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II. — Influence paternelle

A) Chez les animaux domestiques. — Cette influence est certaine; elle est admise par tous les vétérinaires. Elle a surtout été rendue manifeste par les phénomènes qu'on a observés dans les opérations de croisement.

Il est d'ailleurs incontestable que la durée de la gestation est plus courte, chez la jument, quand le reproducteur est un cheval , que quand la fécondation a été opérée par un âne.

Pour M. Fontaine (i), « la jument, fécondée « par le baudet en vue de la production du « mulet, porte près d'un an. »

a) Action de Vdge. — D'après 64i observations recueillies sur des vaches (2), la grossesse durerait un peu plus longtemps quand le taureau est âgé.

(3) Action du surmenage. — On admet que toute cause d'affaiblissement général, chez le mâle, peut être une cause d'avortement pour la femelle qu'il féconde.

C'est ainsi qu'agirait le coït trop souvent répété (3).

(1) Fontaine. Thèse, Bordeaux, 1900, loc. cit., p. i3-

(2) Buffalo med. Journal.

(3) Hoffmann. Deutsche Zeit. f. Tkierm., i885, p. 192 et Jahresbericht fur Veter med.t i885, p. 99.

ia6 s ÉTUDES SUIi LA GTiOSSESSE

On trouve, dans Jacquemier, deux faits qui mettent bien en relief l'interruption de la gestation, sous l'influence de cette cause de surmenage.

Dans le premier cas, des fermiers, désespérés de voir avorter toutes les vaches, qui étaient saillies par le taureau rouleur de la commune, achetèrent un taureau particulier, dont les produits arrivèrent parfaitement à terme.

Les fermiers voisins, attribuant à cet animal des vertus surnaturelles, lui amenèrent toutes leurs vaches. Le résultat ne se fit pas attendre: ce taureau, surmené également par des excès de coït, devint aussi mauvais que le premier.

Dans la deuxième observation rapportée par Jacquemier, il s'agit d'un taureau d'un an, qui fut rejoint, dans un enrclos, par plusieurs vaches en chaleur, qui se firent saillir par lui. Le résultat fut le suivant : « Les premières « couvertes n'avortèrent pas ; mais, comme le « nombre des femelles était trop considérable, <c le taureau s'épuisa, et les vaches, qui furent « saillies les dernières, ne purent mener à « terme leur produit. »

De même que la rétention du venin augmente, chez le serpent, l'activité de ce produit

glandulaire nocif, de même, il semble que

la rétention du sperme porte à son maximum les qualités fécondantes du liquide sécrété par les testicules.

Un écoulement trop fréquent, de ces deux sécrétions glandulaires, amènerait rapidement une diminution de leur activité.

v) Action des altérations de l'appareil génital. — Toutes les affections qui peuvent affaiblir le pouvoir fécondant du sperme, prédisposent à l'avortement. C'est ainsi qu'agissent l'orchite, certains parasites, etc.

Mais, l'étude de ces cas pathologiques étant en dehors du cadre que nous avons assigné a ce travail, nous n'en dirons pas davantage.

B) Dans l'espèce humaine. — Pour Kiperus, la durée de la grossesse varierait suivant la qualité de la semence paternelle.

Au cours du grand débat du xvme siècle sur les naissances tardives, dont nous avons relaté précédemment les péripéties, Lebas émit la même opinion, touchant le produit <( d'un homme vigoureux, qui, à cet égard, « pourra plus promptement se développer, <( s'accroître et naitre parfaitement organisé « aux termes de 7 à 8 mois, qu'un autre pro- « venant du dernier effort d'un homme débile, « infirme et décrépit. »

ia8 ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

Les observations qui ont été faites depuis longtemps sur les animaux font d'ailleurs prévoir la réalité de cette influence,

a) Action de l'âge. — Dans la plupart des cas de grossesses prolongées, que nous avons cités au chapitre des variations dans la durée de la grossesse, il y a lieu de noter que le père était âgé. Il est difficile d'admettre que ce soit là une simple coïncidence.

On peut, il est vrai, en donner la même explication philosophique que pour la fréquence des conceptions chez les femmes pourvues d'un vieux mari. Si on admet, sous une forme ironique, que, plus le mari est Agé, plus la femme a des chances de devenir rapidement enceinte, il est évident qu'on peut, tout aussi logiquement, émettre la même hypothèse, pour expliquer les naissances tardives quand le père approche de la vieillesse.

Dans l'observation rapportée plus haut par Barnes, et dont les personnages sont un médecin et sa femme, celle-ci approchait de la ménopause, et le père « était d'un âge mûr » dit Barnes.

Le même auteur rapporte que Charles Clay prétendait que : « la durée de la grossesse « est déterminée par l'âge des parents. »

En revanche, l'extrême vieillesse parait

agir en sens contraire, en ne permettant pas à la grossesse, d'arriver jusqu'à terme.

« Il semble, disent MM. Ribemont et Le- « page (1), que, lorsque le mâle est trop âgé,... « le produit de conception soit plus exposé à « ne pas se développer. »

(3) Action du surmenage. — On admet assez généralement que, dans les cas d'excès de toute sorte, et de grandes fatigues du père, l'avortement est fréquent.

