SCÈNE II
Les .Mêmes, JODOQUE, portant un panier couvert.
JODOQUE. ** C’est moi, ma belle fiancée...
je viens, en passant, vous rappeler que c’est ' atijourd'bui que vous faites votre bonheur.
BU'HTIIF. , avec indifférence. Je le sais, cousin Jodoque... il ne fallait pas vous déranger pour cela.
jodoque. Si fait, je tenais à me déranger pour déposer en main? propres, à vos pieds, cette corbeille de mariage. { Regardant litrthe.) Ab! bigre, les belles éjtaules!
clëte. Ba!t ! ce panier. .. vous appelez ça une corbeille?,.. Il ne doit pas y en avoir lourd là dedans.
jodoque. J'cn aurais apporté une charretée qu’elle se plaindrait encore, celle-là. (Hegardant toujours Uerthe.) Sapristi , les belles épaules !
clëte, l’éloignant de Uerthe. Ne regardez donc pas de si près... vous.***
jodoque. J'cn ai le droit, c’est ma femme.
uertiië. l.u moment! monsieur Grosslippe , le bourgmestre n’a pas encore paraphé notre mariage.
jodoque. C’est juste , pudique colombe , je reste coi. . . Si vous voulez voir un homme coi, regardez -moi.
clëte. Gomment! voua resté* ?... Ce u’est pas possible. . . vous Ôtes de trop ici, ce matin. ..
BERTHE, d part. Ah ! si j’osais lui en dire autant ce soir !
* U"iiLf, f.lèle.
** Berlhe, Joloqur, Clète.
**’ lU-rtln», r.lètf,
jodoque. Je vous gène, mainzelle Clètc ?
BERTHE. Et moi aussi, nous avons affaire I JODOQUE. C’est différent. . . je pars...
{tl remonte , puis revient entre lierthe et (‘fête.) Dès que vous aurez inventorié la corbeille.
cl Lie, regardant dans le panier. Jein’cn charge.... Ce ne sera pas long, je crois...
Tiens ! de la toile !
JODOQUE, à lierthe. 11 y a juste de quoi me faire trois chemises. . . en économisant sur la longueur.
Cl.kTE , se moquant de lui. On peut vous en faire des bavettes , il y en aura davantage. ..Ah ! des polo lies de laine!...
Jodoque » toujours à lierthe. C’est pour que vous me tricotiez des bas très-chauds...
je suis frileux des mollets.
CLËTB , «infiuuanl l'inventaire. Et un lapin... un lapin dans une corbeille de mariage I... Comme c'est galant l jodoque. Ce sera notre première gibelotte conjugale , Berllic... je voua dédie la l*au„, vous m’en ferez dr& gants.
RËËTIIB . arec empressement. C’est trèsbien, cousin Jodoque... on ne pouvait pas| mieux choisir... Mets ça dans la chambre , Clète.. . ( Clèle porte le panier dans la chambre. A Jodoque.) Vous n’avez plus rien à nie dire .. Au revoir ! au revoir !
jodoque, d Uerthe. Un instant, donc!...
il s’agit de nous entendre au sujet des fêtes et cérémonies de notre mariage.
uerthe, « part. 11 lie s’en ira donc, pasl CLËTE. Pardine ! c’est connu... dans notre Ile de Hugcn quand on se marie , les festins et les danses , il y en a pour trois jours.
jodoque. J’ai imaginé autre chose... il n’y aura rien du tout... ni repas... ni bal... seulement, après la signature, j'offrirai à mes invités. .. une poignée de mains... personne n'embrassera la mariée, et tout le monde ira se promener ensemble.., ou séparément... Ad libitum
Am : J'ai i'U te Parnasse des dames,
CVt à grand tort qj'on pa«*«< ni fôte
Lo jour où l'on «ient «le s'unir.
Mue tard on •' trouve en tèle-à-lùlc
Et l'ennui succède au plaisir.
CVst lo revers «le la médaille,
Cticz nous il doit dire inconnu;
Pas moyen que T plaisir s’eu aille
Puisqu'il ne «era pas venu.
clëtb. Eh bien ! elle sera gaie , votre noce !
uerthe. Qu’importe 1 je ne me marie pas par inclination.
jodoque. Moi ai.,. Bit. M D’abord j’avais l’inclination d’hériter de ma tante Brigitte qui sc trouvait être votre grand'mère...
quand vous Otes venue Ici , il y a dix-huit mois, après avoir perdu vos parents, la bonne femme vous a dit : Je sais , Bcrtho , que tu es promise dans ton pays à un certain Daniel qui est parti... très loin. .. en mer... il t’a demandé six ans pour faire fortune et revenir .. C’est le 15 juillet 1807 que le délai expire , promet H-moi, si d'Ici-lîi Daniel
n’est pas de retour, d’épouser Judoque : je ni doune mon quartier de terre... toi, tu hérites do ma maison... ça fait qu’il aura tout... Ce mariage-là m’a convenu d'eiublée... i cause de la cave...
BERTHE et CLËTE. De il cave!
jodoque. Oui.., c’est très commode une belle cave. . ça peut servir ft beaucoup de choses... Par exemple, k cacher les denrées qui ne veulent pas être vues. ,, (Tout en parlant il bat h briquet.)
uerthe. Que fkites-vons donc ?
jodoque. J vas illumiiUH' mon rat pour donner un coup d'cidl dan* le CÉVeau. . histoire de jauger sa profondeur,
uerthe, d part. Ab! tnott Dieu! 'Haut et vivtmrnl). Du tout!.., je n'entends pas ça... je vous lo défendit..
jodoque. Kt pourquoi?
CI.ËtÊ , qui S suivi des yeux f émotion Je Uerthe. Parce que tous it'étes pas encore le maître Ici.,. Il ii'e»t pAs permis de visiter comme ça chez les autres.
JObOQlE. Babl II cave,., ça n’a rien d'inconvenant. D'ailleurs ce sera bientôt fait... le tclbps seulement de voir partout.
[Il #e dirige vers le rnreau.)
uerthe, d demi-voix. Empêche-le d'y aller, Clète.
CI.ËTE, barrant le passage à Jodoque.' Fil bien ! non..» vous n’irez pas. . [Oa egltud au loin un coup de canon. )
TOUS trois, avec frayeur. Oh !