DURÉE DE LA GESTATION
Jean-Gérard Wagner rapporte, d'après Heister (i), une observation de grossesse tardive chez une chèvre, « qui porta six se- « maines plus tard qu'elle ne l'aurait dû, en « considérant le terme ordinaire de la ges- « tation des animaux de cette espèce.»
Jean Mathœus avance (2) que « des auteurs « ont de même observé des éléphants nés « après 16 et 18 mois de gestation », alors que, d'après Le Bas, ces animaux portent ordinairement 2 ans.
Buflfon admettait qu'il existe une très légère \ variation, dans le terme de la gestation des ; animaux.
Une sage-femme, MIle Plisson (3), qui prit tune part active dans le grand débat qui s'éleva (entre les médecins et les jurisconsultes, au *xvme siècle, sur la possibilité des grossesses [prolongées, a propos du cas particulier de I Renée de Villeneuve, fait remarquer que, ^suivant les naturalistes, la gestation varie, •chez le chat, entre 6 à 8 semaines.
(1) Le Bas. Dissertation, p. 6 et Nouvelles observations 5ur les naissances tardives, p. ig.
(2) Questions médicales, 29. p. no.
(3) Réflexions sur la légitimité des naissances tardives, 1765, p. 19.
Les espèces très voisines, qui peuvent s'accoupler entre elles, ont une gestation sensiblement égale ; mais il est impossible d'établir un rapport certain, entre la durée de la gestation d'une espèce, et ses autres conditions d'organisation, telles que la taille et la longévité.
D'ailleurs dans la même espèce, d'après Saint-Gyr et Violet (i), on observe encore des « différences individuelles très fréquentes ce et assez considérables », l'évolution organique, par laquelle l'ovule fécondé se transforme, pouvant être « tantôt un peu plus « lente, tantôt un peu plus rapide, sous l'in- « fluence de conditions qui sont encore com- « plètement inconnues. »
Des faits qu'ils ont observés, Saint-Cyr et Violet tirent cette conclusion : que le fœtus peut « arriver un peu plus tôt ou un peu plus « tard, à ce moment de maturité organique, « où son éclosion devient nécessaire pour la « mère, et sans danger pour lui. »
Il s'ensuit que, dans la même espèce, on observe des différences individuelles très fréquentes et assez importantes, dues a la durée variable de la période des chaleurs, à la difli-
(i) S/unt-Cyr et Violet. Traite d'obstétrique vétérinaire, 1888, p. i/jo et
DURÉE DE LA GESTATION 3j
culte de déterminer le coït fécondant, et surtout à l'impossibilité de connaître exactement le moment de la fécondation.
Enfin Saint-Cyr et Violet admettent qu'un fœtus, arrivé à terme, peut « continuer à sé- « journer quelques jours encore dans le sein « maternel, sans grands inconvénients; de « même que son expulsion peut être avancée « de quelques jours, sans que son existence « se trouve compromise. »
La durée de la gestation ne peut donc être rigoureusement fixée. Pour chaque espèce, il existerait des limites, en deçà et au delà desquelles elle cesserait d'être normale.
2) Gestation chez les principales femelles domestiques. — En 1817, Teissier a présenté, à l'Académie des sciences de Paris, un mémoire très intéressant, relatif à la durée de la gestation chez les principales femelles domestiques; il se basait sur un grand nombre d'observations. Cette étude a été complétée depuis par des statistiques recueillies dans les Ecoles vétérinaires.
Chez la jument, la durée moyenne de la gestation serait de 11 mois, avec un écart de 1 mois avant ou après cette date, quoique la limite extrême puisse être beaucoup plus éloignée.
Ainsi, d'après Brugnone, lu différence entre le nombre de jours minimum et maximum, serait de 99; cet écart irait jusqu'à 100 jours pour Saint-Cyr (le maximum étant 39/i jours) ; et jusqu'à 112 pour Diéterichs.
En résumé, conclut M. Bournay dans son Obstétrique vétérinaire (1), la gestation, chez la jument, « peut être de 10 mois dans cer- « tains cas, et de près de i4 mois dans « d'autres. »
Ellis a rapporté récemment (2) le fait exceptionnel, d'une jument qui a donné naissance à un poulain superbe, après une gestation de i5 mois moins 5 jours (455 jours).
Pour l'anesse, le terme moyen serait de 12 mois et quelques jours, d'après Trasbot (3) ; mais M. Bournay signale, chez elle, des écarts notables ressortissant à l'individualité.
Chez la vache, la durée moyenne de la gestation serait de 9 mois 1/2, d'après les statistiques de Spencer, Teissier, Burger, Grille, Furstemberg, Saint-Cyr et Baldassare, etc., de 9 mois seulement pour M. Fontaine (4).
(1) Chez Baillière, 1900, p. 101.
(2) Journal de Lyon, 1897, p. 4q3.
(3) Bullet. de la Soc. centr., i883, p. 428.
(4) Fontaine. Th. de Bordeaux, 1900. sur l'allaitement. ■ dans les principales espèces domestiques, p. 1 4 -
DURÉE DE LA GESTATION 3g
La latitude serait de 98 jours pour Grille, <de 125 pour Baldassare ; mais il n'y aurait, d'après Saint-Cyr et Violet, qu'un minimum de 8 mois, et un maximum de 11.
Dans Rainard (1), on trouve un certain nombre d'observations d'accouchements retardés de 2 ou 3 mois après le terme, et dans lesquels le fœtus — qui était presque toujours un veau — avait acquis un tel développement, qu'il ne put être extrait que par fragments.
C'est ainsi que Neumann, en i8i5, vit un veau hermaphrodite mâle pesant 80 kilogrammes; il avait été porté 11 mois 1/2 par sa mère.
En i83i, on conduisit, à l'École vétérinaire d'Utrecht, un veau qui avait séjourné i5 mois moins 2 jours dans l'utérus maternel.
En i834, M. Mauvie, vétérinaire à Épe (Gueldre), observa une vache qui porta près ide 16 mois, et ne put accoucher, en raison du volume du veau, lequel pesait 61 kilogrammes.
Dans son Précis de Multiplication, Grognier (2) signale un cas de veau énorme,
(1) 1 843 . Traité complet de la parturition des femelles domestiques, t. I, p. 23p,.
/io ÉTUDES S Uli LA GROSSESSE
extrait par dépècement après une gestation de 12 mois.
Cornevin rapporte (i), que M. André (de Fleurus) a publié un fait de gestation qui s'est prolongée pendant n mois et 22 jouis; le veau, pesant 81 kilogrammes, ne put être extrait.
Enfin d'après Vallada, cité par Cornevin, il existerait, aux environs d'Ivrée, une famille bovine dont tous les représentants portent toujours 10 mois, et quelquefois 11 mois.
Tarnier et Chantreuil (2), après avoir reproduit les tableaux de Teissier et de Spencer, qui avaient relevé les dates du coït fécondant et du part, le icr sur 572 vaches, le 2e sur 731, et avaient trouvé un intervalle de 6 semaines entre les extrêmes, en tirent la conclusion suivante : « les observations
« faites sur les animaux prou-
« vent que le nombre des jours écoulés, entre « \a date du coït fécondant et celle de 1 arec couchement, est loin d'être constant. »
Pour LA CHÈVRE ET LA BREBIS, la durée delà gestation serait de 5 mois, avec i3 jours de latitude d'après Saint-Cyr et Violet, et d'après
(1) Traité de zootechnie générale, 1891, p. 800.
(2) Traité d'accouchements, t. I, p, 565.
DURÉE DE LA GESTATION 4i
Magne, pouvant aller jusqu'à 18 (Cornevin), 23 (Baldassare), et même 25 (Baumeister etRueff).
Chez la truie, cette durée serait de 4 mois, avec un écart possible de. 23 jours pour Saint-Cyr et Violet, et de 3g pour Cornevin. M. Fontaine, dans sa thèse récente, semble encore imbu des idées philosophiques anciennes, car il fixe le terme du part de la truie à la date fatidique de 3 mois, 3 semaines et 3 jours; après la fécondation.
La chienne porterait g semaines, d'après tous les auteurs ; mais sa latitude, qui ne serait ([Lie d'une semaine pour Saint-Cyr et Violet, atteindrait pour d'autres i5 jours (Baumeister < et Rueff), et même 18 (Dunn) (i).
Chez la chatte, la durée moyenne de la gestation serait de 8 semaines, avec oscillations de 2 semaines pour Saint-Cyr et \ iolet, mais pouvant aller, d'après Bourrel(2), jusqu'à 5o et même 64 jours.
Quant à la lapine, elle porte un mois *en moyenne ; sa latitude pourrait être d'une semaine.
Pour la cobaye, qui est cependant l'animal de laboratoire par excellence, sur laquelle
(1) Durée de la gestation chez la chienne. Journal de Lyon, 1897, P- 3o2.
(2) Presse vétérinaire, i883, p. 235.
4a ÉTUDES SUR LA GROSSESSE
par conséquent, il semble qu'on aurait dû observer avec une grande précision, la durée de la gestation varierait dans des proportions stupéfiantes. Si on s'en rapporte aux nombreux auteurs qui ont écrit sur cette question, les limites extrêmes de ces variations pourraient être représentées par les chiffres i et 2,5.
En effet, Livon et Alezais considèrent que cette femelle porte une trentaine de jours, tandis que Legallois et Gervais affirment que sa gestation a une durée de plus de 60 jours, et que Cornevinla fait atteindre 76 jours en moyenne.
Récemment, M. Retterer a été conduit à considérer (1), d'après l'observation de la mère, et d'après l'étude de l'évolution des organes embryonnaires, que la durée de cette gestation était de 60 à 66 jours.
On peut donc conclure de tous ces faits, avec Saint-Cyr et Violet, que : « les lois qui « régissent les phénomènes de la vie n'ont « pas l'inflexible rigidité des lois mathéma- « tiques ; elles jouissent, au contraire, d'une « certaine élasticité, précisément en vue de « la conservation des êtres auxquels elles « s'appliquent. »
(1) Communication à la Société de biologie, ao janvier 1900.
i) Époque ancienne. — Salomon a admis (que le terme de 10 mois était conforme aux llois de la nature.
D'après Homère, la grossesse aurait une Indurée presque annuelle ; car Neptune y adresse làà Tyro, nymphe qu'il vient de séduire, le udiscours suivant:
« Jeune fille, réjouis-toi de t'être unie à l« moi ; l'année, en achevant sa révolution, te l« verra mettre au jour deux illustres rejetons, I « car les caresses des immortels sont toujours §« suivies de la fécondité. »
Le commentateur Aulu-Gelle a ajouté naïjvvement: que ce long temps convenait à la ■ majesté de Neptune, afin que cet enfant fût for mé à la perfection.
kk ÉTUDES SUR LA GROSSESSE
La loi des XII tables (i), qui date de \'> i ans avant Jésus-Christ, avait décidé que les enfants, nés plus de 10 mois après la mort de leur père supposé, ne devaient pas être regardés comme légitimes.