C'est ainsi que, chez l'homme aussi bien que chez les animaux, le surmenage du mâle, par des excès de coït, nuirait à l'évolution de l'œuf.

L'opinion de Pajot (2), sur ce sujet, mérite d'être rapportée longuement.

« Un homme vieux ou jeune, dit-il, quoique « solide, mais épuisé, soit par suite d'excès, « soit à la suite de grave maladie, avec des « spermatozoïdes altérés, ne peut pas fécon- « der une femme. Ces mêmes individus, vieil- « lards ou jeunes, malades ou épuisés (semence « de mauvaise qualité) peuvent à la rigueur « féconder l'ovule, mais dans ces cas, ou bien

(1) Ribemont et Lepage. Précis d'obstétrique, 1896, p. 770.

(2) Pajot. Annales de gynécologie, avril 1886, p. 270.

BOLCHACOURT. Q

i3o ÉTUDES SUR LA GROSSESSE

« il y a expulsion prématurée de l'œuf, ou « bien le fœtus vient au inonde petit, chétif, « en somme mal développé. »

C'est le retour à l'aphorisme de Mauriceau, vérifié par La Torre, à savoir: que la stature et la vigueur du père se reflètent sur l'enfant.

y) Action des intoxicatons. — Par le plomb. — Les ovules, fécondés par des ouvriers qui manient le plomb, donnent souvent lieu à des avortements, ou à des accouchements prématurés. D'après Ganiayre (i), la grossesse atteint rarement son terme normal, quand les générateurs sont saturnins.

Par l'alcool. — L'influence de l'alcoolisme paternel ne saurait plus être mise en doute, depuis les recherches récentes de M. Nicloux, qui ont bien établi que l'affinité de l'alcool était presque aussi grande pour le testicule, que pour le foie. A la suite d'ingestion d'alcool à 10 pour 100 (vin ordinaire), la teneur en alcool du tissu testiculaire, chez le chien, était o,4o, alors que, pour le sang, elle était de o,/i8. L'altération des tubes seminifères avait,

(i) Ganiayre. Contribution à l'étude de l'intoxication saturnine, considérée dans ses rapports avec la grossesse, Thèse, Paris, 1900.

CAUSES DES VARIATIONS i3i

d'ailleurs sur le rat blanc, été constatée sous cette influence par MM. Bouin et Garnier (i).

M. Xicloux (2) a également démontré la présence de l'alcool, en quantité relativement considérable, dans le sperme de l'homme après boire.

Dans la discussion qui a suivi, M. Bar a déclaré que la tare alcoolique lui paraissait beaucoup plus néfaste, pour le fœtus, quand elle venait du père, que quand elle était d'origine maternelle.

Aussi M. Bar considère-t-il que c'est une grave erreur de faire toujours précéder les nuits de noce par des banquets, dans lesquels l'alcool est généralement absorbé, sous toutes ses formes, par le nouveau marié se préparant à remplir le devoir conjugal.

Il est en effet possible, que bien des fausses couches survenant chez des jeunes mariées n'aient pas d'autre origine. En tout cas, cette influence abortive, s'ajoutant ici à beaucoup d'autres, explique la fréquence relative de l'interruption de la première gestation, dans l'espèce humaine.

(1) Société de biologie, 11 janvier 1900, t. LU, p. 23.

(2) ^sicLoux. Société d'obstétrique de Paris, séance du 21 juin et Société de biologie.

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Les coïts pratiqués sous l'iulluence oY l'excitation alcoolique, étanl très souvent fécondants, et cela dans toutes les classes de la société, cette action n'est nullement négligeable, comme on serait tenté de le croire.

Il est certain que, dans le peuple, l'ouvrier père de plusieurs enfants, et mari d une femme déformée, usée par les grossesses successives, ne coïte plus guère que sous l'empire de l'alcool, comme le père Moineaud dans le roman de Zola ( i ), « qui n'avait pour toute joie que « la rigolade, avec sa femme, quand il avait bu « un coup. »

Dans les classes aisées, l'excitation alcoolique agit surtout en amenant un relâchement momentané, dans les précautions prises, souvent avec un soin méticuleux, dans le but d'éviter les grossesses, et qui atteignent presque toujours leur but, dans les conditions de surveillance ordinaire.

Envisagé à ce point de vue très spécial , est-ce que l'alcool ne pourrait pas être considéré, comme exerçant une influence favorable à l'augmentation de la natalité?

Le sulfure de carbone prédisposerait à l'avortement, suivant quelques auteurs.

(i) Fécondité, p. 9.

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o) Actions pathologiques. — On sait que la syphilis joue le rôle capital, et la tuberculose un rôle secondaire, dans les interruptions de la grossesse d'origine paternelle. Mais nous laisserons de côté, par définition, toute cette catégorie d'agents abortifs, parmi lesquels nous citerons cependant : le diabète, l'albuminurie, et tous les états morbides qui débilitent progressivement l'organisme.

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