuré, déterminé par le traumatisme.

Dans El Ktab, il est dit également que « la « femme qui attente aux jours de son fruit..., « par des moyens extérieurs, sera condam- « née. »

Les Arabes semblent avoir sur ce sujet, comme sur beaucoup d'autres d'ailleurs, une opinion spéciale; car le législateur Si-Khelil s'exprime ainsi :

« Lorsqu'il y a intention formelle de pro- « voquer l'avortement, en frappant la main

(1) Amb. Paré, t. XXVIII Des Rapports,;chap.;2, édit. Malgaigne.

(a) El Klab, traducL P. de Régla, La Magie, p. 196.

« sur le ventre, sur le dos ou sur la tête, et « que l'enfant est venu vivant et viable, ou « mort, le principe est qu'il n'y a lieu de « prononcer la peine de mort, contre le couce pable, que lorsque la mère a été frappée « par lui sur le ventre ou sur le dos. »

M. Brouardel rapporte (i), d'après Engelmann et Rodet, que, en Annam : « si, au cours « d'une rixe, une femme enceinte reçoit des « coups assez violents pour déterminer un « avortement, le coupable est condamné à « 60 coups de bambou et un an de fer ».

D'après le même auteur : « si une femme « enceinte prisonnière a eu à subir, par ordre « du magistrat, des mauvais traitements, ayant « pour conséquence de provoquer l'avorte- « ment, celui qui en a donné l'ordre est con- « damné a 80 coups de bambou et h 3 ans de « fer » .

C'est certainement par crainte de l'avortement, que la Justice, dans notre pays, a toujours dispensé les femmes enceintes, des peines corporelles, dont elle était cependant si prodigue autrefois en Europe, et qui sont encore usitées aujourd'hui chez bien des peuples.

(1) L'avorlemcnt, 1900, p. 38,

D'après le DrQuercy(i), certains parlements réformaient les sentences des juges inférieurs, « et se contentaient, dans le cas de grossesse, « au lieu de punir les maquerelles du fouet, « d'ordonner qu'elles seraient attachées à une « perche, les épaules découvertes, et que « l'exécuteur des hautes œuvres , armé de « verges , les promènerait en cet état dans « l'intérieur de la ville, sans les frapper. »

En France, jusque vers le milieu du xixe siècle, on admettait — sans même discuter cette opinion — que les traumatismes, sous forme de coups ou de chocs, étaient une cause très fréquente d'interruption de la grossesse, surtout s'ils étaient accompagnés d'une hémorragie abondante.

La région hypogastrique et la z.one génitale étaient déjà considérées comme privilégiées, dans la détermination de l'avortement.

D'après Raulin (2), si les femmes enceintes « tombent sur le dos, le placenta se détache ; « si c'est sur le ventre, le fœtus en est « blessé. »

Cet auteur rapporte plusieurs observations

(1) La prostitution, in Médecine internai., n° 5, juin 1900, p. 17.

(2) De la conservation des enfants, 1768, t. I, 2e partie, p. 368, 9, 370, 1,

d avortements, ou d'accouchements prématurés, déterminés par des traumatismes.

« Il n'y a que peu de temps, dit-il, qu'une « dame accoucha d'une fille, huit jours après « avoir fait une chute sur le ventre. »

Plus loin il cite trois faits, dans lesquels l'accouchement fut dû à l'action du fouet.

Dans le premier cas , il s'agit d' « une fille puce blique, grosse de six mois, qui avait été cruellece ment fouettée par des libertins, el piquée avec « de grosses épingles ; les marques en étaient em- « preintes aux cuisses, aux fesses et en d'autres encc droits de son corps. Quinze jours après elle accou- « cha d'un enfant mort. »

La deuxième observation, due à Pechlin, a trait à la femme d'un pécheur, qui accoucha de deux jumeaux, ce quelque temps après que son mari l'eut « fouettée. »

Enfin le troisième cas, emprunté à Salmuth, est celui d' ce une femme criminelle, qui, étant grosse, « fut fouettée par ordre du juge, qui n'avait pas eu « connaissance de sa grossesse. »

D'après Roussel (i), ce les fausses couches, « que font les femmes de la campagne, sont « presque toujours causées par des efforts « excessifs ou par des chutes. »

(i) Système physique et moral de la femme, 1820, P- 172.

348 ÉTUDES S Uli LA GROSSESSE

Bordot attribue la même influence aux brutalités conjugales.

« Combien est-il fréquent, dit-il (i), parmi « la classe de ce peuple plongée le plus sou- « vent dans la débauche la plus crapuleuse, « le nombre d'accouchements malheureux, et « d'avortements, qu'on peut attribuer aux « violences exercées par ces hommes envers « leurs femmes. »

Depuis le dernier tiers du xix° siècle, l'influence du traumatisme, sur la grossesse, a été l'objet de travaux nombreux, et de discussions mémorables.

Le mémoire de Valette (de Lyon), qui date de i864, et dont le retentissement fut considérable, semble avoir été le point de départ de toutes les recherches ultérieures.

Les discussions, sur ce sujet, eurent surtout lieu à la Société obstétricale de Londres, à la Société de chirurgie de Paris, à la Société d'obstétrique de Leipzig, et enfin au Congrès de Genève en 1877.

Les débats furent surtout dirigés par Verneuil et par M. Guéniot, qui accumulèrent sans difficulté les faits et les raisonnements les

(1) Bordot. Instruction sur les femmes enceintes, i8ao, p. m4.

CAUSES DES VARIATIONS 3/ig

plus contradictoires, rendant ainsi la question très obscure.

À l'heure actuelle, on peut affirmer que l'influence du traumatisme, sur la grossesse, est loin d'être complètement élucidée.

Mais on admet qu'il y a lieu d'établir une distinction, non seulement suivant l'importance du traumatisme, et de l'hémorragie consécutive, mais aussi suivant le siège de la lésion.

Les travaux les plus récents, sur cette question importante de l'influence des traumatismes sur la grossesse, sont ceux de M. Tillaux, et de Noble (i), ce dernier n'envisageant la question qu'au point de vue chirurgical.

(i) Noble. American gynecol. and obstetr. Journal, avril 1899.

(3) Influence des traumatismes siégeant en

dehors dr la zone ardomino-gen1tale.

a) Traumatismes accidentels. — Rien ne serait plus facile que de réunir un grand nombre d'observations de luxations, de fractures, et de traumatismes variés, à la suite de chocs ou de chutes, et ayant interrompu le cours de la grossesse.

Nous en avons incidemment noté un certain nombre, au cours du chapitre précédent.

C'est ainsi qu'à la suite de chutes, particulièrement dans les escaliers, — accident auquel la femme enceinte est très exposée, dans les derniers mois de sa grossesse, par suite du déplacement de son centre de gravité, — des accouchements prématurés ont été observés bien des fois.

On a noté cependant que, dans ces chutes à la suite de fauxpas, qui sont quelquefois favorisées par la hauteur démesurée des talons de chaussures, la femme enceinte tombe heureusement beaucoup plus souvent sur le siège, que sur le ventre ou le côté.