Mais on ne peut conclure, de ce texte, que l'opinion des législateurs de cette époque, ait été opposée à la possibilité de la prolongation de la grossesse au delà du dixième mois.
Il faudrait, en effet, un concours de circonstances véritablement extraordinaires, pour que la fécondation ait lieu le jour même de la mort du père.
Dans les Vêdas, qui sont les plus anciens et les plus révérés des livres sacrés des Hindous, il est dit : que la grossesse a une durée incertaine, mais que le terme moyen est de 10 mois.
Etant donnée l'autorité des Védas, qui constituent le fondement d'une religion autrefois très répandue, ce renseignement a une grande valeur.
Le fait que ces livres auraient été inspirés par Brahma lui-même, mais compilés seulement vers le iv° siècle avant Jésus-Christ, leur donne la valeur de la tradition.
(i) Voir Bocchal'd. Commcnlaire sur celte loi. Pans
VARIATIONS D i \S SA DURÉE 45
Le Preni Segar, recueil de théologie hindoue, postérieur aux Védas, admet le même (terme dans la durée de la grossesse.
Dans le chapitre II (i), l'auteur, après avoir raconté comment le démon Drumali abusa traîtreusement de Pavanrecka, femme d'Ugra- -sen, nous apprend que : « dix mois après, un mardi — , eut lieu la naissance d'un fils ». Au chapitre LYI, il est dit de même que : « dix <c mois après ses noces, Ruckmini accoucha « d'un fils » .
Ilippocrate, dont un des grands mérites est i d'avoir rédigé, en un corps de doctrine, les (connaissances très vagues de ses prédécesseurs, a émis, sur cette question de la clurée de la grossesse, les idées les plus contradictoires. Dans son Traité de la nature de Venyfant, (2) il affirme que l'accouchement arrive 111 ioB mois, comme terme le plus long, et, ians le livre 3 de septimestri partit, il reconnaît que des accouchements peuvent survenir pntre 10 et 11 mois (3).
On conçoit dès lors que, lors du grand dé-
(1) Prem Segar, traduct. Lamairesse, 1893, p. 5 et 173.
(2) Ilippocrate, traduct. Littré, t. VII, chap. xxx, p. >33.
(3) Certains auteurs attribuent, il est vrai, ce livre non I Ilippocrate, mais à Polybc.
bat qui eut lieu au xvme siècle, sur la possibilité des naissances tardives, tout le monde prétendit, de bonne foi, s'appuyer sur la doctrine du Père de la Médecine.
Aristote croyait que l'espèce humaine avait plusieurs temps pour enfanter.
Pour lui, beaucoup de femmes accoucheraient le 10e mois de leur grossesse, et quelques-unes même le i Ie (i).
Dans une comédie qui porte le titre de Plocium, le poète comique Ménandre, qui écrivait à Athènes 3oo ans avant Jésus-Christ, déclare, d'une façon formelle, que « la femme accouche au bout de 10 mois ».
Plaute met la phrase suivante dans la bouche de Phronésie, qui veut simuler un accouchement : « Ma mère, voyant apparaître le « 10e mois, charge nos servantes de chercher « un enfant, garçon ou fille, pour aider à la « supposition ».
Dans sa comédie intitulée La Cassette, le même auteur fait dire, a un de ses personnages, que : « la femme, avec laquelle il avait « eu commerce, mit au monde une fille à la « fin du 10e mois ».
Le poète latin Cœcilius, imitateur de Mé-
(i) Hist. anim., livre VII, chap. iv.
nandre, pose et résoud la question de la façon suivante : « Une femme peut-elle accoucher « au 10e mois? — Sans doute, aussi bien « qu'au 9e, au 70 et au 8°. »
Térence, dans une de ses comédies, parle également de grossesses de 10 mois.
Varron reconnaît que les femmes accouchent quelquefois au 8° mois; mais il ajoute que l accouchement peut parfois n'avoir lieu qu'au 11e, malgré l'opinion des premiers Romains, qui pensaient que le 9e et le io° mois étaient lies époques fixées par la nature (1).
Dans la satire de Varron qui a pour titre ILe Testament, un père de famille fait la déîlaration suivante : « Si un ou plusieurs enœ< fants m'arrivent au 10e mois, et s'ils sont :< aussi stupides que des ânes, je les déshérite ; << s'il m'en vient un dans le 11e mois, quoi <:< qu'en dise Aristote, je ferai autant de cas m de lui que d'un autre. »
Virgile et Ovide se font aussi l'écho de 'opinion, admise universellement de leur \ ;emps, sur la durée de la grossesse.
Dans les Bucoliques IV, on trouve en effet a phrase suivante, que Virgile adresse à un
(1) Varron, livre XIV, de son Irailé des choses divines.
enfant : « 10 mois ont donné à ta mère de « longs ennuis. »
Et Ovide (1) déclare simplement, sans expliquer sa pensée, qu'une année suffit pour la formation de l'enfant.
Pline croyait que les hommes naissent au 7e, au 8°, jusqu'au commencement du io° et du ii° mois, et même que la gestation peut durer une année (2).
Il rapporte qne Vestilia accoucha de Suilius Rufus au ne mois, et que, selon Massurius, le préteur Papyrius reconnut pour héritier légitime un part de i3 mois, parce que, ajoute Pline, « il ne paraissait pas que Ja gros- « sesse eût un temps limité ».
Cependant Plutarque, dans la Vie d'Alcibiade, nous apprend que Léotychidas fut privé du royaume d'Agis, parce que Timée, sa mère, était accouchée de lui, alors que plus de 10 mois s'étaient écoulés depuis l'absence du roi d'Agis. Mais le même auteur déclare (3) que l'opinion était cependant : « que le part pouvait se porter 12 mois. »
D'autres arguments, contraires à Timée,
(1) Livre I des Fastes.
(2) Pline. Liv, VII de l'Histoire naturelle.
(3) Plutarque. De hist. philosoph.
VARIATIONS DANS SA DURÉE Uq
furent donc sans cloute mis en avant par les 'ennemis de la dynastie.
'L'apocalypse d'Esdras, écrite Tan 9- après IJésus-Christ, se prononce nettement en faveur du terme de 9 mois, pour la durée de la grossesse.
D'après l'auteur de ce livre, qui était sans itloute un juif habitant Rome, le voyant phairisien rapporte, en ces termes, une de ses wisions(i): « Et le Seig*neur me répondit, kk et me dit : Demande à la femme enceinte • ;( si, lorsqu'elle aura accompli ses 9 mois, sa »« matrice pourra retenir encore son fruit en «< elle. — Et je lui dis : Elle ne le peut pas, ( Seigneur. »
L'empereur Adrien, qui aimait et protégeait »es arts et les sciences, se demanda s'il y avait ieu ou non de réformer, sur ce point, la loi es Décemvirs ou des XII tables.
Ayant décidé de donner à l'empire, le Code ionnu sous le nom cYEdit Perpétuel, il voulut seoir son jugement, en s'adressant aux hilosophes et aux médecins de son temps (2). Ceux-ci pensèrent, qu'une femme peut
(1) Apocalypse de pscudo-Esdras, chap. II, v. /|8 et 4fl- (3) Adrien parvint à 1 empire l'an 117 après J.-G. et îourut l'an 1 38.
Bouciiarovrt. U
5o ÉTUDES SUR LA GROSSESSE
porter son enfnnt pendant 11 mois, et n'accoucher qu'à ce terme.
Mais il semble que cette opinion ait quelque peu reflété une pression morale, exercée par Adrien.
On lit, en effet, clans Aulu-Gelle : « qu'une « femme de bonnes mœurs, et de conduite « non suspecte, était accouchée dans le ij « mois de la mort de son mari, et qu'on lui « avait intenté un procès, comme si l'enfant
« eût été du fait d'un autre , mais que le
<r Divin Adrien, ayant pris connaissance de « l'affaire, avait décidé que l'on pouvait aussi « accoucher dans le n° mois (i). »
D'ailleurs, ce jugement fut soupçonné d'injustice, ou tout au moins de partialité en faveur d'un cas particulier ; et il ne put porter atteinte à la Loi.
Dans son livre Sur la formation du fœtus (2), Galien déclare formellement que : « il n'y a de « terme précis ni pour la formation, ni pour « le mouvement, ni pour la naissance. »
Quand Justinien, empereur d'Orient,, qui régna de 52y à 565 après Jésus-Christ, fit reviser, par une commission de juriscon-
(1) Aulu-Gelle. Chap. xvi du livre III.
(2) Paru vraisemblablement vers l'an 170 de J.-G.
1 A RI ITIO XS DANS SA DURÉE 5.
mites (i), toutes les constitutions et ordonnances de ses prédécesseurs, et en forma le Zoàe qui porte son nom, la fixation du terme le la grossesse, qui avait été adoptée par les >écemvirs, fut conservée dans le Digeste.
Cette loi fut ainsi formulée : « Post decem : rnenses mortis Jiatus non admittitur ad legitimatiun liereditatem (2). »
La Novelle 39, qui condamne une veuve reaariée à perdre ses avantages matrimoniaux, uour être accouchée dans le cours du 11e nois de la mort de son premier mari, est une impie confirmation de la loi du Digeste. Dans la Novelle 89, Justinien prit une décision analogue.
C'est en vertu de cette loi, qu'il fut de règle pendant longtemps, dans les tribunaux, que, ni s certaines circonstances, on pouvait éten- 'e jusqu'au n" mois la faveur des accouîements légitimes, mais ne pas dépasser ;tte limite.
2) Depuis Avicenne jusqu'au commen- 'iment du XVIIIe siècle. — Avicenne est insidéré, par tous les auteurs, comme un
(1) A la tète desquels était Tribonien. (3) Digeste, lib. XXXVIII, t. VI.
5a ÉTUDES SUR LA GROSSESSE
des partisans les plus convaincus des accouchements tardifs.
Cependant, dans les ouvrages de ce médecin arabe, qui exerça si brillamment dans les premières années du xi° siècle, on trouve seulement rapporté par lui (i) : qu' « une per- « sonne digne de foi lui avait affirmé, qu'une « femme avait mis au monde, après i4 mois « de grossesse, un enfant chez lequel les dents « commençaient à apparaître, et qui a bien « vécu. ». Cette observation, qui est ii la fois indirecte et anonyme, a-t-elle quelque valeur?
Les grossesses prolongées furent également admises par Averrhoès.
