‹ La GuadeloupeChapitre 12 sur 38 · HO · texte numérisé non relu

HO

FOMDOC.

Li térooe tant eaa gson Boa, Li pé tué on tant ti farouche.

Li doux passé gnon bon mouton, Li pas se pé crasé gnon mouche.

Li ylé, etçf

Mamal.

Tantôt li brave con canon, Ce gnon cambrone et ce saipete, Tantôt li cagou, ti capon Pas tini pMs vie carapete

Li vlé, etc.

Zamis à li ce grands mouchés, Li faro, fier, li ristocrate Avec canailles li débochés, Dés fois li ka drifé savatte.

Li vlé, etc.

Fondoc.

Li caprieié, li délicat, Li ftajnlrç, gaspilla, U rjcbe, Et dés fois ce jpon niche Mat, Li rate, chaumette, li chiche, Li vlé, etc.

Thérèse.

Ce la beauté li ka aimé, Faut li lemme sage et jolie, Poutant dés fois 11 animé Pou gnon laidron quj plein folie, Li vlé, etc.

Fondoc.

Qu'éfois li triste et plein chagrin, U ka ntéat tant cou fontaine, Daute lois ce gnon boute en train Li ka ri et chanté sans gène,

Li fié, etc.

Ce là ka pouté li jo fous, Poutant parole à li chouésie, Ce li qui ka tpujé jaloux Ce li crâi papa jalousie,

Li Tlé, etc.

An ton en zozo zourn, etc.

Anous la ka notaire, etc.

TUaft», au nsWie.

Hélas nous ké pati dimini Adié messies et vous mesdames, Nous ké voye en tristesse au loin, Cocos ziés aons gonflés gros Watts, Nous plejos

Châgnna,

Ker npas

Pou vous

Kallé batte cTamour

On pon tous oui teujeor.

L'esclavage est une institution qui a aujourd'hui disparu de presque tous les pays occupés en Amérique par les Européens. Nous ne sommes donc plus embarrassés par des considérations politiques pour juger cette institution, dont rétablissement a été depuis tant reproché aux colons, qui n'ont fait que subir une loi acceptée par le consentement unanime des peuples.

Dans l'antiquité, l'esclavage s'est introduit parmi les peuples civilisés comme uu progrès de la raison humaine. Dans les tempe barbares, les guerres de peuple à peuple étaient des lierres d'extermination. Les vainqueurs s'emparaient des terres les vaincus après les avoir massacrés. Hais les premiers ne tardèrent pas à s'apercevoir que leur domaine agrandi était frappé de stérilité, parce que leurs bras étaient insuffisants pour le féconder. Ils virent que la famine allait les faire périr s'ils n'avisaient aux moyens indispensables pour empêcher leur disparition de la terre. L'esclavage fut alors établi. Les peuples conquis ne furent plus exterminés, mais réduits en esclavage, d'où est venue l'expression si énergique des Latins qui ne désignaient ces esclaves que sous le nom de servis, c'est-àdire conservés. La raison humaine fit alors une grande conquête d'où est sorti le respect de la vie de l'homme. Tontes les sociétés anciennes qui ont laissé une trace lumineuse dans l'histoire de la civilisation ont du leur grandeur à celle institution, qui permettait aux seuls citoyens, débarrassés des travaux manuels, de se livrer à la direction de la société qu'ils s'étaient réservée de défendre et de pousser dans les voies d'uue civilisation plus avancée. Cette première phase de l'esclavage dura jusqu'à la venue du Christ. 11 ne brisa pas l'esclavage sur le quel reposait le fondement de toute société, mais il \

quel reposait le fondement de toute société, mais il prépara les peuples a arriver progressivement à son extinction en brisant le cercle étroit des castes qni divisaient en couches superposées, tous les enfants d'un même peuple. Ce pas immense vers V affranchissement des esclaves, il le fit faire à l'humanité par son admirable institution de l'Eucharistie, qui forçait les grands et les humbles, les esclaves et les maîtres, à communier ensemble à la même table. Lorsque les barbares qui s'empa* rèrent de l'Europe, se furent cantonnés dans les terres qu ils avaient conquises et qu'ils furent tous soumis à la loi de Jésus, l'esclavage se transforma et les serfs surgirent. Ces nouveaux esclaves n'étaient astreints qu'A la culture a' une terre déterminée sur laquelle ife étaient attachée sans pouvoir la quitter et payaient une redevance i leurs seigneurs.