Parmi les traumatismes de ce genre, ayant provoqué l'expulsion immédiate du fœtus, le fait suivant, qui est rapporté par Witkowski, mérite certainement une mention spéciale.

CAUSES DES VARIATIONS 35i

\ Saardam, cette ville de Hollande dans laquelle Pierre le Grand apprit à construire les navires, il rxisle une église dite du Taureau, dans le chœur de laquelle est un tableau, représentant le soulèvement d'une femme enceinte par un taureau furieux, sur les cornes duquel elle est assise. Sous l'influence de ce violent traumatisme a rétro, l'accouchement se produit en l'air; et on voit le fœtus se détacher de la femme, pour tomber sur le sol (en même temps qu'une des savates de la mère).

Je dois à l'obligeance de M. Vincent, professeur agrégé et chirurgien-major de la Charité à Lyon, une observation récente et très intéressante, d'accouchement prématuré, déterminé par un traumatisme violent, n'ayant pas porté sur la région abdomino-génitale.

Le 3i mai 1900, Mme T..., belle-fille de médecin, est prise dans le sérieux accident du chemin de fer de l'Ouest-Lyonnais (rencontre d'un train par une locomotive), étant enceinte de sept mois et demi environ.

L'abdomen n'a subi aucun choc. C'est tout au plus s'il y a eu contusion d'une grande lèvre variqueuse, et consécutivement un léger thrombus (grande lèvre gauche).

Mais la victime "présentait les lésions suivantes : 1) Luxation du genou gauche, avec arrachement du ligament latéral externe, et de la tête du péroné; hémarthrose ; éraillures de la jambe.

35a ÉftlbES SUN LA GROSSESSE

2) Fracture de l'extrémité supérieure du tibia droit (par écrasement), et du péroné au même niveau ; hydrohémarlliroscs du genou ; ecchymose énorme.

3) Plaies de l'avant-bras droit, dans lequel s'était implanté un clou, avec un éclat de bois provenant du wagon.

4) Contusions et éraillurcs du cuir chevelu.

M. Vincent ordonna à sa malade des injections rectales, avec 4o gouttes de laudanum, dans le but de prévenir la répercussion du traumatisme sur l'utérus.

Malgré ce traitement préventif, l'accouchement prématuré eut lieu le lendemain à 9 heures du matin, la sortie de la tête étant précédée d'un léger écoulement sanguin, dû probablement au décolle-* ment du placenta, à la suite de l'ébranlement traumatique.

L'enfant, né en état d'asphyxie bleue, put rire facilement ranimé, et va aujourd'hui, ainsi que la mère, aussi bien que possible.

b) Traumatismes chirurgicaux . — On a vu parfois l'avortement succéder à une simple avulsion dentaire, à l'ouverture d'un panaris ou d'un furoncle, à une suture cutanée, etc.

On comprend donc que des opérations plus graves aient souvent interrompu le cours d'une grossesse normale.

Cet accident est survenu, notamment, à la suite d'amputations de membres, de désarti-

dilutions, de réductions de fractures ou de luxations, de trachéotomie, d'empyème, etc.

De telle sorte que, la prudence commande de suivre le conseil donné par M. Tillaux, et de ue pratiquer, chez les femmes enceintes, que les opérations d'urgence.

D'après les statistiques, l'interruption de la grossesse serait surtout fréquente, quand on opère entre le troisième et le cinquième mois, et pendant le huitième.

A l'action abortive du traumatisme chirurgical en luirmême, viennent se joindre deux cuises prédisposantes, qui jouent souvent un rôle prépondérant : d'une part l'hémorragie pendant ou après l'intervention; d'autre part l'infection, dont l'influence n'est pas douteuse, quoiqu'elle soit assez complexe.

Il est certain que l'infection peut agir de plusieurs façons : sur la mère d'abord, par l'hyperthermie, et par les toxines qui exercent une action sur la fibre musculaire ; enfin sur le fœtus, dont la mort peut être due à cette influence.

On comprend donc la raison de ce fait que, depuis quelques années, les exemples de tolérance des femmes enceintes, vis-à-vis des traumatismes chirurgicaux, se sont beaucoup multipliés.

Bouchacourt. a3

354 ÉTUDES SUIi LA GIWSSESSB

• c) Exemples de résistance à ces actions abortives. — Il serait facile de réunir de nombreux faits de traumatismes accidentels d'une extrême violence, et qui, cependant, n'onl pag produit l'avortement.

L'action abortive des traumatismes est, en effet, très incertaine ; aussi les personnes qui cherchent à utiliser cette influence, pour supprimer une grossesse gênante, en sont-elles pour leurs frais, dans la plupart des cas.

Tardieu explique ces insuccès fréquents, en disant que : « bien rarement les femmes pous- « sent ce dernier moyen assez loin, pour lui « donner quelque efficacité. »

Mauriceau a rapporté (i) l'observation d'une femme, qui accoucha à terme d'un enfant vivant, bien que, à sept mois, elle soit tombée d'un troisième étage, pour échapper à un incendie, et se soit fracturée l'avant-bras, en tombant sur un tas de pierre.

Gendrin raconte l'histoire d'une femme qui, étant enceinte de cinq mois, fut lancée pardessus la tête du cheval, au cours d'une promenade pn cabriolet ; elle n'en accoucha pas moins à terme d'un enfant vivant.

(i) Mauriceau. Observations sur la grossesse et l'accouchement des femmes. Paris, 1719, t. II, p. 198.

Cazeaux a observé un fait identique, chez la femme d'un notaire des environs de Paris. Il a vu encore une jeune fille se jeter dans la Seine, du haut du Pont-Neuf, étant enceinte de cinq mois; l'accouchement se fit néanmoins à terme.

Brillaud-Laujardière rapporte (i) l'observation d'un paysan de la Loire-Inférieure, qui essaya en vain de faire avorter sa servante, enceinte de ses œuvres, en la lançant violemment à terre, à deux reprises différentes, du haut d'un cheval au galop,1 sur la selle duquel il la faisait monter au devant de lui.

Witkowski rappelle (2) les faits du procès retentissant de Mme Lemoine, qui, pour faire avorter sa fille, engrossée du fait de son cocher Jean Fétis, avait en vain soumis cette malheureuse au régime des chutes, dont quelquesunes d'un lieu assez élevé.

À la séance du 3i mai 1876, de la Société de chirurgie de Paris, M. Guéniot rapporta de nombreux exemples, de « plaie étendue « n'ayant porté aucune atteinte grave à la « gestation » ; il cita aussi des cas d'amputa-

(1) Do l'avorlement provoqué... Paris, 1862. p. 27g.

(2) La génération humaine, 1881. p. 267.

tion, et de désarticulation de l'épaule, qui n'avaient donné lieu à aucun accident.

Il est donc certain que le cours de la grossesse peut ne pas être interrompu, malgré des fractures multiples, des luxations ou des plaies considérables, dans de grands traumatismes, notamment à la suite des accidents de chemins de fer.

On trouve reproduite partout, comme exemple de la force de résistance, que peuvent offrir certaines femmes, à toutes les causes d'avortement, l'observation qui a été publiée par Guibout (i), au milieu de ce siècle.

