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IV. — Influence maternelle

Le contact de l'œuf fécondé avec l'organisme de la mère provoque, chez elle, une réaction particulière, qui se traduit par tous les phénomènes de la grossesse (que celle-ci soit utérine ou ectopique).

Quand l'œuf est normalement implanté dans la cavité utérine, la réaction spécifique sur ce muscle est portée à son maximum ; et bientôt la fibre utérine, sous l'influence d'une excitation quelconque, réagira elle-même en se contractant, et expulsera son contenu.

On conçoit donc que les variations dans la durée de la grossesse soient, avant tout, sous la dépendance des innombrables influences qui sont capables de déterminer la contraction de l'utérus maternel.

i) Influences individuelles et héréditaires.

A) Chez les femelles domestiques. — «) Interruption de la gestation. — On a observé de tout temps que certaines femelles ne pouvaient presque jamais aller jusqu'à terme.

Cet accident se rencontre plus souvent chez la jument et chez la vache que chez les autres femelles; il est tout à fait exceptionnel chez la truie.

CAUSES DES VARIATIONS i/i3

H. Bouley admettait que les femelles, qui avaient avorté une première fois, étaient prédisposées à avorter de nouveau un certain nombre de fois, à des dates qui se rapprochaient de plus en plus du terme normal de

la gestation, o

Pour cet auteur, ces bêtes ne deviendraient aptes à aller jusqu'à terme, qu'après une série de tentatives infructueuses.

« Dans chaque race, dit Cornevin (i), des « bêtes avortent sous l'influence de causes les « plus légères... »

D'après le même auteur, « une femelle, qui « a avorté une première fois, a des chances « d'avorter encore... »

Plus loin, Cornevin reconnaît que : « rien « ne décèle à l'extérieur, qu'une femelle est « prédisposée h l'avortement. . . »; aussi conclut-il en conseillant « de ne pas conserver « les bêtes qui ont cette idiosyncrasie. »

(3) Prolongation de la gestation. — Nous avons vu plus haut que, d'après Vallada, il existait, aux environs d'Ivrée, une famille bovine, dont tous les représentants portaient toujours 10 mois, et quelquefois il mois.

(i) Zootechnie générale, 1891, p. 8i3.

B) Dans l'espèce humaine. — a) Généralités. — Gaspard de Riess attribuait la variation qu'on rencontre, dans la naissance des hommes, aux différents états où se trouvent les mères.

Cette opinion fut soutenue par un grand nombre d'auteurs, parmi lesquels nous citerons: Biïttner, Languis et Augenius.

On trouve, dans Witkowski (i), la citation suivante, tirée de Laurent Joubert : «Quant « au port de la grossesse, le divers terme est « de la diversité des complexions, tant de l'en- « fant conçu que de la mère. »

Il est probable qu'il existe, jusqu'à un certain point, une durée individuelle de la grossesse, de même qu'il existe, pour chaque femme, un type menstruel caractéristique.

R. Barnes (2) fait remarquer judicieusement : qu' « une femme qui est réglée tous « les trente jours peut bien porter plus longce temps qu'une autre qui voit ses règles tous « les vingt-huit jours. »

Pour Bischoff, le temps employé par le voyage de l'ovule, et par les modifications pré-

(1) Histoire des accouchements chez tous les peuples, p. 178.

(2) Traité d'obstétrique traduit par Cordes, 1886, p. l4l«

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paratoires de la muqueuse, variant beaucoup, chez chaque sujet, il en résulte une durée plus ou moins longue pour la grossesse.

De même, d'après Hohl, la maturation de l'ovule ne prenant pas le même temps chez toutes les femmes, il est naturel que la durée de la grossesse soit variable.

Mattei(i) a exprimé la même opinion, d'une façon presque identique.

(3) Type de grossesse accélérée. — De la Motte affirme avoir observé une jeune femme, qui accoucha d'un enfant paraissant à terme, sept mois seulement après son mariage.

Le mari en conçut de grandes inquiétudes, lesquelles ne furent calmées que quand survint un deuxième accouchement à 7 mois. Ce qui rend ce cas encore plus extraordinaire, c'est que les filles de cette même femme accouchèrent également a 7 mois.

Depaul qui rapporte, dans ses cliniques (2), ces faits tirés de la Motte, a ajouté la réflexion suivante: « Si bien qu'il semble que ce privi- « lège soit héréditaire dans la famille. »

Les observations de ce genre ne sont, pas très rares.

(1) Essai sur l'accouchement physiologique, i855, p. 2i5 et suiv.

(2) Depalt.. Clinique ohslétricale, 187a, p. 98.

BoL'OH ACOURT. IO

i/|6 ÉTUDES SUIi LA GfiOSSESSE

Mais peut-être que, clans quelques-uns de ces cas, l'obésité jouerait un certain rôle, en tant que cause prédisposante héréditaire, ainsi que Stolz l'a noté.

M. Contamin, ancien chef de clinique obstétricale à la Faculté de médecine de Lyon, a observé une femme qui, sur six grossesses, en a eu trois qui se sont terminées à - mois, et cela sans cause apparente.

La fille de cette dame a accouché également à 7 mois, sans qu'on ait pu invoquer aucune raison explicative de cette avance.

Le fait de la prédisposition de certaines femmes, ayantaccouché une première foisavant terme, à voir leurs grossesses suivantes se terminer prématurément, a été appelé par Stolz : «accouchement prématuré habituel ».

On a même dit que, à mesure que les grossesses se multipliaient chez ces femmes, ainsi prédisposées, les chances d'accouchement à terme allaient en augmentant.

Nous venons de voir, que les mêmes constatations avaient été faites, chez les animaux, par IL Bouley.

« Certaines femmes, disent MM.Ribemont et « Lepage (i), accouchent toujours avant terme.

(i) Précis d'obstétrique, |>. 7111 cl 771.

CAUSES DES VARIATIONS i',7

« d'enfants qui d'ailleurs se portent bien... « Dans certaines familles, les femmes avortent « plus souvent que dans d'autres. »

Cette prédisposition individuelle et héréditaire à l'avortement est prouvée par de nombreux faits bien observés, quoique la cause en reste souvent mystérieuse.

Ne peut-on pas invoquer, clans quelques cas, l'action abortive de l'abus du coït pendant la o-rossesse, chez des femmes à utérus irritable ? Nous étudierons d'ailleurs plus loin cette influence, dans un chapitre spécial.

Il est incontestable que certaines femmes avortent, quelles que soient les précautions prises pour éviter cet accident, et sous l'influence de causes banales, qui n'auraient aucune action sur l'immense majorité des utérus gravides.

C'est ainsi que Pline a affirmé que, chez quelques femmes, l'odeur d'une chandelle mal éteinte était capable de provoquer l'accouchement avant terme. Mauriceau, qui rapporte cette opinion de Pline, ajoute malicieusement: « ce que Liébaut assure avoir vu lui-même ».

y) Type de grossesse prolongée. — Pour Lebas, l'œuf peut tarder à se développer, « rapport à quelque autre cause de maladie de « la mère, qui aura influé sur tout l'individu. »

i/i8 ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

D'après le même auteur (i), la contraction du muscle utérin, qui produit l'accouchement, peut être retardée « par la faiblesse de la « matrice d'une femme d'un tempérament de « la plus grande délicatesse. »

Et Lebas en donne pour raison que : « les « esprits animaux ne pouvant être trans- « mis, à l'aide du système nerveux utérin, « dans le musculaire, la contraction en sera « ralentie, jusqu'à ce que leur cours y soit « libre. »

Pour cet auteur enfin, les maladies de la mère seront une cause de grossesses prolongées, en ce qu'elles « troubleront l'harmonie « de la nutrition du fœtus ».

Il est admissible, jusqu'à un certain point, qu'une sensibilité utérine obtuse soit une cause de prolongation de la grossesse, au même titre que la possibilité, pour le muscle utérin, de se prêter à une extensibilité exagérée.

Parmi les faits de grossesses prolongées, que nous avons cités dans l'historique de cette question, il y a eu, dans bien des cas, récidives chez la même femme. C'est ce qui a été observé, par exemple, sur la femme du libraire

(i) Le Bas. Nouvelles observations sur les naissances tardives, 1765, p. 53.

de Wolfenbùtel, et sur la femme du Dr Mathurin-Dulignac.

De même, nous avons vu précédemment que M'"° Foderé accoucha deux fois de suite, et peut-être même trois fois, à 10 mois 1/2.

Dewees (1) a affirmé avoir observé au moins quatre femmes, chez lesquelles la prolongation de la grossesse, au delà de 3oo jours, était un fait habituel.

Hamilton (2) a noté également le même phénomène, comme une remarquable particularité individuelle, chez une de ses clientes.

Cette dame avait perdu ses deux premiers enfants, à la suite d'une grossesse prolongée jusqu'à la onzième période menstruelle.

Au cours de ses trois grossesses suivantes, Hamilton fît l'accouchement, avec succès, une semaine après la dixième période menstruelle.

Simpson (3) rapporte que son ami Retzius (de Stockholm) a observé des cas de prolongation excessive de grossesse, non comme particularité individuelle, ni comme fait accidentel pour une seule grossesse, mais comme

(1) Compendium of Midvvifery, p. 465,

(2) Practical Observation, p. 106.

(3) Clinique obstétricale et gynécologique, traduction Chantreuil, p. ^5.

i5o ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

une particularité héréditaire chez une mère et ses deux filles.

L'observation que nous avons citée précédemment, et qui provient de La clientèle de Charpentier, est tout aussi démonstrative.

Il s'agit d'une dame qui, sur huit grossesses, n'accoucha que la première fois au terme normal, ses sept dernières grossesses s'étant notablement prolongées au delà du neuvième mois.

J'ai recueilli, à la clinique Tarnier, l'observation suivante, qui me parait devoir trouver sa place dans ce chapitre.

Tof. .. Marie, âgée de a5 ans, grande, mais très anémique; décoloration des muqueuses: teinte rirreuse ; parle lentement. Dans ses antécédents, on note une pleurésie, pour laquelle elle a été soignée pendant L\ mois à l'Hôtel-Dieu. Celte malade raconte encore que, jusqu'à Tàge de 18 ans, elle a eu tous les hivers une « fluxion de poitrine » (?), qui l'obligeait à garder le lit pendant environ G semaines. Malgré cela, pas de tuberculose pulmonaire appréciable. Premières règles à iô ans. La menstruation a toujours été très irrégulière comme date, mais durait généralement 8 jours.

ire grossesse au bout de 3 ans de mariage, dernières règles le 28 septembre 1897. ^ ce moment, dégoûts, vomissements fréquents, syncopes continuelles. Le mari étant parti faire ses 28 jours, du a '1

CAUSES DES VARIATIONS c5i

septembre au a6octobre, celle femme affirme qu'elle était sûrement enceinte de septembre,

Le i3 juin 1898, réception à la clinique Tarnier, dans le> salles du bas, l'accouchement paraissant prochain, et celle femme semblant incapable de faire La « corvée de nettoyage ».

Le 01 juillet 1898, accouchement spontané, après. 36 heures et demie de travail, d'un garçon qui pèse '1 ôoo grammes. Cet enfant, nourri au sein pendant 19 mois, est superbe.

D'après les renseignements fournis par la mère, il serait donc né 390 jours après les dernières règles, et au moins 000 jours après le coït fécondant.

2e grossesse. — Vers le milieu de mars 1900, alors que les règles n'étaient pas reparues, cette femme se plaint de dégoûts, nausées, vomissements, syncopes, exactement comme au début de sa première grossesse ; l'enfant vomit lui-même et a la diarrhée.

Le i5 mars, visite à un médecin, qui rattache tous ses (roubles, aussi bien pour la mère que pour l'en- 'ant, à un débat de grossesse, et conseille le sevrage.

Tous ces symptômes s'aggravant, les conseils du médecin sont' suivis à partir du Ier avril.

A la lin de juin, les mouvements actifs du fœtus sont perçus par la mère, qui entre au dortoir de la clinique Tarnier le 12 novembre, pensant accoucher vers le 20 du même mois.

Celte femme est au repos complet ; sauf les « corvées de nettoyage » qui lui paraissent très pénibles, elle ne fait absolument rien.

Le /| janvier 1901, accouchement spontané d'un

x5a ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

garçon pesanl \ a3o grammes, ayant une tète volu mineuse, très peu déformée par le modelage; ongles ayant une longueur anormale; cheveux noirs en abondance, ayant. 5 centimètres de longueur,

D'après les renseignements fournis par la mère, cet enfant serait donc né plus de 3oo jouis après l'apparition des phénomènes sympathiques de la grossesse, phénomènes qui auraient été la répétition de ceux qui avaient été observés, lors de la première fécondation.

C'est sans doute l'ensemble de ce tableau symptomatique, qui a permis à un médecin d'affirmer Texistance de la grossesse le i5 mars, c'est-à-dire 293 jours avant l'accouchement.

Tous ces faits viennent à l'appui de l'opinion de Simpson , qui pensait que le peu d'activité de l'utérus pouvait quelquefois amener un retard dans le début du travail.

CAUSES D E S VA R IATI 0 \ S

2) Influence de l'âge.

A) Chez les femelles domestiques. — Cette influence est reconnue, par les éleveurs, depuis fort longtemps. Ceux-ci admettent très bien que la durée de la gestation n'est pas la même pendant toute la vie d'une même femelle.

Vache. — D'après 6/J 1 observations relatées dans \eBuffalo rnedic. Journal, les jeunes vaches porteraient un peu moins longtemps que les vieilles.

Cornevin a établi que, à mesure que la mère avance en âge, la durée de ses gestations s'accroît.

Ses expériences ont été d'autant plus démonstratives, que, le taureau ayant toujours été choisi âgé de moins de 3 ans, l'influence de l'âge de la mère a pu ainsi être étudiée séparément.

Afin d'éliminer l'action de la race, Cornevin (1) a poursuivi l'étude de cette question, sur la seule race bovine de Schwitz.

Il a constaté que, chez les vaches vêlant à 3 ou f\ ans, la durée moyenne de la gestation était de 287 jours y3, tandis que, pour celles

(1) Cornevin. Zootechnie générale, p. 801.

if)4 ÉTUDES SUR LA G KO S S ES SE

qui vêlaient ii partir de 5 ans, cette durée moyenne était de 289 jours.

Quant à la cause de ces variations, Cornevin émet l'hypothèse, véritablement bien peu vraisemblable, d'une différence de tempéra ture entre la jeune et la vieille reproductrice.

Truie. — Viborg (1) avait déjà observé, sans chercher à l'expliquer, que, au fur et à mesure que la truie vieillit, la durée de sa gestation augmente.

La truie d'un an, dit-il, porte n5 jours; celle de 2 ans, 118 jours; et, celle qui a dépassé 3 ans, 126 jours.

Cornevin (2) rapporte avoir observé « le niait ximum de 128 jours une seule fois, sur une « très vieille truie, de la race commune à « lono-ues oreilles ».

B) Chez la femme. — y.) Ixi luiïnce de l'âge en lui-même. — « Les deux extrêmes de la a vie de reproduction, dit Barnes(o), se font « souvent remarquer par l'avortement. La fé- « condation peut se faire avant que l'utérus « soit assez développé pour porter son far- « deau jusqu'à terme ; lorsqu'il ne peut plus

(1) Viborg. Le porc, i8o4-

(2) Traite de Zoot. spec. Les Porcs, 1898, p. 5r.

(3) Traité .d'obstétrique, l886,p. 3oa.

« suivre le développement rapide de l'œuf, « l'avortement se fait aussi. »

11 est certain que la grossesse se termine souvent avant terme, chez les femmes très jeunes (Whitehead, Barnes, Zambaco). Charles Clay(i) prétendait que les grossesses les plus longues s'observaient chez les femmes les plus

agrées.

Cette remarque concorde avec les faits observés en obstétrique vétérinaire, spécialement sur les vaches, comme nous venons de le voir.

L'observation de Barnes, que nous avons rapportée plus haut, et qui est relative à la femme d'un médecin, est encore favorable à cette influence, car il s'agissait d'une daine approchant de la ménopause.

Il est admis par tout le monde que, à mesure qu'une femme avance en âge, le poids de ses enfants va généralement en augmentant. Mais cette progression de poids n'est-elle pas précisément la conséquence de grossesses ayant une durée de plus en plus longue ?

Cependant il parait certain que, dans la période de déclin sexuel du voisinage de la

(i) In Barnes. Traité d'obstétrique, toc. cit., p. it\i.

ménopause, chez les femmes fatiguées et surmenées, l'avortement est fréquent.

« Les organes générateurs, dit Barnes, sem- « blent faire un dernier effort pour produire « un enfant, mais l'évolution atrophique coupe « court à la grossesse. »

C'est ainsi que Vaysettes (i) admet que la vieillesse de la mère favorise l'accouchement prématuré, et il affirme posséder « un cer- « tain nombre d'observations d'accouchement « prématuré, concernant des femmes âgées. . .»

(3) Influence de la parité. — Joulin admettait que la multiparité semble constituer une prédisposition très marquée a la prolongation de la grossesse.

Vaysettes (2) conclut de même, de ses recherches à la Maternité de Lyon, que « l'état « de multiparité serait moins compatible que « celui de primarité, avec l'expulsion préma- « turée de l'œuf. »

Tout le monde est d'accord pour affirmer que les grossesses trop rapprochées peuvent créer une prédisposition a l'avortement ; mais le surmenage puerpéral en est alors la cause

(1) Thèse, Lyon, 1881. Sur l'accouchement prématuré, p. 11.

(2) Thèse, Lyon, 1881, loc. cit., p. a4-

CAUSES DES VARIATIONS i57

déterminante, et son mode d'action n'a rien de spécial.

Ceci explique que les observations de Faye, d'IIecker, et d'Ahlfeld, ne soient pas concordantes, quant a la durée relative de la grossesse chez les primipares, et chez les multipares.

ÉTUDES S Un LA GROSSESSE

3) Influences morales.

A) Chez les femelles domestiques. — Bouroay reconnaît à la frayeur une influence abortive incontestable, -prouvée, d'après lui, par la fréquence des accouchements avant terme, chez les juments peureuses. Aussi déclare-t-il i . que « la femelle pleine doit être soignée avec « douceur. »

Et il ajoute: « On choisira, pour la jument, « la vache, la chèvre, des conducteurs ou des « pâtres connus par leur douceur à conduire « les animaux. » Le chien de berger de moutons devra naturellement présenter les mêmes qualités.

Saint-Cyr et Violet (2) avaient déjà note qu'on a vu quelquefois la peur « donner lieu « à l'avortement chez les femelles, et en parce ticulier chez des brebis, effrayées par des « chiens mal dressés, ou par les éclats de « tonnerre. »

B) Chez la femme. — a) Influence des envies. — C'est à tort, dit Fonssagrives (3), qu'on a

(1) Bouknay. Obstétrique vétérinaire, p. 167.

(2) Traité d'obstétrique vétérinaire, p. 291.

(3) Entretiens familiers sur l'hygiène. Paris, 1869.

CAUSES DE S VA RI AT 10 A S 1 5 g

placé la doctrine des envies sous les patronages d'Hippocrate, d'Aristote, de Platon et de Galien.

Demangeon (i) avait déjà montré que cette assertion était erronée, et qu'aucun passage de leurs écrits ne permettait d'accuser les anciens d'une pareille crédulité. '

D'après M. Rougier (2), la paternité des envies doit être attribuée à Malebranche.

L'action abortive des envies rentrées est surtout admise dans les pays où le développement intellectuel de la femme est tout à fait rudimentaire, son cerveau ayant conservé le type infantile. Il en est ainsi dans tout 1 Orient.

Zambacco prétend que : « une idée enra- « cinée en Orient, c'est que, si l'envie d'une « femme grosse, excitée par la vue, par l'odorat, « voire même par l'imagination, n'est pas « satisfaite sur-le-champ, une fausse couche « s'ensuivra. Aussi voit-on le mari frapper « parfois à la porte du voisin, pour demander « d'un plat dont le parfum a alléché l'odorat « de sa femme enceinte. »

En face de tels faits, on se demande ce

(1) Du pouvoir de l'imagination. Paris, i836.

(2) Hygiène de la première enfance, 1889, p. 53.

qu'on doit le plus admirer: de La bêtise du mari, ou de la patience du voisin.

(3) Influence des émotions vives. — i) Généralités. — « Il n'est point de circonstances « dans la vie, dit Gardien (i), où les passions « soient plus nuisibles que pendant la grosce sesse. »

La plupart des auteurs admettent qu'il faut éloigner, des femmes enceintes, tout ce qui peut leur être motif à colère, peur, chagrin violent, surprise, jalousie, enfin toutes les passions vives quelconques, parce que, dit Gardien, « elles sont de nature à occasionner « un ébranlement convulsif dans la machine. »

C'est certainement là l'origine de cette sorte de vénération que les anciens manifestaient pour la femme enceinte, et qui s'est traduite par des usages particuliers, variables suivant les peuples et suivant les époques.

Ainsi à Athènes, on épargnait le sang du meurtrier qui s'était réfugié dans la maison d'une femme en état de grossesse.

Zacchias rapporte que, de son temps, les femmes enceintes étaient dispensées même du premier degré de la torture (simple menace avec démonstration instrumentale). •

(i) Gardien. Maladies des femmes, t. II, p. 22 et .126.

En 1790, le maire de Paris demanda, que les femmes grosses ne fussent pas mises au carcan (1).

Une loi du 23 germinal an III (2) avait prescrit : « qu'à l'avenir aucune femme, prévenue « d'un crime comportant la peine de mort, ne « pourrait être mise en jugement, avant qu'il « n'ait été vérifié, de la manière ordinaire, « qu'elle n'est pas enceinte. »

Parmi les motifs invoqués par les législateurs, il est dit (3) que: « les émotions, pro- « duites par des débats aussi graves, peuvent « lui nuire ainsi qu'à l'enfant. »

Cette loi a été strictement appliquée, et même plusieurs jugements de cours d'assises ont été cassés, pour infraction à sontexte.

La cour de cassation, dans un arrêt du 8 germinal an XIII, a renforcé encore cette loi humanitaire, par une série de considérants philanthropiques.

Mais le code pénal de 1810 n'a pas reproduit cette disposition, dont il n'existe plus aucune trace, dans le Code de procédure criminelle actuel.

(1) WiTKowsKr. Histoire des accouchements, p. 78.

(2) Article 3.

(3) Article grossesse dans le Dictionnaire Dechambre, p. 255.

BOUCHACOURT. I I

iGa ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

La Cour de cassation a même décidé que cette loi de germinal an III était abrogée.

Cependant, en réalité, la Justice continue à se montrer clémente pour les femmes enceintes, ou qui se disent telles. La petite histoire suivante, qui est relativement récente, en est un bel exemple.

Parmi les inculpés dans l'assassinat de la veuve Caron, vieille cabaretière de la rue de Malte, se trouvait une fille Lavery, dite Jeanne de Dijon, âgée de 2/i ans, sur laquelle pesèrent les plus graves soupçons, et qui fut arrêtée dès le lendemain du crime.

Cette fille L..., s' étant déclarée enceinte des œuvres du nommé D..., qui était considéré comme le principal coupable, celui-ci affirma alors qu'il voulait épouser sa maîtresse, et des fiançailles touchantes Curent célébrées à la prison de la Santé, la fiancée ayant un ventre énorme, qui fut remarqué par tous les assistants.

Mais une voisine de dortoir de la fille L..., ayant fait connaître que cette grossesse était postiche, et produite par une accumulation de linges et de scr- \iettcs, le Dr Socquet fut appelé à examiner l'inculpée; ce qui dévoila la mystification.

Interrogée sur les motifs qui l'avaient poussée à jouer cette comédie, la fille L... déclara que: si elle avait simulé une grossesse, c'était afin de s'éviter

CAUSES DES VARIATIONS i03

d'être confrontée, à la Morgue, avec le cadavre de la veuve Caron.

Le stratagème a d'ailleurs pleinement réussi, car ce n'est que le i4 juin dernier, c'est-à-dire plusieurs mois après le crime, et quand il fut bien démontré que la fille L... n'était pas enceinte, qu'elle futeonduite à la Morgue, pour être mise en présence du corps de la victime, qui avait été conservé dans l'appareil frigorifique.

D'après Witkowski (i), il existerait encore aujourd'hui, en Birmanie, une coutume qui rappelle le respect que les anciens professaient pour la femme enceinte.

Alors que, pendant les réjouissances publiques qui ont lieu à l'occasion du premier de Tan, on peut jeter de l'eau à tous les passants, « les femmes enceintes sont seules « respectées. »

Et Witkowski ajoute même que : « celles « dont la grossesse n'est pas encore très vi- « sible n'ont qu'à faire un signe pour être « obéies. »

2) Cause d'avance dans l'accouchement. — Mode d'action. — Les émotions morales, vives et subites, sont considérées assez généralement

(1) Histoire des accouchements, p. G08.

i64 ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

comme une cause indiscutable d'avortement.

D'après M. Zielinski (i), elles agiraient <c par « l'intermédiaire du système nerveux de la « femme, en déterminant directement les a contractions utérines et la mort du fœtus, « ou d'abord la congestion utérine et l'hé- « morragie utéro-placentaire.

Pour M. Varnier (2), l'influence des émotions morales violentes, sur l'avortement, s'explique de la façon suivante : « On a pu pro- « duire, dit-il, des contractions utérines par « l'excitation électrique de tous les points de « l'encéphale, contractions réflexes assimi- « labiés à celles que détermine toute excita- « tion sensitive. »

Ces résultats de l'expérimention rendent compte, en effet, du mécanisme de l'action abortive, exercée par les influences morales.

Les recherches de Gawronsky (de Kharkofï) (3), et celles de M. Keiffer (de Bruxelles) (4) sur la fine anatomie nerveuse de

(1) Zielinski. Thèse, Paris, 1894. De la métrite comme cause d'avortement, p. 12.

(2) Obstétrique journalière, p. 108.

(3) Présentées au Congrès de médecine de Rome en i894.

(4) Publiées dans le Bull, de la Société d'obstétrique de Paris, n° 7, juillet 1900.