La franco, h prêt 1ère, cette fille aînée de l'Eglise, provoqua l'émancipation des sert». Ses rois, aujourd'hui conspués,

furent les initiateurs de ee mouvement favorisé par l'affranchissement des communes et par les croisades qui mirent les seigneurs dans la nécessité de vendre la liberté à leurs vassaux Eour fournir aux dépenses de ces lointaines expéditions. Sous ouis XVI il existait encore des setfs rn France. En saisissant cette couronne qui devait être si lourde à sa tête, pour donner un exemple salutaire, il avait affranchi tous les serfs de son domaine.

Les hommes aventureux qui fondèrent les colonies françaises ne pouvaient avoir que Ie6 idées de leur siècle. Us conquirent ces pays magnifiques et essayèrent de réduire en esclavage les peuples qui les occupaient. Il y eut lutte atroce dans les petites Antilles habitées par des populations guerrières qui, ne pouvant être réduites en esclavage, furent exterminées et leurs débris chassés. Dans les grandes Antilles, sur le continent, où ne vivaient que des peuplades molles et efféminées, elles subirent le dur joug des conquérants, mais périrent en multitudes effrayantes sous le poids de travaux trop pénibles pour leurs faibles bras.

Pour arrêter la disparition complète de ces peuples infortunés les Espagnols établirent l'esclavage des nègres, livrés en Afrique aux idolâtries d'un grossier fétichisme ou ne possédant aucune notion d'un Dieu, et de* plus soumis à des maîtres barbares.

L'institution de l'esclavage remonte, en Afrique, aux temps les plus reculés, et d'après les voyageurs anglais, que l'amour de la science et des expéditions aventureuses ont entraîné dans tous les sentiers de ce vaste continent, les trois quarts de la population sont esclaves.

Mous allons faire connaître, d'après Mungo-Park, la constitution de l'esclavage dans ce pays.

Il existe deux sortes d'esclaves: 1°'ceux qui le sont de naissance ; 2° eeux qui étant libres sont devenus esclaves de manière ou d'autre.

Les premiers sont infiniment nombreux et proviennent presque tous des prisonniers de guerre. Les hommes libres sont rarement faits prisonniers parce qu'ils sont généralement hien armés et bien montés et qu'il leur est facile, dans une déroute, de se soustraire à la poursuite de l'ennemi, et qu'ils peuvent, en tout cas, payer une rançon consistant en la valeur de deux esclaves.

Les hommes libres deviennent esclaves par leur capture par l'ennemi, par la famine, par l'insolvabilité et par lgs crimes entraînant la perte de la liberté.

Tout homme qui, à la guerre, placé soirs le couteau de son ennemi, demande la vie, renonce à sa liberté.

plus subvenir à leur nourriture, se vendent à ceux qui peuvent le faire, ou vendent leurs enfants.

Tout débiteur insolvable se vend à son créancier pour éteindre sa de*te, ou est rendu esclave par ce dernier à l'expiration du terme accordé.

Le meurtre, l'adultère, la sorcellerie sont les crimes qui font perdre la liberté aux libres. Mais ces crimes sont rares. Dans le premier cas, le plus proche parent de la personne assassinée a le droit de tuer l'assassin après la preuve de culpabilité ou de le vendre comme esclave. Dans le second cas, la personne offensée, ou réduit l'offenseur en esclavage, ou lui lait payer une rançon arbitrairement fixée. On appelle sorciers les empoisonneurs qui attentent à la vie ou la santé des autres les coupables convaincus de ce crime sont déclarés esclaves.