Il s'agissait d'une jeune dame qui, habitant la Californie, résolut d'accoucher à Munich, sa ville natale.

Au cours de son voyage, elle fut d'abord prise dans une collision de trains, en traversant en chemin: de fer l'isthme de Panama ; puis eut à subir une traversée des plus mauvaises, en se rendant à Portsmouth.

Arrivée à Paris, elle fit une chute dans son hôtel, et roula au bas de l'escalier ; elle prit en outre un lavement purgatif, pour faire cesser une constipation opiniâtre, qui durait depuis plus de quinze jours...

(i) Société de médecine de la Seine, i85g.

Après une série de menaces d'accouchement prématuré, elle arriva enfin à Munich, où elle accoucha à terme plusieurs jours après.

M. Vibert a observé le cas d'une femme enceinte de trois mois, qui se trouvait dans le train tamponné, lors de l'accident de Saint- Mandé; elle fut fortement contusionnée; dans le compartiment où elle était, deux de ses enfants furent tués, et son mari blessé ; sa grossesse ne fut cependant pas interrompue (i).

M. ïillaux rapporte (2) avoir vu, a l'hôpital Saint-Antoine, une femme enceinte de six mois, qui, prise par une courroie de transmission, fut entraînée par un grand volant pendant cinq ou six tours.

Elle eut le bras droit arraché, et l'épaule luxée ; ce qui ne l'empêcha pas d'accoucher à terme après guérison.

M. Tillaux a eu autrefois clans son service, a l'hôpital Beaujon, une femme qui était tombée du sixième étage, étant enceinte de six mois ; la grossesse continua normalement, et l'accouchement eut lieu à terme.

(1) Vibert. Précis de médecine légale, 1896, p. 429.

(2) Traumatisme et grossesse. Bulletin médical, 5 janvier 1898.

A la séance du icr juin 1900 de la Société d'obstétrique, gynécologie et pédiatrie, M. Varnier a rapporté l'observation d'une Bretonne de 18 ans, primipare, qui se jeta par la fenêtre d'un deuxième étage, étant enceinte de sept mois, et qui présenta, a la suite de cette chute, tous les phénomènes d'une fracture du crâne (otorragie, strabisme interne, coma, etc.).

Cette femme fut soignée à Laënnec, dans le service de M. Reclus, et ne reprit connaissance qu'au bout de huit jours, les bruits du cœur fœtal ayant toujours été excellents.

Elle fut envoyée à Michelet aussitôt après sa guérison, et vint accoucher à terme à la clinique Baudelocque, dans des conditions tout à fait normales.

A propos de ce fait unique de fracture de la base du crâne, survenue au cours d'une grossesse qui a continué à évoluer, M. Varnier a fait une série de recherches bibliographiques chez les auteurs étrangers, et il a cité les cinq observations qui lui ont paru les plus intéressantes (1), aussi « fabuleuses » que le fait de Mauriceau.

(1) Comptes rendus de la Société d' obstétrique, gynécologie et pédiatrie, juin iqoo.

CAUSES DES VARIATIONS 35g

Dans la première observation recueillie par M. Vanner, il s'agit d'une femme dont le cas peut être considéré comme une transition, entre les cas d'interruption et de continuation de la grossesse, sous l'influence du traumatisme.

Celte malade perdit, en effet, à la suite d'un traumatisme grave, la moitié seulement d'une grossesse gémellaire.

Les deuxième et troisième observations de M. Varnier ont trait à des fractures du crâne, avec enfoncement de la voûte, qui ont été trépanées et guéries, sans retentissement fâcheux sur la grossesse.

Quant aux observations 4 et 5, elles ne présentent rien de spécial ; elles constituent seulement de nouveaux exemples de la tolérance de certaines femmes enceintes, vis-à-vis. des chutes d'un lieu élevé (troisième étage dans un cas).

Les observations de femmes tombant dans les escaliers, et dégringolant quelquefois un étage entier sur les fesses, ou sur le côté, sans que leur grossesse soit interrompue, sont innombrables.

Le cas suivant, publié par David, mérite d'être rapporté, h cause de la violence du traumatisme (i), et de l'importance de la lésion produite.

(i) Ta m. mer cl Bt'Di.x, t. III, Dystocic, p. 34a.

3Go ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

Il s'agit d'une femme qui eut le sacrum brisé en quatre fragments, à la suite d'une chute sur 1rs fesses, faite au quatrième mois de sa grossesse.

La réunion s'opéra; mais un cal difforme très volumineux vint obstruer tout le petit bassin.

La grossesse ne fut pas interrompue; mais, pendant le travail à ternie, la femme succomba.

M. Quenu a réséqué un maxillaire supérieur, chez une femme enceinte de cinq mois; l'avortement ne s'est pas produit.

CAUSES DES VARIATIONS 36i

y) Influence des traumatismes ayant pour

SIÈGE LA RÉGION ARDOMINO-GEN ITALE . L'aC-

tion abortîve des divers traumatismes est certainement portée à son maximum, quand ils agissent sur des régions qui sont en relations plus ou moins directes avec l'appareil génital, c'est-à-dire sur les régions mammaires, vagino-périnéales et abdominales.

Cette opinion est admise par tout le monde, depuis fort longtemps, des observations nombreuses ayant bien établi l'influence abortive spéciale, exercée par des traumatismes accidentels ou chirurgicaux, même légers, quand ils siégeaient sur ces différents points de l'organisme.

a) Traumatismes abdominaux . — Ils sont particulièrement dangereux. Ils se subdivisent en accidentels, prémédités et chirurgicaux.

i) Traumatismes accidentels. — Rien n'est moins rare que les observations dans lesquelles un violent coup, porté sur l'abdomen, a déterminé l'avortement ou l'accouchement prématuré.

Dans l'historique de ce chapitre, nous avons vu que le traumatisme abdominal jouait un rôle prépondérant, quoique, dans bien des

3Ga ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

cas, le siège de ce traumatisme ne fût pas nettement précisé dans le fait rapporté sans aucun détail.

Ainsi c'est certainement, le plus souvent, à des coups de pied ou de poing dans le ventre, que s'applique cette phrase de Vaysettes, que nous avons déjà citée, et où cet auteur parle de faits dans lesquels « la cor- « rection maritale produisit des effets plus « rapides que les douches de Kiwisch. »

Dans bien des cas de chutes ayant déterminé l'expulsion du fœtus, il est facile de se rendre compte qu'il y a eu traumatisme abdominal.

Les exemples, cités précédemment, de Raulin, de Bordot, etc., ne permettent pas de mettre en doute cette influence spéciale.

Sue a rapporté (i) le bel exemple suivant, d'avortement provoqué, chez une actrice de l'Opéra, par la brutalité directoriale :

Le fameux Lulli, chargé de la direction du théàlre de l'Opéra, ne pouvait souffrir de voir enceintes les actrices de ce théâtre, non par scrupule, mais parce que leur grossesse les empêchait de remplir leurs devoirs.