Dans le petit recueil des Secrets, publiés sous le patronage cI'Albert le Grand, il est mentionné : « qu'il arrive à quelques femmes « d'accoucher le 10e et le n° mois, et même « quelquefois plus tard. »
Un nommé Sauvage, qui vivait au commencement du xvne siècle, prétendit avoir découvert un arrêt, rendu en i32j par le Parlement de Grenoble, « au profit d'une dame qui fit a un enfant en l'absence de son mari, et sans « avoir eu connaissance d'aucun homme. »
(i) Avicknnk. Livre sur les animaux, liv. IX. chap. v
Cette dame, épouse d'Adrien de Mauléon, seigneur de la Forge et d'Aiguemère, serait devenue enceinte, d'après l'arrêt, de la façon suivante : « S'étant imaginée, en songe, la perce sonne et l'attouchement dudit sieur d'Ai- « guemère, son mari, elle reçut les mêmes « sentiments de conception et de grossesse, « qu'elle eût pu recevoir en sa présence. »
C'est a la suite de cette fécondation par suggestion, qu'elle aurait accouché, 4 ans après le départ de son mari, d'un enfant que le Parlement aurait légitimé.
Mais Tallemant des Réaux, qui rapporte cette mystification, nous fait également connaître les suites qu'elle entraîna: le Parlement de Grenoble ayant déclaré cet arrêt « faux, « calomnieux et injurieux à son honneur..., et « faisant défense de l'imprimer, l'exposer en « vente, ni l'acheter, sous peine delà vie » (i). C'était faire beaucoup d'honneur à un pareil canard !
Jérôme Cardan, qui vécut au milieu du xvi° siècle, et qui est certainement plus connu comme mathématicien que comme médecin, rapporte que Pierre d'Apône, surnommé le
(i) Witkowski. Histoire des accouchements, p. i83.
Conciliateur, assurait être né à 1 1 mois, et que son propre père, Faeio Cardan, « se vantail d'être venu à 1 3 mois. »
Il avoue d'ailleurs, d'autre part(i), avec un certain cynisme, qu'il devait sa naissance au peu de succès qu'eut un remède, que sa mère, grosse de lui*, prit dans le dessein de se faire avorter.
Mais, comme cet auteur a écrit des chapitres entiers sur la Chiromancie, les Sorciers, la Magie, les Possédés, et l'Astrologie judiciaire, on ne peut guère ajouter foi aux histoires de ce précurseur de Cyrano de Bergerac.
Le célèbre Cujas, qui fut le plus fameux jurisconsulte du xvic siècle, considérait comme légitime l'accouchement dans le 11e mois.
Rabelais émet son opinion, sur ce sujet (2), de la façon suivante: « En son eage virile, « Grandgousier espousa Gargamelle, fille du « roy des Parpaillos, belle gouge et de bonne « troigne. Et faisaient eux deux souvent ence semble la beste à deux dos, joyeusement se « frottant leur lard, tant qu'elle engraissa « d'un beau fils, et le porta jusques à l'un- « ziesme moys »
(1) Cardan. De vita propria, 1 5 4 3 .
(2) Gargantua, chap. iv.
a Messieurs les anciens Pantagruelistes ont « confirmé ce que je dis, et ont déclaré non « seulement possible, mais aussi légitime, ce l'enfant né de femme l'unziesme moys de- « puis la mort de son mari. »
Mais Rabelais montre immédiatement les inconvénients de cette manière de concevoir la durée de la grossesse; car il ajoute: « moyence nant lesquelles loys, les femmes veuves peuce vent franchement jouer du serrecropière, à ce tous enviz et toutes restes, deux moys après ce le trépas de leurs maris. »
Witkowski rapporte (i) la citation suivante, tirée de Laurent Joubërt, médecin du xvi° siècle: ce Quant au port de la grossesse,.... ce il y a des en fans de grand eclappe et corce pulence, qui requièrent plus de séjour de ce leur maturité. . . '?>
On trouve, dans le même auteur, qu'un nommé Niconitius prétendit démontrer dans sa thèse, par 22/i bonnes raisons, qu'un enfant, né 10 ans après l'absence du mari, n'est pas forcément illégitime.
Amatus Lusitanus déclare (2) que Anne X.. ce accoucha, au terme de 10 mois et 3 jours,
(1) Histoire des accouchements, p. i-yrj.
(2) ^Cural. meelic. cent., I, p. 86. Venet., 1057.
5G ÉTUDES SUIi LA GROSSESSE
« d'un enfant qu'elle avait porté ce temps, « ayant soigneusement remarqué le temps de « la conception. »
Plus loin il affirme que : « le premier enfant « d'Hercule, duc de Ferrare, est de 10 mois, « comme tout le monde le sait, et comme « Brassavola le rapporte. »
Dans les Consultations de Tiuncavel (i), il est question d'une femme de Bohème, qui était accouchée dans le onzième mois de la mort de son mari. « Je ne vois pas pourquoi, « ajoTute Trincavel, quoique le plus grand « nombre des femmes n'excède pas le 9e ou « le io" mois, il ne s'en trouverait pas quelce qu'une qui portât jusqu'au n°. »
Jean Langius (1589) admet également l'accouchement au 11e mois.
Speron Speroni (2), gentilhomme de Padoue, prit parti pour les longues grossesses, et soutint qu'il y en a de 11, 12, i3 et il\ mois.
Horatius Augenius(3) émet les mêmes idées sur la durée de la grossesse.
Mais le plus zélé partisan de la réalité des naissances tardives fut sans contredit Schenc-
(1) Opéra Lugd., i586, p. 56.
(2) Del tempo del partorirc, 1596, p. ftÇ).
(3) De hominis partu Francfort, 1097, p. 85, chap. xxu.
kius, qui, clans son curieux recueil d'observations (i), se fait l'écho d'un nombre considérable de faits souvent invraisemblables, et d'autorités quelquefois douteuses, se rattachant ;i cette question.
Dans cette compilation de plusieurs milliers de passages de différents auteurs, on trouve des observations dans le goût de celle-ci : « La femme du comte de Baruch, « Vandalo, devint grosse, et porta son enfant « 2 ans ; elle le mit au monde marchant et « parlant. » On voit immédiatement quelle peut être la valeur du témoignage de cet auteur.
Boxavexture d'Urbin (2) déclare nettement que le part, qui vient passé le commencement du 11e mois, est illégitime.
On trouve, dans Bodin(3), l'histoire suivante : « Un président a mortier du Parlement de « Rouen fit inscrire, dans les Registres, qu'une « femme, s'étant trouvée en travail au 9e mois. . , « mit au monde au 18e un enfant viable. Le te fait est attesté par les Sages-femmes etMé- « decins. »
Fontanus rapporte que : « les excellents
(1) Schenckius, p. 639 et 6/U>.
(2) Edition de Francfort, 1601, p. 37^. col. 2 et 3.
(3) Universse nat. Theatr. Hanovria, i6o5, p. 38 1 .
« Docteurs en Médecine de Montpellier, (( MM. Hucher, Varandel, d'Orthmannet Vince cent, ont attesté, par écrit, que noble dame « du Cardet..., d'une grande chasteté, a mis « au monde des enfants légitimes aux termes ;c de 12, iG, 20 et i(\ mois. »
Mathœus prétend qu'on peut accoucher a 10, 11, 12, et même \l\ mois.
Fortunatus Fidelis assure (1), mais plutôt sur la loi de Pline, d'Avicenne et de Schenckius, « qu'il y a eu des gestations de 23 mois. »
Du Laurens admet (2) « que le dernier terme « de l'enfantement est le 11e mois, et que les « ternies intermédiaires sont le 9e et le io°. »
La Faculté de Leipzig a rendu sur cette question, à 8 ans seulement d'intervalle, 2 jugements contradictoires, qui indiquent une révoltante partialité, dans l'un des cas tout au moins.
C'est ainsi que, le 2 avril i63o, elle excluait de la légitimité un posthune de 10 mois et c> jours, et que, le /j décembre iG38, elle n'hésitait pas à admettre un autre posthune d'un an et 12 jours, dont le père était mort subitement, au sortir d'un souper avec sa femme.
(1) Liv. III de ses Relations médicales, p. 27 et*28.
Spigel rapporte, dans son Traité de la formation du fœtus (i), que Bellacotus, médecin de Padoue, a observé une grossesse de 16 mois, chez la sœur du savant Buccel (de Padoue), et il déclare, dans une lettre, qu'un enfant peut venir au 120 mois.
Thomas Bartholin dit avoir observé un exemple d'un part de 16 mois.
Par un arrêt de Grand' Chambre (2) du Parlement de Paris, du 2 août 1649, une fille, née 11 mois après le départ de son père, « pour aller outre-mer », fut déclarée légitime.
R[olan, dans son Anthropologie (3), s'exprime ainsi : a Si le part se prolonge jusqu'au « 10e ou au 11e mois, il n'en sera pas moins
« légitime On voit quelquefois des parts
« naturels de 12, de i3, de ili et de i5 mois. »
Sennekt déclare que les parts, de 10 et de 11 mois, sont conformes à l'expérience.
Pour Guldenclëe, des enfants peuvent naître viables à 11, 12 et 1 3 mois.
Harvry (4) rapporte l'observation d'une
(1) i645, chap. xx, p. 27 et De partus tempore, p 1 53.
(2) Rapporté clans Harvey, Exercitationcs de generatione animalium. Ed. de JLondres, i65i, in-4, p- 260.
(3) Paris, 16/19, P- 4o3.
(4) De parlu, p. 260 et 26 1. Lond., iG5i, toc. cit.
Go ÉTUDES SUR LA GROSSESSE
femme de Londres, qui « a porté, pendant iG ?< mois, un enfant qu'elle a senti se remuer ça « et là pendant plus de 10, et qu'enfin elle a « mis au monde vivant... »; et il ajoute : « mais ces sortes de choses sont du nombre « de celles qui arrivent rarement. »
Après avoir fait beaucoup d'expériences, et de vivisections, pour cherchera élucider cette question de la durée de la grossesse, il finit par en revenir à la tradition.
« Assurément, dit-il (i), la durée de la « gestation est celle que nous croyons avoir « été observée, dans le sein de sa mère, par « Jésus-Christ, notre sauveur, de tous les « hommes le plus parfait. »
Henningius-Aunisœus conclut, de ses recherches sur ce sujet (2) : « que, si quelques « enfants restent dans le ventre de leur mère « passé le commencement du 11e mois, terme <( approuvé de tout le monde, ils sont très « rares... »
Gaspard de Reies (3) affirme que la loi de 10 mois paraît bien dure, et « qu'il est bien
(1) De partu exercilalio, p. 548.
(2) Disquisit, de Parlas Hum. Term. Francf. , i64i. p. 226.
(3) Elysius Jucund. quœsl. campus Brux., 1OG1.
VARIATIONS DANS SA DURÉE Oi
« rigoureux qu'un innocent, pour être venu « au monde par delà le terme fixé par la loi, .\ « soit privé de sa fortune, comme s'il avait été « en sa puissance de naître plus tôt. »
Kipbhus déclare, dans son Antliropologie que: « l'expérience nous apprend que les « enfants sont viables a 7, 8, 9, 10 et 11 (f mois. »
Blasius, dans son Commentaire sur Veslîngius, exprime la même idée, en la faisant précéder de cette opinion : què, « dans l'espèce <f humaine, l'enfantement a plusieurs termes ».