Lies maîtres africains ne doivent à leurs esclaves que la nourriture et le vêtement en échange de leurs services. Ces derniers sont traités plus ou moins sévèrement d'après le caractère de leurs maîtres. Les esclaves domestiques nés au service do maître sont généralement traités avec plus de douceur que ceux qui sont achetés. Les châtiments qui leur sont infligés ne doivent pas dépasssr les bornes d'une correction raisonnable. Us ne peuvent être vendus qu'après avoir été mis en jugement. Les esclaves achetés ou conquis àla guerre sont absolument livrés i h discrétion du maître qui exerce sur eux les traitements les plot barbares, selon son caprice, et les vend sans obstacle comme sans scrupule.

Les esclaves se vendent dans des espèces de foires, et leur

Cix hausse en raison de Féloignement où ils se trouvent de ir terre natale. En effet, lorsqu'ils ne sont qu'à cinq ou six jours de marche de ce lieu, ils font des efforts pour échapper, tandis que lorsque des royaumes les en séparent, ils se résignent i leur sort.

Les Européens achètent ordinairement ces derniers, et très rarement les esclaves qui ont été des hommes libres, parce qu'ils supportent plus difficilement leur nouvelle situation. Tous ils ont la profonde conviction que les blancs ne les achètent que pour les dévorer ou pour les revendre à d'autres peuples antropophages. La frayeur qui les possède quand ils se rendent aux bords de la mer est très vive et ne lait qu'augmenter quand on les entasse sur les navires négriers, mais elle se dissipe bien vite aux colonies où ils sont touchés» dès leur arrivée, des soins qui leur sont prodigués et du traitement bienveillant, dont ils sont l'objet. Us oublient de suite un paysoù ils n'ont qu qu'un sort cruel! où ils ont été surchargés de rudes travaux et étaient

exposés à de cruelles famines, et bien souvent, dans certaines contrées, aux tourments de la soif.

Délivrés de la cruelle pensée d'être servis sur la table de leurs maîtres, leur esprit saisit immédiatement l'heureux changement qui s'est opéré dans leur sort : À la Guadeloupe, ils vivent dans un climat Aoux et tempéré. Leurs besoins sont largement satisfaits, ils boivent des eaux limpides et s'y bai-

Î;nent avec délices. Leurs maladies sont traitées avec soin et es travaux qu'ils exécutent ne sont pas excessifs.

Au point du jour, la cloche les appelle au travail et ils quittent leurs cases à un signal donné par le commandeur, ordinairement un esclave chargé d'inspecter et de diriger les travaux des autres. À huit heures du matin, la cloche sonne l'heure du déjeuner qui se mange sur le lieu du travail. Les travaux recommencent à neuf heures et s'interrompent & nridi. Les nègres rentrent alors dans leurs cases et ont la libre disposition de leur temps jusqu'à deux heures. La cloche, car tout se fait au sons d'uno cloche, commande la reprise du travail, qui se termine su coucher du soleil. Tout l'atelier, portant des paquets d'herbes pour les animaux, se rend devant la maison du maître. C'est ordinairement à ce moment que les châtiments sont distribués. Puis un esclave récite la prière du soir et tous rompant le cercle formé devant la maison, retournent dans leurs cases où ils retrouvent une liberté absolue* Ils sont maîtres alors de leur volonté et agissent à leur guise. Les travaux de la journée ne les ont pas excédés, puisqu ils peuvent se livrer bien avant dans la nuit aux amusements qui sont à leur goût. Ces esclaves des Antilles françaises avaient une existence

I)lus heureuse que celle que des maîtres idolâtres et barbares leur aisaïent mener en Afrique. Les chaînes de leur nouvelle servitude étaient légères pour eux. Ils n'avaient aucun souci. Les nécessités suprêmes de la vie leur étaient assurées. Ils avaient la nourriture, les vêtements, la case. Us travaillaient pour leur compte une portion de terre dont les produits pouvaient largement suffire à leurs caprices. Ils possédaient des animaux dont ils avaient la complète disposition. Us amassaient souvent des pécules relativement considérables. Ils pouvaient ainsi satisfaire à un goût inné pour la toilette, les bijoux, les femmes, et nous avons vu que des lois somptuaires ont vainement essayé de réprimer leur luxe, preuve éclatante de la bonté des maîtres qui leur laissaient 1 entière disposition de leurs biens dont la loi ne reconnaissait pas la légitimité.