(i) Sue. Essai sur l'art des accouchements, 1779, t. I, p. 208,

G WSES DES VARIATIONS

S'étant un jour aperçu que MUc Le Rocliois, une lies plus célèbres, était en cet état, il lui demanda avec colère de qui était cet enfant.

La demoiselle lui avoua qu'il était de Le Bas, basson de l'Opéra, qui lui avait même fait une promesse de mariage; Lulli voulut la voir, et MUe Le Rocliois tira aussitôt de sa poche un valet de pique, sur lequel elle était écrite.

A celle Mie, il ne put retenir son indignation, et donna brutalement un coup de pied dans le ventre tir \llle Le Rocliois, ce qui lui fit faire une fausse couche.

Dans une observation rapportée par M. Bar, à la Société d'obstétrique de Paris (i), on lit: qu'une femme, « étant enceinte pour la sixième a fois, reçoit, au 3e mois de sa grossesse, un « violent coup de pied dans le ventre; elle a « une hémorragie et avorte trois jours après. »

On a bien voulu me communiquer cette autre observation inédite :

La nommée Céline S...,. âgée de 26 ans, vient à la consultation de la Maternité de X..., le 20 décembre 1898, à 7 heures du soir, se disant enceinte de trois mois, et perdant du sang en abondance.

Cette malade présente de nombreuses ecchymoses

(1) Bulletin de la Société d'obstétrique de Paris, 1898, H° 3, p. ioq.

répandues sur tout le corps, et surtout marquées au niveau du bas-ventre.

Interrogée sur leur provenance, elle déclare avoir été rouée de coups, la veille, par son mari, et avoir reçu, notamment, plusieurs coups de pied dans le bas-ventre, dont elle porte d'ailleurs des tracea indéniables.

Le 21 décembre à 2 heures du matin, celle femme expulsa un enfant mort.

Dans les antécédents de la nommée Richef..., âgée de 21 ans, qui occupait, au mois de juillet dernier, le lit n° 33 du dortoir de la clinique Tarnier, j'ai noté un accouchement prématuré, sous l'influence du léger traumatisme suivant :

Cette femme étant enceinte pour la première fois, et arrivée au septième mois de sa grossesse, s'assit, le 10 avril 1898, sur le rebord d'une chaise, qui bascula brusquement.

Elle tomba violemment sur les genoux, cl son ventre vint heurter ses cuisses, mais ne toucha pas le sol; la malade est très affirmative sur ce point.

A partir de ce moment, cette femme ne sentit plus remuer son enfant, et ressentit des douleurs abdominales à plusieurs reprises.

Au bout de huit jours, elle eut une hémorragie, à la . suite de laquelle elle accoucha d'un enfant mort,

J'ai recueilli l'observation suivante, à la Maternité de Saint-Louis, dans le service de M. Auvard, suppléé par M. Brindeau.

La nommée Chris..., femme Du.. ., a5 ans, a élé réglée pour la première fois à 12 ans; elle l'est régulièrement tous les a3 du mois, l'écoulement durant 4 jours. Bon état général. Mariée en juin 1897, celte femme fait un premier avortement à trois mois et demi, à l'Hôtel-Dieu, le 3 octobre 1897, à la suite de coups de poing et de pied, reçus dans le ventre et dans les jambes, et dont le distributeur avait été son mari.

Celui-ci, alcoolique invétéré, rentrant ivre et la trouvant couchée, l'avait rouée de coups sans autres explications.

La malade garde le lit pendant cincj jours, perdant du sang, puis, ayant avorté le huitième jour, entre à l'Hôtel-Dieu.

Une deuxième grossesse se termine à terme à l'Hôtel-Dieu, le 20 septembre 1899, m£dgré une menace d'avortement à la suite d'un nouveau traumatisme abdominal, ayant la même origine que précédemment.

Cette femme va à la consultation de l'Hôtel-Dieu, où on la rassure, en lui affirmant que sa grossesse continuera, « parce que le coup n'a pas été porté du « côté de la tête de l'enfant. » (C'est du moins ce qu'elle a compris.)

Et, en effet, l'accouchement eut lieu à terme; l'enfant fut allaité par sa mère jusqu'à ces jours-ci.

3 GO ÉTUDES SUft LA GROSSESSE

Le samedi 22 décembre 1900, le mari, rentrant ivre à son domicile suivant son habitude, vers 9 heures du soir, trouve sa femme au lit.

Il la frappe violemment à coups de poing et de pied, et, lui appuyant ses deux genoux sur le ventre, il lui envoie dans l'œil droit un coup de poing formidable (dont elle porte encore les traces ecchymetiques 10 jours après).

Cette femme, qui, nourrissant, n'avait pas eu son retour de couche, et qui ne se savait pas enceinte, s'aperçoit aussitôt qu'elle perd du sang en abondance ; le mari, dégrisé par cet événement, court à minuit chercher un méH^cin, qui fait transporte? la malade à l'hôpital Saint-Louis.

Entrée à la salle de travail le a3 décembre h quatre heures du matin, cette malade expulse le 25, à huit heures du matin un embryon de deux mois environ, long de 5 centimètres, et pesant 5 grammes; pendant tout ce temps elle a continué à avoir des douleurs et à perdre du sang.

Alors que, le 3i décembre, je recueillais tous les détails de cette observation, de la bouche de la malade, cette brave femme me prit, sans doute, pour une autorité policière, car elle me dit qu'elle allait envoyer chercher son brutal de mari, qui habitait tout à côté, rue Bichat, pour que je lui adresse une sévère réprimande, qui lui fasse peur, parce qu'il avait déterminé ainsi un avortement.

J'avoue que je me suis dérobé à ce rôle, qui m'apparut comme sortant des limites de mes pou-

voir-, et que je me suis borné à plaindre cette victime des brutalités conjugales, en me rappelant la tirade de Bordot.

Enfin les chutes sur le plat, ou dans des escaliers, et dans lesquelles il y a traumatisme direct de la paroi abdominale", sont naturellement encore bien plus fréquemment l'origine davortements, que quand le traumatisme a porté sur une autre région.

Je me contenterai de rapporter le fait suivant] que M. Brindeau vient d'observer a l'hôpital Saint-Louis.

Mad. Leu..., 36 ans, étant enceinte de 7 mois et de son quatrième enfant, va consulter une sagefemme pour lui demander si le fœtus se présente bien. En redescendant l'escalier, elle fait un faux pas, tombe sur le ventre, et roule du palier d'un étage au palier sous-jacent.

Cette femme se relève sans trop de mal, souffrant seulement un peu du ventre; mais, en arrivant chez elle, elle perd « un plat de liquide ». Quelques heures après, elle arrive à l'hôpital Saint-Louis, où on constate une présentation de l'épaule avec enfant mort; utérus très rétracté. La malade présente, au-dessous de l'ombilic, une ecchymose très nette, de la largeur d'une pièce de 5 francs.

M. Brindeau fait l'embryotomie rachidienne; suites de couches normales.

3G8 ÉTUDES i>Uft LA GROSSESSE

2) Traumatismes prémédités dans le but de provoquer l'avortement. — Parmi les faits que nous avons cités, en faisant l'historique de l'influence des traumatismes sur la femme enceinte, un certain nombre d'entre eux se rapportent a des coups donnés sur des ventres gravides, dans l'espoir d'interrompre la grossesse.

