‹ La grotte d'azur légende napolitaineChapitre 3 sur 5 · II.VIA · texte numérisé non relu

II.VIA

* Oui, dit Antonio, ce chant nui nous arrive

Est plein de bons conseils. » rl tons deux sur la rive

Prêtaient l'orcitic encore au dernier vers du chant,

Et regardaient la mer cl le soleil couchant.

La mer, saphir doré, comme un miroir unie, liérouliiit à leurs yeux sa splendeur infinie.

En soulevaut ft peine, avec un bruit léger,

!.a barque retenue au tronc d'un oranger.

■ Ohl la grotte d'axur à cette heure est bien bcHcl Dit Flavia; mootoiis tous deux dans la nacelle,

Et visitons la grotte. — Oui, «lit son jeune amant,

On ne peut pas choisir un plus heureux moment :

Pas le moioarc danger) Viens, suis-moi, mon amie;

Ixi vent meurt aux vallons, la nier s'esi endormie,

La promenade est douce et le retour est silr.

Allons parler d'amour dans la grotte d'axur. *

Une joie enfantine inondait leurs deux dnics;

Antonio s'assit sur le banc, prit les rames El vogua vers la grotte, et, la liarque glissant,

Us entrèrent bicniôl tous deux en se baissant, il n'est rien de plus l'>oau ! La nier limpide inonde Le pavé rocailleux de l'iinmensc rotonde,

Ce temple de géants que Dieu même b.‘ilil Pour mieux nous démontrer cnmbien l'homme est pelil. Bien ii’ost plus doux à voir; l'algue verte et la mou»se S'y colorent partout d'une lumière douce,

Et les mille reflets de son prisme diangoant Courent sur le saphir et le sable d'argent, liais ce que l'œil jamais n'a vu sur noire terre.

Un prodige inouï resté dans son mystère,

C'est la teinte d'axur, gaze du firmament,

Oui (lotte sur les corps ainsi qu’un vêtement,

El, dans ce temple saint, ouvert par In nature.

Suspend è larges plis sa splendide tenture I Nos ancêtre.* ont ml que la grotte aulreruis,

Au coucher du soleil, relcnlissail de voix ;

C'était l'antique plainte, au Caucase chantée,

Oue les nymphes des mers dirent A IVoméIhéc, t> chant athénien dont la mâle douceur Consolait sur son roc le lilao ravisseur.

(asgiiu tiA t litfM.}

Lfio:(A.

Les deux jeunes époux coplemplaient dans l'extase I.’alniosphèrc d'axur, U vaporeuse gntc Qui lloMailsous la voûte, et ne se doutaient pas Du péril que la mer amenait sous leurs pas.

Un entendait le vent; sous la roche alialsséc.

On voyait au dehors la vague hérissée Toute blanche d'écume; ensuite l’horixon S'évanouit; la grotte était une prison.

La mer montait, la nuit arrivait avec cllcl Plus d'axur; le couranttouruieuiait U nacelle.,;

On n'cntenJil plus rien, que le Ilot irrité Mugissant sous la voûte et dans l'obscurité ;

Un instant changea tout. C’est en de tels orages Qu'on juge les grands cœurs et les nobles courages 1 « Viens ) donne-mol la main et je le guiderai ; ‘

Nous périrons ensemble ou je te sauverai I a S'écria le jeune homme ; et; qui pourrait le croire I l.a femme était joyeuse, el, sous la voûte noire.

Dans sa tombe invisible, il lui semblait bien doux De mourir la première aux bras de son époux.

SILVtA.

Les temos sont bien changés depuis le moyen âgcl Qui vouurait aujourd'hui a'uo ^reil mariage?

L£ûNA.

Antonio, longtemps par la barque conduit Au bavard, sur un roc échoua dans la nuit;

Il avança le pied el chercha dans le vide Aux confins de la grolte un terrain plus solide;

Il le trouva : les rocs, débris des hauts piliers, S'alignent sur ce point comme des escaliers,

Et la mer, atteignant sa limite profonde,

Dans ses plus grands courroux tam.'iis ne les inonde. C'est là que descendit le jeune nomme, et sa main,

A lAtons, dans la nuit, sc cherchait un chemin.

Tout à coup dans la grotte une musique Icndro Descendit par échos; on eût dit, à i'vntcndrc.

Que le roc vif était une mince cloison Ouverte aux moindres bruits tenus de l'horixon.

Les deux jeunes époux, à cette autre merveille, i'rélèrcnt en silence One attentive oreille,

('omme des naufragt^s qui, sur des rocs déserts. Écouleraient des voix errantes dans les airs.

(ScCin* ba an ti|M I Abuu.} AUEK2A,

Écoute ce que ditent Les oiMAoi pasftfrcrs.

Les lloU bleus qui m briscat Au pied des orangers,

I/Cs arbres sur les cimes Qui bordent l'horiton,

Les eaux dans les abîmes,

Ixs fleurs sur le gazon;

Écoute ici les toix Qui sont au fond des boii;

Écoule ce que chantent Les artistes d«s airs,

Sylphes qui nous enchantent lians leurs vagues concerts;

Écoule dans la plaine Ou sur les hauts sommets l.’liannonieose haleine Qui ne s'iteiol jamais...

Le soir, la nuit, le jour.

C'est la voix de l’ammirt

(a*|lill bit HfM i CitMM,) CABUE.S.

Bien de ce chant n'étail perdu ; pas une note Ne s'égarait en roule; on eût dit que Ugroilc,

Bien mieux qu'un écho sourd, à 1 oreille incertain, Kllc-mémc chantait cet air napolilain.

Tous deux ensevelis comme au fond d'un cratère,

Nos deux époux sondaient l’insoluble mystère Et ne l'expfinuaicnt pas; iis entendaient toujours De la pro onde mer les mugissements sourds;

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