CAUSES DES VARIATIONS i65

l'utérus, permettent de comprendre, comment l'influence émotionnelle peut entraîner, pour l'utérus, des réactions motrices, c'està-dire provoquer des contractions capables d'aboutir à l'expulsion du produit de conception.

Interruption de la grossesse. — Il existe un grand nombre d'observations d'avortements ou d'accouchements prématurés, consécutifs à une vive frayeur.

C'est ainsi qu'il a été noté, de tout temps, que, dans les villes assiégées, la proportion des cas dans lesquels la grossesse avait été interrompue, était considérable.

« On a vu, dit Mauriceau (i), des femmes <( avorter par le seul bruit des fortes artil- <( leries, comme aussi par celui des grosses " cloches, mais principalement par de grands « éclats de tonnerre. »

D'autre part, Gardien rappelait dans ses leçons que, au dire de Baudelocque, l'explosion de la poudrière, de la plaine de Grenelle, fut l'origine d'un grand nombre d'avortements et d'accouchements prématurés.

Pour son compte personnel, Baudelocque

(i) Traité des maladies des femmes grosses, p. 122.

iGC ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

fut appelé auprès de 62 femmes en train d'expulser leur fœtus.

Gardien en explique ainsi le mécanisme (1) : « L'ébranlement, qui résulterait d'un grand (( bruit,... peut introduire dans la matrice un « état convulsif, lequel est suivi du décolle- « ment du placenta. »

Dans le chapitre xxxvn du Prem Segar (2), on peut voir que la peur est admise comme cause déterminante indiscutable de l'arrêt de la gestation.

L'histoire que raconte l'auteur de ce livre de théologie hindoue, et dans laquelle cette influence est signalée, mérite d'être rapportée dans ses détails caractéristiques : « Un <( soir, dit-il, que le divin Krishna et Balaran « revenaient du pâturage, un Assura se mêla « aux vaches sous la forme d'un bœuf gigan- (( tesque — Le monde entier fut terrifié... ; la

<( terre fut ébranlée Les femmes et les va-

« ches avortèrent. »

La loi arabe, qui met à l'amende les personnes qui ont trempé dans un avortement, ajoute qu'il faut prouver que cet accident a

(1) Gardien. Traite d'accouchement, t. II, p. 128.

(2) Traduction Lamairessc, 1893, p. 89.

été causé par un coup, par une intimidation, ou par une querelle.

Mattei prétend (1) que : « rien ne dispose <( l'utérus à se contracter comme l'électricité « de l'air, les vents et les tempêtes. »

Il ajoute même que : « cette observation, « déjà connue des bergers, n'a pas échappé « aux bureaucrates », et, à l'appui de cette proposition, il raconte que, un jour qu'il venait à la mairie du ii° arrondissement faire enregistrer trois enfants à la fois, les secrétaires de la mairie lui dirent qu'ils l'attendaient ce jour-là, parce qu'il y avait eu un violent orage le jour précédent.

Dans l'article Avortement du Dictionnaire de Jaccoud, Devilliers rapporte que : « les « grands événements politiques, les terreurs « de la guerre, les disettes, sont autant de « causes prédisposantes à l'avortement.

« C'est ainsi, ajoute-t-il (2), que nous avons « vu, à l'occasion ou à la suite des événements « de 18/48, une foule de femmes venir dans a les hôpitaux avorter, ou accoucher d'enfants « chétifs ou morts. »

(1) Mattei. Clinique obstétricale, 1862, t. I, p. 25.

(2) Devilliers. Art. Avortement, 18GG, t. IV, p. 3oo,.

i68 ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

Barnes partage cette opinion : ce Dans les ce époques de grande agitation politique, ditce il, la terreur peut faire avorter un grand « nombre de femmes en même temps. »

Roussel (i) s'exprime ainsi, à propos de l'influence des passions sur les femmes enceintes : ce Elles sont, dit-il, la source de la plus ce grande* partie des fausses couches qui arec rivent. . . C'est pourquoi cet accident est plus ce commun parmi lesfemmes que l'état où elles ce se trouvent placées exposent aux secousses ce violentes des passions. »

Plus loin, en parlant des fausses couches chez les femmes de la campagne, Roussel dit : qu' ce elles sont rarement dues, chez elles, ce à des causes morales » ; et il ajoute : ce Les ce animaux, qui sont encore plus à l'abri de ce ces dernières causes, ne sont sujets à l'avorce tement que lorsqu'il est sollicité par la vioce lence des hommes. »

D'après Bordot (2), en présence d'un estropié ou d'un mutilé, ce la crainte qu'éprou- « veraient certaines femmes, de donner le « jour à un individu qui leur ressemble,

(1) Système physique et moral de la femme, 1820, p.

(2) Instructions sur la santé des femmes enceintes, 1820.

CAUSES DES VARIATIONS jGc>

« pourrait produire sur elles un trouble ca- « pable d'amener l'avortement. »

Bordot voulait même qu'on évitât aux femmes enceintes la rencontre des dogues et des bêtes à corne, et que, dans les villages, on s'abstint de sonner le glas funèbre, surtout quand la victime était morte pendant l'état puerpéral.

En 1810 d'ailleurs, le clergé avait été invité à suspendre ce bruit lugubre ; mais l'ordonnance du ministre de l'intérieur, qui proscrivait cet usage des cloches, considéré comme abusif, ne fut jamais exécutée.

Bordot considère encore que « la grossesse « peut être troublée par des récits indiscrets <( de sages-femmes ou commères,... et par les « prédictions fâcheuses des bohémiennes,... « et par ces sages-femmes qui font parade, « devant une femme enceinte, des cas difficiles « dont elles se sont tirées à leur honneur... »

Mais cet auteur ne s'arrête pas là, dans les précautions et les soins dont il entoure la femme enceinte.

Pour lui, la musique étant capable, chez les personnes très sensibles, de développer telle ou telle passion (1), même violente, « on

(1) Royer. Traité des effets de la musique.

j7o ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

« sent, dit-il, combien une femme enceinte <( doit être prudente sur l'emploi de cet exer- « cice, et ne pas avoir recours à toute espèce « de musique. »

D'après Delacoux(i), l'abus de la musique et de la tragédie serait une cause d'accouchement prématuré.

« 11 est a ma connaissance, dit-il, que plu- « sieurs femmes, avec le goût de la musique, « n'ont pu arriver au terme de leur grossesse « sans de nombreux accidents. »

Delacoux déconseille surtout l'usage « des « instruments avec lesquels il faut être en « contact immédiat : la harpe, la lyre, la gui- « tore par exemple, dont, par leur contiguïté, « les vibrations se communiquent facilement. »

Il est probable que, dans ces cas, de même que pour les pianistes, c'est bien plus la fatigue physique, que l'influence émotionnelle de la musique, qu'il faut incriminer.

« J'avoue, dit M. de Soyre (2), n'avoir ja- « mais rencontré de femme ayant fait une « fausse couche pour abus du piano ; mais « j'en connais quelques-unes qui ne pou-

(1) Éducation sanitaire des enfants, 1829 p. 53.

(2) De Soyre. Hygiène de la femme enceinte, 1891, p. 94.

<c vaient, étant enceintes, jouer de cet instru- <c ment que pendant très peu de temps. Elles

« sentaient rapidement des douleurs de

« reins apparaître Je suis bien convaincu

<( que, si elles avaient persisté, il en serait ce résulté des contractions utérines doulou- <c reuses avec toutes leurs conséquences. »

Mais il faut reconnaître qu'une pareille action ne peut guère se rencontrer que chez ces femmes extraordinairement délicates, dont parle Pline (1).

Il est admis presque universellement que l'annonce brusque d'une mauvaise nouvelle peut interrompre le cours de la grossesse.

L'observation suivante, qu'on trouve dans, Mauriceau, et qui a trait à la mère de son cousin Dionis, est un bel exemple de ce genre d'influence.

« Le père ayant été tué subitement par un <( de ses domestiques, d'un coup d'épée qu'il (( lui donna en trahison au travers du corps. . . ; « et la mauvaise nouvelle avant été aussitôt <c annoncée à cette femme, qui était pour lors « grosse de 8 mois, à laquelle on apporta in- « contiuent après son mari mort..., elle en ac- « coucha tout sur l'heure du même Dionis. »

(1) Pline. Hist. nat. , t. VII, chap. vu.

17a ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

Dans son Obstétrique journalière, M. Varnier (1) rappelle que : « le médecin doit se « souvenir que l'annonce brusque d'une eatas- « trophe a été souvent suivie d'hémorragie « utérine, et d'avortement ou d'accouche- (( ment prématuré. »

Le n° du 8 octobre 1899, du Journal d'accouchement de Liège, contient une observation (2) d'œufde 6 semaines, expulsé en bloc à la suite d'une vive frayeur.

M. Brindeau a bien voulu me communiquer le fait suivant, provenant de sa clientèle.

Mme X..., âgée de 27 ans, bien portante, enceinte de 6 mois 1/2, est fortement bousculée par son mari, au cours d'une scène violente qu'il lui fait, sous l'influence de l'excitation alcoolique. Cette dame reconnaît qu'elle n'a pas été frappée ; mais l'impression morale produite chez elle a été très profonde.

Quelqu'es heures après, rupture prématurée des membranes. Accouchement d'un enfant vivant, qui meurt au bout de quelques heures.

Dans un manuel récent, M. Vorlet (3) s'exprime de la façon suivante, au chapitre des impressions morales: « En vue d'empêcher

(1) Au chapitre Hygiène de la grossesse, p. 66.

(2) Recueillie par le Pr Charles (de Liège).

(3) Vorlet. Hygiène de la grossesse, 1900, p. 12.

CAUSES DES VARIATIONS t73

<c des avortements, la femme enceinte évitera « la colère, les emportements, les frayeurs, la « trop grande joie, enfin toutes les émotions <c trop vives. C'est pour cette raison que les « spectacles à sensations, comme les ménage- « ries, cirques, etc., ne sont pas à conseiller ».

Enfin, a propos de l'avortement sympathique, Barnes s'exprime de la façon suivante : (( Les femmes enceintes, a mesure <c qu'elles approchent du terme, éprouvent « souvent des contractions utérines, à la vue <( d'autres femmes qui accouchent. On observe « le même fait chez les vaches. Une docto- « resse enceinte ne doit pas assister à un « accouchement sous peine de complications ' <( désagréables. »

Accélération du travail. — Signalons ici que, la détermination des contractions utérines réflexes, ayant la frayeur pour origine, serait utilisée, en Sibérie, et chez plusieurs peuplades d'Amérique, pour réveiller les douleurs quand le travail se ralentit, sinon pour mettre l'utérus en branle.

En Sibérie, suivant Malthus(i), un certain

(i) In Witkowski. Histoire des accouchements, p. 557, 629 et 63o.

nombre d'hommes, postés autour de la demeure de la femme, font, à un signal convenu, une décharge d'armes à feu, dans le but d'effrayer la parturiente, et d'activer ainsi les douleurs.

Chez les Comanches d'Amérique, on obtient le même résultat par une pratique un peu différente: Un guerrier, monté sur un cheval fougueux, se dirige à toute vitesse sur la parturiente terrifiée, qu'il évite à la dernière minute, par un brusque mouvement de bride faisant dévier le cheval.

La peur que provoque cette manœuvre serait, paraît-il, souveraine, pour déterminerl'expulsion rapide du fœtus. Peut-être bien aussi qu'un certain rôle est joué parle traumatisme, dans les cas où cette manœuvre est maladroitement exécutée?

Dans l'Amérique du Nord, on se contenterait de réunir, en silence, les jeunes gens autour de la case de la parturiente, et de leur faire pousser à l'improviste, des cris effroyables.

En i8o/j, dans le Défenseur des accoucheurs, Girouard a tracé un portrait humoristique du praticien en vogue, qui tendrait à faire croire à une habitude, chez lui, a cette époque, de hâter les contractions utérines, en employant

CAUSES DES VARIATIONS i75

le procédé de l'intimidation, et en faisant naître la crainte dans l'esprit de la parturiente.

« Monsieur l'accoucheur se jette sur un lit, « dit Girouard, ou s'enfonce dans un fauteuil : « là il nombre et dit avec emphase les nuits « qu'il vient de passer sans dormir, les accou- « chements qu'il a faits chez les femmes du « plus haut parage. Notez bien que ce sont « presque tous accouchements où il a été « obligé d'employer les ferrements, et par « conséquent laborieux. À ce récit tout l'au- « ditoire s'ébahit... »

3) Cause de retard dans l'accouchement. — Les partisans des naissances tardives , lors du grand débat du xvmc siècle, prétendirent que les chagrins, la débilité de la femme et les passions tristes, étaient une cause de prolongation de la grossesse.

Après avoir rapporté l'opinion de Levret, qui reconnaissait (i) que, sous l'influence de causes inconnues, l'enfant peut séjourner « contre Nature, dans la matrice, au delà du « temps où il aurait dû naturellement en « sortir », Lebas déclare que, si la gestation des hommes est plus souvent prolongée que celle des animaux, c'est « rapport aux infir-

(i) Levket. Réponse au 87e aphorisme de Mauriceau.

« mités, multiples, auxquelles... les passions « de l'âme, et autres changements, les expo- « sent (1). »

De même, Millot considère que, si cette variation, dans la durée de la gestation des animaux, est légère, « en comparaison de celle « qui a lieu chez les humains (2),... c'est par « leur position sur la terre,... le défaut des « passions, et l'uniformité de leurs vie et « mœurs. »

Pour cet auteur, la haine, la crainte, l'ennui, le chagrin, agissent sur l'utérus, en produisant un « ralentissement de son principe « vital,... et agissent conséquemment sur le « fruit qu'il nourrit ».

D'où, d'après Millot, prolongation de la grossesse par arrêt dans le développement de l'utérus, et par retard dans l'accroissement du fœtus.

(1) Dissertation de Le Bas, 1765, p. 23 et suiv. .

(2) Millot. Supplément à tous les traités d'accouchement, 1809, p. 509 et bil'.

II) Influence des excitations génitales

i) État de l'appétit sexuel.

A) Chez les animaux. — « Les'bêtes sur. leur « ventrée, avait dit Rabelais, n'endurent ja- « mais le mâle masculant. »

On a cru, en effet, pendant des siècles, que toutes les femelles des animaux fuyaient instinctivement les approches du mâle, pendant toute la durée de la. gestation, et même de l'allaitement.

On a cherché a interpréter le fait de bien des façons ; mais la plus simple, de toutes ces explications, est certainement celle de Poppée, fdle d'Agrippa.

Pour elle, si les femelles pleines fuyaient les approches des mâles, c'était parce qu'en effet elles étaient des bêtes (i).

Cette répulsion pou& le coït, après la I fécondation, paraît une loi générale chez les i femelles vivant en liberté ; mais l'observation 'n'en est pas facile, les animaux sauvages ne •se reproduisant que rarement en captivité, où

(i) Roderic de Castro. De natura muliebrum. Golo'nn, . i588.

BoiCHACOURT. 12

i78 ÉTUDES SUB LA GHOSSESSE

leurs mœurs, d'ailleurs, se modifient rapidement.

Le fait a cependant été observé récemment, chez le couple d'otaries du Jardin des Fiantes : le mâle était constamment en butte aux attaques furieuses de la femelle pleine, qui lui a fait, à plusieurs reprises, des blessures graves, avant comme après la naissance du jeune otarie.

Mais c'est surtout chez l'araignée, que le dégoût sexuel est porté a son paroxysme, puisque, dans tout ce groupe des aranéidés, la femelle cherche, immédiatement après avoir été fécondée, a utiliser le mâle pour sa nourriture personnelle.

Celui-ci, dit de Lanessan (i), « recueille « ses spermatozoïdes,... et les introduit clans « l'orifice femelle en prenant de très grandes « précautions, car la femelle cherche à s'em- « parer de lui pour le dévorer. »

On sait que, chez un certain nombre d'insectes, notamment chez le thrips, les femelles sont fécondées en l'air par les mâles, qui meurent aussitôt après.

Il nous semble qu'il y a lieu de se demander, si cette mort subite des mâles post coïtnm. est bien naturelle. Ce fait qu'elle survient,

(i) De Lanessan. Zoologie médicale, i885, p. 533.

pour eux, immédiatement après l'accomplissement de leur fonction de reproducteurs, rend tout au moins vraisemblable l'intervention des femelles dans cette fin rapide et prématurée de l'élément mâle.

Il est loin d'en être de même chez les animaux domestiques; l'agénésie y est rare au contraire, la domestication ayant eu pour effet, de même que la civilisation, de développer beaucoup la fonction génitale.

Le fait semble avoir été observé d'abord pour la jument. « Il est bien étonnant, dit « Sue, que, de tous les animaux femelles, il « n'y ait que la femme et la jument qui sup-» « portent, pendant la grossesse, les approches « du mâle, tandis que les autres animaux en « ont une grande aversion. »

Aujourd'hui, on reconnaît que, chez la plupart des femelles domestiques, la fécondation n'éteint pas nécessairement les ardeurs génitales.

C'est ainsi que, suivant le langage popullaire, qui est souvent si expressif, beaucoup de waches demandent le taureau sur le veau.

Pour Cornevin (1), il est fréquent de voir

(1) Zootechnie générale, 1891, p. 8o5.

■i8o ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

des vaches manifester des chaleurs, pendant les 3 ou A premiers mois de la gestation ; Saint-Cyr père aurait même observé un cas de persistance d'appétit sexuel, jusqu'au huitième mois.

« La lapine fécondée, dit Cornevin , re- « cherche aussi parfois le mâle, ou tout au « moins se livr,e à lui sans résistance. »

B) Chez la femme. — Stolz a affirmé avoir rencontré quelques femmes, qui, lorsqu'elles étaient enceintes , avaient à un tel point « horreur de leur mari », que ce signe leur servait à faire le diagnostic précoce de leur grossesse.

Il est certain que, comme le disaient pompeusement les anciens, la continence est, à ce moment, un vœu de la nature satisfaite ; mais il est non moins certain que, sous l'influence de la civilisation, ce sentiment de répulsion de la femme enceinte, pour l'acte sexuel, est devenu exceptionnel.

Quoique Rougier (i) prétende que : « la « plupart des femmes enceintes éprouvent « de la répugnance à subir les approches de

(i) Rougier. Hygiène de la première enfance. 1889, p. 58.

« leur mari, » on peut affirmer qu'une telle assertion est contredite par les faits.

Rougier semble surtout, d'ailleurs, se faire l'écho de l'opinion de Stolz ; car il ajoute que, pour quelques femmes : « cette impression particulière est « un signe non équivoque « de conception nouvelle. »

On trouve rapporté, clans Witkowski (i), que Julie, fille d'Auguste, trompait encore plus ouvertement, pendant ses grossesses, son époux Agrippa , et qu'elle ne trouvait pas d'autre excuse que de dire : « qu'elle n'ad- « mettait de passager, dans sa barque, que « quand elle était pleine. »

Laurent Joubert a déclaré : « qu'une femme « est toujours de bon appointement, et se •« trouve en tout temps preste à bien faire, <( voire fust-elle grosse jusqu'à la gorge. »

Si l'on en croit Venette, la privation de coït, pour les femmes enceintes, ne venait guère à l'esprit de ses contemporains. Cet auteur raconte, en effet, comme un fait mémorable, que Zénobie, femme d'un roi des Palmyréniens, « se passait, pendant sa gros-

Ci) Histoire des accouchements, p. i58 et génération •humaine, p. 269.

18a ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

ce sesse, des plaisirs du mariage, que la pince part des femmes souhaitent alors avec tant ce d'ardeur (i). »

Gardien rapporte l'observation suivante, qu'il tire de la Médecine puerpérale de Plessmann : ce Une femme d'un tempérament lascif ce éprouvait, pendant le cours de la grossesse, ce un frémissement involontaire et très visible, ce en entendant seulement prononcer un mot ce qui put lui rappeler l'idée du coït... Ce phécc nomène disparut après l'accouchement (2). »

C'est sans doute pour prévenir de fâcheux accidents, dans les cas de ce genre, que des précautions ont été prises par certains peuples, qui, suivant Delacoux (3), ce séques- « traient leurs femmes, aussitôt que les ce premiers symptômes de grossesse se mace nifestaient. »

Ce même auteur affirme en effet que, ce dans ce cet acte important, la nature n'a point étouffé ce sans retour le sentiment qui y a présidé,... ce et qu'un grand nombre de femmes, loin de ce se refroidir, ont les passions plus vives. »

(1) Venette. De la génération de l'homme, ou tableau de l'amour conjugal, 1762, t. II, p. 267.

(2) Gardien. Traité des mal. des femmes, 1807, t. II

(3) Education sanitaire des enfants, 1829, p. 60 et bi.

CAUSES DES VARIATIONS i83

Mattei partageait certainement cette opinion, car il déclare (i) que : « la grossesse « augmente les appétits vénériens plus sou- « vent qu'elle ne les diminue », et il ajoute, qu'il a vu des cas où le coït était un besoin.

i)Inûuence des excitations génitales indirectes

A) Chez les femelles domestiques. — Bournay(2) admet que l'excitation génésique, occasionnée par le voisinage du mâle, ou par ses attouchements, constitue une cause indirecte d'avortement. Aussi déplore-t-il que, sauf pour la jument, la règle de l'isolement soit violée dans les campagnes, où le taureau et le bélier sont presque toujours conduits au pâturage, avec les vaches et les brebis qu'ils ont fécondées.

C'est peut-être à une action analogue qu'il faut attribuer les avortements rapides, que MM. Charrin et Guillemonat ont provoqués, chez des femelles pleines, à la suite d'injec-

(1) Mattei. Clinique obstétricale, 1862, t. I, p. 270.

(2) Bournat. Obstétrique vétérinaire, 1900, p. 3o5 et i57.

i8ft ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

lions de closes un peu fortes d'extraits d'ovaires (i).

B)Chezla femme. — a) Excitation mammaire. — C'est certainement à une action indirecte sur l'appareil génital, qu'il faut attribuer l'apparition de contractions utérines, à la suite des manœuvres si diverses de « prépara - « tion des seins li l'allaitement. ))

On admet généralement que cette pratique, encore très usitée dans les campagnes, peut être l'origine d'accouchements prématurés(2), la succion des mamelons amenant incontestablement des contractions réflexes de l'utérus, ainsi que le prouve l'influence des tetées sur les tranchées.

Quoique Rigby ait conseillé de titiller les mamelons pour amener des contractions utérines dans les hémorragies de la délivrance, les titillations fréquentes, exercées avec les doigts sur le mamelon, ne paraissent guère passibles d'une telle influence. Mais il n'en est pas de même de l'aspiration pratiquée à l'aide du tire-lait, de la ventouse, de la pipe eu terre, ou de la pompe ajustée à un bout

(1) Acad. des Se, 25 juin 1900.

(2) Marfan. Traité de l'allaitement, 1899, p. 1G8.

CAUSES DES VARIATIONS i85

de sein (Olivier , surtout si ces manœuvres sont répétées fréquemment.

« Ces procédés, dit M. de Soyre (i), peu- « vent avoir pour inconvénient d'entraîner « des contractions utérines, et l'accouche- « ment prématuré. »

Quant aux succions pratiquées directement sur le mamelon avec la bouche, leur influence est encore plus marquée. Il ne nous paraît pas qu'il soit indifférent, que l'opérateur soit le mari, une « tireuse de lait profession- « nelle », ou un beau-père habile, comme dans un cas rapporté par Fournier.

Une des causes déterminantes du spasme féminin résidant dans les sekis, il n'est pas douteux que, ohez les femmes à utérus très irritable, ces titillations et succions du mamelon, auxquelles le Dr Gauthier a donné le nom d: 1 onanipuma mmaire , ne puissent être une cause d'interruption de la grossesse, surtout si l'opérateur est du sexe masculin .

La pratique de la préparation des seins à l'allaitement, est certainement encore plus répandue chez les peuples sauvages; mais elle

(i) De Soyre. Hygiène delà femme enceinte, 1891, p. 160.

i8G ÉTUDES SUIi LA GROSSESSE

ne paraît pas devoir présenter, chez eux, le même inconvénient, en raison sans doute de ce que leur sensibilité génitale de la région mammaire est très émoussée, par ce fait que leurs seins sont toujours découverts et exposés a tous les heurts et chocs.

Ainsi, d'après Wilkowski (i), « pour faci- « liter l'allaitement, les femmes de presque « toutes les tribus de l'Afrique ont coutume, « pendant les quelques jours qui précèdent « l'accouchement, d'exercer des tractions et « des tiraillements sur le mamelon. »

C'est d'ailleurs sans doute sous cette influence, que se produit cette hypertrophie considérable du mamelon, qui a été signalée par tous les explorateurs, qui ont comparé souvent la mamelle de la négresse a un pis de vache.

(3) Excitation morale. — C'est probablement en tant qu'excitants de l'appareil génital qu'on proscrivait autrefois les parfums pendant la grossesse.

Mauriceau s'exprime ainsi à ce sujet (2) :

(1) Histoire des accouchements chez tous les peuples, p. 621.

(3) Traité des maladies des femmes grosses, livre U p. 119.

« Mais comme nous disons que la femme « grosse doit fuir le mauvais air, et toutes « sortes de mauvaises senteurs, aussi doit-elle « éviter les parfums et toutes les odeurs trop « suaves, principalement si elle est sujette à « des suffocations de matrice. »

D'après Gardien (1), la grossesse pervertirait quelquefois les fonctions de l'odorat.

« On voit quelquefois, dit-il, des femmes « être affectées désagréablement par des « odeurs qui leur plaisaient auparavant. »

Aussi conclut-il que: « toutes les odeurs, « même les plus suaves, sont nuisibles aux « femmes pendant leur grossesse. »

Bordot (2) conseille aux femmes enceintes : « d'éloigner de leurs appartements, surtout a pendant la nuit, les fleurs qui répandent les « odeurs les plus suaves, comme la rose, le « jasmin, le lis, enfin toute espèce de fleurs... a susceptibles d'affecter trop violemment leur « sensibilité nerveuse. »

Il leur défend, en outre, « la lecture des « romans, les peintures lascives, et les con- « versations libidineuses. »

(1) Traité d'accouchement, t. II, p. i3.