Pour Zacchias (2), la grossesse peut atteindre 10 mois et 10 jours.
La Faculté cl' Ingolstad, consultée sur le cas d'un gentilhomme militaire, au sujet de la légitimité d'un part de 12 mois et 8 jours, l'accorda par une décision datée du 26 février 1674 (3).
La même année, la Faculté de Leipzig déclara légitime un enfant, qui avait été porté un an par sa mère.
Théodore Craan ne nie pas que les
(1) Lugd. Bat., p. 6o5.
(2) Zacchias. Questions médico-légales, 1688, t. I, p. 73.
(3) Rapporté par Bernard ValentiNj Questions médicolégales, p. 37.
(/l) Opéra Anvers, 1G89, t. I, p. 758.
Oa ÉTUDES SUR LA GROSSESSE
enfants, nés le 120 mois, ne soient légitimes ; mais il ne veut pas les admettre à succéder.
Mauhiceau (i) n'hésite pas ii reconnaître: « qu'on voit quelquefois des femmes accou- « cher un mois après le terme ordinaire », et il admet que la grossesse peut durer jusqu'à ii mois et 8 jours, d'après une masse de /jo5 observations, recueillies à l'Hôtel-Dieu par lui, et par M"10 de Lamarche.
Dans ses observations, il parle de « l'acte côuchement laborieux, d'une femme qui se <c croyait grosse de n mois », et il relate ailleurs un autre fait analogue, en ajoutant: « qu'il y avait lieu de croire, que cette femme « était effectivement grosse de 10 mois ou « environ. »
Dans son 87e aphorisme, il affirme que : « les enfants, qui naissent après le terme de 9 <c mois entièrement accomplis, sont toujours « plus gros qu'à l'ordinaire. »
Cypriani (1700) refuse de croire à l'existence d'une grossesse de 21 mois; mais il ajoute : « qu'on raconte des histoires, assez dignes de « foi, de parts de 10 et de 11 mois. »
Enfin, parmi les auteurs du xvuc siècle, qui
(1) Traité des maladies des femmes grosses, i6g4,p- 199-
ont admis Jes parts de 10 mois, et quelquefois même au-dessus, nous citerons :
Rode ri c de Castro (161/1), Mercatus (1619), Felicis Plateri (iÔ25), Perdulcis (16/19), François Sylvius, De Barre (166G), Bohnius (1686), Baieri, Eïmuller (1688) et Ortlor (1697).
Mmo de Maintenon croyait elle-même aux grossesses prolongées, car elle écrivait à M. d'Aubigné (1) : « Consolez-vous du retar- « dément des couches de Mme d'Aubigné ; les « héros sont au moins de 10 mois dans le « ventre de leur mère. »
3) Opinions émises au cours du XVIlfr siècle. — Venette s'exprime ainsi(2), sur cette question : «... les enfants les plus accomplis, <( et les plus tempérés, naissent toujours dans « les 10 premiers jours du io° mois. »
Plus loin, il mentionne, qu'en France, les enfants sont considérés comme légitimes, « jusqu'aux dix premiers jours du n° mois. » Bernard Valextix rapporte (3) une décision
(1) Rapporté dans Witkowski. Histoire des accouchements, p. 180.
• (2) De la génération de l'homme. Cologne, 1702, p. ts5. (3) Pandectcs médico-légales. Francf., 1722, p. 5o.
G/, ÉTUDES SUR LA GliOSSESSE
de la Faculté deGiessen, qui déclara légitime un posthume de 12 mois.
Gœlicke semble admettre (1) les parts de 11 et 12 mois; mais il ajoute judicieusece ment : il faut cependant que la latitude que « nous accordons, soit réglée avec poids et « mesure. »
Zuingerus (2) affirme que le terme de la grossesse souffre « un prolongement consi- « clérable, puisqu'on a observé des enfants « viables au 7e, 8e, 11e et 12e mois. »
Lamotte fut un partisan convaincu des accouchements tardifs, et il en rapporte plusieurs observations dans son Traité d'accouchement.
« J'ai accouché, dit-il (3), une femme 23 « jours plus tard que les 9 mois, à supposer « qu'elle ne fut grosse que du dernier jour du « départ de son mari ; mais, au contraire, « elle était si assurée de l'être de plus longce temps que »
Ailleurs, Lamottiî déclare que l'enfant naît, « quand il est en état de prendre le sein do « sa nourrice, en quelque temps que la mère
(1) Medicina Forensis. Francf. , 1723.
(2) Compendium universac Medicina?, 1/24, chap. vu,
P- Il8> •
(3) Lamotte. Traitéd'accouchement. Paris, 172 1, p. iDo.
<( accouche »; il rapporte 2 observations d'enfants nés, l'un à 12 mois, l'autre à i3 mois de grossesse.
En [727, parut une thèse de Wagner sur un part de i3 mois; un supplément, écrit par Heister, fit suite à cette dissertation inaugurale, qui eut un retentissement considérable.
Il s'agissait de la veuve d'un libraire de A\ olflfenbutel, lequel était mort presque subitement, a 69 ans, peu après son mariage.
Le fait avant excité des murmures, la Faculté d'Helmstad fut consultée, et déclara qu'il était clair comme le jour, sole meridiano clarius, que l'enfant était légitime.
Heister rapporte 3 antres observations de grossesses retardées, et il fait remarquer, en terminant, que : « si on donnait toute l'attention « que l'on doit à toutes les grossesses, on re- « connaîtrait que les accouchements retardés « sont très ordinaires ».
Parmiles partisansdes grossessesde iomois, «on peut encore citer Wateri (1712), Nenterus
(1718), DeNSINGIUS (17/K)), SCHELAMERI (17/17).
Smellie (i) rapporte 2 observations de .grossesses prolongées de près de 2 mois.
(1) Observations sur les accouchements, t. II, traduit par Préville, 1777, p. 107.
Bouciiacourt. 5
On trouve raconté, dans Le Bas (i), que, vers l'année 1735, «une femme du bourg de « Chailloué, près de Séez en Normandie, perce dit son mari après 8 mois de mariage, « et accoucha un an après la mort de son « mari... L'enfant fut déclaré légitime... el « le jugement confirmé à Séez, où les héri- « tiers collatéraux en avaient appelé, après « avoir ouï le rapport des médecins et cbi- « rurgiens de Paris, de Montpellier et autres « villes ». Cette observation est de M. Missa.
Alberti déclare que (2), «quoique le part de 10 mois, et celui du 11e mois commençant, « passent pour légitimes... », il ne faut pas les admettre légèrement.
Il rapporte ailleurs (t. II),- que la Faculté de Halle a déclaré légitime un posthume de 12 mois, sous prétexte que la mère et le fœtus étaient malades.
Sous sa présidence, une thèse fut soutenue devant cette même Faculté, pour démontrer la possibilité des accouchements à 10 mois.
On trouve, dans Teichmeyer (3), le passage suivant : « Il est clair, d'après les preuves
(1) Consultation sur les naissances tardives, p. 62. loc. cil,
(2) Jurisprudence médicin., 1783, t. III, p. [74 et t. II. p. 554.
(3) Instit. médic. lég., p. 62.
« que j'ai rapportées, que le part de 11 et de « 12 mois, suivant les principes des médecins, « peut être regardé comme légitime dans cer- « taines circonstances, quoique le Droit civil « ne le reconnaisse pas. »
Senac se prononce formellement en faveur des accouchements tardifs ; car il dit textuellement : « Le terme de 9 mois est le plus or- « dinaire, mais le terme marqué par la nature, « est celui qui s'écoule depuis 7 mois jusqu'à « 11 mois. Il est évident, par une infinité « d'observations, que les femmes accouchent « dans tous les temps de cet intervalle, même « à la fin du io° mois (1). »
Dans son Traité de l'Art d' accoucher , Manmngham (2) s'exprime d'une façon analogue : (( Les choses, dit-il, peuvent aller de manière « qu'une femme soit grosse depuis 7 jusqu'à (( 11 mois. »
A an Swieten admet, mais sans fixer de chiffres, « que le terme de la grossesse est « variable, non seulement dans les différentes « femmes, mais encore dans le même indi- « vidu. »
. (1) Anatomic d'Heister avec des Essais de physique. Paris, 1735, p. 3 1 4 ■
(2) Halœ Magdeburgicae, 17/46, p.
C8 ÉTUDES SUR LA GliOSSESSE
Hallhh exprime en ces termes (i) son opinion sur la question: « J'estime, dit-il, que les « parts parfaits, de n mois, de 12 et même « plus, sont très rares. »
Hebenstreit, doyen de la Faculté de Leipzig (2), déclare que, quoique l'Empereur n'ait étendu le terme de la grossesse que jusqu'au 10e mois révolu, il peut se faire que « l'accouchement n'arrive qu'au commence- « ment du 1 1°. »
On trouve rapporté, dans les comptes rendus de l'année 1753 de l'Académie des sciences de Paris, l'histoire inouïe d'une femme Pequigna, du Bourg de Jouare, qui aurait accouché, au bout de 3 ans, d'un enfant qui n'avait que le volume ordinaire.
Ce fait prodigieux fut attesté par un grand nombre de médecins et de chirurgiens, parmi lesquels on regrette de trouver Winslow, et également par le Bailli du lieu, par un notaire, etc., etc.
A la fin de son Traité des Accoucheme/i/s, Levret (3) s'exprime ainsi, à propos de la
(1) Haller, Notes sur Boerchave, t. V, part. 2, p. 3io,
(2) Anlhropologica forensis, 1751, p. 192.
(3) Levret. Traité des accouchements. Paris, 176 1 . p.
durée de la grossesse : « Si la nature, dit-il, « peut s'accélérer de 2 mois, pourquoi ne pource rait-elle pas être en arrière d'un ? »
Lieutaud, médecin de Louis XVI, semble avoir quoique peu varié d'opinion sur ce sujet; car, dans son Précis de Médecine pratique lre édition, il admet «les accouchements au « 10e, 12e et même jusqu'au 160 mois ; ce a dont il est très important d'être prévenu » ; alors que, dans l'édition suivante, il se borne à dire qu'il « laisse le jugement à la disposi- « tion des auteurs. »
Puzos a donné, vers 1760, une consultation sur laquelle, par Arrêt de la Grand'Chambre du Parlement, un posthume, dont était accouchée la veuve Marsille, un an après la mort de son mari, fut déclaré illégitime.
Dans ses conclusions, Puzos avait affirmé « que les délais de naissance n'ont jamais « passé le 10e mois. »
Mme Ressatin, sage-femme à Nevers, a observé une grossesse de 11 mois, chez la femme d'un bûcheron (1).