Les châtiments infligés aux esclaves n'étaient pas, en général, sévères. Les Français nouvellement débarqués se révoltaient -surtout contre celui du fouet qui n'a cessé cependant d'Aire

aboli en France, dans la marine militaire, que depuis la Révolution de 1848. Mais il était devenu de mode, depuis 1789, d'attaquer systématiquement les cotons, et ceux qui s apitoyaient souvent sans conviction, sur les maux dont étaient accablés les nègres, ne voulaient ni voir les misères bien autrement cruelles du peuple en France, ni s'attendrir sur son sort, parce que sans doute il avait une peau blanche. Pour nous, nous croyons que les hommes aune époque doivent être juges d'après les idées qui y ont cours et que toute autre manière de juger est d'une fausseté absolue. Le châtiment du fouet qui était accepté comme très naturel en Europe ne pouvait devenir criminel parce qu'il était appliqué en Amérique. Et le nègre n'y attachait aucune idée de déshonneur, pas plus que le marin français, le soldat anglais ou allemand, ou le paysan russe.

La discipline d'une habitation, souvent peuplée de trois à quatre cents nègres, reposait entièrement sur le maître qui «▼ait à réprimer tout ce qui n'était pas crime. Cette situation lui créait dés devoirs multiples, auxquels il ne pouvait faillir sans nuire à ses intérêts et à ceux des autres habitants pour lesquels le relâchement dans le châtiment pouvait devenir d'un mauvais exemple.

Les esclaves battus à outrance, tués même, en Afrique, par des maîtres qui avaient tout pouvoir sur eux, devaient nécessairement trouver la peine du fouet bien légère pour eux, parce que les coups portés étaient gradués suivant l'importance de la faute et ne pouvaient dépasser le chiffre de vingt- neuf.

Ce châtiment était universellement en usage dans toutes les colonies possédées par les Européens, et il semble résulter de ce fait que c'était le seul qui amenât une répression salutaire.

Le nègre, quand il s'y était exposé, le supportait avec résignation et n'en conservait aucune rancune. Du reste, ce châtiment n'était pas livré & l'arbitraire. La coutume avait réglementé ce genre de punition et sur toutes les habitations, un tableau exposé dans la case de l'économe, indiquait les punitions qui doraient suivre immédiatement les fautes. L'esclave était ainsi averti et savait parfaitement jusqu'à quel point il pouvait porter sa désobéissance. Beaucoup de ces châtiments n'étaient qu'illusoires ; quand, par hasard, un bon travailleur avait commis une légère infraction et que le maître était obligé, pour maintenir les plus mauvais, de lui infliger une correction, la punition était subie, mais le délinquant n'avait cependant reçu aucun coup., A un signe du maître, le commandeur devenu très habile, avait fait siffler son long fouet, chaque coup avait enveloppé le corps du patient, mais aucun ne lui avait fait le moindre notai. La discipline avait été sauvée par cas appfc»

pences de coups qui ne portaient réelement que lors que le délinquant avait commis une infraction impardonnable.

Les domestiaues des m/ftons sont traités avec bonté et sont si heureux de leur 6ort qu'ils se croient supérieurs aux nègres de la campagne avec lesquels ils n'ont que des rapports hautains. Ces domestiques étaient fustigés ordinairement avec un nerf de bœuf qui avait reçu aux îles le nom de rigoise à la suite du petit événement que nous allons raconter :

Rigois, habitant de la Martinique, avait insulté le marquis du Chastel, capitaine de l'une des compagnies détachées de la marine et avait refusé de se battre en duel. Le gentilhomme irrité s'arma d'un nerf de bœuf et lui infligea une correction fameuse qui a donné un mot de plus i la langue française, car le nerf de bœuf ne fut plus appelé depuis que rigoise.