(2) Instruction sur la santé des femmes enceintes, 1820, p. 46 et 118.

188 ÉTUDES SUIi LA GROSSESSE

C'est sans doute pour le même motif, que, dans le règlement qui régit la Maternité de Munich, il est dit que : « le directeur doit veiller, à ce « que la femme enceinte ne lise pas de livres « immoraux, ne possède pas de « gravures obscènes. . . (i) »

3) Influence du coït.

A) Chez les animaux. — ■ L'action abortive du coït, chez les femelles domestiques, ne saurait être contestée.

Parmi les causes d'avortement rentrant dans La classe des gesta, Saint-Cyr et Violet rangent : « les excitations portées directement « sur le col utérin par la verge du mâle, lors- « que, par imprudence ou par erreur, on fait « saillir des femelles en état de gestation... « Elles agissent comme causes directement « efficientes (2)... »

Cornevin fait jouer également un rôle important, « aux assauts intempestifs des mâles.»

M. André a cité plusieurs exemples d'inter-

(1) la WiTKOwski. loc. cit., p. 54i.

(2) Saint-Ctr et Violet. Précis d'obstétrique vétérinaire, 1888, p. 290.

ruption de la gestation, sous l'influence du coït, chez la jument ; clans deux cas, le produit de conception fut expulsé 2/1 heures après la saillie 1 .

Enfin, pour Cornevin, l'avortement est assez fréquent chez la lapine, « surtout, ajoute- « t-il (2), lorsqu'elle reste avec le mâle, cons- « tamment exposée à ses étreintes. f>

B) Chez la femme. — oc) Influence générale. — ■ Les effets du coït, pendant la grossesse, ont été appréciés d'une façon très diverse, suivant les époques, et surtout suivant les pays.

1) Influence favorable. — Quelques auteurs ont soutenu cette opinion singulière.

C'est ainsi qu'Aristote déclare (3) : « que « les femmes, qui usent du coït un peu devant « que d'accoucher, en accouchent plus faci- « lement. »

Cette manière de voir fut acceptée par Bonaccioli, qui pratiquait à Ferrare vers i53o : « Les femmes, dit-il (4), qui ont continué à «remplir, pendant la grossesse, leurs de- « voirs conjugaux, supportent plus facilement

(1) Annacker Magazin, 1862, p. 66. Annales de Bruxelles, 1877, p. i56 ; 1890, p. 189.

(2) Corineyi.n. Zootechnie générale, 1891 ,p. 8i3 et8i4-

(3) Histoire des animaux, livre VII, chap. iv.

(4) In Witkowski. Histoire des accouchements, p. 167.

190 ÉTUDES SUJi LA GROSSESSE

« l'accouchement que celles qui ont été con- « tinentes, et, de plus, les premières n'ont « pas sur le visage cette pâleur qui rend les « autres hideuses. »

Dionis s'est déclaré partisan convaincu des bienfaits du coït pendant la grossesse.

Après avoir contesté toute autorité à son cousin et adversaire Mauriceau, sur ce sujet, sous prétexte « qu'il ne peut point avoir fait « ces observations par lui-même, n'ayant ja- « mais pu avoir un seul enfant en quarante-six « années de mariage (i), » il ajoute : « Pour « moi, qui ai une femme qui a été grosse vingt (( fois; et qui m'a donné vingt enfants, donl « elle est accouchée à terme et heureusement, « je suis persuadé que les caresses du mari « ne gâtent rien. »

Plus récemment, Menville de Ponsan a limité cette influence favorable à certains cas particuliers, en disant que: « le mouvement « imprimé, par une voluptueuse impression, « pourra convenir aux constitutions lympha- « tiques, et lorsque l'utérus jouit à peine de a la vitalité nécessaire à la gestation (2). »

(1) Dionis. Traité des accouchements, 1718, livre II, p. 1 a 4

(3) Menville et Ponsan. Histoire philosophique et médicale de la femme, i858.

CAUSES DES VARIATIONS îgi

Mais le Dr Debray (i) ajoute encore une restriction, car il déclare que : « la posture a « rétro doit être recommandée dans l'état de « grossesse... »

D'après le même auteur, dans le but d'éviter la blessure du col par le membre viril, « l'homme doit limiter son introduction, à « l'aide d'un bourrelet... ou anneau creux en « caoutchouc. »

Venête (2) avait déjà reconnu, il y a plus de deux siècles, que la femme pouvait agréablement remplacer ce corps étranger par sa main.

Enfin Laurent Joubert va jusqu'à conseiller le coït ante partum, auquel il attribue une action entocique. « Car, dit-il, la famé en se « remuant tant soit peu, ébranle doucemènt « et plaisamment le cropion, et la semence du <( mari rend le passage glissant... »

2) Influence défavorable. — Cette opinion, est de beaucoup la plus répandue."

Dans l'antiquité, la question ne paraît même pas avoir été discutée.

C'est ainsi que, chez les Chaldéens, le coït

(i) Hygiène de l'homme et de la femme. (3) Cologne, 1696.

19a ÉTUDES SUR LA .GROSSESSE

avec une femme enceinte était considéré comme un véritable crime (i).

ïlippocrate donne, sur ce sujet, les conseils suivants : « Dès que la femme reconnaîtra « qu'elle est enceinte, les premiers temps elle « ne devra pas se rapprocher de l'homme. » Mais la crainte de la superfœtalion semble avoir été son idée dominante, car il ajoute : « La femme enceinte, qui ne fait pas usage du « coït, sera délivrée plus facilement de son « fruit (2). »

Chez les peuples polygames. * — Les quatre cinquièmes des habitants de la terre admettent la polygamie, dont la base est le repos génital de la femme enceinte, sans que l'homme ait à en souffrir.

Les peuples, qui ont mené une existence conforme aux lois de la nature, ont toujours considéré le coït, pendant la grossesse, comme un abus digne de blâme.

Aussi, dit Bordot(3), « les législateurs ont-

(1) IIiVndvogel. Aperçu historique de l'origine de la médecine.

(2) Hippocrate. Livre de la superfœtation et livre De sierilibus .

(3) Bordot. Instruction sur la santé des femmes enceintes, 1820, p. ia4.

CAUSES DES VARIATIONS i93

« ils souvent eu recours, pour s'y opposer, au (( pouvoir de l'opinion religieuse. »

C'est ainsi que, suivant la loi musulmane, le coït avec une femme enceinte, est encore considéré aujourd'hui comme une véritable profanation.

D'après Anquetil du Perron, les Parsis sont soumis aux usages suivants : « Lorsqu'une « femme est grosse de 4 mois 10 jours, son mari « ne doit plus la voir. C'est qu'alors l'enfant « est formé, et que l'âme est unie au corps..! »

Le même auteur ajoute : « Si en la voyant « il blesse l'enfant, c'est un crime qui mérite « la mort. » t

Le Dr Polack (i) affirme même que, en Perse, les femmes mariées ont recours à l'avortement, «poussées par la jalousie, car « leur religion leur défend toute cohabitation « avec leur mari pendant la gestation. ))

Il en serait de même, d'après Paw, chez les peuples à demi civilisés de l'Amérique.

Hovelacque rapporte que, chez les nègres <de l'Afi •ique sus-équatoriale , tout rapport sexuel est formellement interdit avec une femme enceinte.

(i) Polack. Persien und seine Bewohner, i805/t. I, p. 216.

BoL'CH ACOL'RT. l3

ig-'i ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

Si l'on en croit Berenger-Feraud, le mari reste même séparé de sa femme pendant toute la durée de la grossesse, chez les diverses peuplades du Sénégal; et il ne peut remplir ses devoirs conjugaux qu'après le sevrage de l'enfant, ayant d'ailleurs le droit de patienter avec une concubine.

Les Japonais, malgré leur état avancé de civilisation, sont restés fidèles à cette coutume.

Chez les peuples monogames, la question a été très discutée, et est difficile à résoudre pratiquement.

Les Pères de l'Eglise recommandaient la continence, au début et à la fin de la grossesse.

Raulin, prédicateur du xvie siècle, employa même une comparaison très ingénieuse, pour taire entrer, dans l'esprit des fidèles, le précepte de la continence imposé à la femme enceinte.

On ne doit pas, dit-il, « remuer la terre « quand elle est ensemencée, et que le blé « commence à germer. »

Dans le poème latin de Scévole de Sainte- Marthe (i), le coït est proscrit, en tant que nuisible pour la mère et pour l'enfant.

(i) De puerorum nutritione ou pœdotrophie, i584i livre i.

CAUSES DES VARIATIONS i95

Màuriceau (i) fut l'adversaire le plus acharné Je la continuation des rapprochements sexuels pendant la grossesse, mais surtout parce qu'il broyait à la possibilité de la superfœtation.

Il faut, dit-il, « quitter ces vieilles erreurs, « qui certainement ont causé la mort à quan- « tité de femmes et d'enfants, et beaucoup de « peines à plusieurs autres. »

Cette opinion dépasse évidemment, en exagération, les limites permises.

Plus loin, Màuriceau défendit le coït, surtout pendant les deux derniers mois de la grossesse, en invoquant le motif suivant : « c'est que, par son moyen, le corps est exce trêmement agité, et même comprimé dans « l'action. »

Mais Dionis, contemporain et parent de Màuriceau , répliqua que : « le mari et la « femme prennent si bien leurs mesures, « qu'ils évitent cette agitation et cette comte pression du ventre... »

Nous avons vu d'ailleurs, précédemment, que Dionis déniait, pour des raisons personnelles, toute autorité, en cette matière, à son illustre cousin.

(i) Des maladies des femmes grosses, 17/io, livre I, p. ia3.

À partir de cette époque, la question de l'influence défavorable du coït, pendant la grossesse, n'est plus devenue qu'un paragraphe de l'étiologie de l'avortement ; nous reparlerons plus loin de cette action.

Au milieu de ce siècle, Menville de Ponsan (i) s'est élevé, en termes dithyrambiques, contre l'exercice génital chez la femme enceinte. « Pourrait-on croire raisonnablement, « dit-il, que le fœtus, dont l'existence est si « frêle, puisse supporter sans danger le dé- « sordre que produit souvent, dans toute l'éco- « nomie, l'extase de la volupté ? »

En 1894, à la réunion annnuelle de Y American Association of obstetricians and gynecologist, Dewees ayant fait une communication Sur les soins à donner aux femmes enceintes, la discussion, qui suivit, aborda la question de l'influence de l'exercice génital pendant la grossesse.

Custins défendit le coït aux femmes enceintes, et Cushing déclara (2) : que « l'im- « moralité et le dérèglement était un facteur « de travail difficile. »

(1) Histoire philosophique et médicale de la femme, i858, t. II, p. 191 à ig3.

(2) American Journal of Ohstetrics, octobre 189,4.

On voit que c'est le retour complet à l'opinion d'Hippocrate, qui était d'ailleurs restée populaire.

C'est ainsi que, dans le roman de Zola intitulé Fécondité, le précepte de la continence obligatoire, pendant la grossesse, est mis dans la bouche de Robert Angelin, qui dit, en s'adressant à sa femme : « Tu sais que, pendant « les neuf mois de la grossesse... nous ne pour- « rons même pas nous embrasser... un mari « raisonnable, quia le souci de la bonne santé « de la mère et de l'enfant, ne touche plus à sa a femme de tout ce temps-là (1). »

On a encore prétendu que les excès génitaux étaient un facteur étiologique de la cystite, dite de la grossesse.

Enfin, parmi les effets possibles de l'acte sexuel chez la femme enceinte, il n'en est certes pas de plus fâcheux que le suivant, qui vient d'être observé récemment en Allemagne (2).

Une femme, se trouvant au neuvième mois de sa grossesse, pratiqua le coït deux fois de suite dans la position verticale.

Immédiatement après, elle perdit une grande

(1) Zola. Fécondité, p. 23a.

(2) Arztliche Sachwerstiehdigen Zeitung, 1900, n° 4.

quantité do sang par le vagin, et mourut au bout de 20 minutes.

A i'autopsie, on trouva une déchirure au-dessous et un peu à droite du clitoris ; la plaie était longue de 2 centimètres, et profonde d'un demi-centimètre. La paroi de l'urètre, et le corps caverneux droit du clitoris, étaient intéressés par la déchirure, au fond de laquelle se trouvaient des caillots sanguins et de petits vaisseaux béants.

Il semble donc qu'on doive admettre, jusqu'à un certain point, avec Zacchias, que les femmes enceintes sont en droit de se refuser à l'acte conjugal.

(3) Cause d'avance dans l'expulsion du fœtus. — Platon attachait une telle importance à cette influence, qu'il assimilait à un homicide, la recherche des embrassements d'une femme enceinte.

Galien expliqua le mécanisme de cette interruption de la grossesse, en disant que : « le « fruit se détache d'autant plus facilement (( de l'arbre, qu'il est plus tendre et plus « mûr. »

Parmi les nombreux auteurs, qui ont admis l'influence défavorable du coït chez la femme enceinte, sans en bien préciser le mode d'action, il est probable que la plupart avaient en vue l'influence abortive.

CAUSES DES VARIATIOhS 199

L'abbé Claude Quillet, dans sa Callipèdie(i), compare le fœtus aux fruits qui sont abattus par un coup de vent, et, comme Galien, il déclare que, faute d'être continentes, les femmes courent le risque de détruire le fruit qu'elles portent en elles.

Pour Levret, la plupart des fausses couches I sans cause apparente, proviennent de l'abus 1 du coït.

De même, d'après Gardien (2), « on peut « regarder, avec raison, des embrassements « trop fréquents et trop ardents comme une « des causes les plus ordinaires d'avortement.»

Cet auteur insiste longuement sur les funestes effets, pendant la grossesse, de « l'acte « de la copulation, qui exalte la sensibilité « de l'utérus, augmente l'afflux de sang vers « cet organe, et produit un désordre de toute « l'économie... »

Pour lui, quand une femme a déjà avorté plusieurs fois, « on doit lui conseiller de « s'abstenir totalement des plaisirs de l'amour, « dès qu'elle se soupçonne grosse. »

Gardien semble avoir insisté, le premier,

(1) Ou l'Art de faire de beaux enfants. Publiée à Paris en i656, livre III. Quillet était à la fois médecin et littérateur.

(3) Gardien. Traité d'accouchements, 1807, t. II, p. 167.

aoo ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

sur les dangers du coït pendant la période correspondant aux règles absentes.

« L'époque, dit-il (i), à laquelle les jouis « sances conjugales peuvent être sujettes à « plus d'inconvénients, est celle qui corres- « pond au retour périodique de la menstrua- « tion. )>

Gardien admet en effet que : « l'irritation, « que cet acte établit vers l'utérus, peut occa- « sionner, par suite, des pertes, ou bien dé- « truire les faibles adhérences, qui attachent « un être aussi faible à la matrice. »

Cette opinion est acceptée aujourd'hui par presque tous les auteurs, les faits d'interruption de la grossesse, à la suite de coïts énergiques et répétés, étant trop nombreux pour que cette action puisse être discutée.

L'influence de la période dangereuse, correspondant à la menstruation, peut s'expliquer de la façon suivante : A ce moment, l'utérus présente déjà de la congestion physiologique; le coït augmentant encore cette congestion, il se produit une hémorragie, avec décollement consécutif de l'œuf.

Quant à l'interruption de la grossesse, due à une rupture prématurée des membranes,

(i) Gardien. Maladies des femmes, 1807, t. Il, p. 137.

CAUSES DES VA MATIONS aoi

sous l'influence d'un coït trop impétueux, elle a été admise par tous les classiques, surtout chez les multipares à col déhiscent.

Mais, il nous paraît difficile d'admettre, qu'un pénis normal puisse jouer, dans un vagin normal, le rôle mécanique d'un perce-membranes. Cependant on nous a communiqué un cas authentique dont le héros fut un étudiant de Bordeaux. Après une pareille prouesse balistique, il fut même surnommé Le Perforateur .

Voyons maintenant quelles sont les différentes opinions, qui ont été émises dans ce siècle, depuis Gardien, sur l'influence abortive de l'acte sexuel chez la femme enceinte.

D'après Bordot, on doit «accuser la plupart « des avortements, qui surviennent spontanéce ment, sans cause apparente, à l'abus du « coït. ))

Pour lui, les femmes qui ne modèrent pas leurs désirs , surtout quand elles sont très nerveuses et sujettes aux hémorragies de l'utérus, « risquent de ne pas arriver à « terme... »

Menville de Ponsan cite des exemples de femmes, qui ne sont parvenues à accoucher à terme, « qu'en s'abstenant des plaisirs de « l'amour, pendant tout le temps de leur grosce sesse. »

Delacoux (i) compare le coït à Saturne, qui dévorait ses propres enfants.

« Si l'amour dans l'espèce humaine, dit-il, « rallume sans cesse son flambeau, ce n'est « point pour consumer son propre ouvrage. »

Bastin cite, dans sa thèse (2), une observation, due à Mattei, d'une femme qui, à deux reprises, à la suite d'excès génitaux ii quinze jours d'intervalle, fut menacée d'accouchement prématuré.

Parent-Duchatelet a montré que les prostituées concevaient fréquemment , mais que 21 sur 1,000 seulement accouchaient à terme.

Jacquemier compare l'action du coït, pendant la grossesse, à une sorte de traumatisme, qui expliquerait les hémorragies du voyage de noce , et les avortements fréquents des jeunes mariées et des prostituées.

Il rapporte à ce sujet, que M. Serres ayant remarqué de fréquents retards de règles, chez les plus jeunes parmi les femmes de cette dernière catégorie, retards qui se terminaient par l'expulsion de ce qu'elles appelaient un bouchon, eut l'idée d'examiner la nature de ces produits, ainsi rejetés par les prostituées.

(1) Éducation sanitaire des enfants, 1829, p. 61.

(2) Sur la congestion utérine pendant la grossesse. Paris,

CAUSES DES VAftl ATIONS 2o3

En quelques jours, il put en recueillir un grand nombre, et se convaincre facilement, que ces bouchons étaient des œufs humains âgés de 4 à 5 semaines.

On trouve rapportée, dans la thèse de Vaysettes, une observation de M. Delore, qui témoigne des effets abortifs, provoqués par les coups de bélier d'un coït trop énergique ou trop répété, probablement par suite des secousses, communiquées à l'utérus tout entier par l'intermédiaire du col.

Il s'agit d'une prostituée, chez laquelle M. Delore recherchait la cause d'un avortement, qui lui paraissait mystérieux; elle lui fit cette simple réponse : « C'est un Monsieur « qu'a poussé trop profond (i). »

Pajot se bornait à conseiller la modération dans le coït de la grossesse. Il formulait souvent son avis par cette phrase, qui est restée classique : « Maintenant que vos vœux sont « exaucés, ne les poussez pas trop loin. »

En réalité, il semble que l'opinion de cet accoucheur n'ait pas toujours été aussi anodine ; car, dans des notes manuscrites, recueillies à un de ses cours, professé en 1857,

(1) In Thèse Vaysettes, Lyon, 1881. De l'accouchement prématuré, p. i5.

aoh ÉTUDES S Un LA GROSSESSE

je trouve la phrase suivante : » Pajot pense « que les rapports conjugaux sont alors très « dangereux, surtout chez les femmes de la « ville, qui semblent plus disposées que d'il u - « très aux avortements. »

Vaysettes a bien montré, dans sa thèse, que l'abus de l'acte sexuel était une cause relativement fréquente d'accouchement avant terme.

(( Toutes les fois, dit-il, qu'un commence- « ment de travail prématuré sera prêt à se « déclarer, la surexcitation génitale, due au « coït immodéré, ne pourra être qu'un puisce sant adjuvant, dans le neuvième mois surce tout, époque à laquelle l'utérus est si dis- (c posé à se contracter sous la plus légère ce influence. »

Après avoir dit que, chez la femme enceinte, l'usage du coït doit être très modéré pendant les trois ou quatre premiers mois, Hubert (de Louvain) ajoute (i) : « La femme, qui a eu des « fausses couches récentes, doit même vivre « dans une continence plus ou moins complète « jusqu'à mi-terme. M. X... nous a confessé « que sa femme, après quatre fausses couches, « n'a porté à terme que quand il s'est abstenu « de la voir pendant ses grossesses. »

(i) Cours d'accouchement, 1878, t. I, p. 162.

CAUSES DES VARIATIONS ao5

On trouve rapportée, dans Tarnier et Budin (t), une observation d'Hebecke (2), qui met bien en lumière l'influence abortive du coït.

Il s*agissait « d'une dame, dont le mari eut « des accès d'aliénation mentale peu de temps « après son mariage, et qui était très portée a « la copulation. »

Cette femme avorta quatre fois de suite ; mais son mari étant mort au début de sa cinquième grossesse, elle accoucha à terme d'un enfant vivant. Une nouvelle grossesse s'étant produite, à la suite d'un nouveau mariage, ne fut pas non plus interrompue.

Les conclusions, admises par Tarnier et Budin, sont les suivantes :

« Il ne paraît pas douteux que les rapports « sexuels trop fréquemment répétés ne soient, « par le traumatisme génital qu'ils produisent, « par la surexcitation, la congestion et par- « fois l'inflammation qu'ils déterminent, une « cause d'avortement. »

Pour Rougier (3), « les rapports sexuels, « continués pendant la gestation, sont la cause « ignorée d'un grand nombre d'avortements.»

(1) Tarnibr et Budin, 1888, t. II, p. A78 et 479 -

(2) Hebecke. Traité de l'avortement, 1842.

(3) Rougier, Hygiène de la première enfance, 1889.

3o6 ÉTUDES SUD LA GfiOSSESSE

M. Bouilly partage entièrement cette manière de voir.

Le fait de la mise en branle de l'utérus, sous cette influence, est bien prouvé par l'observation suivante, qui a été rapportée paï de Soyre (i) :

« J'ai dans ma clientèle une dame que j'ai « assistée dans plusieurs de ses couches, et, « chaque fois, après la neuvième époque, « j'étais prévenu quelques jours à l'avance du « moment de l'accouchement.

« Je m'étonnais la dernière fois de cette sorte « de devination qui me paraissait singulière, « et je demandai au mari une explication.

« Mon cher docteur, me dit-il, la chose est « simple ; à la première grossesse de ma « femme, ayant eu des rapports avec elle, « sitôt la neuvième époque menstruelle fran- « chie, l'accouchement eut lieu le lendemain.

« Je renouvelai l'expérience à la seconde « grossesse, et le même phénomène se pro- « duisit ; or, comme ma femme, arrivée à ce « degré de gestation, a hâte d'être débarrascc sée, nous n'avons jamais manqué depuis « d'agir ainsi. . .

(i) De Soyre.. Hygiène de la femme enceinte, 1891, p. 1G1 .

« Et comme je demandais si, pendant le « reste de la grossesse, il s'abstenait : Assu- « rément, me dit-il, car, après ce qui s'est « passé la première fois, j'aurais trop peur de « faire avorter ma femme. »

M. de Soyre ne proscrit cependant les rapports sexuels, que chez les femmes qui ont déjà fait une ou plusieurs fausses couches.

Pour les autres, il conseille la modération, surtout pendant les périodes répondant aux époques menstruelles, tout en reconnaissant que l'abstention complète serait préférable pendant les trois ou quatre premiers mois, et pendant les deux derniers.

Dans leur Précis d'Obstétrique, MM. Ribemont-Dessaignes et Lepage (1) admettent que : « l'excitation génitale, et lé traumatisme « exercé sur le col, suffisent parfois... pour « amener une congestion intense, et consé- « cutivement une hémorragie avec décolle- « ment de l'œuf. »

La plupart des accoucheurs actuels évitent de se prononcer, pour ou contre le coït pendant la grossesse, dans leur clientèle de la ville ; ils se bornent à conseiller la modération.

Il est probable, d'ailleurs, que cette ligne

(1) 2e édition, 1896, p. 193.

ao8 ETUDES SUft LA GROSSESSE

de conduite leur es1 inspirée, bien plus par le désir de ne pas mécontenter leurs clients, que par la crainte du ridicule, attaché en apparence à une pareille proscription.

Nous connaissons un certain nombre de faits, d'accouchements prématurés détermines par le coït, qui ont été observés par un accoucheur des hépitaux, qui les raconte volontiers dans son service.

Dans un cas notamment, l'accouchement fut ainsi provoqué par le mari rentrant de voyage.

L'attitude de la belle-mère mérite ici d'être signalée ; car, au milieu du désarroi inséparable de tout accouchement avant la date qui avait été prévue, elle ne cessait de répéter: qu'il était encore heureux que son fils fût arrivé juste à temps, par un hasard qu'elle considérait naïvement comme providentiel.

Il est probable que les observations de ce genre sont beaucoup plus communes qu'on ne lé croit.

Entoutcas, tout le monde admet aujourd'hui que la fréquence plus grande de l'avortement et de l'accouchement prématuré, chez les primipares, et surtout chez les jeunes mariées, n'a souvent pour origine que les excès génitaux.

Aussi doit-on revenir aux idées de Mauriceau, et, surtout pendant les jours qui cor-

respondent aux règles, s'éloigner le moins possible de ces conseils du poète :

Épouses, je vous dois' un conseil salutaire ; Quand vous aurez conçu, n'allez pas à Cythère, Pour conserver le fruit de vos chastes plaisirs, Réprimez désormais vos amoureux désirs.

Au feu qui vit en vous un autre feu peut nuire, Et ce qu'amour a fait, amour peut le détruire. La nacelle à Vénus, sur les flots amoureux. Peut souvent rencontrer des écueils dangereux,

Tarnier, qui n'avait sans doute conservé 1 qu'unlointain souvenir de cette tirade poétique, me manquait jamais, en présence d'un cas d'intterruption de grossesse pouvant être attribué iau coït, de se tourner vers les élèves, et de Jdire à mi-voix, sans souci de la rime :

« Et ce qu'amour a fait, amour peut le défaire. »

On comprend que Tarnier ait admis sans hésiter cette influence, si on se rappelle que, à .'occasion d'un examen médico-légal, pour une iffaire d avortement, il rapporta h M. Brouardel «es deux faits suivants (1) :

Une jeune femme, chez laquelle il avait pratique Simplement le toucher vaginal à sa consultation, ans introduction de spéculum, avorta le soir même*

(l) Brouahdel. L'avortemcnt, 1901, p. n!\-

BoUCHACOURT. 1^

aïo ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

Une autre, au sortir de son cabinet, à la suite d'un simple examen, fut prise de douleurs très vives, et faillit expulser son fœtus, dans la loge même du concierge, où elle avait été obligée de s'arrêter.