Nous avons vu que, d'après la législation espagnole du moyen âge : « la femme enceinte « ...qui se donne des coups de poing sur le « ventre, pour se faire avorter, doit subir « pour ce fait la peine capitale. »

En réalité, il semble que tous les peuples primitifs ont essayé d'avoir recours au traumatisme abdominal, pour déterminer l'avortement.

M. Brouardel (1) s'exprime, sur ce sujet, de la façon suivante : « Parmi les Indiens « d'Amérique, les naturels d'Australie, les « aborigènes de Sierra-Leone, les nègres de « l'intérieur de l'Afrique (particulièrement de « Loango), l'avortement est provoqué soit en « pétrissant et en frictionnant le ventre avec « la main, soit en le frappant à coups de « poing'. »

(1) Brouardel. L'avorlcmcnt, 1901, p. a5 et 28.

m ■pPLHPiiM . . — ■ -

CAUSES DES VARIATIONS 36g

Nous avons cité précédemment un passage de Si-Khélil, fixant une pénalité spéciale, a lorsqu'il y a intention formelle de provo- « quer l'avortement, en frappant la main sur « le ventre. . . »

D'après Witkowski (i), l'avortement se pratique d une façon courante, en Océanie, au moyen des violences extérieures.

Suivant Hoberland (2), les femmes du Kamtschatka, qui désirent s'éviter les incommodités de la grossesse, se livrent aux mains de sagesfemmes, qui leur pétrissent le globe utérin avec leurs poings, « pour briser les membres « du fœtus, et en déterminer ainsi l'expul- « sion. »

Bomvick rapporte (3) que les Tasmaniennes pratiquent fréquemment l'avortement, en se faisant frapper sur le ventre, à coups redoublés, par de vieilles femmes.

En Annam, d'après M. Brouardel, ce pro^cédé abortif serait employé couramment, sauf que les coups sont donnés sur le ventre « suivant une certaine méthode. »

(1) Histoire des accouchements, p. 638 et 56o.

(2) Cari Hoberland. L'infanticide chez les peuples anciens et modernes. (Bévue internationale des sciences, 1880. t. V. p. 4o3 )

(3) Daily life of thc Tasmanians.

BOUCHACOUKT. 24

37o ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

Enfin, le missionnaire Ward allirme que, dans l'Inde, on observe fréquemment des avortements dus h des violences extérieures, telles que des coups de pied.

Hoberland affirme encore que les Mundas, dans l'Inde orientale, provoquent l'avortement en imprimant des déplacements et des pressions à l'utérus.

D'après Engelmann et Rodet, quand, chez les nègres du centre de l'Afrique, une femme devient enceinte pendant qu'elle allaite, le père pense prendre les intérêts du nourrisson, en déterminant l'avortement, chez la nourrice, par des coups de poing dans le ventre.

Au Paraguay, d'après le récit de Azara (i), la femme qui désirait avorter se couchait sur le dos, « et les matrones lui piétinaient le « ventre, avec leurs poings et leurs pieds, « jusqu'à ce qu'il s'écoulât du sang du « vagin. »

Les Payaguas de la Plata feraient avorter leurs femmes par le même procédé, dès qu'ils sont pères de deux garçons.

Mathieu rapporte (2) qu'à Formose , les femmes ne pouvant accoucher sans crime avant

(1) Voyages dans l'Amérique. 1809, II, p. 179, 116.

(2) Etude clinique sur les maladies des femmes, 1848.

l'âge de 35 ans, « les prêtresses leur foulent « le ventre, et les font avorter, lorsqu'elles « deviennent enceintes trop prématurément.))

D'après Hoffmann (1), les pressions énergiques et répétées sur le bas-ventre, auraient, dans le même but, été employées avec succès.

Cet auteur a montré en effet, en collaboration avec V. Basch, que l'excitation, même légère, de la surface de l'utérus, gravide ou non, provoquait des contractions de l'organe.

C'est ainsi que Westrand rapporte un cas, dans lequel l'avortement est survenu à la suite de pressions énergiques et douloureuses, pratiquées a plusieurs reprises sur le basventre.

Vibert admet cette influence abortive du pétrissage de l'abdomen , car il s'exprime ainsi (2) : « Le massage et la friction de l'uté- « rus, pratiqués régulièrement et continués « pendant un certain temps, auraient amené. « paraît -il, l'avortement dans un certain « nombre de cas. »

Dans un chapitre spécial, intitulé : massage

(1) Hoffmann. Nouveaux éléments de médecine légale, B8x.

(2) Précis de médecine légale, 1896, p. ^29.

du ventre, M. Brouardel émet l'opinion suivante :

« Ce mode d'avortement qui, paraît-il, est « usité en Suède, est dérivé de la méthode « du massage suédois; cependant je ne crois « pas qu'il ait été, au moins jusqu'ici, fré- « quemment pratiqué en France.

« En Suède, des gens se sont acquis une « triste réputation comme presseurs de ventre « (Bauchdrùcher), et qui prétendent provo- « quer sûrement l'avortement par des pres- « sions répétées sur le ventre des femmes ce enceintes. »

La théorie, sur laquelle repose l'influence abortive du massage, est très rationnelle.

Elle s'appuie sur ce fait d'observation courante, que, pendant le travail, aussi bien avant qu'après l'expulsion du fœtus, on réveille les contractions utérines en frictionnant le globe utérin. Pour la délivrance notamment, cette seule intervention suffit souvent pour produire les contractions, et la rétraction de l'utérus.

Redonnons la parole à M. Brouardel:

a Partant de ce principe, certains masseurs « peu scrupuleux ont pensé que le massage « systématique du corps de l'utérus gravide, « h travers la paroi abdominale, en même

« temps que le massage du col, par le toucher « vaginal, pourrait provoquer des contrac- « tions utérines suffisantes pour amener l'ex- (f pulsion du fœtus.

« Dans ce but, le massage est prolongé a pendant i/4 d'heure ou 20 minutes, et « répété tous les jours, et même plusieurs « fois par jour. »

Ce résultat serait conforme à ce fait, constaté expérimentalement par Hoffmann et V. Basch : que c'est surtout l'excitation du corps de l'utérus qui détermine les contractions de cet organe.

M. Brouardel (1) termine par la phrase suivante :

« Je n'ai pas de données plus précises sur « le résultat obtenu, mais je pense que le « massage ainsi pratiqué est peut-être, de « toutes les manœuvres indirectes, la plus « favorable a l'avortement. »

Tous ces faits rendent inexplicables les insuccès qu'ont obtenu D'Outrepont (182 1) et Ritgen (182/i), dans leurs tentatives de provocation de l'accouchement prématuré artificiel, au moyen du massage abdominal, combiné ou non avec la titillation du col utérin.

(1) JiuouAKDEL. L'avortement, 1901, p. ia5.

3) Traurnatismes chirurgicaux. — En i846 Burd pratiqua, à la suite d'une erreur de diagnostic, la première ovoriatomie pendant la grossesse, pour kyste de l'ovaire ; la malade avorta 2 jours après. On sait combien ces faits se sont multipliés, surtout depuis l'ère antiseptique.