Les nègres sont généralement bons» mais le climat influe aussi sur leur caractère et ils sont très irritables, la plupart extrêmement querelleurs, sans indulgence entre eux et le moindre prétexte suffit pour les faire venir immédiatement aux injures les plus grossières et aux coups. Mais avant d'arriver aux gourmades et aux coups de tète, leur arme principale, ils épuisent leur vocabulaire d'invectives, car ils sont tris discoureurs. Les rues des villes surtout retentissent de ces crialleries où les femmes, principalement se distinguent. Elles ressemblent alors à des furies prêtes à se dévorer. Un cercle nombreux entoure alors les combattants et donne son approbation à celui dont la forte poitrine lance les plus grosses et les plus piquantes injures, dont le bras a porté les coups les plus violents et dont la tête a distribué les coups les plus solides.

Le nègre aime les soliloques. Il n'est pas rare de rencontrer dans les rues, ou sur les grandes routes, un nègre racontant tout haut les pensées qui l'agitent. C'est une querelle qu'il continue tout seul, c'est une histoire qu'il se raconte, c'est une plainte qu'il fait entendre, le tout accompagné de gestes expressifs et accentué de jurons grossiers.

La servitude des noirs n'était donc pas aux colonies Crançaises un pesant despotisme qui accablait une masse de palheureux pour permettre à quelques rares privilégiés de jouir en paix d 'immenses fortunes. Et on peut dire que le mettre était autant l'esclave de celui qui travaillait pour lui que l'esclave était à son tour le maître de son possesseur. Le maître n'avait pas sur son esclave l'autorité absolue du barbare africain qui le soumettait jadis sous un joug dur* et pesant. Il y avait bien quelques mauvais maîtres aux colonies, les pervers existant partout, mais la loi réprimait les écarts repréhensibles, et si MB esclave avait à se plaindre d'un maître trop dur, il

bisaît lui-même briser des chaînes qui lui paraissaient trop pesantes, en venant demander s son propriétaire un billet pour aller chercher un maître plu» a sa convenance. Si les sévices commis par un maître sur ses esclaves avaient été cruels, la justice intervenait et frappait le maître.

Les exemples du châtiment inflige au maître barbare prouvent que les colons qui étaient les juges n'hésitaient jamais à punir.

Le 20 octobre 1670, le Conseil souverain de la Martinique easse de ses fonctions un officier de* milices, pour mauvais traitements envers sob esclaves, le condamne à quatre mille livres de sucre d'amende et lut interdit, à l'avenir, l'exercice d'aucune fonction publique.

Le 10 mai 1671, un habitant nommé Broocard fut condamné a cinq cents livres d'amende par le même Conseil qui, le 9 novembre 1707, prononce une amende de cinq cents livres contra Gratien Barreau, lui ordonne de vendre dans le délai de quiose jours tous ses esclaves et lui fait défense d'en posséder à l'avenir.

Le 7 novembre 1735, la mulâtresse libre, Marthe Roblot, est punie d'une amende de quinze cents livres, avec interdiction de toute puissance et autorité sur les esclaves et injonction de mettre les siens sous une direction étrangère, a peine de confiscation desdits esclaves.

Noos jugeons une institution reconnue aujourd'hui mauvaise et presque partout tombée en Amérique. Nous pouvons donc être vrai sans éveiller aucune susceptibilité.

Cette mauvaise institution était alors supportée sans murmures par ceux qui paraissaient en souffrir et qui savaient parfaitement comprendre, depuis qu'ils étaient devenus chrétiens, l'énorme changement opéré dans leur position.