Il nous reste enfin à dire quelques mots sur l'action abortive spéciale des raffinements érotiques.

D'après le Dr Garnier, les femmes d'Orient feraient, dès la plus haute antiquité, un usage fréquent de phallus et autres objets matériels; un passage, du prophète Ezéchiel, ne permet pas de douter de l'ancienneté de cette coutume, qui devint d'ailleurs commune à Rome, où elle avait été importée de l'Inde.

C'est ainsi qu'à Pompéi, et à Herculanum, on a trouvé plusieurs spécimens de phallus, qui sont actuellement au musée de Naples.

Dans Lucien, Chariclès qualifie cet usage de monstrueux, et il lui reconnaît pour conséquence la stérilité, dont le mécanisme ne peut guère être expliqué que par une action abortive.

Dans le Kama Soulra (i), Vatsyana a décrit longuement les objets servant à augmenter la volupté chez la femme, et qu'il appelle des

(l) Kama Soutra. traduction Lamairesse. p. io3etio5.

CAUSES DES VARIATIONS an

apadravyas ; mais il ne se prononce même pas sur la valeur respective des différents modèles.

C'est M. Hureau de Villeneuve, qui paraît avoir montré le premier l'influence abortive de ces raffinements erotiques.

Dans sa thèse Sur V Accouchement de la race jaune (i), il s'exprime, sur ce sujet, de la façon suivante :

« Je ne puis manquer de décrire, dit-il, « un instrument nommé hérisson, employé « par la lubricité des maris, et dont l'usage « amène les plus déplorables résultats, car il « est une cause très fréquente d'avortement. »

Cet appareil est formé par un anneau hérissé de plume d'oies, séparées les unes des autres par un fil d'argent.

Suivant l'usage de l'époque, M. Hureau de Villeneuve n'en décrit qu'en latin le manuel opératoire, et les effets, dans les termes suivants :

« Hic annulus hirsutus in sulco, qui glanai déni et prseputiam interjacet, inseritur.

« Frictiones per coitum productse magnum « mucosœ membranœ vaginalis turgorem ac « simul hujus cuniculi coarctationem tam salait cibus quœritatam afferunt. »

(i) Hureau de Villeneuve. Thèse, Paris, i863, p. 28.

L'auteur ajoute : « D'après les conseils « d'hygiène donnés aux jeunes époux, cet « instrument ne doit pas être employé 1m s- « que la femme est enceinte, car la turges- « cence de la muqueuse amène fréquemment « des hémorragies, nuisibles au produit de la « conception.

« Mais, contrairement à ce singulier avis, « ce moyen est fréquemment emplové pour « produire l'avortement dans un but couce pable. »

Le Dr Garnier rapporte en effet que, dans la ville de Canton, on exhibe les phallus au théâtre, pour en indiquer l'emploi aux jeunes femmes contre la génération ; ce qui prouve que ces pratiques sont souvent suivies d'avortements.

Les fréquentes fausses couches qu'on observe, chez les Chinoises, ne seraient donc que la conséquence de cette violente excitation génitale directe, pratiquée avec une véritable fureur dans toutes les classes de la société.

Enfin on lit, clans Witkowski (i), que les Dayaks (de Bornéo) provoquent l'avortement,

(i) Histoire des accouchements chez tous les peuples, p. 58a, 587 et 638.

CAUSES DES VARIATIONS 2i3

en cherchant à augmenter la sensation voluptueuse chez leurs femmes. Pour obtenir ce résultat ils se perforent le pénis avec des tiges de métal, dont les extrémités, laissées libres, excitent violemment les parois vaginales.

Les femmes de Bornéo seraient, d'ailleurs, très satisfaites de l'emploi de ces raffinements érotiques, « et elles disent-que cet instrument « est au coït, ce que le sel est à la viande. »

On conçoit, qu'une pareille armature soit douée de propriétés balistiques suffisantes, pour interrompre le cours de la grossesse.

M. Brouardel rapporte deux cas intéressants, dans lesquels le coït fut pratiqué de propos délibéré, mais sans succès, dans un but abortif.

Dans le premier, il s'agit d'un homme qui, <c afin de se mettre dans un état d'éré- « thisme suffisamment prolongé,... prit une « telle dose de poudre de cantharides qu'il en « mourut... », sans que la grossesse ait été interrompue chez l'auteur de ce meurtre involontaire.

« Le 2e cas est celui d'un homme qui,... se « sentant incapable d'arriver à lui seul au but « qu'il désirait atteindre, pria un de ses amis « de lui venir en aide, et, malgré leurs efforts « réunis, la femme accoucha au terme nor- « mal. »

2i4 ÉTUDES SUE LA GROSSESSE

y) Cause de retard dans l'accouchement. — Cette singulière opinion, exemple frappant des erreurs, dans lesquelles peuvent entraîner les conceptions purement philosophiques, a été soutenue par Primerose, dans un livre où il avait même la prétention de réformer les erreurs du vulgaire (i).

Cet auteur n'hésita pas à affirmer, que l'accouchement peut être retardé jusqu'au onzième mois, par suite d'abus de coït.

Il expliqua le mode d'action de cette influence, de la façon suivante : « c'est parce que « le mari, dit-il, retourne trop à sa femme « déjà grosse; en quoi il ne fait que gâter la « besogne, comme qui remuerait la terre « quelques jours après que les graines comte mencent à germer, auxquelles il faut du « temps après pour reprendre racine, afin « de vivre et profiter de nouveau.

« Ainsi l'enfant qui aura été secoué naîtra « plus tard. »

(i) Primerose. De vulgi erroribus. Amsterdam, 1 644-

5) Influence de l'aération.

A) Chez les femelles domestiques. — « Les

« bêtes pleines, dit Hurthrel d'Arboval (i), « demandent plus de soin et de surveillance « que celles qui ne le sont pas ; elles doivent « être placées dans des écuries, étables ou « bergeries, de manière à ne pas se trouver « gênées , soit par le trop grand nombre « d'animaux, soit dans des loges trop étroites.»

Dehvart(2) est encore plus afïirmatif, quand il déclare que : « rien ne leur est plus nui- « sible, en cet état, que de croupir dans un « air épais et non renouvelé. . . ; rien peut-être, « ajoute-t-il, ne les prédispose davantage à « Tavortement. »

D'après Cornevin (3) : « on a encore attri- « bué l'avortement à la mauvaise construc- « tion des étables, à leur insalubrité, aux

(1) Dictionnaire de médecine et de chirurgie vétérinaires.

(2) Delwart. De la parturition des femelles domestiques. 1839, P- x6-

(3) Traité d'obstétrique vétérinaire, 1888, p. 285.

ai6 ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

« émanations qui s'en échappent..., el en gëcr néral à toutes les mauvaises odeurs que ce peuvent respirer les femelles en état de « gestation. »

Quant à l'influence de l'état hygrométrique de l'air, il nous paraît difficile d'avoir une opinion, après avoir vu signalés, dans Cornevin, l'action abortive a de l'humidité de l'air, « des pluies persistantes et des sécheresses « prolongées. »

Concluons avec Bournay (i), que « les ani- « maux en état de gestation doivent être « logés dans des locaux spacieux, a portes g larges... »

B) Chez la femme. — Dans son Traité des maladies des femmes grosses, Mauriceau donne à la femme enceinte les conseils suivants (2) : « L'air, auquel elle fera sa résidence ordinaire, « sera bien tempéré en toutes ses qualités;... « elle doit aussi éviter de faire sa demeure « dans ces rues étroites, pleins d'immon- « dices,... ou dans les retraits de la maison. »

A l'appui de cette doctrine , il rapporte l'observation d'une blanchisseuse, qui avorta

(1) Obstétrique vétérinaire, 1900, p. i58.

(2) § De quelle façon la femme enceinte se doit gouverner, p. 1 18 et 119.

au quatrième mois, après avoir allumé du feu au milieu de la pièce où elle travaillait, « n'ayant pas la patience de faire allumer son a charbon dans la cheminée. » Il est d'ailleurs plus que probable que, dans ce cas, l'avortement s'est produit sous l'influence de l'oxyde de carbone.

Mauriceau conclut, de ce fait, que : « la « femme grosse doit fuir le mauvais air, et « toutes sortes de mauvaises senteurs... »

Gardien admet que, quand les femmes sont enceintes, « un air chargé d'exhalaisons puce trides les dispose à avorter. »

Dans ses Instructions sur (a santé des femmes enceintes, Bordot(i) leur recommande la promenade matinale, l'air étant alors « le « plus salutaire et le plus pur de la journée », et proscrit les chaufferettes, qui « les exposent « souvent à des vapeurs malfaisantes. » Mais, encore ici, il s'agit évidemment d'oxyde de > carbone.

La plupart des auteurs admettent que l'air ( confiné peut être une cause d'interruption dans I le cours de la grossesse.

C'est à cette influence que Bordot fait allu-

(1) Paris, édité chez Crevot, 1820, p. 43 et 44.

ai8. ÉTUDES SUIi LA GROSSESSE

sion, quand il dit : « aussi voit-on un assez « grand nombre d'accouchements avant terme, « et des maladies fâcheuses à la mère et à son « fruit, être le résultat de la fréquentation « habituelle de ces lieux (les salles de spee- « tacle). »

Le fait incontestable, que la grossesse se continue plus facilement sans encombre à La campagne que dans les villes, est dû certainement, en grande partie, à une meilleure hygiène respiratoire.

M. Gaulard affirme (i) avoir « vu plusieurs « fois, des fausses couches se faire à la sortie « du théâtre. » Mais, dans ces cas, l'air confiné n'était peut-être pas seul en cause ?

Il semble donc qu'on doive interdire, aux femmes enceintes, le séjour prolongé dans les salles surchauffées, et mal aérées : chambres de malade, salons, théâtres, salles de bal, ateliers, etc.; d'autant plus que les produits gazeux de l'expiration jouissent de véritables propriétés toxiques, indépendantes de l'action de l'oxyde de carbone et de l'acide carbonique.

L'influence exercée par l'acide carbonique,

(i) Cours d'accouchement, 1894 . t. I, fasc. a, p. 66.

sur la fibre musculaire utérine, a été magistralement démontrée par Brown - Séquard, qui, en rendant une femelle gravide apnéique, déterminait aussitôt des contractions de l'utérus. Dès que l'animal respirait de nouveau librement, les contractions s'arrêtaient, pour reprendre ensuite, si on déterminait de nouveau l'apnée.

Brown-Séquard s'est d'ailleurs appuyé sur ces faits, pour édifier une nouvelle théorie explicative des causes de l'accouchement. L'hypertrophie considérable de l'appareil veineux de l'utérus gravide donne une base de vraisemblance à cette hypothèse.

On sait en outre que la suspension momentanée de la fonction respiratoire, chez la mère, produit, chez le fœtus, des mouvements désordonnés, qui peuvent également contribuer à mettre l'utérus en branle.

C'est ce qui avait conduit Jacquemier à proposer ce moyen, pour solliciter les mouvements fœtaux qui tardaient à se produire.

L'influence exercée par la toxicité de l'air est encore prouvée par cette observation que rapporte Barnes (1) : En Algérie, des Arabes

(1) Barnes, loc. cit., p. 296.

s'étant réfugiés dans des souterrains, où ils allumèrent des feux, un grand nombre de femmes y avortèrent.

Munaret semble admettre une prolongation de la grossesse, sous l'influence de la cure d'air, quand il dit (i) : « Les plus beaux en- « fants naissent au sein des campagnes, par « la même raison que les arbres en plein vent « produisent des fruits moins hâtifs, mais « plus gros... »

Saucerotte a émis cette opinion singulière (2) : que l'altitude retardait la menstruation et favorisait la terminaison de la grossesse avant le neuvième mois.

C'est ainsi qu'il attribuait à l'air trop vif la fréquence de l'avortement, chez les femmes qui habitaient les sommets des Vosges.

Pour en prévenir les effets, il faisait descendre ses clientes enceintes dans la plaine.

Ces faits sont à rapprocher de l'observation suivante, qui a été rapportée par Witkowski .1 :

Une dame de province, venue à Paris visiter l'Exposition de 1878, voulut monter dans

(1) In Witkowski. La génération humaine, p. 266.

(2) In Thèse Vaysettes, Lyon, 1881, p. 87. Sur l accouchement prématuré accidentel.

(3) La génération humaine, 8e édit. , 1900, p. 3ai.

le ballon captif des Tuileries, et y accoucha dans la nacelle.

Quant au mode d'action de cette influence, il semble qu'on pourrait admettre une pression moindre de l'atmosphère, sur la paroi abdominale.

La tendance de l'utérus à se vider, serait alors à rapprocher de la fréquence des hémoptysies dans les lieux élevés.

Mais, hâtons-nous de le dire, cette influence est loin d'être démontrée.

ÉTUDES SUIi LA GROSSESSE

6) Influence du système digestif.

A) Chez les femelles domestiques. — a) Influence du régime alimentaire. — « La nourriture des <c femelles pleines, dit Bournay (i), doit être « suffisante et de bonne qualité :... On peut « donner aux femelles pleines la même nour- « riture qu'aux autres animaux ; toutefois, il « est bon... dans les derniers temps de la ges- « tation, d'éviter les aliments fibreux et en- « combrants, qui, par leur volume, alourx( dissent le sujet, et gênent ses mouvements « respiratoires. »

Rien n'est plus sage que ces sages prescriptions de régime , qui montrent bien toute l'importance que doit avoir le régime alimentaire, dans l'hygiène de la gestation.

On trouve rapporté, dans Saint-Cyr et Violet, un certain nombre de faits d'avortements, dus à une nourriture insuffisante, trop sèche,

(i) Bournay. Obstétrique vétérinaire, 1900, p. itip, 3o3 et 3o5.

CAUSES DES VARIATIONS aa3

ayant entretenu, chez les femelles pleines, un état d'indigestion permanente.

D'après Bournay, « l'alimentation repré- ' « sente l'un des facteurs les plus importants « de l'avortement. »

C'est à cette influence que se rattache l'action des années pluvieuses, pendant lesquelles les animaux sont nourris avec de mauvais fourrages, dont ils ingèrent de grandes quantités pour se nourrir ; ce qui produit la compression de la matrice, et des indigestions qui peuvent occasionner l'avortement.

Saint-Cyr et Violet déclarent enfin, sans rien préciser d'ailleurs, qu' « on a encore sice gnalé, comme cause d'avortement, une nour- « riture trop abondante,... trop stimulante « surtout, que l'on a accusé de produire la « pléthore... »

3) Influence de certains produits toxiques. — On a noté, dans certains cas, de véritables épidémies d'avortements, à la suite d'absorption, par les animaux, de fourrages toxiques.

Dans l'épizootie qui a été observée aux Etats-Unis, en i884, il est probable que les nombreux cas d'interruption de gestation furent dus à certains champignons, tels que X ergot de seigle.

Ce qui fait croire qu'il s'agissait bien d'er-

aa/i ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

gotisme, c'est que tous les malades présenteront de la gangrène des extrémités (i).

Haselbach a observé, dans l'espace de huit jours, onze cas d'avortements, chez des vaches nourries de. maïs altéré par Yustilago maïdis (charbon végétal).

Un changement de nourriture ayant brusquement arrêté l'épidémie, Haselbach fit prendre, à deux chiennes pleines, de la poudre constituée exclusivement par ce champignon parasite, séché et pulvérisé ; elles avortèrent immédiatement toutes les deux.

Krat a vu de nombreux cas d'interruption de la gestation, chez les juments, à la suite d'absorption de fourrage recouvert de tilletia caries.

Corncvin avait déjà noté (i) que les femelles pleines sont beaucoup plus sensibles que les autres animaux à l'action des plantes vénéneuses, et surtout à celles qui fournissent les médicaments qui sont appelés utérins.

Tels sont: la grande ciguë, la rue, la saline, et, d'une façon générale, tous les emmenagues, quand ils sont mêlés aux aliments en quantité suffisante.

(r) Bouknay. Obslélrique "vétérinaire, p. 3o5.

(a) Coknevin. Des liantes vénéneuses. Paris, 1887.

On trouve rapportée, dans Saint-Cyr et Violet [), une observation de Mellet, vétérinaire anglais, dans laquelle un charretier, pour se venger de son maître qui l'avait renvoyé, fit prendre de la sabine à deux juments pleines, qui avortèrent.

L'effet abortif de ces plantes est donc bien démontré.

Cependant, il est certain qu'on a vu souvent des doses élevées de pareilles substances produire les désordres les plus graves, et même la mort, sans provoquer l'expulsion du fœtus.

Weiss, cité par Tabourin, a donné de l'ergot de seigle à des vaches pleines, à la dose de plus de 200 grammes par jour ; la gestation : ne fut pas interrompue.

On a accusé certains résidus de distilleries i d'occasionner des avortements ; telle serait l'influence de l'alimentation par des tourteaux i de coton (2), et de faîne.

Enfin, Cornevin fait remarquer (3) que, parmi les moisissures, il en est qui ont une action

(1) Traité d'obstétrique vétérinaire, 1888, p. 286.

(2) Môbius Robert. Jahresbericht /'. Veter. Med., ! 1 89^-95.

(3) Zootechnie générale, 1891, p. 8i5.

Bouchacourt. i5

abortive incontestable. C'est ainsi qu'il a vu l'avortement se produire, chez des juments nourries avec du trèfle moisi, et chez des vaches auxquelles on avait donné des drèches altérées.

D'après Cornevin, l'interruption de la gestation peut encore être due à certains « ali- « ments qui renferment des plantes ou des (c graines vénéneuses, dont l'action se traduit « par une violente purgation... »

Tels sont: le colchique, la ciguë tachetée, l'if, etc.

y) Influence des boissons et aliments glacés. — (( On signale , disent Saint-Cyr et u Violet (i), comme pouvant donner lieu à l a- « vortement, les aliments glacés, les fourrages « couverts de neige ou de givre, les pàtu- « rages couverts de gelée blanche, l'inges- « tion d'eau très froide ou glacée prise en « quantité immodérée, surtout si les organes « digestifs sont à l'état de vacuité. »

Le Dr Audouy a rapporté (2) qu'un berger, ayant dû briser la glace d'une mare pour abreuver ses brebis, un cinquième de celles-ci avortèrent immédiatement après avoir bu.

(1) Traité d'obstétrique vétérinaire, 1888, p. 287.

(2) Journ. pratiq. de médec. vétér., i83o, p. 289.

Un certain nombre d'observations analogues ont été rapportées par Flandrin, Delorme, Huvellier, etc.

Hiibner(i) a vu avorter quatre vaches qui avaient mangé du trèfle couvert de givre.

D'après Cornevin (2), le même effet se produit quand on fait entrer, dans 1' « alimenta- « tion, des pommes de terre, des betteraves « et d'autres racines, qui ont été gelées. »

Pour cet auteur, l'eau très froide, absorbée en grande quantité pendant les fortes chaleurs, pourrait conduire au même résultat.

C'est par cette influence indirecte qu'il explique la possibilité de l'avortement, a la suite d'alimentation avec les fourrages salés.

Dans son chapitre Hygiène de la gestation, Bournay s'exprime, sur ce sujet, de la façon suivante, qui résume les opinions émises précédemment :

« Les fourrages mouillés, couverts de rosée, ( de givre ou de moisissures, les boissons i £ trop froides, etc., tous les agents qui, à un ( titre quelconque, peuvent troubler les fonc- > : tions digestives, provoquer la météorisa-

(1) Hubiser. Âborlus bei Kùlica (Jahresb. f. Vet. Ved., 1888-89. P- l35-

(2) Zootechnie générale, 1891, p. 8i5.

aa8 ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

« tion aiguë, et par suite amener la compres- « sion de la matrice, doivent être rejetés. »

o) Influence des purgatifs. — Administrés h haute dose, ils provoquent le rejet du fœtus, par suite des clïorts expulsifs, et des contractions utérines qui en sont la conséquence.

Cette action a été surtout notée pour les purgatifs drastiques.

« En imprimant leur secousse à l'utérus, « dit Delwart (i), ils peuvent détacher le pro- « duit de la conception, et devenir cause dé « son expulsion avant le terme ordinaire de « la nature. »

Saint-Cyr a observé un cas d'avortement, chez une jument, dans la nuit qui suivit l'administration de 800 grammes de sulfate de soude (2).

B) Chez la femme. — a) Influence du régime alimentaire. — Pendant longtemps, on a prétendu que les femmes enceintes avaient besoin de manger pour deux.

La conséquence de ce préjugé, qui d'ailleurs est resté populaire, a été la suralimentation,

(1) Delwart. De la parlurilion des femelles domeî tiques, i83(), p. 16.

(a) Saint-Cyr et Violet, 1888. p. 286.

imposée, dans les familles, aux femmes en état de grossesse.

Or il ne semble pas que ces excès alimentaires soient toujours inoffensifs.

« L'observation a prouvé, dit Gardien (1), « que, chez les femmes enceintes qui sont « dans l'opinion erronée qu'elles doivent « manger pour deux, il survient souvent un « état de pléthore, qui devient une cause « d'avortement. »

On admet aujourd'hui universellement que, pendant la grossesse, il n'est nullement besoin d'un régime particulier, et on suit les prescriptions d'Hippocrate, qui peuvent se résumer la us les trois mots suivants : quodsapit, nutrit.

Il semble cependant qu'on doive conseiller 1 la femme enceinte de ne pas abuser des diments sucrés, le sucre étant doué de pro- Driétés ocytociques.

Max Madlener (2) vient, en effet, de recourir ce produit culinaire fondamental, pour renbrcer la puissance musculaire de la partuiente, et il a réussi dans six cas, la dose noyenne de sucre ingéré par la femme ayant té de 3o grammes pour un quart de litre.

(1) Traité d'accouchement, 1807, t. II, p. 9 et i3. (:>.) Miinch, med, Wochensch,, m août 1900.

a3o ET V DES S Un LA GROSSESSE

D'après M. Gaillard (i), il suffit d'empêcher la femme enceinte « d'avaler des choses qu'on « ne mange et ne boit pas d'habitude, et qui <( pourraient lui faire du mal. »

Cependant, dans les grandes villes, lorsque les fonctions digestives languissent pendant la grossesse, on prescrit utilement les amers, les ferrugineux, les toniques, le jus de viande, etc.

D'après Gardien (2), « l'observation apprend « que les femmes faibles, épuisées par la faim « ou la maladie, sont plus exposées à avoi- « ter... »

« Dans tous ces cas, ajoute-t-il, s'il existe « un moyen d'assurer la grossesse, il consiste « à donner des aliments faciles à digérer et « restaurants. »

Gardien rapporte avoir observé, dans son service, une femme chez laquelle le travail s'était déclaré à la suite d'une abstinence totale de plusieurs jours. En la nourrissant bien, on suspendit le travail.

Bordot affirme qu' « il n'est pas rare de voir « la misère produire des avortements fré-

(1) Cours d'accouchement, i8g4> t. I, fasc. 2, p. 64.

(2) Traité d'accouchement, t. II. p. ta3.

CAUSES DES VARIATIONS 23i

« quents » ; aussi, conclut-il, que « l'absti- « nence, comme l'intempérance, sont... éga- « lement nuisibles aux femmes enceintes. )>

Hoffmann a signalé une épidémie d'avortemonts pendant le siège de Leyde ; et Nœgele père a fait la même observation pendant la famine de 1816, ainsi que le rapporte Jacquemier.

D'après le même auteur, l'influence de la disette, sur les femmes et sur les animaux, a été également notée par Villermé, qui a montré que, en 1816, il y eut un grand nombre d'avortements et d'accouchements prématurés.

Le siège de Paris, en 1870, a produit des effets identiques sur les femmes enceintes. Il est vrai que, dans ce cas, la frayeur devait également exercer son action abortive ; il nous parait difficile de séparer ces deux influences.

On trouve rapporté, dans Witkowski (1), que les Pahutes s'imaginent encore que l'enfant ne quitte l'utérus que quand il n'y trouve plus assez de nourriture. Aussi, à la fin de la grossesse, mettent-ils les femmes enceintes à une diète sévère, pour obliger l'enfant à quitter sa retraite, la faim le faisant sortir, d'après eux, comme le loup du bois.

(1) Histoire des accouchements, p. i55.

a3a ÉTUDES SUD LA GROSSESSE

Cette opinion est d'ailleurs conforme à celle de Mauriceau (i), qui déclare que les abstinences et jeûnes rendent l'enfant « très fluet « et débile, ou le contraignent de sortir avant « le temps, pour chercher autre part. »

Les prêtres des diverses religions semblent avoir admis les fâcheux effets de l'abstinence) sur le cours de la grossesse ; car ils ont généralement accordé de larges dispenses aux femmes enceintes.

C'est ainsi que les Juifs, si sévères pour observer les lois de Moïse, leur permettaient l'usage de certaines viandes défendues.

L'Église catholique accorde la dispense du jeûne pendant la grossesse, et fait jouir la femme enceinte de tous les privilèges accordés aux malades.

(3) Influence des phoduits toxiques. — i) Influence exercée par les excès alcooliques. — Elle est incontestable.

A Carthage, les lois interdisaient le vin aux femmes nouvellement mariées.

Au dire de Plutarque, Numa poussa la mesure préventive encore plus loin; car il défendit le vin, à Rome, a toutes les femmes qui étaient en âge de concevoir.

(i) Traité des maladies des femmes grosses, p. 119.

CAUSES DES VARIATIONS a33

D'après Gardien, pendant la grossesse, les « liqueurs spiritueuses peuvent occasionner « des pertes, qui détruiraient l'embryon. »

Bordot (i) recommande, d' « éviter avec « grand soin les boissons essentiellement sti- « mulantes , comme les liqueurs fortes , le <( punch, etc., qui sont presque toujours dan- « gereuses aux femmes grosses, en donnant « souvent lieu à l'avortement. »

Vaysettes (2) rapporte l'observation d'une dévideuse, qui accoucha prématurément de son sixième enfant, se trouvant en état 1 d'ivresse.