D'après Olshausen, l'expulsion prématurée du fœtus, a la suite de laparotomie, a lieu dans 20 pour 100 des cas, en ne tenant pas compte de l'époque de l'intervention. M. Bouilly accepte ce chiffre global, mais il le considère comme trop pessimiste.

Cette question de l'influence des laparotomies sur l'évolution de la grossesse, préoccupe beaucoup, à l'heure actuelle, les chirurgiens et les accoucheurs.

Elle a donné lieu à une série de travaux récents, parmi lesquels nous citerons surtout : ceux de Dsirne, de Bovée, et les thèses de Hurel (1) et de Borderies (2), faites à Lyon, sous l'inspiration de M. Laroyenne.

Il est incontestable que la grossesse a beaucoup plus de chances de continuer son évo-

(1} Hurel. Thèse, Lyon, 1899. Ovariotomie pendant la grossesse.

(2) Borderies. Thèse, Lyon, 1900. Des opérations utérines et juxta-utcrincs pendant la grossesse.

lution, quand la laparotomie est précoce (i).

Dsirne (2) a montré, en effet, que quand l'intervention a été pratiquée au troisième ou au quatrième mois, les accouchements ont lieu à terme dans la proportion de 85 à 90 pour 100; en dehors de ces deux mois, la grossesse n'atteint son terme que dans 55 à 63 pour 100 des cas.

Sur une statistique de vingt ovariotomies doubles récentes, rapportées dans Tarnier et Budin, et pratiquées entre le deuxième et le cinquième mois, la grossesse n'a été interrompue que cinq fois.

Les opérations pour fibromes présentent le maximum de prédisposition à l'interruption de la grossesse ; dans les cas d'énucléation, l'avortement s'est produit environ trois fois sur quatre.

Dans les cas d'appendicite, d'obstruction intestinale, et de kystes de l'ovaire, l'intervention a déterminé fréquemment l'avortement, ou l'accouchement prématuré.

La statistique de M. Pozzi, qui s'arrêtait en 1893, comprend 5 avortements sur 19 survies, à la suite de myomectomie abdominale pour fibromes.

(1) Tarnier et Budin, t. III, p. 479 et 48o.

(2) Semaine Médic, 1892, p. 5oo.

La thèse de Turner, qui contient une statistique allant de 1890 à 1900, enregistre des résultats encore meilleurs : 7 avortements sur l\o survies.

Mais, dans les statistiques américaines récentes de Bovée(i), sur trente-huit cas d'ablations doubles des ovaires, dont 10 fois pour kystes de l'ovaire, il y a eu interruption de la grossesse dans la moitié des cas ; une de ces opérations fut faite pour salpingite suppurée double.

Dans les laparotomies pour kystes hydatiques, et pour kystes du paraovarium, la proportion a été à peu près la même.

M. Quenu a rapporté, à la Société d'obstétrique, de gy nécologie et de pédiatrie (2), une observation, dans laquelle un avortement de cinq mois et demi eut lieu 3o heures après l'extirpation d'un kyste dermoïde, par la voie abdominale ; et Cependant l'opération avait été très simple, et n'avait pas duré plus, de 5 minutes.

De la discussion qui suivit, on peut cependant conclure que l'utérus fut légèrement traumatisé, M. Quenu ayant été obligé de

(1) American journal ofobstét., février 1900.

(2) Séance du 4 ma' 1900.

faire passer le kyste dans une sorte de fdière, limitée par l'utérus et par les parois pelviennes.

Indépendamment de cet avortement imméciat, qui se produit le plus souvent dans les 48 heures après les opérations, et dont la cause est sans doute le schock opératoire, il existe une autre catégorie d'interruptions de la grossesse, sur laquelle M. Laroyenne a beaucoup insisté : c'est l'avortement tardif, qui se produit plusieurs jours après l'intervention.

D'après M. Hurel, cet avortement, qui serait le plus fréquent des deux, aurait pour origine les suites opératoires, et notamment un commencement d'infection.

Mais il semble bien que, dans certains cas, on doive chercher une autre explication, au fait de l'expulsion du fœtus.

J'ai observé récemment une malade, mère de deux enfants en bas âge, que j'avais adressée à M. Bouilly, pour des douleurs violentes dans l'abdomen, nécessitant le repos au lit depuis quinze jours.

Cette femme, qui se disait toujours réglée, présentait en avant, au-dessus de la symphyse pubienne, une petite masse dure et très douloureuse, semblant reliée à l'utérus. On pensa à un fibrome de- Venu le siège d'inflammation, sans diagnostic ferme d'ailleurs.

La laparotomie ayant montré qu'il s'agissait simplement d'un utérus gravide de trois mois et demi environ, le ventre fut refermé immédiatement. Les suites opératoires furent tout à fait normale-.

La malade sortit de l'hôpital au bout de quelques jours, enchantée de l'opération qu'elle avait subie, car elle ne souffrait plus.

Mais, cinq semaines après, elle expulsait son fœtus, alors qu'elle avait eu auparavant 2 grossesses, qu'elle avait menées jusqu'à terme.

A la séance du i5 novembre de la Société d'obstétrique de Paris, M. Anderodias (de Bordeaux) a rapporté une observation de laparotomie, faite par M. Dubourg, pour un kyste très volumineux de l'ovaire droit, chez une femme qui était enceinte d'environ 3 mois et demi.

L'ovaire gauche, scléro-kystique, fut également enlevé ; mais on ne toucha en aucune façon à l'utérus.

Les suites opératoires furent normales, sauf cependant une suppuration très légère, au niveau d'un fil superficiel de la paroi. La température ne dépassa jamais 370 2.

Aussi fut-on très étonné, quand, i3 jours après, et, sans cause apparente, on vit survenir des contractions utérines très douloureuses, qui amenèrent l'expulsion d'un fœtus mort, mais non macéré, d'environ 4 mois.

M. Second vient de rapporter l\ la Société

d'obstétrique, de gynécologie et de pédiatrie y~ décembre 1900), un fait qui peut encore être considéré comme un avortement retardé.

Il s'agissait d'un utérus gravide latéro-versé, pour lequel on fut conduit à faire une laparotomie, avec le diagnostic de grossesse extra-utérine.

L'utérus étant amarré par une bride fibreuse grosse comme le petit doigt, et relié à un fibrome du volume d'une châtaigne, ce lien fut sectionné ; l'utérus se releva de suite. Les suites opératoires furent absolument normales.

Mais, quelques semaines après, cette femme eut une hémorragie abondante, et expulsa un fœtus au 6e mois. M. Segond n'a eu, d'ailleurs, aucun détail sur cet accident, qu'il n'a appris qu'indirectement.

A la séance du i/i janvier 1901 de la même Société, M. Routier a publié un cas d'avortement de k mois environ, 10 jours après une laparotomie, faite avec le diagnostic de grossesse extra-utérine. On se trouva en présence d'une latéro-version droite ; l'utérus avait été simplement redressé, et le ventre refermé immédiatement.