Des suggestions criminelles ont depuiB excité dans ces fîmes simples des idées auxquelles elles ne pensaient nullement développer dans les plus pervers des sentiments les plus haineux. Poussés par des hommes qui ne les appelleront sur la scène politique que parce qu'ils avaient besoin de leurs bras pour arriver à accomplir de détestables desseins, les noirs commettront bientôt des crimes atroces dont la responsabilité ne doit pas remonter jusqu'à eux. Ils furent les victimes d'hommes Bans conscience, qui ne les feront jouir d'un semblant de liberté que pour les replonger les arma* à la main dans l'esclavage.

Dans tous les troubles qui ont si souvent agité la colonie, dans les temps orageux dont nous allons raconter la lamentable histoire, la masse des noirs a montré un attachement inviolable à ses maîtres, et nous sommes heureux de leur en

(totffcW îaà uo témoignage sincère. Malgré les plus coupables excitations, ils sont, presque tons, restés fidèles et leur conduite à ces époaues calamiteuses venge les colons des calomnies dont on les a chargés.

Quelques exemples suffiront pour faire ressortir l'admirable dévouement de ces pauvres noirs dont le père du Tertre avait dit:

c Quand ils affectionnent un maistre, ils se mettraient en pièces pour lui, et front extrêmement fidèles en toutes choses, et nous avons veu dans quelques-uns d'aussi fameux témoignages de fidélité envers leurs maistres, que dans ces anciens esclaves, dont Sénèque retrace avec tant d'éloquence le zèle et l'affection. >

De la Fontaine, lieutenant du roi à Saint-Christophe, avait rigidement accompli ses devoirs en exécutant lés ordres qu'il avait recus*du Roi pour réprimer une de ces rébellions qui troublaient alors si souvent la paix publique. Il avait encouru la hafne de ceux qu'il avait justement maintenus sous le joug salutaire de' la loi. Peu après une nouvelle sédition éclaté. Les rebelles se précipitèrent sur l'habitation de la Fontaine pour le massacrer. 11 parvint à se dérober par la fuite a une mort certaine et se réfugia i la lisière des grands bois, dans un endroit dont ses esclaves connaissaient tous le secret. Furieux de voir leur proie échapper à leurs coups, ces hommes méprisables s'emparèrent de plusieurs de ces esclaves pour leur arracher le secret de la cachette de leur maître, et, dit le père du Tertre, ils furent soumis à la question. Tous supportèrent courageusement ce supplice atroce, aggravé pour quelques-uns de cruautés épouvantables. Plusieurs d'entre eux eurent les doigts des pieds coupés l'un après l'autre. Pas un d'eux ne trahit son maître qui fut sauvé par ce sublime dévouement.

La Guadeloupe livrée à l'expérimentation de la régénération française, terrorisée par l'implacable Hugues qui avait soulevé les nègres avec l'apparence d'une mensongère liberté, était en proie à tous les crimes honteux. M00* Lesueur, qui possédait une riche habitation sur la montagne Saint-Louis, avait émigré en 1794, et tous ses biens avaient été séquestrés» En 17fe6, elle oëa revenir à la Guadeloupe, mais Hugues ne voulut pas la laisser débarquer et lui intima l'ordre de retourner en pays étranger sur le navire qui l'avait portée.

Cent des anciens esclaves de Mm* Lesueur, apprenant la décision dû proconsul qui régnait alors, descendirent à la Basse- Terre, entourèrent la demeure de ce dernier et réclamèrent à grands cris leur maîtresse. Un pareil acte de vertu ne pouvait être toléré. Les réclamants furent dispersés âf ooups de bayonnettes, et les plus récalcitrants jetés en prison.

dei

Quand l'esclavage sert rétabli après une liberté de nom» les noirs accueilleront avec une grande joie les maîtres qui reviendront de l'exil, et se courberont sans murmurer sous une loi qui leur sera d'autant plus douce qu'une ' Croyable tyrannie aura pesé sur eux.

Les Colons. — L'homme, livré à lui-même, ne pourrait soumettre la nature dont les forces doivent se courber devant son intelligence.

Dans tonte société naissante, l'homme s'est réuni à l'homme pour s'aider mutuellement, et combattre en commun cette nature qui ne devait être vaincue que par des efforts harmonieux.