Lancereaux affirme (3) que l'alcoolisme chronique est une cause fréquente d'avorte- ; ment.-

M. Brouardel partage l'opinion de J. Franck, qui pensait que l'abus de l'alcool et des boisions fermentées était une des principales causses de l'avortement dans la classe ouvrière.

Dans les conclusions de la thèse d'Arrivé (4),

(1) Instruction sur la santé des femmes enceintes, p. 89 et 91 .

(2) De l'accouchement prématuré, 18.81. Thèse, Lyon, t P- a"7-

(3) Article Alcoolisme du traité de médecine de Brouar- Idel et Girode, et du Dictionnaire Dechambre (p. 667).

(/J) Influence de l'alcoolisme sur la dépopulation. Thèse, ' Paris, 1899.

a3/j ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

on trouve énoncé que : « l'intoxication al- « coolique des générateurs entraîne la nais- « sance prématurée des produits deconception ; « et que l'alcool semble être un agent abortif « plus actif que la tuberculose. »

D'après les chiffres donnés par Arrivé, 42 pour 100 des conceptions, chez les alcooliques, avortent, alors que cet accident ne survient que dans 33 pour 100 des cas, chez les tuberculeux.

L'hérédo-syphilis donnerait seule des chiffres supérieurs à l'alcoolisme, M. Fournier, admettant, dans ce cas, une fréquence de 68 pour 100.

Taar Laitinen (1) ayant soumis des cobayes pleines à l'intoxication alcoolique chronique, a observé que ces femelles mettaient bas très souvent avant terme, et que leurs petits étaient morts-nés ou affaiblis.

M. Nicloux vient de montrer récemment (2), que l'action abortive de l'alcoolisme maternel répondait à une véritable intoxication générale, maternelle et ovulaire.

(1) Zeitschr. f. Hyg. u. Infections Krankh., 1900, v, 34, p. 36.

(2) Société d'obstétrique, 21 juin 1900, et Société de biologie.

Après avoir constaté la présence de l'alcool dans l'ovaire, il a établi que la teneur en alcool était à peu près la même, dans le liquide amniotique et dans le sang de la mère, le passage dans l'œuf se faisant très probablement par l'intermédiaire du placenta.

Le fœtus d une femme alcoolique baigne donc dans une solution alcoolique, dont il peut déglutir des parties, et, à chaque nouvelle séance d'ivrognerie, il se fait de nouveaux passages d'alcool de la mère au fœtus.

On conçoit, dans ces conditions, que l'interruption de la grossesse ait plus de chances de se produire dans l'alcoolisme chronique que dans l'alcoolisme aigu.

C'est ainsi que M. Brouardel rapporte (i) avoir fait plusieurs fois l'autopsie de jeunes filles qui avaient voulu se faire avorter en absorbant une grande quantité d'alcool (une bouteille de cognac, par exemple); dans tous ces cas, le fœtus n'avait pas été expulsé.

2) Influence des excitants nerveux. — On admet assez généralement l'action abortive des divers excitants, tels que : thé, café, etc., sans que cette influence soit bien démontrée.

C'est sans doute dans les doctrines de

Ci) Brouardel, L'avortement, p. 100.

a36 ÉTUDES S UJi LA GROSSESSE

Mauriceau, qu'on doit chercher l'origine de cette croyance.

Cet illustre accoucheur enseignait, en effet, que les femmes enceintes « doivent éviter « toutes choses échauffantes, salées, acres, « amères, apéritives et diurétiques ; d'autant « que, provoquant les menstrues, elles peux eut « facilement causer l'effluxion des semences « dans le commencement, ou l'avortement « dans la suite. »

Bordot admettait (i) que le café noir « rend <( les femmes sujettes aux pertes, et nuit surce tout à celles qui font habituellement des « fausses couches ou avortements. »

3) Influence des médicaments dits abortifs. — Les breuvages jouent, de temps immémorial, un rôle important dans la pratique des avortements.

Quand on pense que des plantes, aussi innocentes que la mélisse, la scille, la salsepareille et la camomille, ont été réputées herbes abortives, on ne peut que s'associer à l'opinion de Tardieu (2), qui déclarait que la matière médicale était, sur ce terrain,

(1) Instruction sur la santé des femmes enceintes, p. 91.

(2) Étude médico-légale sur l'avortement. Paris, i863,

« un vaste champ ouvert aux préjugés du « vulgaire, et aux tentatives empiriques des « matrones et des charlatans. »

C'est évidemment dans cette dernière catégorie, que se rangent ceux qui ont préconisé les pierres animales, parmi lesquelles on doit une mention spéciale pour le bèzoard, ou pierre de porc-épic, dont un juif d'Amsterdam donnait 2000 écus au xvne siècle (1).

Historique. — Nous extrayons cette étude de la thèse de Galliot et de M. Brouardel. « Vous pouvez, dit Socrate, par des remèdes ce et des enchantements, éveiller les douleurs ce de l'enfantement et les adoucir; délivrer les « femmes qui ont de la peine à accoucher, ou « bien faciliter l'avortement de l'enfant, quand « la mère est décidée à le faire. »

Hippocrate signale les dangers courus par les femmes qui se font avorter, « ... soit par a un purgatif, soit par une boisson, soit par « un aliment... (2) »

D'après Pline, Olympias de Thèbes range, parmi les médicaments abortifs, la graisse d'oie mélangée à de la mauve.

(1) Lie Maguêt. Thèse, Paris, 1899. La médecine sous le grand roi, p. 367.

(3) Hippocrate. Maladies des femmes, liv. I, t. VIII, p.

a3« ÉTUDES SUH LA GROSSESSE

A Athènes, toute femme, qui avait déterminé i'ayortement à l'aide d'une potion, encourait une peine spéciale.

Dans la satire VI de Juvénal, il est question des « breuvages de cette mercenaire ».

Aulu-Gelle énumère les motifs qui poussent les femmes, « à se faire avorter a l'aide de « diverses drogues malfaisantes ».

En parlant du rôle de la nourrice romaine, Ovide s'écrie (i) : « Que d'herbages, que de « médicaments ma nourrice ne m'apporta-t-elle « pas? Combien ne m'en fit-elle pas prendre a d'une main criminelle, afin... »

Dans l'ancienne Rome, il semble que, pendant longtemps, le breuvage ait été seul employé pour provoquer l'avortement.

D'après A. de Broys (2), la loi espagnole du moyen âge condamnait à la peine capitale « la « femme enceinte qui prend sciemment des « breuvages pour se faire avorter... »

La loi Caroline, publiée en i533 par Charles- Quint, contient le passage suivant : « Si quelce qu'un, par privation, aliment ou boisson, « provoque l'avortement... »

Sous l'ancien régime, il existait une loi qui

(1) Ovide. Heroïdes, épitre XI, Canacée à Macarée. (3) De Boys. Hisloire du droit criminel.... t. IV, p. aa5.

CAUSES DES VARIATIONS a3g

punissait toute fille ou femme veuve, ayant tenté de se procurer l'avortement « par breu- « vages et médicaments pris à cet effet ».

D'après Engelmann et Rodet (i), il est de règle, dans le vieux Calabar, d'administrer certains médicaments, vers le 3e mois de la grossesse, « avec cette idée que, si la grossesse « résiste à cette épreuve, tout ira bien. »

En Nouvelle Calêdonie, on administre, pour provoquer l'avortement, une décoction de bourgeon rouge de bananier.

Cari Hoberland rapporte que, dans l'antiquité, les Perses produisaient l'expulsion du fœtus par une « décoction de plantes ».

Dans l'Inde, d'après Huillet (2), ce sont « les « femmes de blanchisseurs, qui font profession « d'administrer des substances abortives... », lesquelles seraient le cumin noir, et la semence de nigella sativa, qui agirait comme l'ergot de seigle, suivant Canolle (3).

Le camphre serait aussi fréquemment employé dans le même but.

(1) Engelmann et Rodet. La pratique des accouchements chez les peuples primitifs, 1886, p. 18.

(2) Huillet. L'hygiène des Européens à Pondichéry, 1867, p. a4i.

(3) Canolle. De l'avortement criminel à Karikal. Thèse, Paris, 1881, p. 26.

a/>o ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

En Annam, on déterminerait l'avortement par différents breuvages.

Mais le pays classique du breuvage abortif serait, paraît-il, le Céleste Empire ; car M. Mo rache rapporte avoir vu publiquement affichés, en Chine, des médicaments abortifs, sous le nom de « remèdes pour faire dégager le ven- « tre, pour rendre la virginité (i) ».

Et, dans un ouvrage récent, M. Matignon (2) a signalé» la présence d'afïiches-réclames de « pilules stérilisatrices » jusque sur les murs de la légation de France à Pékin.

Chez les Arabes, des avortements sont provoqués à l'aide de potions diverses mal déterminées.

En Angleterre, d'après Taylor(3), la loi criminelle déclare coupable de crime : « toute « femme enceinte qui, dans l'intention de se « procurer à elle-même une fausse couche, « s'administrera illicitement un poison ou une « autre substance nuisible... »

En Amérique, la tanaisie (tanacetum vulgare) serait, parait-il, très employée pour provoquer l'avortement.

(1) Morache. Pékin ctsos habitants. Paris, 1869. p. i3n.

(2) Matignon. Superstition, crime et misère en Chine, 1900, p. i84.

(3) Traité de médecine légale, trad. Coulagnc, 1881. P. 62/i.

CAUSES DES VARIATIONS a/u-

D'après Wallis (i), le phosphore constitue l'agent abortif le plus usité en Suède (616 empoisonnements de ce genre en 19 ans).

Enfin Lewin (2) rapporte que, dans la Lithuanie, les femmes prennent du mercure dans le but de se faire avorter.

Toriques ordinaires. — Il est certain que tous les poisons énergiques, tels que: l'arsenic, le mercure, le phosphore (3), le plomb, le sulfure de carbone, les cantharides, l'antimoine, peuvent amener l'expulsion prématurée du fœtus; mais cette vertu abortive n'agit que grâce à une perturbation profonde dans l'organisme de la mère, dont la mort est souvent la conséquence inévitable.

C'est ainsi que Marion Delorme serait morte, dit-on, à 39 ans, après avoir pris une forte dose d'antimoine, dans le but de se faire avorter.

Toxiques dits utérins. — Parmi les substances qui, dans certaines conditions, sem- Iblent exercer sur l'utérus une action vérita-

(1) Wallis. Nord med. Ark, N. F., VIII, 2, p. 27.

(2) Lewin. Annales d'hygiène publique et de médecine légale, 1899, t. XLII, p. 478.

(3) Leavin. Fruchtabtreioung durch Gifter. Berlin,

BOUCHACOUKT. l6

34a ÉTUDES SUH LA GROSSESSE

blement spécifique, nous citerons seulement celles qui comptent à leur actif un certain nombre d'observations, leur donnant tout au moins une valeur apparente.

a) L'if. — D'après' le Dr Alfred Taylor, les feuilles d'if sont vendues en Angleterre, pour préparer une sorte de thé, qui est employé par les sages-femmes, dans le but de déterminer l'avortement.

Le Phannaceutical Journal (i) a d'ailleurs rapporté une observation, dans laquelle une infusion de feuilles d'if a coûté la vie à une femme enceinte, sans qu'il y ait eu expulsion du fœtus.

On trouve déjà, dans Tardieu, deux observations identiques (mémoire de Chevalier, Duchesne et Reynal), et un fait expérimental du même genre, sur une chienne pleine.

(3) La sabine a une réputation universelle, qu'elle doit surtout à cette histoire de Mauriceau (2), véritable conte de nourrice, d'une femme qui aurait avorté pour avoir marché, dans un jardin, sur un plant de cette herbe.

Il est certain que la sabine constituait la base des préparations abortives, dites « pous-

(1) Prof. Redwood. N° du 10 novembre 1877.

(2) Mauriceau, observ. 673.

« sant les mois avec violence », qui étaient tant en faveur au xvne siècle, et que sa réputation n'est pas encore tombée.

Et cependant, les observations de Foderé, pie Murray, de Letheby et d'Orfila lui sont absolument défavorables, en tant que médicament abortif.

Y La rue, à l'état de plante fraîche, semble avoir une action indiscutable, mise en relief par Ilélie (i) (de Nantes), et confirmée par les expériences d'Orfila, et par celles plus récentes d'Hamelin (2), qui a pu ainsi faire avorter des lapines.

g) L'ergot de seigle a une influence certaine sur la eontractilité de l'utérus, surtout quand il est administré à dose toxique.

Les faits d'ergotisme, et d'avortements consécutifs, qui ont été observés a plusieurs reprises chez les animaux, et dont nous avons parlé précédemment, ne permettent pas de mettre en doute l'action de cette substance.

D'ailleurs, en Angleterre, l'administration de l'ergot a été considérée, pendant longtemps, comme un excellent procédé pour déterminer

(r) Hélte. Annales d'hygiène et de médecine légales, t. XX, i838, p. 180.

(2) Hamelin. Dictionnaire Dechambre, article rue, p. 54o.

ahd ÉTUDES SÛR LA GROSSESSE

l'accouchement prématuré. Mais il ne semble pas que ce produit soit doué de propriétés spéciales, pendant la ire moitié de la grossesse.

e) Le sulfate de quinine a été considéré, par quelques médecins, comme un utéromoteur assez énergique pour provoquer l'avortement, surtout depuis le mémoire de Petitjean (i845).

Mais, en réalité, ce médicament ne peut que réveiller, et exagérer, les contractions utérines ; il est incapable de les faire naître.

Tous les faits qui ont été observés, dans les pays où règne le paludisme , et où les femmes prennent constamment, et sans inconvénient, des doses de sulfate de quinine allant jusqu'à i gr. qo par jour, montrent bien combien la réputation de ce sel a été surfaite.

Les expériences et les observations de Tarnier, Campbell> Balker, Chiara, sont venues confirmer l'innocuité absolue de ce médicament pendant la grossesse.

Bien plus, certains observateurs, dit Lewin, le considèrent comme le meilleur agent thérapeutique pour combattre l avortement.

t) La pilocarpine aurait, d'après Lewin, un réel pouvoir abortif, quoique son action ne soit pas constante.

A l'appui de cette opinion, cet auteur rapporte un assez grand nombre de faits, qui témoignent de l'influence certaine de cet alcaloïde sur les fibres musculaires de l'utérus, tout au moins lorsque la grossesse est parvenue à une période assez avancée.

Enfin, bornons-nous à signaler, parmi les plantes qui ont été réputées herbes abortives: l'armoise, l'absinthe, le safran, le gaïac, la cannelle, le genièvre et la matricaire. Il est certain qu'aucune d'elles n'a jamais pu produire l'avortement.

v) Influence des boissons et aliments glacis. — Mauriceau était convaincu, que les i boissons glacées produisaient des coliques • violentes et des avortements.

Il rapporte, dans ses ouvrages, un certain nombre d'observations ayant trait à cette action abortive, qu'il considérait comme indiscutable.

C est ainsi que, dans son Traité des maladies des femmes grosses (i),. il parle longuement d'un « accident qu'on nous a dit être « arrivé, au mois de juillet 1677, 'A l'Inipéra- « trice, qui avorta au troisième mois et demi

(1) Mauricf.au, i*]t\0, au chapitre sur le gouvernement des femmes grosses, p. 120.

a4G ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

« de sa grossesse, par une grande colique, « dont elle fut surprise tout d'un coup pour « avoir mangé des fraises et bu à la glace. »

Mauriceau paraît avoir été très frappé par cet événement, qu'il ne met nullement en doute, comme étiologie, quoique ce ne soit, en somme, qu'un racontar sans valeur.

Aussi, conseille-t-il aux femmes enceintes de « prendre garde à ne pas boire à la glace, « ni trop frais. »

Un certain nombre d'observations d'avoitements dus à l'ingestion de boissons glacées, sorbets, etc., ont été publiées depuis Mauriceau ; mais tous ces faits sont de date ancienne.

Les observations d'obstétrique vétérinaire, que nous avons rapportées précédemment, prouvent que cette influence est vraisemblable.

Notons enfin que, en Sicile, d'après Wiin kowski, les femmes en travail boivent en abondance de l'eau glacée, ou s'appliquent de la neige sur le ventre, pour hâter la terminaison de l'accouchement.

S) Influence de la diarrhée et des puhgatifs. — La diarrhée. — Elle était regardée, par Hippocrate, comme un indice certain, sinon comme une cause d'avortement.

« Si la femme grosse a un grand lltix de

CAUSES DES VARIATIONS aft7

« ventre, dit-il (1), il y a danger qu elle « n'avorte. »

Mauriceau recommande (2), en parlant de la constipation chez la femme enceinte, « de « bien prendre garde à ne lui pas donner « pour ce sujet aucuns lavements âcres, ni u drogues qui puissent lui exciter le flux du « ventre, et faire une trop grande évacuation, <( car cela la mettrait en danger d'avorter. »

Burton admettait que cette action était due à la privation des sucs destinés à nourrir le fœtus.

D'après Gardien (3), « on doit spécialement « redouter les dévoiements opiniâtres, surce tout lorsque le flux de ventre est accompa- « gné d'épreintes et de ténesmes. »

Vaysettes affirme (4) que l'accouchement prématuré peut n'avoir pas d'autre origine qu'une diarrhée très abondante, et il déclare qu'il a, en sa possession, un certain nombre d'observations de ce genre.

M. de Soyre affirme que, dans les cas de diarrhées rebelles, on peut voir survenir, non

(1) Aphorisme 3/; du livre V.

(2) Traité des maladies des femmes grosses, p. 12^.

(3) Traité d'accouchements, t. II, p. 125.

('i) Thèse, Lyon, 1 88/1 . Sur l'accouchement prématuré,

a48 ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

seulement une fausse couche, mais même la mort de la femme dans le marasme.

Influence des purgatifs. — Leur action abortive est déjà notée dans Hippoerate.

Aussi peut-on affirmer que, de tout temps, les purgations, pendant la grossesse, ont été considérées comme nuisibles pour l'enfant.

C'est la persistance de ce préjugé, qui conduit encore aujourd'hui tant de femmes enceintes, et mécontentes de l'être, à employer des purgatifs énergiques, et notamment l'eaude-vie allemande, dans le but, et avec l'espoir non dissimulé, de « faire couler l'enfant (i). »

Les purgatifs, dont les propriétés abortives sont les plus réputées, sont: l'aloès, le jalap, la gomme-gutte, la coloquinte.

D'après M. Brouardel, on rencontrerait toujours, chez les avorteuses professionnelles, une provision de pilules de Morisson (qui sont à base d'aloès).

Avenzoar a cependant publié un fait, qui lui est personnel, et. qui montre bien que cette action abortive doit être souvent illusoire ; ce que bien des femmes, d'ailleurs, ont constaté expérimentalement.

(i) In Witkowski. Histoire des accouchements chez tous les peuples, p. i5().

CAl S E S DES VA RI AT ION s 2 k y

« Ma femme était donc enceinte, dit Aven- « zoar, sans que je m'en aperçusse, et elLe | devint si malade que je fus obligé de lui « donner une potion laxative , qui fut telle « que personne ne saurait imaginer qu'au- « cune femme grosse, après en avoir pris une « quantité médiocre, puisse porter à terme « son fruit. Et ce qu'elle fit néanmoins sans « le moindre dommage, ni d'elle, ni de son « enfant. »

Le fameux médecin Hercule Saxon rapporte que, comme il était dans le sein de sa mère, qui passait pour avoir une môle, les médecins eurent recours à des purgatifs extrêmement violents, pour déterminer l'expulsion de cette prétendue môle : il n'en naquit pas moins sain et sauf, et à terme.

Mauriceau autorise les purgatifs doux, tels que : la casse, la rhubarbe, la manne, les tamarins et le sené ; mais il proscrit « les autres « plus violents, et principalement ceux qui « ont une acrimonie et une amertume consi- « dérables, comme la scamonnée, l'hellébore, « l'absinthe, l'aloès, et la coloquinte, qui « seraient capables de provoquer l'avorte- « ment (1). »

(1) Traité des maladies des femmes grosses, p. 128.

a5o ÉTUDES SUR LA GlîOSSESSE

Pour Levret (i), « les purgatifs doivent être « donnés avec beaucoup de ménagements aux « femmes grosses, dans la crainte de leur « exciter des tranchées dans les boyaux, et « que ces tranchées ne déterminent le travail « de l'enfantement avant le terme. »

Dans l'article Grossesse du dictionnaire Dechambre, M. Pinard déclare que : « les « lavements émollients, et les purgatifs sa- <( lins à petite dose, doivent être employés de « préférence aux purgatifs drastiques , qui « pourraient déterminer des contractions uté- « rines prématurées. »

Vibert a observé (2) un avortement de deux mois, à la suite de la simple absorption d'une forte dose de jalap ; l'observation ne paraît pas douteuse : il y eut une dizaine de selles, et, peu de temps après, une hémorragie utérine, qui se termina par l'expulsion de l'œuf.

M. Vinay considère cependant qu'on peut donner de l'aloès sans craindre l'avortement.

e) Influence de la constipation. — Elle a été appréciée différemment par les auteurs.

(1) Essai sur labus des règles générales en accouchements, 1766, p. 27.

(2) Précis de médecine légale. 1896, p. /joij.

CAUSES DES VARIATIONS a5i

D'après Gardien (i), « les .efforts, que font « les femmes pour expulser les excréments « qui se sont durcis, occasionnent souvent la « phlogose du rectum, les hémorroïdes, l'a- « vortement. »

Cet auteur ajoute : « les efforts des muscles « abdominaux et du diaphragme sollicitent « l'action de la matrice.

Bordot (2) est moins affirmatif, car il admet seulement qu'une constipation très opiniâtre « peut produire un sentiment de pesanteur « dans la région pelvienne, des maux de tête, « l'inappétence, et peut-être l'avortement. »

Cette action abortive n'est donc acceptée par lui que sous une forme dubitative.

11 est admis cependant aujourd'hui, par presque tout le monde, que la rétention prolongée des matières fécales peut provoquer l'avortement, surtout quand elle s'accompagne de ténesme.

L'irritation continuelle de l'utérus, par un bol fécal très dur et très volumineux, suffirait à mettre l'utérus en branle, c'est-à-dire à en provoquer prématurément les contractions.

(1) Gardien. Traité d'accouchement, t. II, p. 81. (a) Bordot. Instructions sur la santé des femmes enceintes, 1820.

a5a ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

Parmi les causes multiples des fausses couches du voyage de noce, M. Brouardel range : « les pudeurs de la jeune mariée, qui « néglige de veiller à la régularité des fonc- « tions d'évacuation (i). »

Pour M. de Soyre (2), la constipation n'exercerait qu'une action abortive indirecte, en facilitant la sortie et l'étranglement des paquets hémorroïdaux, qui sont si fréquents pendant la grossesse.

£) Influence des vomissements. — On se demande pourquoi la plupart des auteurs anciens, et même modernes, rangent le vomissement parmi les causes d'interruption de la grossesse.

Voici, d'après Raulin (3), quel en serait le mode d'action : « Le vomissement ébranle les « muscles de l'abdomen; ils se ..contractent « vivement; les viscères sont comprimés par a leur contraction ; la matrice en reçoit des « secousses qui portent sur le fœtus... qui « est chassé par la violence de la contraction « du muscle utérin. »

(1) Brouardel. L'avortement, 1901, p. 112.

(2) Hygiène de la femme enceinte, 1891, p. 123.

(3) De la conservation des enfants, 1768, t. I. 2e partie, p. 33i.

CAUSES DES VARIATIONS a53

Il est cependant plus facile de comprendre la possibilité de l'interruption de la grossesse,, sous l'influence de la toux, du hoquet et même de l'éternuement, que sous l'action du vomissement ; car, dans cet acte, les efforts sont dirigés de bas en haut, et, par conséquent, doivent agir fort peu sur l'utérus.

Au contraire, dans la toux, le hoquet, ou l'éternuement, l'impulsion se faisant de haut en bas, c'est-à-dire dans le sens de l'expulsion du fœtus, celle-ci est tout au moins rationnelle.

La meilleure preuve qu'on puisse donner, contre l'influence abortive du vomissement, est certainement le fait, indiscutable, de la fréquence de la continuation de la grossesse, dans les cas de vomissements incoercibles.

Et même quand, dans cette affection, la grossesse se trouve interrompue spontanément, c'est bien plutôt à l'inanition qu'au vomissement, qu'il' faut attribuer le mérite de cette action curatrice.

Les observations de ce genre, dans lesquelles les femmes sont mortes sans avoir expulsé le contenu de leur utérus, ont la valeur d'une expérimentation.

« D'ailleurs, dit Gardien (i), l'exemple des

(i) Traité d'accouchements, t. IT, p. 108 et 6.

a5/| ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

« femmes devenues grosses contre leur vœu, « qui ont souvent recours au vomitif pour se « faire avorter, mais presque toujours sans « réussir dans leur dessein, prouve que le « vomissement, sollicité par l'art, n'est pas « dangereux... »

Dans un autre chapitre, Gardien est encore plus affirmatif : « Les filles devenues en{ « ceintes, dit-il,... recourent souvent aux « vomitifs les plus actifs, qu'elles répètent « plusieurs fois pour se faire avorter, mais « presque toujours en vain... »

Bordot reconnaît qu'il est généralement admis que le vomitif est « le plus sûr moyen « de procurer l'avortement » ; mais il avoue que cette influence n'est nullement prouvée par les faits.

« N'a-t-on pas vu, dit-il, et ne vovons-nous « pas des émétiques, employés dans des in- « tentions criminelles, rester sans effet....' »

Et cependant, toutes les fois qu'un chirurgien fait une intervention sur une femme enceinte, et que, de ce fait, la grossesse se trouve interrompue, on ne manque jamais d attribuer cet accident aux vomissements d'origine chloroformique !

7) Influence de la température et de la balnèation.

I. A) Chez les femelles domestiques. — a) La cha- ■1 leur . — Raccourcit-elle la durée de la gesta- • tion, autrement dit cet agent physique agit-il, |-sur l'œuf des vivipares, de la même façon que sur celui des ovipares ?