En résumé, toutes les fois qu'on fait une laparotomie, chez une femme enceinte, le danger d'avortement est d'autant plus grand que l'opération a été plus longue et qu'on s'est approché davantage de l'utérus; enfin

38o ÉTUDES SUR LA GfiOSSESSE

l'hémorragie joue également son rôle, pendant et après l'intervention, ainsi que l'infection consécutive, même quand elle est très légère.

On doit donc admettre, comme conclusion, que, quand on fait une laparotomie chez une femme enceinte, il faut toucher le moins possible à l'utérus, et opérer avec le maximum de rapidité.

Dans sa thèse (Paris 1896), M. Cocard, élève de M. Pinard, après avoir rapporté un fait d'avortement, qu'il attribue à la position de Trendelenburg, ajoute : « Ce cas prouve l'im- « portance qu'il y a h ne pas changer, même « pour un instant, les rapports normaux de « l'utérus gravide, et à ne pas exposer à l'air « cet organe contractile ».

Aussi, dans les cas d'erreur de diagnostic, et dans tous ceux où la laparotomie reste exploratrice, pour se mettre dans les meilleures conditions possibles, il ne faut pas que l'utérus voie le jour.

Enfin, on a observé fréquemment l'avortement, à la suite d'intervention chirurgicale dans l'étranglement herniaire.

l\) Exemples de résistance à ces actions abortives. — M. Guéniot a observé, en 1866, alors qu'il remplaçait a l'hôpital Beaujon le profes-

CAUSES DES VARIATIONS 38i

seur Jarjavayj un fait qui offre, dit-il, « la « simplicité d'une expérience. »

Il s'agit d'une femme de /|5 ans, qui tomba, riant enceinte de cinq mois et demi de sa cinquième grossesse, dans un puits de 7 mètres de profondeur, au fond duquel se trouvaient des outils de maçon.

Cette femme présenta une énorme plaie de l'abdomen, qui fut suturée immédiatement. Mais, la gangrène paraissant imminente, les points de suture furent enlevés le lendemain ; ce qui permit de reconnaître que la plaie n'était point pénétrante, quoiqu'ayant 3 centimètres de profondeur, 33cm de longueur, et environ ko centimètres de largeur.

Au bout de quelques jours, la gangrène s'étant étendue au-dessous des téguments, la plaie atteignit jusqu'à 38 centimètres de longueur, des escarres avant été détachées partiellement. La grossesse continua normalement. Mais , le treizième jour après la chute, la plaie étant en voie de cicatrisation, cette femme, dont l'état général était excellent, fut atteinte du choléra, qui l'emporta rapidement, l'enfant étant resté vivant jusqu'à la fin, et aucune menace d'avortement n'étant survenue à aucun moment.

Le fait suivant, qui a été observé par M. Belin(de Dijon), a été publié en 1878 clans les Archives de tocologie (1) :

(1) Archives de locologie de 1878, revue clinique, p. 488 et 489.

La femme P , âgée de 3a ans, étant enceinte

de plus de 8 mois, s'étant prise de querelle avec son mari, celui-ci lui plongea un couteau de poche dans le flanc gauche. Immédiatement se produisit, à ce niveau, une hernie de l'épiploon, ayant le volume, d'une grosse noix.

La réduction étant impossible, M. Bclin lia fortement le pédicule de la hernie, qui se sphacéla, cl tomba le 6" jour. La grossesse continua sans encombre, pour se terminer par un accouchement à teïme, 24 jours après l'attentat.

D'autres traumatismes violents, ayant produit des plaies pénétrantes de l'abdomen par coup de fourche, coup de corne (Corey), ont été aussi anodins pour des femmes enceintes.

Hoffmann (1) a vu la grossesse continuer, chez une domestique, alors que son patron lui avait appliqué a l'improviste sur le ventre, dans l'espoir de la faire avorter, un coup de battoir si violent, qu'elle en perdit connaissance.

Le même auteur rapporte le cas d'une jeune fille qui se laissa volontairement tomber sur le ventre le battant d'une lourde porte, pen-

(1) Hoffmann. Nouveaux éléments de médecine légale. Commentaires de M. Brouardel, 1881, p. i65.

saut interrompre ainsi sa grossesse; aucun trouble ne s'ensuivit.

À la séance du 3i mai 1876 de la Société de chirurgie, M. (iuéniot, après avoir cité des exemples de grands traumatismes n'ayant pas interrompu le cours de la grossesse, ajouta : « Enfin, chose à peine croyable et cependant « bien authentique, plusieurs observations « d'ovariotomie, faites par Pollock, Marion « Sims, et Spencer Wells. . . », ont eu le même résultat heureux.

Il est certain que, depuis ce moment, la chirurgie abdominale a bien changé.

En 1887, Terillon a fait une ovarotomie pour kyste de l'ovaire chez une femme enceinte; l'opération n'eut aucune influence sur la grossesse.

En 1892, M. Polaillon a présenté à l'Académie de Médecine, une observation d'ovarotomie double chez une femme enceinte de 3 mois et demi; aucun accident ne survint.

En 1893, M. Rendu (de Lyon) obtint un succès analogue.

Le nombre des interventions sans inconvénient pour la grossesse, dans des cas d'appendicite, de kystes de l'ovaire, ou d'obstruction intestinale, est tel aujourd'hui, que la seule question vraiment intéressante est la compa-

raison des statistiques indiquant le taux de l'avortement, de façon à se faire une idée des chances à courir dans des conditions déterminées.

Nous avons vu précédemment quels étaient ces chiffres, et quels étaient les différents âges de la grossesse qui étaient les moins périlleux au point de vue de la continuation de celle-ci.

Nous avons vu, notamment, que Tarnier et Budin rapportaient (1) une statistique de vingt observations d'ovariotomies doubles, chez la femme enceinte, pour kystes de l'ovaire, et que, sur ces vingt cas, l'accouchement avait eu lieu à terme quinze fois.

On peut ajouter à cette statistique le cas de Bovée, de laparotomie pour salpingite double, dans lequel la grossesse continua.

Mangiagalli a fait 5 ovarotomies chez des femmes enceintes, sans un seul avortement. Jeannel (de Toulouse) a obtenu 2 succès sur 2. Dans la thèse de Hurel, on trouve encore 2 observations de M. Condamin, dont Tune est particulièrement heureuse, puisqu'il y eut décortication d'un kyste inclus dans le ligament large, et très adhérent à l'utérus.

Enfin on peut citer, parmi les cas méri-

(1) Tahmf.ii et Budin. 1898. t. HT p. J8

toires, une ovariotomie de Morse, au commencement du neuvième mois, pour un kyste dermoïde adhérent dans l'excavation.

L'opération fut particulièrement laborieuse, car on dut attirer l'utérus hors du ventre ; la grossesse n'en continua pas moins jusqu'à terme.

Zaborowski (i) a rapporté, dans sa thèse, une observation de M. Terrier, dans laquelle une tumeur fibreuse, pesant 3 5oo grammes, fut enlevée par myomotomie abdominale, sans que la grossesse fût interrompue.