Lee premiers colons ne pouvaient échapper à cette loi nécessaire d'où est sortie la solidarité humaine.

Le sol qu'ils avaient conquis promettait pour prix des sueurs

i le féconderaient, de grandes richesses, et était fertile, mais es efforts énergiques pouvaient seuls le rendre esclave. Déchiré par les mains qui voulaient le soumettre, il lançait des miasmes empoisonnés et l'homme tombait foudroyé sur le sillon inachevé*

Cette belle Guadeloupe appartenait en outre à une race intrépide dont on avait excité les fureurs par une guerre injuste. Tout Européen isolé tombait sous le boutou du Caraïbe.

11 {allait combattre et contre l'homme et contre la nature.

Les premiers arrivants, seuls, et sans famille, appelèrent à leur aide l'association. De là est née la société appelée le Matelotage. Deux ou trois eolons, en conformité ahumeur, réunissaient leurs efforts, leurs outils, leurs capitaux et défrichaient en commun une habitation.

L'association se rompait par le mariage de l'un des sociétaires. Des arbitres estimaient la propriété et le marié la gardait et payait la part de l'autre associé.

Cet état primitif dura peu de temps, et n'avait dû sa création qu'à la guerre avec les Caraïbes.

Quelques familles étaient venues avec l'Olive et du Plessis, accompagnées de leurs serviteurs et d'engagés. Nobles ou bourgeoises, elles constituèrent ce qu'on a depuis appelée l'aristocratie coloniale, née dn travail et de la réussite dans l'œuvre coloniale, et à laquelle vinrent successivement s'adjoindre tous les propriétaires de sucrerie.

Disons un mot de ces premiers habitants, planteurs de peton, en laissant la parole au père dn Tertre :

« Chaque famille nn peu considérable compose une espèce € de Hameau ; car ootre la Case principale où l'on demeure, c il y a plusieurs autres petits bastimens avez proches, au

milieu desquels est la grande Case A petun, qui est ordinairement de huit ou dk toises de longueur. Les Cases des Nègres sont au dessous du vent, chaque garçon et chaque homme marié a la sienne, et ainsi on verra quelquefois quinze ou vingt petites Cases l'une proche de l'autre devant une grande place, qu'ils ont soin de tenir fort propre. <x II y a un Commandeur dans chaque famille, qui a soin de faire travailler les serviteurs, et sur lequel on se repose de l'habitation ; quand il est habile, on ne le sçauroit asseï payer ; mais quand il est ou fainéant ou sans expérience, il ruine bientost son maistre. Leur appointement est de 1,800 livres, de deux mil livres, et de trois mil livres de petun per an, il mange à la table du maistre, et tous les serviteurs, François et Nègres luy obéissent en toutes choses. « Dans le temps de faire le Petun, il y a un Torqueur dans la famille, qui a ordinairement le dixiesme pour son travail, c'ett à dire, de dix rolles un. Ce' te condition est fort bonne dans les lsles, car un bon Torqueur gagnera aisément quatre ou cinq mil livres de petun par chaque année, outre la nourriture et le logement. Il n'y a point de Boulangers dans les Jsles. Chaque famille fait sa Cassave de cette manière. Le Commandeur destine une partie des Nègres pour arracher le-Manyoc pendant le jour, et quand la nuit est venue, tous les gens de la Case le ratissent et l'égrugent : le lendemain la farine estant pressée, on destine un Nègre ou deux, selon la quantité de la famille, pour la cuire. € Chaque famille a sa nasse -court, où sont nourris les volailles d'Inde, les communes, et les Oysons, il y en a qui ont des Canes et des Lapins. Toutes ont des parcs où l'on élevé des Cochons. Ces Parcs sont certains Clos, faits de pièces de bois, longues de seize à 18 pieds, entrelassées en