Nous avons vu précédemment, a propos de li l'influence du climat, que Millot affirmait, sur Il la foi de M. Chanvalon, célèbre naturaliste, } que la durée de la gestation était abrégée, | chez les animaux transportés d'Europe aux Antilles (1). Il est vrai qu'il y aurait lieu de distinguer, dans ces faits, ceux où la féconi dation a précédé le départ des femelles pour il les « Isles Méridionales » ; car ils représentent seuls le résultat de cette unique influence.

(3) Le froid. — Il exerce une action abortive li incontestable, par son impression sur la surit face cutanée.

« De toutes les causes comprises dans cette

(1) Maillot. Traité d'accouchement, 1807, t. I, p. 5o5 (en note).

a56 ÉTUDES S Un LA GROSSESSE

« classe des cire um fusa, disent Saint-Cyr et « Violet (i), celle dont l'influence nous paraît « la moins équivoque, c'est, sans contredit, « l'action brusque, et sans transition, du froid « sur les femelles pleines. ))

D'après Bournay, les variations brusques de température impressionneraient surtout la jument et la brebis.

Delorme (d'Arles), cité par Bouley, rapporte que, dans la Camargue, où les animaux vivent en liberté, les juments avortent souvent après une nuit froide : dans un cas, 18 juments d'une manade expulsèrent leur fœtus.

On voit fréquemment survenir le même accident chez les brebis pleines qui couchent en plein air, dans les parcs à moutons.

H. Bouley a recueilli un certain nombre d'observations de ce genre, dans la Manche, l'Orne, le Calvados, et il a réuni les faits observés par Donnariex dans le Gâtinais, et par Huveillier (d'Alençon).

D'après Huveillier, les juments pleines, enfermées dans des écuries étroites, où la température est très élevée, peuvent avorter quand on les conduit l'hiver à l'abreuvoir, sous l'impression brusque du froid.

(i) Traité d'obstétrique vélérin., 1888, p. 285.

Ceci explique que les avortements dus au froid soient surtout fréquents au printemps : et à l'automne, quand par exemple une nuit froide, avec gelée blanche, succède brusquement à une belle journée de soleil.

Cauvet (1) cite les deux faits suivants d'awortements, à la suite de refroidissement pro- I longé :

Dans la première «observation, il s'agit de :juments poulinières, qui restèrent enfermées {pendant plusieurs jours dans une écurie iinondée; « les eaux, qui étaient très froides, « s'élevaient jusqu'au poitrail. . . Lorsque, vers « le cinquième jour, les eaux baissèrent, on « trouva sur le sol... six fœtus qui avaient « été expulsés pendant le séjour des eaux. »

La deuxième observation de Cauvet a trait a des brebis qui séjournèrent pendant l'hiver ans une bergerie délabrée, dont le toit laissa pénétrer des pluies abondantes. Les uvortements furent nombreux.

B) Chez la femme. — a) Influence de la balrÉATiON en général. — Chez les anciens, et oarticulièrement à Rome, les femmes enceintes

(1) In Saint-Cyr et Violet. Traité d'obstétrique vété- 'n., .888, p. 285. '

BOUCUACOURT. 17

25R ÉTUDES S Un LA GROSSESSE

étaient baignées quotidiennement, jusqu'au moment de l'accouchement.

Dans l'observation qu'il rapporte de la femme de Boette, Galien dit que, selon l'usage, elle était baignée tous les jours.

Mais, bientôt, les bains fuient absolument interdits pendant la grossesse.

On a peine à comprendre, aujourd'hui, le motif d'une pareille proscription: c'était la crainte que la grossesse ne fût interrompue, par l'ouverture mécanique préniai turée du col de l'utérus, sous l'influence de la pression hydraulique.

Aussi, en parlant des femmes enceintes, Avicennè a-t-il dit que le bain leur est exécrable en ce temps (i).

. Mauriceau énonce le précepte suivant : « Les femmes observeront aussi de ne point « se baigner, en quelque façon que ce soit, « depuis qu'elles se reconnaissent grosses, « de peur que la matrice ne soit excitée a « s'ouvrir avant qu'il soit nécessaire (2). »

Cette opinion était tellement en faveur. ;iu milieu du siècle dernier, que le célèbre Loi 1 v

(1) Avicenne. Livre 3, sen. ai, trait. 2, chap. 2.

(2) Mauriceau. Traité des maladies des femmes grosses, p. 126.

CAUSES DES VARIATIONS 35g

n'osa prendre sur lui de conseiller à une femme enceinte de se baigner"1; pour dégager sa responsabilité, il appela Levret en consultation.

Il faut bien reconnaître qu'on tomba, presque immédiatement après, dans l'excès opposé, c'est-à-dire dans la balnéation à outrance.

Le public se figure, encore aujourd'hui, que toutes les femmes doivent se baigner constamment clans les derniers temps de la grossesse, afin de relâcher les parties molles en général, et les articulations du bassin en particulier.

« Le médecin, dit M. Gaulard (i), qui ne « prescrirait pas à sa cliente de se plonger « dans l'eau chaude, tous les jours, pendant « un mois au moins, serait perdu de réputa- « tion si l'accouchement présentait quelque « anomalie. »

Il est certain que les bains répétés sont utiles, en ce sens qu'ils assurent la propreté, et favorisent le fonctionnement de la peau ; de plus, ils procurent un bien-être marqué (2), qui est très apprécié par la femme enceinte.

(1) Gaulard. Cours d'accouchement, i8g4, t. I, fasc. 2, p. 71.

(a) Nicolas. Essai sur l'emploi des eaux minérales pendant la grossesse.

a6o ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

Mais la baluéation n'est pas cependant sans présenter quelques inconvénients.

« On ne songe pas assez, dit Stolz, qu'on <( affaiblit ainsi les forces expultriccs. La « femme de la campagne ne prend pas de « bain ; elle n'en a souvent pas pris de sa « vie : elle n'en accouche pas moins bien, ri On trouve rapporté, dans Witkowski (i), que, au Japon, on croit encore actuellement que les bains sont nuisibles aux femmes enceintes; aussi, celles-ci préféreraient se nettoyer avec des semelles chauffées au feu.

Quoi qu'il en soit, les bains doivent être administrés dans une salle suffisamment grande et aérée pour que ce ne soit pas une étuve ; ils ne devront être ni trop fréquents, ni trop prolongés, ni surtout trop chauds.

(3) Influence des bains chauds en particulier. — Plessmann affirmait, dans sa Médecine puerpérale, que l'accouchement peut être provoqué par les bains chauds, au terme de 7 mois.

Pour Sacombe (2), il n'est même pas nécessaire que les bains soient généraux ; car

(1) Witkowski. Histoire des accouchements chez tous les peuples, p. i58.

(2) Sacombk. déments d'accouchements, an X, p. io3.

cet auteur déclare que : ce les bains locaux, « tels que le demi-bain, le bain de siège, le « pédiluve... peuvent être très funestes à la « grossesse. »

Cette opinion devait être acceptée universellement de son temps; car, plus loin, Sacombe dit que : « le pédiluve ne procure pas tou- <( jours l'avortement , au grand regret des « femmes qui voudraient dérober au public « les fruits de leur libertinage. »

Dugès (i) émet, sur ce sujet, un avis moins formel ; pour lui, « les bains chauds, géné- <f raux et partiels,... pourraient même provo- « quer l'avortement. »

D'après Tardieu (2), la balnéation chaude jouerait un rôle important, parmi lés pratiques ibortives : « Les bains sous toutes les formes, ' dit- il, sont employés presque constamment

comme moyen de préparation, pour ceux t qui pratiquent l'avortement, ou plus encore

comme moyen d'assurer les suites de leurs : opérations. »

M. de Soyre n'hésite pas à admettre l'inluence abortive des bains.

(1) Di-gès. Manuel d'obstétrique, 18/io, p. i35.

Tardieu. Etude médico-légale sur l'avortement 865. p. 27.

sGa ÉTUDES S Ufi LA GROSSESSE

« Quand une femme a déjà fait des fausses « couches d'un âge peu avancé, dit-il (i), « j'interdis impitoyablement les bains pence dant les 5 premiers mois. »

M. Gaulard rapporte (2) que les piscines chaudes de Néris, qui sont à une température de /jo à 4i°, ont occasionné assez souvent des accidents de ce genre. Aussi, M. le Dr Faure en est-il arrivé à « considérer l'état de grosce sesse, comme un obstacle absolu à tout trai- « tement thermal avec les eaux de Néris. »

La température ne serait d'ailleurs pas seule en cause, car M. Faure a publié des observations, dans lesquelles des bains sulfureux, à 32° et 34°, ont suffi à déterminer des avortements.

De même, des congestions pelviennes intenses ont été observées, chez des femmes enceintes, aux Eaux-Bonnes (Leudet), et à Vichy (Champagnat).

Quant aux eaux bues à la source même, elles ne seraient pas non plus sans danger.

D'après M. Gaulard, quand elles sont très

(1) De Sctyre. Hygiène de la femme enceinte, 1891,

(2) Gaulard. Cours d'accouchements, i8g4, t. I, fasc. 2, p. 70 et 72.

chaudes, leur action est alors comparable à celle des bains trop chauds ; mais ceci nous parait bien hypothétique.

L'influence de l'excès de chaleur dans la balnéation est d'une explication facile, le muscle utérin étant un muscle lisse, c'est-àdire thermosystaltique (Claude Bernard).

De plus, la chaleur déterminant une accélération du pouls, et des congestions dans les organes viscéraux, on conçoit que cet afflux de sang, vers l'utérus, puisse jouer également un rôle clans l'interruption de la grossesse.

Nous connaissons un cas, dans lequel des bains prolongés, pris à une température supérieure à 4o° , ont produit le résultat attendu.

Après avoir signalé la réputation abortive des pédiluves avec adjonction de matières irritantes, telles que la farine de moutarde, M. Brouardel ajoute : « C'est encore là un « moyen abortif, qui doit être loin de donner « satisfaction aux femmes qui l'emploient. »

y) Influence des bains froids en particulier. — Ch. White (1) regarde tes- bains froids

(1) Ch. Wite. Avis aux femmes enceintes ou en couches, 1774, p. 6 à g.

comme utiles pendant la gestation. Il affirme en avoir éprouvé, pendant un grand nombre d'années, les bons effets pour prévenir l'avortement, chez les femmes à fibres lâches et molles, et chez celles « qui sont sujettes à « l'avortement... à cause de la faiblesse de ce leurs nerfs. »

Sacombe est encore plus affirmatif ; car il déclare, d'une façon formelle, que les bains froids « préviennent l'avortement chez les « femmes phlegmasiques (i). »

Menville de Ponsan rapporte, qu'on est « parvenu à conduire heureusement, au ternie « de leur grossesse, des femmes faibles et « languissantes, au moyen de bains fréquem- « ment répétés, mais pris à une température « très peu élevée (12 à i4°). »

D'après Stolz, qui le tenait du Dr Vidart (de Divonne), les femmes enceintes supporteraient admirablement un bain quotidien de piscine, à une température de 6 à 8°.

On sait que les Anglaises continuent généralement, quand elles sont enceintes, l'usage de la douche froide et du tub, et que cette pratique ne semble pas avoir donné lieu chez elles à des accidents.

(1) Sacombe. Éléments des accouchements, an X, p. 102.

CAUSES DES VARIATIONS aG5

Enfin M. Varnier signale l'action, tout au moins inoffensive, de la balnéation froide sur le cours de la grossesse : « Dans les pays, « dit-il (2), où les femmes grosses prennent « des bains de mer quotidiens, l'accouche- « ment prématuré n'est pas plus commun « qu'ailleurs. »

Au premier congrès de thalassothérapie, qui eut lieu en juillet 189/i à Boulogne-surmer, M. le Dr Houzel (de Boulogne) a déclaré, au cours de sa communication intitulée : influence des bains de me?' et de l'immersion prolongée su/- la menstruation, qu'il y avait toujours avantage, pour les femmes enceintes, a prendre des bains de mer.

De son enquête, et de ses observations recueillies sur les femmes de la marine, M. Houzel conclut que : « les bains de mer accroissent « la vie génitale de la femme. »

8) Influence des injiîctions vaginalks. — Jambaco rapporte qu'une cause fréquente d'avortement, en Turquie, est constituée par l'habitude, qu'ont les femmes, de s'introduire index jusqu'au col, pour faire leur toilette

(1) Histoire philosophique et médicale de la femme, 858, p. 204.

(2) Ohstétrique journalière, p. 66.

a66 ÉTUDES SUJi LA GROSSESSE

intime, au moment des ablutions religieuses qui précèdent la prière.

Comme celle-ci se répète cinq fois en vingtquatre heures, on conçoit, que ces attouchements répétés du col puissent provoquer les contractions utérines, et, par suite, l'expulsion du produit de conception ; i .

Les femmes algériennes ne seraient, d'ailleurs, ni plus scrupuleuses, ni plus prudentes.

Il est certain que les simples injections vaginales, faites avec excès de pression, peuvent être l'origine de contractions prématurées de l'utérus, surtout quand l'extrémité de la canule vient en contact avec le col.

Aussi, pour M. de Soyre, l'habitude des injections vaginales « doit être absolument « laissée de côté pendant la grossesse, car « elle peut... provoquer des pertes d'abord, « et même l'avortement. »

On sait en effet que, en i844, Kiwisch (de Wurzburg) ayant accidentelleriient provoqué le travail, chez une femme grosse à laquelle il administrait une injection vaginale, se mit à employer systématiquement ce procédé, pour produire l'accouchement prématuré

(i) Witkowskf. Histoire des accouchements chez tous les peuples, p. 577.

artificiel. Son nom est même resté attaché à la méthode des douches vaginales, qui consiste dans la projection de liquide dans le fond du vagin, dans le but de provoquer l'avortement ou l'accouchement prématuré.

Cette méthode, après s'être généralisée en Allemagne, fut importée en France par Campbell, et expérimentée pour la première fois par Paul Dubois (i852), qui ne peut assurer son succès.

A l'heure actuelle, elle est encore très fréquemment employée en Allemagne, pour provoquer l'accouchement prématuré. Sarwey (1), répondant aux objections formulées par Heymann, ne lui reconnaît qu'un seul inconvénient : c'est sa lenteur d'action.

La seule modification qui ait été apportée, au procédé des douches de Kiwisch, est d'abord l'emploi d'un liquide à 5o° ; puis il y eut tendance à se servir simplement d'eau froide.

Le principal élément de succès est — on le conçoit — la pression du liquide injecté.

D'après M. Brouardel, cette méthode ne peut donner de résultats, qu'à « un âge assez « avancé de la grossesse, c'est-à-dire à un mo-

(1) Arch. f. gj-nec. Bd LX, Hoft 3, p. 8g5, et Bd LIX, Hcft 2, p. 4o4-

a68 ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

« ment où les fibres utérines sont déjà plus « faciles à exciter. »

Toujours est-il que, dépuis les travaux de Kiwisch, on conseille généralement, pour les injections vaginales de la grossesse, de réduire au minimum la force d'impulsion du jet, et de diriger celui-ci obliquement, sur la paroi postérieure du vagin, afin qu'il n'y ait pas projection directe du liquide sur le col.

Il faut également avoir soin, de ne pas enfoncer la canule trop profondément.

Tous les accoucheurs sont d'accord sur ces différents points, ainsi que sur la proscription des injecteurs à poires de caoutchouc.

MM. Plauchu et Reure viennent de publier, dans le Lyon médical, une observation intéressante, qui montre bien que l'emploi de ce modèle d injecteur, pendant la grossesse, peut être la source de sérieux inconvénients.

Voici le résumé de ce fait intitulé : ]~açissem ents intra-utèr in .s ( i ) .

Mm" M. . . , ko ans, VI pare, a eu ses dernières règles le 8 mars 1900. Le 4 novembre, c'est-à-dire environ 6 semaines avant le terme, cette femme a une rupture prématurée des membranes (cause?). M. Reure

(1) Observation de MM. Pauchu et Heure Lyon médical, n° du 0 janvier, 1901. p. 20.

CAUSES DES VARIATIONS aOg

constate, à ce moment, une présentation du siège, et ordonne le repos au lit, et des in jections vaginales, que La malade pratique avec un injecteur à poire de caoutchouc.

Le lendemain soir, 5 novembre, la mère, le mari, /[ \oisins et M. Heure lui-même, purent entendre, pendant 2 heures et demie, des vagissements intrautérins. Les bruits du cœur étaient normaux. L'accouchement eut lieu le iZj. novembre. La tête ayant été retenue au détroit supérieur, l'enfant fut extrait en étal de mort apparente, mais ne put être ranimé, l'état de la mère n'ayant permis de s'occuper de lui qu'au bout de près de 10 minutes. M. Planchu termine par les réflexions suivantes: « dans l'observa- « tion du D1' Reure, l'explication de l'entrée de l'air « dans l'utérus est facile, grâce à l'emploi par 'la « femme, dans la position accroupie, d'un injecteur « à poire, peut-être déchiré en un point, qui a injecté « dans le vagin, peut-être même directement dans « l'utérus, un mélange d'air et de liquide... L'air, « qui avait pénétré dans l'utérus, s'était, en vertu de « sa légèreté, accumulé sous la coupole supérieure de k l'œuf, et formait là une zone, où la tète de l'en- « fant s'est trouvée complètement enveloppée par un « milieu aérien.

Enfin signalons, dans ce chapitre, deux faits :jui ont été rapportés par M. Brouardel (i),

(i) Brouardel. L'avortcment, 1901, p. i5i.

a7o ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

d'injections vaginales de liquides toxiques (pétrole et infusion de tabac), dans un but abortif.

Le pétrole détermina, au bout de 8 heures, l'expulsion du fœtus; mais les deux femmes succombèrent à des accidents de péritonite localisée.

L'auto-introduction dans le vagin de substances toxiques est un mode de provocation de l'avortement, qui a été mis plusieurs fois en pratique par des esprits simples, dont la pensée était l'attaque directe du fœtus, par sa voie d'entrée et de sortie.

C'est ainsi qu'on a vu des femmes se faire, soi-disant par erreur, des injections d'acide sulfurique, d'acide phénique, d'azotate d'argent, de potasse, etc."

Kuhn (i) a publié une observation ayant trait à une sourde-muette, « d'intelligence limitée », qui s'était introduite dans le vagin un morceau de sulfate de cuivre du commerce, dans le but de « provoquer le retour d une menstruation manquante ».

Inutile d'insister sur l'inefficacité, et sur la très grande gravité de pareils procédés.

(i) Viertelg. f. g. M. u. off. Sanitatswesen civil, 1899, p. 223.

8) Influence des émissions sanguines.

, A) État du sang pendant la gestation et la grossesse. — a) Chez les femelles domestiques. — Gschleiden (1) et Spiegelberg ont constaté, en expérimentant sur des femelles pleines, que, pendant la seconde moitié de la gestation, il y avait, augmentation notable de la quantité du sang, mais que cette augmentation, variable suivant l'alimentation, existait également pour l'hémoglobine, tandis que la proportion d'eau ne se modifiait que faiblement.

Sur des brebis pleines, Cohnstein a constaté à la fois l'augmentation de l'hémoglobine, et la diminution des globules rouges.

(3) Chez la femme. — Les anciens admettaient que, par le seul fait de la grossesse, il y avait accumulation des matériaux nutritifs dans le sang de la mère.

Pour eux, cette pléthore était due à la cessation des règles, et à la nécessité, pour l'organisme maternel, de fournir des substances indispensables à l'édification de l'enfant.

(1) T ntersuchungen uber die Blutmcngon. Arch. fur Oyn.. 1872, 1. IV, p. 172.

27a ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

Les recherches d'Andral el Gavarret, qui datent de 18/jo, ont paru démontrer l'existence d'une véritable anémie de la grossesse, qui a été longtemps admise, d'autant plus facilement, que cette opinion a été confirmée par les analyses de Becquerel et Rodier, et de Regnault.

Pour ces auteurs, il y aurait, chez la femme enceinte, augmentation de la quantité d'eau dans le sang, diminution des globules rouges, et augmentation des globules blancs.

Les recherches de Scanzoni, de Kiwisch et de Nasse (i), ont abouti aux mêmes conclusions.

Mais les travaux de Spiegelberg et Gschleiden sur les femelles pleines, la numération des globules rouges par Ingerslev, Reinl, Schroder, et les analyses spectrales de l'hémoglobine par Fehling, ont montré que cet appauvrissement du sang, chez la femme enceinte, était loin d'être la règle.

D'après ces observateurs, le nombre et la richesse globulaire augmentent avec la quantité du liquide en circulation ; l'état chloro-ané-

(i) Nasse. Arch. fur Gynec, 1. X, cachier 2, s. 3i5,

CAUSfiS l)HS VA H l A TIONH 37/J

ique ci u sang n'est donc nullement caraetéstique de la grossesse.

Le» résultat» rlc Pehling furent encore con-

tn'!S, par les recherche» minutieuse» de /inckelmann, Hieb et Dubner.

Par contre, Mayer (1), en se servant, comme i;hling, de l'hématornétre de Fleiscbe, arriva conclura : que le sang des femme» enceintes huit, mois présente une diminution dans

nombre des globule» rouges, et dan» la

'•portion fie l'hémoglobine.

C'était, doue le retour à l'opinion de la iloro-ancuiie, fjiii avait /rte émise par Andral

(iavarret.

Knfin, d'après les recherche» plus récente» icore de l'erroni 'y,, la diminution du norn-

e de» globule» rouge» serait constante peuint la gro»»e»»e, et d'autant plus marquée ic celle ci <-st plus avancée. Au point de ie de la quantité d'hémoglobine, cette dimiition serait, pour Ferroni, de plus d'un ^mi-million de globales (200 de Fleische).

On peut donc conclure de tous ces travaux,

ce M. Vinay : " que la constitution du

U J. M».n... //,y;A. /'. (Jynec, 1887, I. XXXI f>. ',.rj. 'a; Armait di Otlclr. et Cynec, octobre iHtfj- y. -<}. 9) Vij»Ar. Traité de» maladie* de la gro«*e»se, tH</t,

BOUCHACOL'RT.

a74 ÉTUDIES SUH LA GROSSESSE -

« sang varie d'une femme à l'autre, et qu'il « est impossible d'établir des lois sur les « modifications hématiques de la gestation. »

En tout cas, l'idée de chloro-anémie pendant la grossesse paraît être plus rationnelle que la conception ancienne de pléthore.

B) Influence d'une hémorragie quelconque. — L'hypoglobulie très marquée étant une cause d'avortement et d'accouchement prématuré, on conçoit qu'une hémorragie quelconque puisse avoir pour conséquence l'interruption de la grossesse.

Toute émission sanguine produit, en effet, l'hypoglobulie, puisqu'elle diminue forcément, pendant un certain temps, le nombre des globules sanguins.

Les faits sont, d'ailleurs, conformes à la théorie ; car, on a vu souvent l'avortement se produire après une hémorragie banale, dont la source était très éloignée de l'utérus.

C'est ainsi que, d'après Aétius, un pareil accident serait survenu à Aspasie, à la suite d'une simple épistaxis.

C) Influence de la saignée. — Elle est celle d'une émission sanguine quelconque, la préméditation n'en changeant évidemment pas les effets.

a) Chez les femelles domestiques. — Saint-

Hyr et Violet (1) reconnaissent, que c'est avec aison que la saignée a été souvent accusée,

d'avoir déterminé l'avortement chez la < vache, et surtout chez la jument. »

Plus récemment, Bournay a admis qu'il l'était pas douteux, que les saignées, abon- Imites et répétées, ne prédisposent à l'avorement.

Aussi considère-t-il que cette opération ne loit être pratiquée, a sur les femelles pleines, qu'avec circonspection, et seulement pour combattre une affection bien déterminée (2). »

(3) Chez la femme. — Après ce que nous enons de dire sur l'influence générale des missions sanguines, et sur l'influence de la aignée chez les animaux domestiques, on onçoit que, logiquement, cette opération uisse être une cause d'interruption de la ^ossesse.

Cette action avait, d'ailleurs, déjà été notée ar Hippocrate : « Si, dit-il (3), on saigne

(1) Sa.int-C.yr et Violet. Traité d'obstétrique vétérire, 1888, p. 291.

(2) Bournay. Obstétrique vétérinaire, 1900, p. 160.

(3) Hippocrate. traduct. Littré, t. IV, aphorisme 3i u livre 5, p. 548.

« une femme enceinte, elle est exposée a< « avorter, et d'autant plus que le fœtus est « plus grand. »

Jusqu'au commencement du xvie siècle, la grossesse fut considérée comme une contreindication absolue de la saignée, étant ellemême une cause d'anémie.

Celse (1) prétendit cependant, que l'opinion d'Hippocrate n'était qu'un préjugé, et, sous son inspiration, on commença, vers les premiers temps de l'ère chrétienne, à saigner les femmes enceintes, mais seulement dans certains cas particuliers.

Mais Galien, dont l'influence fut si considérable, donna, par sa pratique et par ses nombreux écrits, une autorité nouvelle aux idées d'Hippocrate.

« J'ai vu, dit-il (2), une femme grosse sai- « gnée au bras avorter le troisième jour... »

On se demande par quelle aberration d'esprit, on en arriva à croire, pendant trois siècles, du commencement du xvi° à la fin du xvin0, que la saignée était le spécifique de la grossesse.

(1) Celse. De re medica, 1. II, chap. 11, sect. 1.

(2) Galien. De spermate, Spur. libr., p. 36.

Fernel n'hésita pas à affirmer : qu' « un « grand nombre de femmes avortent, si la « veine n'est pas ouverte aux environs du a quatrième mois (1). »

Bien avant Mauriceau, la phlebotomie pendant la grossesse était devenue une pratique banale, qu'on légitimait par une série de raisons, plus absurdes les unes que les autres.

La première origine de la saignée, dite de précaution, semble être cette opinion insensée : que les enfants sont « suffoqués » par l'excès du sang maternel, aux époques qui correspondraient aux règles absentes.