Buffon admit que la grossesse pouvait se
(1) Lettre de M"1C Ressatin à M. Le Bas, p. 85 de son mémoire.
7o ÉTUDES SUR LA GROSSESSE
prolonger au delà de 9 mois, et le fœtus « naître seulement à 10 ou 11 mois, comme « on en a vu des exemples. »
En 1764 et 1765, la grande bataille, qui fut 1 ivrée sur le thème de la légitimité des naissances tardives, à propos du cas particulier de Renée de Villeneuve, fut certainement le débat le plus mémorable, auquel ce sujet ait donné naissance.
A l'occasion de cette cause, plaidée par le célèbre avocat Gerbier, la question de la détermination de la durée de la srossesse fit verser des torrents d'encre, et vomir des flots d'injures, bien plus encore entre les médecins qu'entre les jurisconsultes.
Les partisans des naissances tardives comptèrent dans leurs rangs : Bertin, Chomel, Le bas, Vicq d'Azyr, et surtout A. Petit.
Ils déclarèrent, dans leurs conclusions, que : « non seulement il est très possible que le « terme de l'accouchement soit retardé jusce qu'aux 11e et 12° mois, et même par delà, « mais encore qu'il est invinciblement dé- « montré que la chose est plusieurs fois « arrivée ainsi. )> '.
Ces conclusions furent signées par Petit. Renard, Vernage, Bourdelin, Cochu, Belletesle, Barbeu du Bourg, Cosnier, Missa, Le-
VARIATIONS DANS SA DURÉE 7i
bègue de Presle, Philip, Raulin, Gervais, Moreau, A. Mertrud, Disdier, Bussac, Ravenet, Allouel, du Fouart, Sue, B. Mertrud, Tenon et D'Estreman. Furent également de cet avis : Dulignac, Chomel, Pannenc, Lepecq de la Clôture, etc.
Petit rapporte trois cas très détaillés, et très intéressants, observés par un médecin du nom de Mathurin-Dulignac, sur sa propre femme. Celle-ci étant enceinte pour la treizième fois, rendit une môle à 4 mois 1/2 ; elle sentit le lendemain les mouvements du fœtus, qui furent également constatés par le mari médecin.
9 mois après l'expulsion de cette môle , cette femme accoucha d'un fœtus mort, qui avait donc séjourné i3 mois 1/2 dans la cavité utérine.
Quelques mois après, nouvelle grossesse, qui se termina également à i3 mois 1/2; cet enfant vécut 6 semaines.
Plus tard, Mme Mathurin-Dulignac redevint de nouveau enceinte, et accoucha, au bout de 11 mois, d'un enfant très petit, qui mourut un quart d'heure après sa naissance.
Ces observations ont été trouvées c)ans les papiers de Mathurin-Dulignac, après sa mort, accompagnées des belles réflexions suivan-
tes (i) : « Il faut laisser, aux maîtres de l'art, « le soin d'expliquer des phénomènes aussi « singuliers ; mais je désirerais qu'on ne niât « pas le fait ».
« Ce n'est point ici une femme, et des colce latéraux, qui font leurs efforts pour em- « brouiller la naissance d'un posthume dans « les détours de la chicane ; c'est un homme « de l'art, qui reconnaît une grossesse ;i « [\ mois 1/2, par le signe le plus certain, le « plus évident, par le mouvement d'un enfant, « dont la naissance n'arrive que 9 mois « après. »
Un autre chirurgien, Pannenc, versa lui aussi, au débat, des observations recueillies sur sa propre femme.
« Ma femme, écrit Pannenc à Chomel, « portait ses garçons pendant 9 mois com- « plets, et ses filles jusqu'au dixième, et « même par delà. »
Les principaux adversaires des naissances tardives furent Louis et Bouvard, qui s'appuyèrent surtout sur le cas de Jésus-Christ, qu'ils considéraient comme une loi devant servira l'humanité, et également sur le prin-
(1) Observation rapportée dans les causes célèbres.
cipe, immuable suivant eux, de l'invariabilité de la naissance des animaux.
Louis s'exprime, sur ce sujet, de la façon suivante (1) : « Les lois de la nature sur le <( terme de la gestation sont constantes et « immuables; tous les naturalistes, depuis « Aristote , conviennent de cette vérité a « l'égard des animaux. » Bornons-nous à rappeler que, comme nous l'avons vu précédemment, rien n'est moins conforme à la nature, que cette fixation absolue du terme de la gestation.
Parmi les arguments invoqués, par ceux qui ne voulurent pas admettre les grossesses prolongées, il faut encore citer : la supercherie et les erreurs de calcul des mères, et la naïveté des maris et des médecins.
Aussi comprend-on immédiatement, avec quelle facilité la question fut déplacée du terrain purement scientifique. Les plaisanteries et les injures tinrent lieu d'arguments, et les attaques personnelles attinrent une violence telle, que Capuron, analysant les débats 5o ans plus tard, put dire avec raison, que « la dispute ressemblait, en dernier lieu,
(1) Louis. Consultation, 1765, p. 10 et 11.
« moins à une discussion littéraire, qu'à un « combat de gladiateurs. »
Il est certain que, dans les deux partis, on s'accusa réciproquement d'être payé par les adversaires, ou de n'avoir pas d'autre raison déterminante, dans le choix de son opinion, que la crainte ou la bêtise.
Il faut reconnaître que des naïvetés extraordinaires, des erreurs et des contradictions choquantes, se rencontrèrent souvent, aussi bien chez les partisans, que chez les adversaires des naissances tardives.
C'est ainsi que Paul Hoffman ayant rapporté, avec candeur, une observation d'accouchement arrivé à un an, dont le produit « fut a déclaré légitime, eu égard à la chasteté de « la mère », ce fait parut incontestable pour les uns, tandis que, chez les autres, il excitait une joie débordante.
Des médecins respectables firent preuve d'une crédulité véritablement inconcevable, en considérant, comme au-dessus de toute discussion, les histoires rapportées par Schenckius, d' « enfant né marchant et parlant », et celles de Bernard Valentin, d'accouchement en l'absence du mari, parti depuis plus d'un an.
Des observations de jeunes filles enfermées dans des maisons de force, ou de veuves exem-
plaires retirées au couvent, pour y continuer une grossesse interminable, parurent aux uns des preuves écrasantes, ët aux autres de joyeuses mystifications.
Dans un cas rapporté par Lebas (i), d'après Hoffmann, « les advocats de Paris les plus « versés dans la jurisprudence », se sont fondés, pour admettre une naissance légitime au quatorzième mois, sur ce que « la veuve avait « demeuré chez les héritiers de feu son mari, « et été à portée d'être observée par leurs « femmes,... et qu'en outre, elle avait inces- « sament, depuis cet accident (la mort de son « mari sans doute !), donné les marques de la « douleur dont elle était pénétrée. »
L'observation que nous avons citée précédemment, comme ayant été rapportée par Wagner et Heister, de la veuve du libraire de Wolfembutel, lut considérée par Lebas comme absolument incontestable ; et cependant elle ne résiste guère a l'analyse.
Comme le fait remarquer Mlle Plisson (2), « entre les personnes. qui fréquentaient cette
(1) Nouvelles observations sur les naissances tardives, 1765, p. 129.
(2) Reflexions sur la légitimité des naissances tardives Paris, 17G5, p. i3.
« jeune veuve, le médecin et le jeune Misne- « rus étaient de trop », d'autant plus que ce dernier devint bientôt le second mari d<- la dame.
Mais c'est surtout sur le terrain moral, que la lutte fut acharnée.
Lebas accusa Louis « de favoriser la vora- « cité des collatéraux;... de jeter le trouble « et le désordre dans les familles, de rendre « incertain l'état des citoyens, et de me! tic « l'inquiétude et l'amertume dans le cœur « des pères, le désespoir dans l'âme des « mères, la désolation parmi les enfants..., « enfin de dépouiller les héritiers légitimes. »
Inversement, les adversaires des naissances tardives insistèrent sur les désordres qui troubleraient les familles, si leur opinion n'était pas admise.
Louis déclare que, si on écoute son confrère Lebas, la France sera bientôt inondée d'enfants posthumes, « fruit malheureux du liberce tinage des femmes. »
Il (i) estime que ce serait vraiment désolant, « si, à toutes les ressources que les « femmes ont, pour donner des héritiers à
(i) Louis. Œuvres de chirurgie, t. II, p. a55 et suiv.
« leurs maris, on ajoutait encore la facilité de « faire des posthumes, à telles époques qu'elles « jugeraient à propos, et de frustrer par là « des collatéraux, à qui appartiennent les « biens de leurs époux. »
En définitive, on ne peut tirer aucune conclusion de ce débat passionné, dans lequel la vérité scientifique est impossible à démêler, au milieu de ces polémiques acerbes, et en présence de faits et de raisonnements absolument contradictoires, dont quelques-uns constituent, d'ailleurs, de véritables mystifications.
Yelpeau, après avoir résumé cette discussion homérique (1), déclare que : « la question « resta indécise pour les naturalistes et les « médecins. »
Levret (2) écrivit, un an après ce débat, « qu'il peut y avoir des enfants de 1 1 mois,... <( la nature ayant alors été obligée d'employer « 2 mois de plus pour parachever complète- « ment son œuvre. » Son opinion n'avait donc pas été modifiée par ces discussions.
Parmi les auteurs de la fin du xvme siècle,
(1) Velpeau, i835. Traité des accouchements, 1. 1, p. 38i .
(2) Essai sur l'abus des règles générales en accouchements, 17O6, p. 82 et 83.
78 ÉTUDES SUfi LA GROSSESSE
qui ont admis les accouchements à m mois, et même au commencement du onzième, il faut citer: Osiandeh, Roussel, Schxobel (i), Roose, Klose, Masius, etc.
Pour Stark (2), l'accouchement aurait lieu, le plus souvent, à l'époque à laquelle la menstruation devrait arriver, pour la 10e fois après la conception, si celle-ci n'avait pas eu lieu.
Enfin Foderé a observé chez sa femme, qui entre parenthèses, était la cousine germaine de Bernadotte et de Joseph Bonaparte, que l'accouchement, dans deux grossesses successives, ne se termina qu'à 10 mois 1/2.
Dans les deux cas, le travail avait commencé au 9e mois, et s'était suspendu, pour recommencer six semaines après (3).
D'après Men ville de Ponsan(4), qui rapporte également l'observation relative à la femme de Foderé, ce serait non pas deux, mais bien trois accouchements à 10 mois 1 2, qui auraient été observés chez cette cousine germaine de deux rois.
(1) De partu serotino. Iéna, 178G.
(2) Stark. Archiv.fiir Geburtshulfe, livre II, p. i5,
(3) Ce fait est rapporté par Briand, t. I, p. 262.
(4) Histoire philosophique et médicale de la femme, 1808, t. I, p. 390.