Apfelstedt a pu réunir trente-deux faits d'opérations de cette nature, sur des femmes enceintes ; il y eut vingt-six guérisons, dont quinze accouchements à terme.

Dans sa thèse récente, M. Borderies (2) a résumé 16 cas de myomectomie abdominale pour fibromes, dans lesquels la grossesse a continué à évoluer sans incident.

Il admet que, dans 85 pour 100 des cas, il y a guérison avec continuation de la grossesse jusqu'à terme.

A la séance du 12 décembre 1900 de la

(1) Zaborowski. Thèse, Paris, 1891.

(2) G. Borderies. Th. Lyon, igoo. Des opérations utérines et juxta-utcrines pendant la grossesse.

Bouciucourt. 25

Société de chirurgie, M. Picqué a présenté une pièce d'hématosalpinx par pédicule tordd qu'il avait enlevée chez une femme enceinte de 5 mois.

La malade a parfaitement guéri, et la grossesse a continué normalement (elle était à ce moment au 8e mois).

Le [y janvier 1901, M. Mouchet a apporte à la Société anatomi<i ne, un kyste dermoïde tordu de Fovaire, enlevé dans les circonstancee suivantes, chez une femme enceinte de 3 mois et demi, dont la grossesse ne fut pas interrompue:

Il s'agit d'une jeune femme primipare, qui présenta brusquement des phénomènes d'occlusion intestinale aigùe (vomissements fécaloïdes). La laparotomie montra un volumineux kyste dermoïde de l'ovaire; à parois crétacées, et à pédicule tordu ; l'occlusion intestinale avait été produite par des brides et des adhérences, provenant de la paroi de ce kyste. L'opération fut des plus laborieuses; l'utérus, qui élail retroversé, fut ensuite redressé. La grossesse continue actuellement.

Enfin un médecin américain, Mayor Robson(i), a publié un certain nombre d'observations d'enlèvement cîe fibromes, par énucléa-

(1) Robson. American journal of obstet., mai 1899.

tion, par la voie vaginale, sans qu'il y ait eu interruption de la grossesse.

b) Tra u ma Usines siégeant sur la région anopèrinèo-vaginale, et sur le col utérin. — Ils sont doués de propriétés abortives incontestables.

Ainsi Mauriceau a observé (i) un accouchement prématuré, trois semaines après l'opération d'une fistule à l'anus.

Cazin et Richet ont eu à déplorer le même accident : le premier après une dilatation de l'anus pour fissure, le second après une simple excision, dans un cas de rétrécissement rectal.

De nombreuses observations ont été publiées, d'avortements à la suite de traumatismes chirurgicaux plus légers encore.

C'est ainsi qu'on a vu parfois le fœtus être expulsé, à la suite d'ablations de végétations vulvaires, d'ouverture d'un abcès de la grande lèvre, etc.

Quant aux opérations ayant pour siège le col utérin, on conçoit qu'elles ont dû être fréquemment la cause d'interruption de la grossesse, à l'époque où elles étaient pratiquées d'une façon véritablement abusive.

(i) Mauhiceau. Observations sur la grossesse et 1 accouchement, 1738, t. II, p. 5o6.

388 ÉTUDES S U li LA G ROSS ES SI!

L'observation suivante, rapportée par M.

Brouardel (i), en est un bel exemple:

« Un général amène sa femme, qui souffrait « de douleurs utérines, à Jobert de Latnballej « Celui-ci pratique l'examen, cautérise une « légère ulcération, et, le soir même, cette « femme faisait, au grand désespoir du géné- (( ral, une fausse couche de quelques mois. »

Dans les cas de fibromes du col, cet accident a souvent succédé à l'énucléation par la voie vaginale.

Pour ce qui est des cancers du col, on sait que l'amputation a été proposée comme opération curatrice, ou simplement palliative, suivant le degré d'envahissement du processus pathologique. D'une façon générale, d'après M. Bar (2), cette intervention provoquerait l'avortement dans un tiers des cas.

Cette statistique de M. Bar prouve donc que, une fois sur trois, la grossesse résiste à cette action abortive presque directe, qu'on aurait pu croire plus puissante.

Hâtons-nous d'ajouter que la statistique

(1) Bkouardel. L'exercice de la médecine, 1900, p. 391 et l'avortement, 1901, p. 1 43 .

(2) Bar. Th. d'agrégation, 1886.

CAUSES DES VARIATIONS 38g

plus récente (jusqu'en 1893) de Theilhaber, est beaucoup moins belle, car sur 17 amputations du col avec survie, il y a eu 9 avortent ents.

M. Tillaux considère que le curettage des végétations vulvaires n'est nullement contreindiqué, chez les femmes enceintes, tellement ravortement, consécutif à cette opération, est exceptionnel.

Dans les cas de polypes du col venant faire saillie dans le vagin, l'ablation est d'autant plus indiquée que la présence de cette tumeur est elle-même une cause d'avortement, tandis que, une fois le polype enlevé, la grosesse continue presque toujours son évolution.

M. Robson a pu, de même, à l'exemple de plusieurs chirurgiens, enlever sans accident certains fibromes des lèvres du col.

Dans sa thèse récente, M. Borderies a réuni 5 observations d'enlèvement de fibromes par la voie vaginale, avec continuation de la grossesse (un fait inédit de M. Condamin, observation n° 26).

M. Doléris a opéré un col utérin chez une femme enceinte atteinte de métrite ancienne, et qui avait présenté une série d'avortements ; la grossesse continua à évoluer jusqu'à terme.

On trouve, dans le Journal d'accouché-

3qo ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

ment (i), un bel exemple de résistance de la zone génitale à l'action abortive.

Une femme enceinte de cinq mois fut chargée, dans une étable, par une vache, et reçut un violent coup de corne, qui l'embrocha de la façon suivante ;

La face interne de la cuisse droite de la femme fut profondément érallée par la corne, qui pénétra ensuite dans le vagin, ert perforant la grande lèvre, et traversa le cul-de-sac latéral gauche ; enfin l'extrémité de la corne contourna l'utérus sans léser ni le col ni le corps.

Ce traumatisme vraiment extraordinaire, comme violence et comme variété de lésions, n'empêcha pas la grossesse de se continuer jusqu'à terme.

c) Traumalismes siégeant au niveau de la région mammaire. — Ils ont parfois déterminé l'avortement.

Ainsi Bérard a rapporté, en 18/io, l'observation d'un accouchement prématuré à huit mois, qui eut lieu vingt jours après une amputation de sein.

Aussi on admet que, dans les cas de cancer du sein, il est préférable d'aitendre la fin de la grossesse, à moins, cependant, que la marche envahissante de la tumeur ne constitue une indication opératoire immédiate.

(i) N° du 28 juillet 1895.

CAUSES DES VARIATIONS 3g.i

On a expliqué, par la sympathie, le fait que la région mammaire était une zone douée d une action abortive spéciale.

Les connexions physiologiques, qui relient la mamelle aux organes génitaux, rendent d'ailleurs parfaitement compte de cette inlluence.

d) Influence de la constrictiôn thoraco-abdo-

minale.

i) Emploi systématique de ceintures cons-

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