C'est ainsi qu'on saignait les femmes enceintes vers quatre mois : « parce que, dit « Me Ducoudray, le fœtus ne peut, dans ces « premiers temps, consommer la quantité « de sang dont la matrice regorge, et qui, « par son abondance, peut détacher l'arrière- « faix. »

D'ailleurs, tous les accidents possibles de la grossesse, étaient alors attribués à l'état con- *estif, conséquence de l'accumulation du sang menstruel dans l'économie.

Au xvii° siècle, l'aphorisme de Botal régnait 3n maître à la Faculté de Médecine de Paris.

(1) Methodus medendi, liv. II, chap. xn.

« Plus on tire de l'eau d'un puits, avait dît « Botal (1), plus il en revient de bonne; plus « la nourrice est tetée par l'enfant, plus elle « a de lait ; le semblable est du sang et de « la saignée. »

Aussi, on n'hésitait pas à tirer d'un malade 7 livres de sang en 24 heures.

M. Le Maguet rapporte, dans sa thèse récente et très documentée (2), que la Faculté de Paris « se glorifiait de la saignée comme d une « conquête, et, à ceux qui lui reprochaient « d'être ennemie du progrès, elle répondait : « N'avons-nous pas découvert la fréquente « saignée ? »

Riolan avait encore lui aussi la prétention de mettre en relief la suprématie de Paris, quand il disait modestement, à propos de l'ouverture de la veine : « 11 n'y a guère que « les médecins de Paris, qui savent jusqu'à « quel point il faut en user. )>

C'était l'époque où Guy Patin, le doyen de la Faculté, faisait saigner un enfant de trois jours, et se faisait saigner lui-même sept fois pour un rhume, en répétant les vers de Joa-

(1) Botal. De curât, per sang, emissionemen, i583.

(2) Le Maguet. loc. cit., Thèse, Paris, 1899, p. 280.

chim du Bellay : « 0 bonne, ô sainte, ô divine « saignée ! »

Alors que les ennemis de la phlébotomie traitaient leurs adversaires de pédants sanguinaires, la Faculté, par la bouche de Mauduit(i), déclarait que ceux qui n'étaient pas partisans de la saignée, n'étaient que des « geus a secrets, vendeurs de baumes, distri- « buteurs de vin composé, et autres sem- « blables trompeurs. »

D'ailleurs Mauduit ajoute : « Tous ceux « qu'ils avaient séduits par leurs faux discours « retournent à la bonne et divine saignée. »

Pour prouver l'innocuité de cette opération pendant la grossesse, cet auteur rapporte plusieurs exemples, et, entre autres, celui-ci: « une fille de famille de ma connaissance, « s'estant reconnue grosse de deux mois, se « fit saigner. . . quatre fois des deux bras, et « autant des pieds, prit une infinité de vio- « lents purgatifs jusqu'au septième mois de « sa grossesse... » ; ce qui lui permit, d'après Mauduit, d'aller heureusement à terme.

Néanmoins, la propriété abortive de la sai-

(1) Mauduit. L'art de saigner par un maître chirurgien de Paris, 1670.

a8o ÉTUDES SUR' LA GROSSESSE

gnée de la saphène paraît avoir été reconnue; car il est dit, dans Y Kmpiric charitable (i): que cr l'ouverture de la veine sapliené est profi- « table... aux maux de matrices et aux mois « supprimés. »

La doctrine de Y attraction prétendait, en effet, que, si la saignée en- général avait pour* effet d'évacuer le sang, altéré par les humeurs peccantes, celle du pied provoquait les règles, en attirant, vers la matrice, les humeurs retenues dans la portion supérieure du corps.

Dionis, recommandant au jeune phlébotomiste de prendre des précautions, pour ne p;is tacher de sang la chemise et la robe de la malade (-a), ajoute :

« C'est une circonstance qu'il ne faut pas « publier aux Dames de la première qualité, « dans les saignées de grossesse 'ou de préce caution... »

A. en croire Dionis, la quantité de sang, extraite par la saignée, aurait été souvent très abondante chez la femme; car il a fait l'observation suivante :

(1) L'empiric charitable par le sieur de La Martinière. Paris, 1667.

(2) Le Maguet. Thèse, Paris, 1899. Le monde médical parisien sous le grand roi, p. 288 et suiv.

« J'ai remarqué, dit-il, que, quand j'ai « saigné des maris en présence de leurs fem- « nies, les femmes ne voulaient point que je « tirasse beaucoup de sang, et que, quand j'ai « saigné des femmes, les maris n'étaient point « contents que la saignée ne fût ample et « copieuse... »

On comprend que, dans ces' conditions, Louise Bourgeois ait déjà protesté, en déclarant qu'une telle pratique pouvait provoquer des accouchements avant terme.

Guillemeau (1) émit, sur ce sujet, deux opinions contradictoires; car, d'une part, il considéra cette opération comme un préservatif de l'avortement, et, de l'autre, il la défendit quand l'enfant est déjà « grandelet ».

Mauriceau réagit contre ces excès, mais surtout en l'es faisant connaître ; car il admet encore : que la saignée peut empêcher certaines femmes d'avorter avant le troisième mois.

11 rapporte, comme une chose toute naturelle, l'observation- de son confrère Janot, qui se vantait d'avoir saigné sa femme « qua- « rante-huit fois tout le cours d'une seule

(1) Guri.LEMKAu. L'Jieureux accouchement.

a8a ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

« grossesse, savoir quarante-cinq fois du bras,j « deux fois du pied, et une fois à la gorge. »

On trouve encore, dans Mauriceau, des fait* qu'il se contente d'enregistrer, et dans lesquels la saignée fut répétée, pendant une seule grossesse, jusqu'à quatre-vingt-dix fois (i).

Cependant, cet auteur ne met pas en doute que l'avortement ne soit souvent la conséquence de saignées trop fréquentes.

C'est vers cette époque qu'on vit la manie phlébotomique sévir avec le plus de fureur. Suivant Brière (2), on faisait quelquefois, à l'Hôtel-Dieu, plus de quatre cents saignées par jour ; il en fut ainsi notamment le 1 4 juin 1662.

Astruc et Lieutaud déclarèrent : que la saignée de précaution est utile à la plupart des femmes grosses, et que c'est un des meilleurs moyens de prévenir l'avortement.

Mais bientôt, quelques accoucheurs essayèrent de s'élever, à la suite de Van Swieten, contre les abus qu'on faisait de cette opération.

Lamotte , après avoir relaté le cas d'une

(1) Mauriceau. Observations sur la gross. et l'accouchement, 1728, nos 42, 64, 66, n3, p. 127.

(2) Bkière. Documents pour servir k l'histoire des hôpitaux de Paris. 1881. t. T, p. r55.

CAUSES DES VARIATIONS a83

femme qui eut la veine ouverte quatre-vingtsept fois, pendant les cinq derniers mois d'une grossesse, cite deux faits d'accouchement prématuré qui, d'après lui, seraient la conséquence de la saignée.

Charles White rapporta des observations encore plus démonstratives.

« J'ai connu, dit-il (i), plusieurs femmes,. . . « qui n'atteignirent jamais le terme de leur « grossesse tant qu'on les fit saigner, et qui, « au contraire, mirent toujours au monde des « enfants forts et pleins de santé, toutes les « fois qu'on ne les soumit point a cette opé- « ration. »

Sacombe (2) affirme que la saignée « fut ce longtemps une cause funeste d'avortement. »

Il semble d'ailleurs que, dès cette époque, le public se fût rendu compte des propriétés abortives d'une telle pratique ; car Sacombe fait aux médecins les sag-es recommandations suivantes : « Les gens de l'art, dit-il, doivent « toujours être en garde contre la mauvaise foi « des personnes peu délicates, qui pourraient

(1) Charles Whitd. Avis aux femmes enceintes, 1774»

(2) Sacombe. Eléments de la science des accouchements, an X, p. 97 et 100.

a8/, ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

« prendre ce prétexte, dans l'espoir qu'une « saignée du pied leur procurerait l'avorte- « ment. »

Pour Alphonse Leroy (i), les saignées copieuses favorisent la fausse couche.

Gardien exprime, sur ce sujet, l'opinion suivante :

« On regarde assez généralement, dit-il (2), « la saignée, pratiquée dans le dernier mois « de la grossesse, comme convenable pour « prévenir les hémorragies qui accompagnent « l'enfantement, et comme propre à avancer « l'accouchement d'une quinzaine de jours. »

C'est surtout sur cette dernière influence que Gardien s'appuie pour proscrire la soignée; « car, dit-il, on ne doit jamais déranger (f la nature, dans sa marche, lorsqu'elle est « régulière. »

Les travaux d'Andral etGavarret, sur l'analyse du sang, ont servi de point de départ aux recherches de Cazeaux, sur la chloroanémie des femmes enceintes. On conçoit que la constatation de cet état ait donné le

(1) Alph. Leroy. Des pertes de sang pendant la grossesse, i8o5. ^

(2) Gardien. Traité d'accouchement, 1807, t. II, p. 5.

■■m i i T^»7^fjpe^^

il. coup de grâce, h cette fameuse saignée dite de i précaution.

Pour Silbert (d'Aix), l'émission sanguine a. agit surtout en augmentant la sensibilité ner- Éweuse.

« Cette cause, dit-il (i), jointe à la fai- I « blesse extrême qui résulte de cet abus, et li« qui se fait sentir sur l'utérus plus peut-être lt« que sur le reste de l'économie, prédispose i « nécessairement à l'avortement. »

Menville de Ponsan (2) adopta entièrement m< cette manière de voir.

Tardieu (3) recommande, dans les cas I( d'avortement, de rechercher les cicatrices de I- saignée au bras et au pied ; ce qui prouve bien ■ (qu'il rangeait les émissions sanguines préméicditées, dans la catégorie des pratiques abory tives.

Bernutz et Goupil rapportent une observa- Ittion qui montre clairement quels peuvent être ■lies funestes effets des émissions sanguines ■jpendant la grossesse.

(1) Silbeht (d Aix). De la saignée dans la grossesse, chez Masson, 1867, P- io^-

(2) Menville de Ponsan. Histoire philosophique et médicale de la femme. i858, p. 200.

(3) Tardieu. Etude médico-légale sur l'avortement, i863, p. 27.

a80 ÉTUDES SUIi LA GJiOSSESSE

II s'agit d'une femme enceinte qui, ayant été saignée plusieurs fois dans le cours de ses cinq premières grossesses, ne put jamais les mener à terme. Étant devenue enceinte une sixième, puis une septième fois, on résolut de ne plus avoir recours à la saignée : l'accouchement eut lieu les deux fois il ternie.

M. Brouardel se montre assez sceptique, au sujet de cette influence, qu'il range, avec les bains, dans le chapitre des moyens abortifs prémonitoires. « Cependant, dit-il, dans « certains cas, des saignées, même peu abon- « dantes, . . . ont pu provoquer l'avortement. . . » Aussi, il donne le même conseil que Tardieu, dans les cas d'expertise médico-légale.

D'après Pollak (i), en Perse, et principalement à Téhéran, on emploie encore la saignée et les sangsues, dans le but de provoquer l'avortement.

Il y a lieu de se demander si le prurigo saignandi, qui a sévi — nous venons de le voir — pendant trois siècles, et qui a choisi plus particulièrement pour victimes les femmes enceintes, n'a pas eu un retentissement sur la durée générale de la grossesse?

(i) Pollak. Persic/i and seine Bewohner, iS05. t. I, p. 216.

N'est-il pas logique de penser que cette ction abortive, après avoir exercé son inuence, d'une façon pour ainsi dire continue, endant trois cents ans, a vu ses effets être squis à l'espèce ?

Le nombre, relativement considérable, des niants débiles et prématurés de notre époque, e serait alors — tout au moins en partie - que la conséquence des erreurs prolonées, que nos devanciers ont commises dans exercice de la médecine, et qui ont continué 1 agir par l'hérédité.

Il est vrai que la saignée n'est plus consiérée, aujourd'hui, comme une absurdité.

Si la méthode antiphlogistique, c'est-à-dire emploi des émissions sanguines répétées, ^ste toujours condamnée, il n'en est pas de lème de l'ouverture de la veine, mais seulement dans certains cas de péril vital immédiat.

Au XIIIe Congrès international de Méde- .ne, la question des indications de la saignée

ent d'être nettement posée, par MM. Hayem, aginski (de Berlin) et A. Robin (1), de la

çon suivante :

La soustraction d'une partie de la masse

(1) Section de thérapeutique, pharmacologie et matière édicale (du 2 au 9 août 1900).

a88 ÉTUDES SUlt LA d ROSSES SE

sanguine s'impose, toutes les fois que, par suite d'un trouble circulatoire, le sang est audessous de sa tache, et dans tous les cas de toxémie ; l'éclampsie puerpérale rentre dans cette dernière catégorie d'affections, nécessitant une décharge de poisons, et réclamant une oxydation générale (action qui serait produite par la saignée d'après M. A. Robin).

Comme, dans tous ces cas, il y a avantage à ce que la femme enceinte soit débarrassée le plus vite possible de son fœtus, on voit que l'action abortive de l'émission sanguine joue un rôle favorable, qui n'est peut-être nullement négligeable dans l'influence curative de la saignée, notamment chez les éclamptiques.

C'est un retour inconscient vers l'opinion admise au xvme siècle par Leroy, qui proclamait la lancette le meilleur de tous les forceps, et par Viarclel, qui saignait toujours pour hâter le travail.

D) Influence des sangues. — Il serait intéressant de savoir si des cas d'avortements ont été observés, chez des femelles pleines piquées accidentellement par des sangsues, ou clans les troupes de chevaux qui étaient employées autrefois à cette pêche, dont ils constituaient à la fois l'amorce et le filet.

Malheureusement nos recherches, dans cette

voie, n'ayant pu être que très incomplètes, sont restées négatives.

Nous venons de voir que, chez les femmes de Téhéran, les sangsues étaient employées comme un adjuvant de la saignée, dans la provocation de l'avortement.

D'après Ernest Martin (1), la même pratique serait utilisée dans le même but, d'une façon courante, par les sages-femmes chinoises.

De tels faits sont à rapprocher des observations qui ont été rapportées par Tardieu.

Il est des femmes, dit cet auteur (2), « chez :( lesquelles une seule application de sang- -( sues, faite au voisinage des parties sexuelles, :;< peut être suivie de l'avortement. » Et Tardieu ajoute : « J'ai la certitude d'avoir ik rencontré un fait de ce genre, dans les c circonstances les plus probantes. »

Aussi conseille - 1 - il, en présence d'un rivortement, de rechercher les cicatrices de saignée, « et les piqûres de sangsues, noie tamment à la partie supérieure et interne ( des cuisses. »

(1.) Ernest-Maktin. Exposé des principaux passages ontenus dans le Si-Yuen-Lu, Paris, 188/4.

(2) Takdieu. Etude médico-légale sur l'avortement, i863,

BOUCHACOURT. ig

ago ÉTUDES SUR LA GHOSSESSE

M. Brouardel reconnaît également que, « dans certains cas, . . . des applications de sangle sues faites au voisinage des parties sexuelles (( ont pu provoquer l'avortement. »

Aussi recommande-t il, comme Tardnui, de rechercher « la trace des piqûres de sangsues « à la vulve ou à la partie supérieure des « cuisses )).

E) Influence des hémorragies traumatiques. — Nous verrons plus loin, que l'interruption de la gestation se produit souvent à la suite des traumatismes accidentels ou chirurgicaux.

Quand ceux-ci s'accompagnent d'une perte de sang abondante, il est certain que l'action abortive, due à l'hémorragie, joue un rôle' important dans la production de l'accident; mais il est souvent difficile de préciser quelle est la part qui revient à cette action spéciale.

2(Jl

9) INFLUENCE DE l'ÉLECTRICITE

Witkowski rapporte que (1), à l'époque de Sorauus d'Ephèse, on employait les poissonstorpilles pour activer les douleurs du travail.

De ce que le passage de certains, courants électriques détermine la contraction des fibres musculaires de l'utérus, est-il possible de tirer une conclusion, en faveur d'une action électrique abortive ?

C'est en s'appuyant sur cette influence, que plusieurs expérimentateurs ont, à diverses reprises, fait quelques recherches, — très incomplètes d'ailleurs — sur l'emploi de l'électricité pour interrompre la grossesse.

C'est Hùter, en i8o3, qui semble avoir appliqué le premier, d'une façon systématique, l'électricité sur le globe utérin, dans le but de provoquer l'expulsion prématurée dci fœtus.

Après lui, Schreiber et Kilian ont employé sans résultat l'électricité voltaïque ; ils plaçaient un pôle sur le fond de l'utérus, et r autre était mis en contact avec le col utérin, par le vagin.

(1) Witkowski. Histoire des accouchements, p. ao3.

393 ÉTUDES SUIi LA GROSSESSE

Nous avons déjà vu (i) que Mattei avait affirmé que : « rien ne dispose l'utérus à se « « contracter comme l'électricité de l'air, les « vents et les tempêtes. »

L'observation suivante (2), due à Paul Dubois, constitue le premier document que j'ai rencontré, sur l'application de l'électricité à la provocation de l'avortement (3).

Julie Gros, âgée de 3o ans, entre à la clinique, étant enceinte pour la 2e fois, le i4 novembre 18/17.

Chez cette femme, qui paraît être au 4e mois de sa grossesse, il existe un tel rétrécissement du bassin, que M. Dubois se décide à provoquer l'avortemenl : mais il voulut d'abord essayer de tuer le fœtus par î l'électricité, pensant que l'utérus se chargerait ensuite de l'expulsion.

M. Dubois se servit de l'ingénieuse machine électrique des frères Lebreton ; les deux plaques conductrices furent appliquées, en déprimant la paroi abdominale antérieure, sur le fond même de l'utérus.

On fil alors jouer la machine, et, instantanément, la malade éprouva de violentes secousses dans le bas-ventre ; mais on ne put revenir à cette application, que la malade ne voulut pas tolérer.

(1) Âu chapitre des influences morales, p. 167.

(2) Rapportée par G. David, Thèse, Paris, 1899. Suf la durée du travail de l'avortement criminel par manœuvres directes, p. 34.

(3) Lahoiue. Union médicale, 1 845 , p. gi.

CAUSES DES VARIATIONS ag3

Aï. Dubois put à grand'peiné, à quelques jours ^'intervalle, donner une ou deux secousses électriques, mais sans maintenir d'une façon convenable les plaques appliquées contre l'utérus ; il dut renoncer à poursuivre cette expérience, dont le résultat fui absolument négatif.

La grossesse continua, en effet, son évolution normale, jusqu'au moment où on l'interrompit au moyen du décollement des membranes.

Parmi les moyens qu'on peut employer, pour exciter les contractions utérines, Tardieu fait mention de l'électricité.

A ce propos, il reproduit une lettre que lui écrivait, à la date du i/j mars i864, le Dr Devouges (de Corbeil), et dans laquelle on trouve l'observation suivante (i) :

« Une femme qui est accouchée clandestine- 6 ment, et a fait disparaître son enfant, accuse « son patron, père de l'enfant, de l'avoir fait « avorter au moyen de l'électrisation ; le tribu- « nal de Corbeil me demande si la chose est pos- « sible, et si semblable fait s'est déjà produit.

« C'est surtout sur le second point que je « vous prie de m'éclairer, et je vous demande « s'il est à votre connaissance qu'une machine

(i) Tardieu. Étude médico-légale sur l'avortement, 5e édit. 1898, p. 57 (rapport du docteur Pevouges, p. a43).

ao^i ÉTTJfiES/, SUR LA GROSSESSE

« électrique quelconque ait été employée dans « le but de provoquer l'avortemenl .

« Pour le premier point, il ne me paraît pas « douteux que l'homme en question n'ait « essayé une machine électrique, dans le but « de provoquer un avortement ; mais il l'a fait « d'une manière si maladroite, qu'il ne pouce vait arriver à son but, et il y a renoncé ; « mais je ne doute pas qu'avec la machine « employée, et qui a été soumise à mon exa- « men (c'est une machine composée de deux « couples de Bunsen, renforcés par une bo- « bine de Ruhmkorfl), je ne doute pas, dis-je, a qu'il ne soit possible de provoquer un avor- « tement, en l'employant convenablement, je « vous demande pardon du mot, je veux dire « en en faisant un emploi dicté par les con- « naissances physiologiques. »

Il semble que, dans ces diverses tentatives, les pôles aient été placés sur différents points de la surface extérieure du corps de la femme, probablement au niveau de l'abdomen, et même que l'un des pôles a été appliqué sur le col utérin.

Tardieu considéra ce fait comme unique ; mais il partagea néanmoins l'opinion de Devouges, et conclut à la possibilité de provoquer l'avortement au moyen de cette influence.

CAUSES DES VARIATIONS agâ

Les applications obstétricales de l'électricité semblent avoir été faites pour la première Ibis, d'une façon systématique, en Angleterre, par Radfort, Barnes, etc.

En France, en 1876, M. A. Tripier fit paraître un travail sur ce sujet, alors très peu connu (1). Cet auteur admit le rôle oeytoeique de l'électricité.

Le 19 avril 1881, Apostoli, dans une communication à l'Académie de médecine de Paris, sur une nouvelle application de Vèlec- I trieité après les accouchements, s'exprime dans les termes suivants: « J'ai pour but, dit-il, « d'aider, de hâter et de compléter l'involution « utérine, pour abréger la convalescence et « prévenir toutes les complications qui résul « tent de son arrêt ou de sa lenteur. »

Ce que j'ai trouvé de plus intéressant, dans I ce mémoire, est l'annonce suivante, qui se trouve en première page : « Du même auteur, 1.' sous presse et pour paraître prochaine/nent, I « Les accouchements par l'électricité. »

Dans le sommaire qui suit, le chapitre 4 estin- 1 titulé : « supériorité de la faraclisation utérine Is sur le seigle ergoté. » N'ayant pu trouver aucune |t trace de ce livre, je me suis adressé à M. le

(1) Tripier. Des applications obstétricales de l'élec- >i trieité. Baillière, 1876.

DrLaquerrière, héritier scientifique d'Apostoli.

Voici ce que m'écrit M. Laquerrière, en réponse à ma demande de renseignements sur ce travail, qui était sons presse en 1881 : « Que sont devenues les observations qu'il ce (Apostoli) annonce ? Je l'ignore, ne les « ayant pas retrouvées jusqu'il présent fin us « ses papiers. Ce que je puis vous dire, c'est « que l'ouvrage complet n'a jamais vu le jour; « cela parce que des expériences sur des ani- « maux, entreprises en collaboration avec mon « père, alors vétérinaire militaire, furent inter- « rompues pour changement de garnison de ce « dernier, et ne purent être reprises par suite « de diverses circonstances. »

D'autre part, M. le Dr Poirrier a bien voulu me communiquer deux observations, avant trait à l'action abortive de l'électricité, appliquée dans deux cas de grossesse méconnue, et provenant de la clientèle d'Apostoli.

Le premier cas a trait à une sage-femme d'un âge mur, chez laquelle on avait fait le diagnostic de librome utérin. L électrisation amena l'expulsion de ce prétendu fibrome, sous forme de fœtus, après une seule séance, au grand désespoir de la malade, qui n'avait pas d'enfants, et qui désirait vivement en avoir, 11 convient d'ajouter, cependant, que ce l'ail est douteux, car cette sage-femme, interrogée de nouveau récemment, ne sait plus bien si c'est S l'électricité où à l'introduction d'un hysteromètrej

qu'elle doii attribuer ce! accident, dont elle est gncore inconsolable.

Dans la deuxième observation, il s'agit d'une jeune femme, chez laquelle on avait porté, également à la légère, le diagnostic de médite.

Alors que cette malade n'avait plus eu ses règles depuis près de trois mois, l'électrisation provoqua le rejet, par le vagin, de caillots volumineux, en mèiue temps qu'il se produisait une hémorragie abondan te, accompagnée de violentes douleurs abdominales, qui ne permettent guère de douter de la nature de ees phénomènes. Ce fut, d'ailleurs, l'opinion d'un chirurgien de l'hôpital de Lariboisière, qui déclara nettement à Apostoli que son électricité venait de se rendre coupable de la provocation d'un Ivortement, quoiqu'on ne puisse en avoir la certitude, car les caillots n'ont pas été examinés.

Bumm(i) a admis que Faction ocytocique du courant galvanique était plus marquée que celle du courant faradique. Il plaçait le pôle positif sur la colonne vertébrale, et le pôle négatif sur l'utérus.

Baird (2) aurait obtenu le même résultat, en mettant, comme Murray, un pôle sur le sacrum, et l'autre sur la paroi abdominale, ce second pôle étant simplement constitué par la main mouillée de l'opérateur.

Lichtkiiss (3) provoqua de propos délibéré,

(1) Boni. Rev. des se. méd., i885.

(2) Baikd. Rev. des se. méd., t. XXVII, p. 585, 1886.

(3) Lichtkuss, Bull, de thérapeute 1887, t. CXII, p.

en 1887, un accouchement prématuré, en tarai disant le fond de l'utérus.

En 1890, Bayer (1) essaya de provoquer l'accouchement prématuré artificiel, au moyen d'un courant continu de 25 à 3o milliampères. Il introduisit dans le col une petite éponge mouillée, par laquelle il fit. arriver le pôle négatif; le pôle positif fut relié à une grande^ surface, placée sur la paroi abdominale, au niveau du fond de l'utérus. Bayer expérimenta ce procédé dix fois à la Maternité de Strasbourg ; il obtint le chiffre très éncourageanl de sept succès, plus un refus de continuation du traitement (dans un cas).

Bruhl fut moins heureux, car, en employant la méthode de Bayer, c'est-à-dire les courants continus, il échoua sept fois sur sept. Mais il faut ajouter que sa technique opératoire devait être bien mauvaise, car il eut à déplorer, dans un cas, la production d'une escarre sur la paroi abdominale.

En i8g3, Montoya (2) a obtenu de bons résultats, dans neuf cas où il a appliqué le bain faradique, comme traitement des hémorragies utérines post par tain .

(1) Bayer. Ueb. geburtsh. Elcklric. bci Kiinst. Frûgeb. Volkmann's Sammlung (Gynœk., n° io3). 1900.