4) Opinions émises pendant le XIXe siècle. — Lors de la discussion qui eut lieu au Conseil d'Etat, au moment de la fixation des lois de l'Empire, le célèbre Fourcroy, qui était le rapporteur de cette question, releva, avec impartialité, les différentes opinions émises sur ce sujet. Il proposa 290 jours, comme limite maximum de la durée de la grossesse.
L'article 3i5 du Code fut alors rédigé, et adopté sous la forme suivante (1) : La légitimité de l'enfant, nè 3oo jours après la dissolution du mariage, pourra être contestée, le mot pourra ayant un sens nettement dubitatif. De plus, l'article 3i2 donne, au mari, la possibilité de désavouer l'enfant, né 10 mois après son départ.
Meuville de Ponsan (2) commente l'esprit de cette loi, de la façon suivante : « Quant auxdis- « positions,... relativement aux naissances « tardives, elles sont trop sévères sans doute, « mais elles ne sauraient être modifiées sans « le plus grand danger... Le législateur a « mieux aimé s'exposer à commettre quelques « injustices particulières, que laisser une car-
(1) Titre VIII du Code civil, articles 3i2 à 3i8.
(2) Histoire philosophique et médicale de la femme, 1 858, t. I, p. 391.
So ÉTUDES SUR LA GROSSESSE
« rière ouverte à la corruption des mœurs, et <c sacrifier quelques membres, que courir le « risque de voir périr tout le corps ».
« Ainsi, en décidant que le terme de L'ac- « couchement serait fixé à dix mois, le légis- « lateur n'a pas prétendu que naturellement « il ne peut aller au delà...
« Le législateur ne nie pas, dit Lachaise, « que, dans quelques cas rares, il puisse se « faire que l'accouchement soit retardé au « delà du terme assigné, mais... il n'a pas du, « basant la loi sur de simples probabilités ph y- « siques infiniment rares, porter plus loin le « temps légal de la grossesse ».
Gardien (i) croyait fermement à la possibilité des grossesses prolongées, mais il convenait que leur existence était difficile à démontrer : « Plusieurs des raisons, alléguées par ceux « qui admettent la possibilité des naissances « tardives, sont, dit-il, peu propres à les éta- « blir ».
Orfila (2) rapporte un fait, dans lequel il y a eu interprétation intéressante de l'article 3i5 du Code civil (d'après lequel la légitimité de l'enfant de 3oo jours peut être contestée).
(1) Traité des accouchements, 1807, t. I, p. 180.
(2) Leçons de médecine légale, t. I, p. 258.
VARIATIONS DANS SA DURÉE Si
Il s'agit de l'affaire Catherine Bérard, dans laquelle le tribunal avait reconnu la légitimité d'un enfant, né 018 jours après la mort du père. Cet arrêt fut annulé par la Cour d'appel de Grenoble, mais avec une seule voix de majorité.
Millot(i) admit, sans restriction, les grossesses prolongées jusqu'au n° et 120 mois inclusivement, et même par delà, en s'appuyant sur l'opinion « des plus grands physiologistes » de son temps.
« Plus j'ai lu et relu, dit-il, la collection « des pour et des contre les naissances tar- « dives, plus je suis convaincu que Bouvard « et Louis ont soutenu une mauvaise cause ».
Capuron déclare (2) que : « rien n'empêche « d'admettre la possibilité des naissances (( tardives, puisqu'elle n'a été combattue que « par des preuves négatives ».
11 ajoute pompeusement que : « le triomphe « de ceux qui défendent les grossesses pro- « longées, devient encore plus complet, et « force les adversaires au silence, si, du tri-
(1) Millot. Supplément aux traites d'accouchements, 180g, p. 507 et 5i8- t. 1.
(2) Principes de 'art des accouchements, 1817, t. I,
BOUCHACOVJRT. G
« bunal de la raison, on en appelle à celui « de la pratique ».
Chaussier a rapporté (i) l'observation d'une aliénée , chez laquelle la grossesse dura 297 jours, sans qu'il y ait eu possibilité de supercherie.
On avait persuadé au mari que, puisqu'une foule de moyens, tentés pour la guérison de sa femme, avaient échoue, celle-ci pourrait recouvrer la raison si elle devenait enceinte.
Dans cet espoir, il pratiqua le coït une seule fois, et en nota exactement la date; l'accouchement eut lieu 297 jours après ce coït unique.
Cette dame étant en effet séquestrée, et ne voyant absolument que les femmes qui la servaient, et son médecin, lequel était M. Chaussier, il est certain que cette observation a une grande valeur.
On trouve raconté, dans Menville de Ponsan(2), un fait d'accouchement au 3 1 70 joui . qui a été observé en l'an X.
Maygkier rapporte une observation de gros-
(1) Dans ses leçons de médecine légale faites au Collège de France.
(2) Histoire philosophique et médicale de la femme. i858, t. I, p. 38g.
sesse ayant duré 017 jours, chez une femme dont le mari était en voyage ; il considère ce ce fait comme authentique, cette femme vivant paisiblement au milieu de sa famille.
Les accouchements à 10 mois eurent encore pour défenseurs : Wildberg (1824), Sprrngel, Mende (1826), Bernt (1828), Lôw et Henke, et enfin J. Collins, qui a publié un cas de grossesse de 11 mois.
A Londres, la question des grossesses prolongées fut vivement agitée, en 1825 et 1826, devant la Chambre des lords, à l'occasion de l'accouchement d'Elisabeth Adderley, femme de Lord Hyde Gardner Peerage, 3n jours après la mort de son mari.
Cette histoire est analogue à celle de Renée de Villeneuve, qui — nous l'avons vu précédemment — avait été un brandon de discordes médicales, dans la deuxième moitié du xvme siècle.
En effet, ce qui rendit surtout cette cause célèbre, ce fut, comme pour celle de Renée de Villeneuve, le titre et l'immense fortune du père, dont l'enfant devait hériter s'il était déclaré légitime.
Quelques médecins considérèrent ce cas de naissance tardive comme possible ; Blundell et Meriman rapportèrent, à l'appui de cette
opinion, plusieurs observations de grossessi -s. qui s'étaient poursuivies jusqu'au 296% 3o3e et 3o9° jour.
Enfin le Dr Lyall conclut, dans son rapport (1), que, selon certains accoucheurs, la grossesse peut s'étendre h 3n jours.
Desormeaux rapporte une observation très concluante, d'accouchement 9 mois 1/2 après le coït, chez une aliénée.
En 1829, Velpeau (2) a publié 8 observations de naissances tardives, dont l'une à 3 10 jours ; et, dans son Traité (V accouchement, il déclare qu'il « lui serait facile, d'en « ajouter aujourd'hui plusieurs autres » (i83o).
Mmo Boivin a observé un cas de grossesse d'une durée de 3n jours.
Moreau (3) se défend d'abord de « vouloir entrer de nouveau dans la discussion » ; mais il déclare ensuite qu'il a recueilli un assez grand nombre de faits de naissances tardives, parmi lesquels il cite l'observation d'une multipare, « femme d'un honorable magistrat », dont l'accouchement eut un retard de 2 mois
(1) The Edimburh médical and Surgical Journal, avril 1826.
(2) Bibl. méd., août 1829, et Traité d'accouchement, i835, t. I, p. 383.
(3) Moreau. Accouchements, t. I, p. 548, i858.
(328 jours de grossesse). L'observation avait été contrôlée par les mouvements du fœtus, et par un essai de travail un mois avant l'accouchement.
D'après Hecker, la grossesse pourrait dépasser son terme moyen de 62 jours ; Veit admettait une latitude de prolongation de 68 jours.
Sur 7 cas de fécondation après un coït unique, Montgomery a vu le travail commencer de 280 à 291 jours après.
R. Barnes(i) a observé 2 cas d'accouchement à 10 mois, sur la femme d'un médecin. Il en rapporte les détails dans son Traité d'accouchement : Il s'agit d'une dame qui avait « pleine confiance en elle », et qui vérifia son calcul « en comptant depuis ses der- « nières règles..., et par l'observation de la « date des premiers mouvements perçus. Les « 2 enfants, très gros (10 à 12 livres), succe combèrent dans l'accouchement ».
Les conclusions de Duncan, sur cette question, sont les suivantes : « les faits éta- « blissent que la prolongation de la grossesse « est possible jusqu'à 3 ou 4 semaines, ou « même au delà ».
(1) R. et F. Barnes, traduct. Cordes, 1886, p. 1/41.
Simpson admet la possibilité de la prolongation de la gestation humaine, 3o ou 35 jours au delà de la durée normale, et il rapporte (i) des observations, dans lesquelles le travail s'est déclaré le 3io,e jour, le 324°, le 332° et le 336° après les dernières règles; Mdrphy aurait même vu une grossesse de 338 jours.
Simpson a eu, en outre, le mérite de réunir une série d'observations de Merrimax, de Murphy et de Reid, sur la durée de la grossesse.
En se basant toujours sur la date de la fin des dernières règles, le nombre des faits observés s'élevait à 782.
D'après l'ensemble des résultats obtenus par ces trois observateurs, le pourcentage de la durée de la grossesse serait le suivant : du 288e au 294e jour. 12, 65 pour 100.
— 2g5° — 3oie — 8,06
— 3o2° — 326e — 2,55 — Devilliers a publié io3 observations du
même genre, qui lui ont donné :
du 2900 au 3ooe jour. . 10 pour 100.
— 3ooe — 3io° — 5 — Dans cette liste, est compris un cas de
(1) Simpson. Clinique obstétricale et gynécologique, 1 874, p. 65 et suiv.
grossesse de 001 jours, qui a été observé par Dubois.
Le Dr Rkid a réuni, en outre, 4o cas (1), dans lesquels la fécondation fut le résultat d'un seul coït, dont la date était exactement connue ; or, les limites extrêmes de l'accouchement, dans ces 44 cas, ont été le 260e et le 294° jour; dans 4 cas, l'accouchement eut lieu du 288e au 294e jour.
La latitude, entre les termes extrêmes, a doue été de 34 jours.
Pliemxger a observé une grossesse qui a duré 3oo jours.
Pour Burns, un enfant peut venir au monde dès le 70 mois, par cela seul qu'il est plus vigoureux, tandis qu'il peut ne naître qu'à 10 ou 11 mois, si, au terme de 9 mois, il n'a pas encore acquis son développement.
D'après Roussel (2), il était incontestable que la grossesse pouvait être avancée ou retardée.
Le Dr Meigs (de Philadelphie) a rapporté (3) un cas de grossesse de i4 mois, qui s'appuie
(1) Rapporté in Tarnicr et Chantreuil, t. I, p. 680.
(2) Système physique et moral de la femme, i855, p.
(3) Obstetrics the Science and the Art. i852, p. 23o.
sur des « détails », qu'il juge « dignes de foi. »
Le Pr Atlee (de Philadelphie) a publié 2 faits de grossesse de 12 mois, qu'il a observés personnellement ; et il déclare « n'avoir « pas le moindre doute sur la véracité des cas « ci-dessus. »
Pour Hohl(i), l'accouchement a lieu pendant la 10e époque menstruelle généralement; mais il peut se faire également à la 11e.
En Norwège, Faye etVoGT(2) ont recueilli 63 observations, où la date du coït fécondant était connue; or l'accouchement varia entre le 220° et le 3iQ°jour; ce qui donne 99 jours de latitude.
Aussi se demande-t-on sur quels faits s'est appuyé Schwegel (3), quand il a affirmé que l'espace compris entre le coït et l'accouchement, était seulement de 260 à 280 jours au maximum.
Tucker (4) rapporte l'opinion de la Cour américaine, sur cette question, à propos d'un procès en bâtardise, qui se déroula à la « Lan-
(1) Lehrbuch der Gebûrishûlfe . Leipzig, i855, p. 4aa.
(2) In Th. Muller, 1878. De la grossesse utérine prolongée, p. i3.
(3) Wiener med. Wochenschrift, 1807, n° 44-
(4) Eléments of Midwîfery, p. i'i<).
caster Quaster Session. » Il s'agissait d'un enfant qui aurait été porté 012 jours.
Dans cette affaire, six médecins se prononcèrent, plus ou moins nettement, contre la possibilité de la prolongation de la grossesse.
Par contre, cinq médecins déclarèrent croire à l'extension de la gestation au delà de la durée normale, et à la possibilité de sa prolongation, jusqu'au 3i3° jour après le coït.
Le Président de la Cour adopta cette dernière opinion, et, s'adressant au jury, il émit un avis favorable, en affirmant qu'une pareille durée de la grossesse, « quoique extraordi- « naire et improbable, n'était pas impos- « sible ». Le jury partagea cette manière de voir, et rendit un jugement en conséquence.
Dewees (i) prétend avoir -observé la prolongation anormale de la grossesse, au delà de 3oo jours, comme un fait habituel chez au moins quatre femmes, dont il était le médecin. Il aurait même vu une grossesse de 383 jours! Mattei déclare (2) : « qu'il est désormais re- <c connu qu'il y a eu des grossesses de 3o2 et « 3o3 jours, et peut-être même plus. »
Cet auteur admet même que les grossesses
(1) Dewees. Compendium of Midwifery, p. 465.
(2) Mattei. Clinique obstétricale, t. I, p. 23g, 1862.
prolongées au delà de la 90 époque cataméniale, jusqu'à la 10e, ne sont pas rares, et se produisent surtout dans les cas de rétrécissement, ou d'excès d'amplitude du bassin fi).
11 en rapporte plus de 20 observations, dans ses 3 volumes de cliniques.
Dans sa thèse inaugurale, Feltz(2) admet la possibilité des naissances tardives; car il dit : « La gestation peut durer plus de 3oo « jours. La grossesse prolongée a pour résul- « tat l'excès de développement du fœtus, et « l'ossification du crâne. »
Il cite plusieurs cas de grossesses prolongées ; dans l'un d'eux, le retard fut d'un mois et demi, et le fœtus pesait 11 livres.
Hyernaux(3) déclare judicieusement, qu'à côté d'observations d'accouchements à 11 et
12 mois, rapportées par des hommes qu'il croit dignes de foi, il en est d'autres, empreintes de trop d'exagération pour qu'on admette que des grossesses utérines aient duré aussi longtemps.
(1) Mattei. Essai sur l'accouchement physiologique, i855, p. 211.
(2) Feltz. Thèse, Strasbourg, 1860. Sur les grossessesjDrolongées.
(3) Hyernaux. Traité pratique de l'art des accouchements, 1866, p. 201.
Joulin (1) a observé un cas de grossesse de 3oo jours, dont il rapporte longuement les détails.
En Danemark, 65 cas avec coït unique ont été réunis par Ravn (2) d'abord, puis par Stadfelt (3) (à Copenhague). Les termes extrêmes de l'accouchement, dans ces 65 observations, ont été le 25oe et le 293e jour; ce qui fait une latitude de 43 jours. De plus, Stadfelt a observé un cas, dans lequel la dernière époque menstruelle, et l'accouchement, furent séparés par un laps de temps de 3o/i jours.
Stolz, qui admettait que la durée de la grossesse était de 270 à 280 jours, se prononça formellement contre la possibilité de la prolongation au delà de ce terme.
« Les exemples, dit-il (4), qu'on a voulu « prendre chez les animaux, ne peuvent pas « s'appliquer à l'espèce humaine ;.. . la grosce sesse ne peut pas se prolonger plus de i5 « jours, quelles que soient les circonstances « qui la fassent durer au delà du terme or- « dinaire. »
(1) Joulik. Traité d'accouchement, 1867, p. 453.
(2) Om SAvangerskabets Gnindser Kôbenhavn, i856.
(3) Nord. mcd. ark., VII, 4, n° 25, p. 7, 1875.
(4) Stolz. Dictionnaire de Jaccoud, t. XVII, i8y3, p. io4- Art. grossesse.
ga ÉTUDES SUR LA GROSSESSE
Depaul exagéra encore l'absolutisme de cette opinion. « Je n'ai jamais vu, afïirme-t- « il (i), les 260 jours dépassés, que lorsqu'un « obstacle matériel existait, qui s'opposait ;i « la réalisation des vœux de la nature. »
Quant à Klbinw;echter (de Prague), il se déclare partisan tout aussi convaincu de la vieille théorie de l'immuabilité des lois de la nature.
« La durée de la grossesse, dit-il (2), com- « porte 280 jours, ou 9 mois du calendrier « et 7 jours. Il n'y a pas de grossesse pro- « longée... »
Villard(3) déclare, dans sa thèse, que, pour que l'accouchement ait lieu au delà du terme normal, il faut qu'il ait été retardé par une cause dystocique, tenant à la mère (rétrécissement du bassin ou lésion du col utérin), ou à l'enfant (position anormale ou excès de volume).
Il est certain qu'un certain nombre d'observations ont été publiées, dans lesquelles la rétention anormale du fœtus, dans l'utérus.
(1) Depaul. Leçons de clinique obstétricale, p. 101.
(2) Kleinvvachter. Grundriss der Geburtshùlfe. Wien, 1877, P- 38.
(3) Villard. Thèse, Paris, 1878. Sur les grossesses prolongées.
avait été due à un cancer du col utérin (faits de Mac Clintock et Schrœder, Depaul, Hergott, etc).
Le plus typique de ces cas est celui de Menzies : il s'agissait d'une femme atteinte de cancer du col, qui mourut, sans être accouchée, au 17e mois de sa grossesse.
Dans une observation de Lefort, il v avait imperforation du col.
Ces faits, qui sortent évidemment du cadre de ce travail, sont d'ailleurs très faciles à expliquer : la prolongation de la grossesse n'est que la conséquence de l'obstacle mécanique apporté à l'accouchement par l'impossibilité de la dilatation du col utérin.
Le plus souvent le fœtus était mort ; cependant Cohnsteim a publié un cas de femme atteinte de cancer du col, qui accoucha d'un enfant vivant à 10 mois et demi.
La question du missed labour des Anglais, dans lequel il y aurait un véritable arrêt du travail, indépendamment de toute cause mécanique, a été considérée, par quelques auteurs, comme un facteur de la grossesse prolongée.
Mais Kleinwachter (1) a bien montré que,.
(1) Kleinwachteiî. Loc. cit., p. 190.
dans la plupart des observations de ce genre, qui ont été publiées, il s'agissait de grossesses extra-utérines.
Muller (i), élève de Stolz, rejette absolument les grossesses prolongées, et admet aussi, que le missecl labour des Anglais n'est qu'un travail, qui se déclare à terme dans les grossesses extra-utérines, et qui n'aboutit pas, bien entendu.
Sous ces influences diverses, l'existence de la grossesse physiologique, prolongée au delà du 9e mois, fut niée par presque tous les auteurs.
On se rallia à l'opinion de Millier, qui conseille seulement au médecin légiste de ne pas dire toute sa pensée, en présence « d'une « pauvre femme qui n'est point coupable au <c point de vue naturel, mais que l'état social « actuel condamne. » Ceux qui croyaient à la possibilité de la prolongation de la grossesse furent taxés de naïveté.
Et cependant on continua à publier des observations de grossesse prolongée. Leîshmann déclara qu'il avait vu naître un enfant pesant 5kg,6oo, et cela 296 jours après un
(1) Muller. Thèse, Nancy, 1878. De la grossesse utérine prolongée indéfiniment, p. 33.
coït unique ; il affirma même avoir observé un cas de grossesse de 322 jours de durée.
E\ Hubert (de Louvain) prétendit avoir été témoin de quelques accouchements h iomois.
Playfair (i) a vu un cas d'accouchement à 10 mois (3o4 jours), un mois exactement après un début de travail, qui avait duré une nuit entière.
Dans le journal de Hencke, on cite un cas de naissance tardive, 3o6 jours après un viol.
En 1882, Veit (2) publia même une statistique, qui était tout à fait favorable à la thèse de la variabilité de la durée de la grossesse ; elle contient, en effet, des écarts de. 60 jours, entre la durée de plusieurs grossesses successives chez une même femme.
Parmi les observations qui relatent exactement la date du coït fécondant, lequel a précédé l'accouchement de plus de 3oo jours, nous citerons les faits les moins discutables.
Le cas de M. Nunez-Rossié (de la Havane) (3), qui a trait à un viol, dont la date a pu être
([) Traité d'accouchement, 1879, p. 198.
(2) Zeilschrif far Gebùrtshûlfe und gynsekologie. Veit. 1882.
(3) Ain. Journ. of obstetrics, 1886, vol. XIX, p. 19.
fournie avec une grande précision, nous paraît avoir une grande valeur, quoiqu'il n'ait pas entraîné la conviction de M. Brouardel (i). L'accouchement eut lieu 3 1 9 jours après; el le fœtus, pesant 5 3oo grammes, présentait un développement osseux extraordinaire, el 54 centimètres de longueur.
Cette observation est reproduite tout au long par M. Brouardel. On y trouve noté, vers la fin du 9e mois, des douleurs assez intenses, qui firent croire à tort à un début de travail. Nous en extrayons les deux dernières conclusions :
« 3°) Dans le système épithélial (peau et ongles), « il existait des altérations qui n'ont lieu généralece menl qu'après la naissance.
« 4°) L'élude attentive des os de la lète, et de « plusieurs points d'ossification des membres, « démo 11 Ire un développement du système osseux « plus avancé que celui qui correspond habituellece ment au moment de la naissance. »
Dans l'observation 206 rapportée par M. Ai vard (2), le fœtus fut expulsé 3o5 jours après la date du coït fécondant.
(1) Bkouradel. Le mariage 1900. p. 176 et 43o.