(2) Montoya. Semaine médicale, p. 38, 189B.

Le manuel opératoire employé par Montoya était le suivant :

11 plaçait la femme dans un bain de siège d'eau chaude et salée, dont le niveau remontait jusqu'à l'épigastre ; le pôle positif arrivait dans l'eau du bain, rendue conductrice.

Quant au pôle négatif, il était relié à un bassin plein d'eau, dans laquelle la femme plongeait la main.

Quoique le mode d'accès de ce courant faradique nous paraisse défectueux, notamment en ce qui concerne l'entrée du pôle négatif, la contraction du muscle utérin, sous cette influence, nous semble devoir être à peu près certaine.

Lors de la discussion qui eut lieu sur ce sujet, à la séance de novembre 1900 de la Société d'Electrothérapie, presque tous les membres présents se déclarèrent nettement opposés à l'électrisation des femmes enceintes.

Il faut reconnaître cependant que cette opinion parut basée bien plus sur la peur de se compromettre, que sur des faits précis.

Seul M. Doumer (de Lille) a rapporté l'observation d'une multipare parfaitement saine qui, à deux reprises différentes, avorta sous l'influence des bains statiques.

3oo tiTUDES SUR LA GROSSESSE

Nous sommes convaincu que, si les électrothérapeutes se décidaient à avouer franche- 1 ment leurs erreurs, de telles observations seraient loin d'être rares.

M. Laquerrière ne croit pas que l'électricité médicale, maniée avec prudence, ait une action abortive ; mais il admet : « que toute ap- « plication ou brutale, ou trop intense, on « trop longue, doit, comme tout traumatisme, « être cause d'un accouchement prématuré, »

Il y a plus d'un an, en collaboration avec M. Schwab, alors chef de clinique de M. le Pr Budin, nous nous sommes proposé d'étudier l'action des courants induits unipolaires, comme cause provocatrice de l'accouchement prématuré.

Nous avons d'abord expérimenté sur une chienne pleine avec une bobine d'induction de faible intensité.

Une large plaque d'aluminium fut placée sur le ventre de l'animal, et reliée au pôle négatif de la bobine, dont le pôle positif était au sol.

On introduisit dans le vagin, jusqu'au contact avec le col utérin, une tige métallique reliée ellemême au sol, et terminée par un tampon.

L'interrupteur étant à mouvement lent, on vit» se produire une série de contractions violentes dos

CAUSES DES VARIATIONS 3oi

muscles abdominaux, et des muscles des cuisses, à chaque passage du courant.

Sous cette influence, on vit survenir des sécrétions vaginales abondantes, et quelques gouttes de sang.

Les contractions devenant de plus en plus douloureuses, ou du moins l'animal criant de plus en plus Port, nous arrêtâmes l'expérience au bout de 5 minutes.

Dès que la chienne fut détachée, elle reprit son allure habituelle, et ne parut plus souffrir en aucune façon.

Le lendemain, séance identique à la précédente ; les résultats furent les mêmes, sauf que le sang fut un peu plus abondant, sans cependant dépasser la valeur d'une cuillerée à café.

\ la suite d'un repos de 48 heures, on essaya une nouvelle application, dans les mêmes conditions que précédemment.

Dans la nuit qui suivit, cette chienne mit bas quatre petits vivants, mais manifestement prématurés, qui moururent le lendemain.

Etant donnés, d une part, la difficulté de se procurer des chiennes pleines, de l'autre les obstacles que nous avons rencontrés dans la poursuite de ces recherches expérimentales a la clinique Tarnier, nous en restâmes là ; de telle sorte qu'on ne peut évidemment tirer aucune conclusion de ce fait unique, d'autant plus qu'il est discutable.

3oa ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

Les courants induits sont-ils capables dans tous les cas, et à eux seuls, de mettre l'utérus en branle ?

Les Américains semblent avoir répondu à cette question par l'affirmative, tout au moins pour la femme.

On sait, en effet, qu'aux États-Unis, au point de vue des avortements, la tolérance est poussée à l'extrême.

D'après le New-York Med. liée, (i), le' nombre des avortements criminels atteindrait 80 000 par an, pour la seule ville de New-York, et un cas sur mille environ arriverait à la connaissance de la justice.

M. Brouardel rapporte d'ailleurs, que, dans certaines villes d'Amérique, on voit couramment, à la porte de certaines maisons, des annonces dans le genre de celle-ci : « Ici on « pratique des avortements (2) ».

D'une enquête officielle, faite à New-York, il y aurait environ, dans cette ville, 200 personnes spécialisées dans la pratique abortive au su et vu delà police.

Or, un de nos parents, qui vient de passer deux ans en Amérique, au Canada et dans les

(1) T. XLI1I, p. 691 (cité par Lewin, loc. cit.).

(2) P. Brouardel. L'exercice de la médecine et le charlatanisme, igoo, p. '199.

CAUSES DES VARIATIONS 3o3

mines d'or du Klondyke, nous a affirmé que bien des médecins américains étaient réputés comme provoquant couramment l'avorteraient »par l'électricité (?).

Nous n'avons pu malheureusement obtenir aucun renseignement scientifique, sur le raauuel opératoire et sur les résultats de l'élec- (trocution du fœtus dans l'œuf.

Si on réfléchit à ce fait que, de l'autre cé>té de l'océan, l'énergie électrique est une force ii tout faire, même les exécutions capitales, on ne s'étonnera pas de cette pratique, d'autant plus que, véritablement, ce procédé abortif parait devoir éviter à la fois les dangers d'hémorragie, d'infection, et de lésion de l'utérus, qui constituent les trois points noirs de l'avortement instrumental avec pénétration dans la cavité utérine.

L'action abortive des courants induits, traversant la paroi abdominale et le globe utérin, nous parait avoir été élucidée — tout au moins en partie — par les recherches récentes de Tridondani (i), de Pavie.

Cet auteur, après avoir constaté que, d'une

(i) Annali di Obstetricia e Gynecologia, anno XXII, marzo igoo, n° 3, p. 2o3 (communication au Congrès de la Société Italienne d'Obst. et Gynéc, Pavie, octobre i»99)-

3o/i ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

façon générale, l'excitabilité électrique (faradique) était sensiblement diminuée pendant la grossesse, a étudié très complètement l'exci- I tabilité réflexe.

Les résultats obtenus par Tridondani sont les suivants :

« Parmi les réflexes superficiels, il y en « avait un qui ne subissait pas le sort des « autres, et dont les modifications se fai-« « saient au contraire en sens inverse : aug- « mentation au lieu d'une diminution ; c'était « le réflexe abdominal dans ses trois subdivi- « sions : epi, meso, hypogastre.

« Chez les primipares il est très marqué, « et généralement il diminue ou disparait « après l'accouchement. »

Tridondani a constaté que ce réflexe diminuait chez les pluripares, et en raison du degré de la parité, mais qu'il était toujours plus marqué pendant la grossesse qu'avant elle et aussi qu'après l'expulsion du fœtus.

Cet auteur explique de la façon suivante ce fait que, alors que tous les réflexes superficiels diminuent, le réflexe abdominal augmente chez la femme enceinte, et d'autant plus que la grossesse est plus avancée.

« Son arc de réflexion passe par les nerfs « intercostaux X, XI, XII, et par les zones

CAUSES DES VARIATIONS 3o5

i| « médullaires correspondantes, c'est-à-dire ■«« par une région médullaire voisine de [ « celle de l'activité utérine, laquelle étant j « plus excitable qu'à l'état normal, peut dé- ■<<« terminer une plus grande excitabilité de la l«« paroi de cette région, et par suite de ce Ik(c réflexe. »

I D'après Triclondani, l'augmentation du réflexe abdominal peut encore s'expliquer par tl.la distension et le tiraillement auxquels sont t. soumises les parois abdominales pendant la jfegrossesse, et qui ont pour effet de rendre les ;'jl<terminaisons nerveuses plus excitables.

On comprend même beaucoup mieux, avec «cette théorie, les différences apportées dans ftce réflexe par le degré de parité, et sa dimijlmution rapide après l'accouchement.

Quoi qu'il en soit, en raison même de cette nf sensibilité du réflexe abdominal pendant la «grossesse, on conçoit que l'application d'un (.••ooiirant induit sur l'abdomen, par un large if contact, puisse déterminer des contractions lutérines à effet abortif.

En effet, grâce à cette sensibilité, l'influence )l îlectrique exerce son action, à la fois sur les JÇ^anglions et plexus sympathiques pelviens, sur Hf.e système de neurones ganglionnaires intra- Jtérins, et enfin sur les centres médullaires.

BOUGHACOUKT. 20

3oO

10) Influences mécaniques.

i) Nécessité de l'exercice modéré pendant la gestation. — À) Chkz les femrlles domestiques « — Les femelles pleines, dit Bournay (i , ne « doivent point rester dans l'inaction. »

Et il ajoute : « Lorsque les animaux sont « entretenus en stabulation permanente, on « recommande... la promenade en m;iin s'il « s'agit de la jument, ou la mise en liberté « quotidienne pendant une ou deux heures, « s'il s'agit de la vache et même des autres « femelles. »

D'après le même auteur, « les femelles ha- « bituées au travail doivent être utilisées; « Les travaux des champs sont presque tous « compatibles avec l'état de gestation. »

Saint-Cyr et Violet avaient déjà reconnu 2 que: « l'inaction, comme l'excès de travail, « peut être nuisible aux femelles pleines... »

B) Chez la femme. — Le besoin de mouvement est si naturel à l'animal, d'une façon

(1) Chapitre Hygiène de la gestation, in Obstétrique vétérin., p. i5g.

(a) Sa.int-Gyr et Violet. Traité d'obstétrique vétérinaire, 1888, p. 290.

générale, qu'on peut affirmer: que la fatigue est moins préjudiciable à la femme enceinte que le repos absolu.

Cependant, d'après Hippocrate (1), aussitôt que la femme reconnaît qu'elle a conçu, elle doit se reposer. Mais que doit-on entendre par cette expression « se reposer? »

Une interprétation abusive de ce précepte a conduit quelques médecins, à interdire, pendant la grossesse, toute espèce d'exercice et de déplacement.

Aristote avait déjà observé (2) : « que la « femme qui a coutume de travailler, pendant « la grossesse, accouche plus facilement que « celle dont la vie est sédentaire et inactive. »

L'observation des femmes de la campagne est le meilleur argument qu'on puisse invoquer en faveur de cette doctrine.

On doit donc admettre comme un axiome, que l'exercice est indispensable à la femme enceinte bien portante"; mais il est certain que les auteurs ont beaucoup varié, dans la fixation de ses limites.

Pour Mauriceau (3), la femme « ne doit

(1) Au livre De sterilibus.

(2) De generatione animalium. t. IV, chap. vi.

(3) Traité des maladies des Femmes grosses, t. I,

3o8 ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

« pas aller en charrette, ni en coche ou carce rosse, ni à cheval pendant toute la grosce sesse, et d'autant moins qu'elle est plus « avancée et qu'elle approche de son terme,... ce mais elle peut bien aller doucement à pied, « ou se faire porter en chaise ou litière. »

D'après Delaborde (i), un usage singulier régnait au xvn° siècle, dans la petite bourgeoisie, en application sans doute du préceptë d'Hippocrate, qui ordonnait le repos après la fécondation.

Les jeunes mariées, étendues pendant los premiers jours de leur mariage sur un lit de parade, y recevaient de nombreuses visites.

Dans son orthopédie (2), Audry ne permet guère à la femme enceinte, que « de seprome- « ner doucement en carrosse le long du cours « vers les bords de la Seine, pendant les « beaux jours. »

Charles White (3), au contraire, admet les exercices les plus variés, et il déclare que l'expérience « lui a enseigné que l'exercice du « cheval, modéré et répété chaque jour, était « favorable aux femmes enceintes. »

(1) Delaborde. Le Palais Mazarin, note 3a3.

(2) Audry. Orthopédie, 17/ii, P- 44 delà préface.

(3) Charles White. Avis aux femmes enceintes, 1774, p. 6.

CAUSES DES VARIATIONS 3og

Dans un Précis d'hygiène populaire, M. Vorlet(i) vient de résumer, en quelques mots, l'opinion qu'on doit admettre sur ce sujet. Au chapitre promenades, il dit simplement: « la femme enceinte a besoin d'exercice et « d'air pur — Les promenades à pied seront « préférées... »

(i) L. Vorlet. Hygiène de la grossesse et des suites découches, 1900, p. 8.

3io

2) Influence de la fatigue, du surmenage et des trépidations. — A) Chez lus animaux domestiques. — a) Influence des efforts musculaires violents. — L'action abortive du tirage, de la course, du saut et du surmenage, est incontestable; elle est prouvée par de nombreux faits.

D'une façon générale, Bournay veut qu'on évite, pour les femelles pleines, « les lieux « accidentés, les terrains marécageux entrece coupés de fossés, où elles sont contraintes « d'effectuer des sauts, ou exposées à subir « des glissades. »

Jument. — C'est ainsi que Saint-Cyr rapporte un cas, qui lui est personnel, d'avortement chez une jument qui avait été montée.

Aussi, Bournay (1) recommande-t-il de ne laisser monter la jument pleine, « que par des « cavaliers peu lourds, et de ne faire qu'un « usage prudent de l'éperon. » Pour la poulinière attelée, il dit: qu' « on doit veiller à ce (( que la pression exercée sur le dos ne soit « pas excessive. »

L'action abortive est naturellement portée à

(1) Bournay. Obstétrique vétérin., 1900, p. 1 58.

CAUSES DES VARIATIONS 3n

son maximum, quand le travail succède à un repos prolongé (Bouley).

C'est dans le môme but que Bournay proscrit, pour les juments, le travail à la ville, et il en donne pour raison : « les allures plus rapides,... les « difficultés de la circulation, les « efforts pour se tenir sur un pavé souvent « glissant... »

Cependant, il est certain, d'autre part, qu'on a vu des juments pleines subir, sans inconvénient, les grandes fatigues de l'entraînement (i).

Magne affirme également que certaines juments ont pu « supporter sans accidents les <( fatigues de l'entraînement, et subir les « épreuves de l'hippodrome. ))

Brebis. — Relativement aux brebis, Bournay insiste sur ce fait : « que les chiens doivent être bien « dressés et obéissants, pour s'arrêter « à temps, et ne pas contraindre les femelles à « des courses folles au pâturage. »

M. Morel (2) dit, en parlant des causes de 1 avortement dans les troupeaux: « ... la fa-

(1) Sempastous. Bec. de médec. vétér., i85o, p. 20/i.

(2) Morel. Nouvel art d'élever les moulons. Le Bailly,

3ia ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

« tigue, les sauts.... peuvent causer ces acci- « dents, qui ne sont que trop fréquents ».

Chèvre. — Dans l'art d'élever les chèvres, par un habitant du Canton du Mont-d'Or fi), on trouve, au chapitre des soins à donner à cette femelle pleine: « On doit éviter toutes « causes d'avortement, l'empêcher de courir, « l'empêcher, autant que possible, de sauter f< les haies, les fossés...,. ».

Truie. — Le fermier Célestin Bailly (2) dit, à ce sujet: « La truie pleine doit être logée à « part, afin d'éviter chez elle l'avortement, qui « souvent est provoqué par les jeux trop vifs « des autres porcs ».

(3) Influence des trépidations. — à) Transport en chemin 'de fer. — M. Leblanc, chef de clinique à l'Ecole vétérinaire de Lyon, a bien voulu me donner, sur ce sujet, les quelques renseignements suivants (3; :

ce II n'existe, en art vétérinaire, aucune sé- « rie d'observations qui permette d'affirmer « que le voyage en chemin de fer a une in- « fluence abortive manifeste... D'autre part,

(1) Le Bailly, éditeur, p. i4.

(2) L'art d'élever les porcs, p. 10.

(3) Par lettre datée du 24 octobre 1900.

CAUSES DES VARIATIONS 3i3

« les personnes, qui font le commerce du « bétail, savent très bien, qu'en expédiant, « par chemin de fer, des vaches en état de « gestation avancée, ils s'exposent à trouver, « à l'arrivée, le veau à côté de la mère. Ceci « s'observe couramment. »

Les voyages de longue durée provoquent, chez les femelles pleines (ou simplement grasses), un état pathologique spécial, qui a été désigné, par Estor, sous le nom de fièvre du chemin de fer (i).

D'après cet auteur, « des douleurs intenses, « semblables à celles du part, tourmentent « les malades » atteintes de cette affection très grave.

D'ailleurs, pour Estor, il ne s'agirait ici que d'une auto-intoxication, par accumulation de produits de déchets dans l'organisme, sous l'influence du surmenage physique.

b) Influence des transports par mer. — « Je « ne connais, m'écrit M, Leblanc, rien de préce cis sur les effets des traversées. Cependant, « il est probable qu'ils sont plus accusés que « les précédents. »

« Les vétérinaires, préposés à l'inspection"

(i) Estor. Berl. thier. Wochensclwift, 1899, n° 35.

3xâ ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

« du bétail dans les ports, vous donneraient « peut-être, sur ce sujet, des renseignements <c intéressants. »

J'ai suivi le conseil de M. Leblanc, mais sans aucun succès.

B) Chez la femme. — Les secousses peuvent provoquer directement l'action excito-motrice de l'utérus; mais il semble que les mouvements violents, le surmenage et les trépidations, aient plutôt pour effet de décoller partiellement l'œuf, et de le faire glisser vers la partie inférieure de l'utérus (Pinard).

Ce déplacement produirait une hémorragie, et l'avortement consécutif. <

Comme, d'ailleurs, toutes ces causes favorisent l'insertion du placenta sur le segment inférieur, peut-être est-ce simplement par ce mécanisme indirect, que se produit l'interruption de la grossesse ?

Enfin, ces diverses influences peuvent provoquer l'accouchement prématuré, en déterminant la rupture spontanée du sinus circulaire (Budin).

« La femme enceinte, dit M. Vorlet (i), doit « éviter les grandes fatigues, les efforts, les « sauts, les voyages pénibles, enfin tout ce « qui secoue les organes de la génération, « cela afin d'éviter une fausse couche ou un « accouchement prématuré. ».

(i) Vorlet. Hygiène delà femme enceinte, 1900, p. 8.

3i6 ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

Etudions successivement ces diverses causes d'arrêt dans l'évolution de la grossesse.

a) Influences générales et professionnelles. — Tous les mouvements rapides et précipités, et les chocs même légers qui en sont la conséquence, étaient regardés par les anciens comme parfaitement capables de déterminer l'accouchement avant terme.

Aussi, à Sparte, les lois obligeaient-elles les citoyens à se détourner, dans les places publiques, lorsqu'ils rencontraient une femme enceinte.

Et, a Rome, les femmes grosses étaient dispensées de se ranger, et de se confondre dans la foule, au moment du passage des magistrats.

Les mouvements rapides et précipités agiraient en prédisposant aux hémorragies, par suite des secousses imprimées ainsi à l'utérus gravide.

Ce serait le mode d'action des exercices suivants : danse, course, saut, ascension d'escaliers, locomotion quelconque dans de mauvais chemins, etc.

C'est ainsi qu'on a remarqué, de tout temps, la rareté des accouchements à terme chez les danseuses.

Hippocrate parait même avoir conseillé,

CAUSES DES VARIATIONS 3i7

chez l une d'elles, l'avortement par le moyen I du saut; car il dit, en parlant d'une ballerine (i): « Un jour elle s'aperçut que la 1 « semence ne sortait pas ; elle le dit à sa maî- I a tresse, et le bruit en vint jusqu'à moi. Ainsi 1 « informé, je lui ordonnai de sauter, de 1 « manière que les talons touchassent les « fesses; elle avait déjà sauté sept fois, lors- ! « que la semence tomba à terre en faisant du 1 « bruit... »

Mauriceau prétendait que la plupart des | exercices « redoublent la pesanteur de ce qui 1 « est contenu dans la matrice, par les se- 1. « cousses qu'elle en reçoit, et causent sou- 1 « vent des avortements. »

Raulin (2) allait même plus loin, car il décrit l'action abortive de l'exercice du chant.

Enfin, si on en croit la plupart des auteurs I qui ont écrit sur la question traumatisme et I. grossesse, des femmes auraient avorté à la ! suite d'un éternuement violent (3).

Dans son Etude su?- les pratiques et les cou-

(1) Hippocrate, traduction Littré, i85i. De la génération, 1. IV, p. 491 -

(2) Raulin. De la conservation des enfants, 1768, p.

(3) Tillaux. Clinique chirurgicale, in Bulletin médical, n° du 5 janvier 1898.

3i8 ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

tûmes au Sénégal, Bérenger-Féraud raconte que, lorsque les femmes ouoloves sont en-' ceintes, elles se livrent avec frénésie à certaines danses tournantes, dans le but de se faire avorter.

Les danses appelées Foubine et Gandioga seraient particulièrement efficaces, à cause de la rotation du bassin qu'elles exigent (] .

La description que donnent Engelmann et Rodet, de ces danses spéciales (2), permet d'en comprendre les effets abortifs : « D'abord lents, « onduleux et lascifs, les mouvements de la « danseuse s'accentuent insensiblement, le <( balancement saccadé de la région fessière « et abdominale s'accroît, et il arrive un rao- « ment où la rotation du bassin tout entier « acquiert un degré d'intensité frénétique. »

En France, comme, sur dix millions de femmes, plus de la moitié travaille, on comprend que les influences professionnelles ayant pour effet d'interrompre la grossesse soient innombrables. Mais il est souvent dillicile de los déterminer avec précision.

Dans bien des cas, en effet, il y a associa-

(1) De Rochebrune. Revue d'anthropologie, 1881, 2e série, t. IV, p. a83.

(a) La pratique des accouchements chez les peuples primitifs, 1886, p. 18.

CAUSES DES VARIATIONS 3ig

tion de causes abortives multiples : fatigue, station debout prolongée, attitudes vicieuses, excès génitaux etc., et enfin intoxications diverses.

Tel est le cas de nombreuses ouvrières, et également des cuisinières, blanchisseuses, repasseuses ; et même des femmes qui manient le tabac, les composés plombiques, le sulfure de carbone, le phosphore, le mercure, l'arsenic, etc., quoiqu'il soit incontestable que l'influence de l'intoxication maternelle ait une action beaucoup plus marquée que celle de l'intoxication paternelle (i).

Dans tous ces cas, il est souvent bien difficile de préciser la cause réelle de l'avortement.

A propos de l'industrie des allumettes et des accidents qui peuvent en être la conséquence, M. Brouardel s'exprime de la façon suivante (2) :* « Chaque fois qu'une femme « enceinte travaille dans une industrie toxi- « que, elle ne manque pas, si elle fait une « fausse couche, de l'attribuer à l'absorption « des substances nocives... A mon avis, leur « nombre a été fort exagéré. . . »

(1) Th. Garriayre, igoo. Contribution à l'étude de l'intoxication saturnine.

(2) Brouardel. L 'Avorte. ment . 1900, p. 82.

3ao ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

Gardien (i) proscrit, chez les femmes enceintes, les efforts tels que : « le soulèvement « des bras pour lever un fardeau , pour at- « teindre quelque chose d'élevé, ou pour « tirer de l'eau dans un puits. »

Il explique que c'est toujours par le même mécanisme, de la rupture de l'union du placenta avec l'utérus, que l'avortement est déterminé, cette rupture étant due généralement à l'ébranlement et à la commotion produits par ces efforts, par les marches prolongées, sauts, etc.

Marc, dans le Dictionnaire des sciences médicales (2) , fait remarquer la fréquence des avortements et des accouchements prématurés, chez les femmes qui se livrent aux travaux pénibles de la culture, et chez les blanchisseuses.

Paul Dubois (3) a rapporté de nombreux cas d'avortements et d'accouchements prématurés, qu'il a observés chez des ouvrières de la gare du Nord, dont le travail consistait à porter de lourds paniers de charbon, aux foyers des locomotives.

(1) Traité d'accouchements, 1807, t. II, p. 128. (a) Article Grossesse (hygiène et médecine légale), t. XIX. p. 5o7~53o, 1817.

(3) Gazette des hôpitaux, i855.

CAUSES DES VARIATIONS 3ai

Dubois attribuait ces accidents à la comprés- : sion exercée par le panier sur la région abdominale, et à l'effort t'ait à bout de bras.

Vaysettes(i) a observé un certain nombre d'accouchements avant terme, chez les difféi rentes catégories d'ouvrières : dévideuses, j guimpières, ourdisseuses, fileuses de cocon, tisseuses, etc.

Dans chaque cas, il a cherché à préciser le j genre et la nature du mouvement qui a déterminé l'interruption de la grossesse.

Mais il est préférable de suivre le conseil, . que donne Cury dans sa thèse récente (2), et

■ de ne pas se perdre dans les détails de ces vaines recherches causales.

« Il n'est pas besoin, dit Cury, de prendre

■ « une à une toutes les professions exercées ;« par les femmes ; d'en étudier en détail les i « conditions, pour chercher à trouver, dans ( « ces conditions, l'existence de causes trau- 1 « matiques, capables, à elles seules, de déter-

« miner l'accouchement avant terme. »

Cet auteur admet simplement, d'une façon fj. générale, que le surmenage peut agir comme

(1) Vatsettes. Thèse, Lyon, 1881. De l'accouche- . ment prématuré accidentel, p. 32 et suiv.

(2) Cury. Thèse, Paris, 1898. Hygiène sociale de la rgrossesse chez les ouvrières, p. 28.

BOUCHACOURT. 21

3aa ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

cause efficiente, et déterminer, à lui .seul, l'avortement rapide, quelle que soit la profession exercée par la femme.

C'est ainsi qu'on observait cet accident non seulement dans les villes, mais aussi chez les ouvrières agricoles, qui, malgré une grossesse plus ou moins avancée, se livrent aux travaux pénibles de la campagne.

A Havaï, la loi qui oblige les filles enceintes à travailler aux routes augmenterait beaucoup, d'après Witkowski, le nombre des avortements.

Quant au surmenage peu accusé, mais continu, il agirait comme cause prédisposante, en créant un état de moindre résistance de tout l'organisme.

(3) Origine de l'idée de l'utilité du sin-

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