(2) Auvabd. Travaux d'obstétrique, 1889, t. III, p. 443.
Charpentier, qui avait admis, clans la iro édition de son Traité d'accouchements, que « la grossesse prolongée, le fœtus étant vice vaut, n'existe pas à l'état physiologique, » se rétracta par la suite.
En effet, dans la 2e édition (1), il rapporte une observation provenant de sa clientèle, ayant trait à une femme qui, sur 8 grossesses, n'accoucha que la première fois au terme normal.
Ses 7 derniers accouchements, qui se firent à 10 mois révolus après la date des dernières règles, donnèrent naissance à des enfants, dont le poids a varié entre 4 760 et 5 100 grammes. Charpentier fait remarquer, en terminant, que ces enfants « ont tous présenté « une tète plus ossifiée qu'à l'état normal, et « une longueur de 53 à 5/i centimètres ».
M. Delore a observé une grossesse de 10 mois chez une primipare. Le fœtus était énorme, et exigea des efforts de tractions prolongés, qui l'amenèrent cependant en vie.
Duxcax a publié une observation de grossesse de 325 jours, chez une femme qui avait déjà porté un premier enfant pendant 3oojours.
(1) Charpentier. 2e édit., 1889, t. I, p. 298.
BOUCHACOXJRT.
À la séance du 20 janvier 1892 de la Société gynécologique hollandaise, l\-J. Barnouw a communiqué un cas de grossesse prolongée de 3n jours.
En i8q3, àla Société obstétricale de France, 1 M. Queirel a fait connaître un fait de 56 jours de retard, dans la durée d'une grossesse. A ce propos, il a conclu à la nécessité de discuter à nouveau l'article du Code, qui fixe à 3oo jours, la durée légale de la gestation dans l'espèce humaine.
La même, année, Max Bensinger (2) a rapporté un fait de grossesse de 11 mois. L'enfant pesait 5 kilogrammes.
En 189/i, deux observations analogues ont été publiées: l'une par Besnikow (3), l'autre par Zoïnalovitsch (4).
Au Congrès de l'Association française pour l'Avancement des Sciences, qui siégea à Caen en août 189/1, M. le Dr Noury (de Caen) a fait une communication Sur la grossesse physiologique prolongée; à cette occasion il a rapporté 5 observations, dont 3 personnelles.
(1) Séance du 6 avril.
(2) Centralbl. fur gynec, 2 septembre 1893.
(3) Centralbl. fur gynec, 16 juin 1894.
(4) Wraisch., 189/i, n° 3i.
Dans ses conclusions, il a affirmé que la grossesse prolongée s'observe clans l'espèce humaine, aussi bien que dans d'autres espèces animales, et qu'elle y présente des degrés divers, qu'il est impossible d'évaluer rigoureusement.
Enfin plus récemment, Sprenkel (i) a consacré un article entier, à l'étude des grossesses prolongées, de leurs dangers, et de la thérapeutique qu'il faut adopter dans ces cas.
Le Journal d'accouchement de 1S96 (2) contient une observation, de prolongation de la grossesse jusqu'au 11e mois.
Par contre, dans sa thèse intitulée : Sur la grossesse dite prolongée, et la rétention fœtale, M. Marcopoulos n'admet pas la grossesse physiologique prolongée, qu'il considère comme une fausse interprétation.
Mais, dans l'analyse même de cette thèse, faite pour le journal L'obstétrique, M. Merle (3) alïirme avoir observé : « un cas dans lequel « la prolongation de la grossesse, au delà du a terme normal, n'était pas douteuse. »
(1) Amerc. Journ. of obstetr., décembre 1896.
(2) N° du 28 juin.
(3) L'obstétrique, 1897, n° 1, p. 61.
ioo ÉTUDES SUR LA GROSSESSE
M. Cabanés (i) rapporte que les Chinois estiment que la grossesse a une durée de 10 mois. Cette opinion avait déjà été émise par M. Ernest Martin (2). La grossesse se décomposerait de la façon suivante, chez les Célestes, d'après cet auteur qui paraît très document :
Après un mois, le fœtus ressemble à une goutte d'eau ; après le 20 mois, il ressemble à une fleur de pêcher ; après le 3e mois, le sexe peut être discerné ; après le kc mois, le fœtus a une forme humaine... ; au commencement du 10e mois, l'enfant est complètement développé.
M. Brindeau, accoucheur des hôpitaux, a bien voulu me communiquer l'observation inédite suivante, provenant d'une de ses clientes :
Mme X..., âgée de 29 ans, obèse, est enceinte pour la 3e fois; sa menstruation a toujours été régulière. Les dernières règles sont survenues le i5 juin 1898. La mère a perçu les mouvements actifs du fœtus à la fin d'octobre.
La grossesse a été excellente; sorties régulières dans un but de promenade ; aucune fatigue d'aucune
(1) Les curiosités de la médecine, 1900, p. 294.
(2) Exposé des principaux passages contenus dans Si- Yuen-Lu. Paris, i884-
sorle. Le 10 avril 1899, cette femme accouche spontanément d'un enfant du sexe masculin, pesant 4 200 grammes, qui présentait un développement anormal.
M. Brindeau a été très frappé par ce fait, que cet enfant a toujours été plus avancé que les autres. Dès la l 10 semaine, il a commencé à sourire; à 3 mois, il avait deux incisives à la mâchoire inférieure.
Cet enfant, élevé au sein, est aujourd'hui superbe. Tenant compte, d'une part, de l'espace de temps de 297 jours qui s'est écoulé entre les dernières règles et l'accouchement, et, d'autre part, du développement extraordinaire et de la croissance très rapide de l'enfant, M. Brindeau croit fermement que ce fait peut être considéré comme un cas de grossesse prolongée.
A la séance du 5 octobre dernier, de la Société d'obstétrique, de gynécologie et de pédiatrie de Paris, M. Fieux (de Bordeaux) a fait lire une observation de présentation primitive de la face, diagnostiquée i3 jours avant tout début de travail.
J'ai trouvé noté, dans cette observation, que le travail ne débuta que 290 jours après les derniers rapports sexuels.
M. Fieux ne semblant pas mettre en doute le renseignement fourni par cette femme, au sujet de la date du coït fécondant, qui n'a
pu être postérieure au 2900 jour, puisque c'était le « jour, où expirait le congé d'un « sien ami, militaire », on se trouve bien ici en présence, d'un cas de grossesse à durée assez longue, d'autant plus que rien ne prouve, que le coït utile fut le dernier de la série.
J'ai observé le fait suivant chez une femme de la clinique Tarnier ; il me paraît être un cas non douteux de grossesse prolongée, ou si l'on veut, de travail retardé, suivant l'expression de Peaslee, quoique la différence entre ces deux états me paraisse peu compréhensible.
Julie Des..., 18 ans, a eu ses premières règles i3 ans et demi ; elle s'est toujours bien portée ; elle est grande et forte. Son type menstruel a toujours été parfaitement régulier ; elle perdait pendant 5 jours, du 5 au 10 de chaque mois, et n'a jamais souffert à ce moment.
Le 5 février, n'ayant pas eu ses règles comme d'habitude, elle se crut enceinte ; mais 5 jours plus tard, c'est-à-dire le 10 février, du sang apparut, et coula pendant les 5 jours réglementaires, mais moins abondamment. Ce furent les dernières règles.
Au point de vue coït, cette femme affirme s'être complètement abstenue depuis le i5mars, son ami, qui était soldat, étant parti jusqu'au i5 avril (un mois sans coït). Jusqu'à la fin de juillet, la malade travaille à la machine à coudre, chez sa sœur, mais sans se fatiguer, afïirme-t-elle.
VARIATIONS DANS SA DURÉE io3
A ce moment, elle perçoit les mouvements fœtaux. Ayant eu une hémorragie, qui dura 3 heures, elle consulta une sage-femme, qui l'engagea à cesser tout travail à la machine ; ce qu'elle fit.
Le 3 novembre, chute dans les escaliers de la cave, sur le dos ; la malade roule ainsi jusqu'en bas.
Elle perd un peu de sang; aussi, se croyant à terme, et sur le point d'accoucher, elle vient à la clinique. Cette femme est laissée quelques jours en expectation, puis est mise au dortoir (lit n° 37).
A partir du 19 décembre, violentes douleurs de reins, survenant environ toutes les heures, mais de courte durée (5 minutes environ). La malade, convaincue qu'elle était en travail, va, à deux reprises différentes, se faire examiner à la réception. Le 26 décembre, cette femme accouche à 5 heures et demie du matin, les fortes douleurs étant survenues vers 3 heures.
Son enfant, du sexe masculin, pèse 4 3oo grammes; sa longueur totale est de 54 centimètres.
5 jours après sa naissance, alors qu'il a repris son poids initial, les diamètres de sa tête sont les suivants :
OM = i5 OF = i3 SoBr = 10,8 BiP = io,5 BiT = 9,3
Cette tête est dure, très ronde ; elle semble n'avoir subi aucun modelage, lors de son passage dans
io4 ÉTUDES SUR LA GROSSESSE
la filière pelvienne, dont les dimensions doivent être d'ailleurs très grandes, étant données la stature de la femme et la largeur de son bassin . Le degré d'ossification est très avancé. C'est à peine si on sent les sutures et la fontanelle postérieure; la fontanelle antérieure est très réduite dans toutes ses dimensions. Les ongles sont beaucoup plus développés que tous ceux des enfants du service.
D'après les renseignements fournis par la mère, cet enfant aurait donc été expulsé 322 jours après le dernier jour des dernières règles, malgré un certain nombre d'incidents de grossesse (machine à coudre, chute dans les escaliers de la cave).
Le minimum de durée de cette grossesse sciait 284 jours après le dernier coït, qui eut lieu le i4 mars.
Quoique cette femme affirme qu'elle était enceinte à ce moment — ce qui est probable puisqu'elle n'a pas été réglée en mars, alors qu'elle n'avait jamais eu d'aménorrhée — il y a cependant encore place au doute.
J'ai recueilli l'observation suivante, à la Maternité de Saint-Louis, dans le service de M. Auvard, suppléé par M. Brindeau.
Clémentine Nett..., 18 ans, secondipare,litn° 28; l'établissement de sa menstruation se fit à i5 ans, sans douleurs ; règles toujours très régulières, d'une durée de 5 à 6 jours, avançant en général d'un jour chaque mois.
VARIATIONS DANS SA DURÉE rô&
Etat général excellent ; femme grande et forte.
Le mari, qui est au régiment depuis 5 mois, vient le 27 lévrier en permission de 24 heures; il coite malgré les règles de sa femme, qui ne l'a plus revu pendant 7 mois.
Le 27 février a donc été à la fois la date du coït fécondant, et du dernier jour des dernières règles.
Le 26 décembre, accouchement d'un garçon pesant 463o grammes, à tète volumineuse, bien ossifiée, dont les diamètres sont les suivants :