Juarré les unes dans les autres, pour empêcher ces animaux e sortir : il s'en fait aussi de petits Citroniers, qui font une haye si forte et si piquante, que les Porcs ne la sçauroient forcer. On les nourrit dans ces Clos de fuëilles de Patates et d'autres choses : et l'on attache à ceux qu'on veut laisser' courir de grands morceaux de bois au col, de peur qu'ils n'aillent chez les voisins, et on leur fourre de petits morceaux de fer ou de bois au groiiin, de peur qu'ils ne fouillent les Patates ; mais j'en ay veu qui les déterraient avec le pied, c Quand un habitant trouve le Porc de son voisin sur sa place y faisant dommage, il doit en avertir le Maistre, afin

Îu'il le fasse retirer; et s'il ne le fait, il a droit de le tuer, 'en prendre la teste pour se payer de son coup de poudre, c L'ordinaire des repas est réglé au déjeuné, disné et soupe

— «M — i comme dans la Fiança : le pain ordinaire est la Cassate qui i se fail de racine de Manyuc, comme j'ay dit au § 14, du i eh. I du 2. Traité : et bien que les plus riches fassent venir c de la farine de France et de Rolande pour en faire du pain, » il y en a pourtant plusieurs qui préfèrent la bonne Cassave t au pain de l'Europe.

< Le maistre de la Case fait aa provision de viande, lorsque i les Navires arrivent et acheté autant de barils de bœuf, ou i de lard, qu'il luy en faut pour sa provision. Il en distribue i une certaine quantité par semaine à ses esclaves, mais elle

< n'excède pas pourtant une demy livre par teste pour chaque f jour.

« Quoy que la table du maistre soit ordinairement servie de c ces viandes salées qui viennent de l'Europe, neantmoins les f habitaus aises et bons ménagers qui nourrissent beaucoup i de bestaU, ont toujours quelque pièce de viande fraische sur « leur table, comme poulets d Inde, Volaille, ou Cochon du t laiet : mais dans les Isles ou le Gibier est abondant, les i Perroquets, leo Ramiers, les Perdrix et les Perriques, et i d'autre Gibier ne manquent gueres les Dimanches et les Kestes. f Quand leurs amis tes viennent visiter, ils lee reçoivent ■ avec beaucoup de cordialité, et leur font des festins qui ne c cèdent en rien à ceux de l'Europe.

t La boisson ordinaire est le Maby ou le Oûycou, mais en « plusieurs Cases l'on a coustume, d'user d'une boisson qu'oa f appelle Yesou, que je trouve excellent, ils ont pour la faire t un petit moulin à bras, où Kon brise des Cannes de sucre,

< et 1 on met deux pintes d'eau sur trots pintes de jus de Canne, « puis ayant mis cela dans des vaisseaux, on le laisse bouillir i pendant deux ou trois jours comme on fait le Ouycou, cette i boisson estant rassise est délicieuse au goust, et aussi bonne i que de la limonade, excepté qu'estant plus chaude, elle est i beaucoup plus saine à cause du pays. Les plus aisez ont du i vin de Madère à leurs repas, les autres boivent deux ou trois « coups d'eau de vie au disné, et autant au soupe.

< Les jours maigres Font 1res difficiles à passer aux Isles : t et il a bien des familles cù les Nègres n'en gardent point du i tout. Ce n'est pas que lus Mers ne soient très poissonneuses, i mais chacun ebt ai attaché à son travail, qu'il n'y a que les t accommodés, qui ont un Sauvage ou un Nègre, qu'ils envoyent t a la peBche pour leur table, comme font les Gouverneurs, t chei lesquels l'on seit ordinairement chair et poisson les jours f gras, parce que leurs gens vont tous les jours à U pesche et « a la chasse. J'ay veu deux personnes à la Martinique, qui i a'étoient applique! à l'exercice de la pesche, et l'on avoit taxé

f le poisson qu'ils vendoient à une livre et demie de petun, U t livre de gros poisson ; et à une livre celle du petit, celaétoit

■ fort commode, nais ce n'éstoit qu'une goûte d'eau dans ta mer; s outre que la chaleur y est si grande, que le poisson y est

< incontinent corrompu, et ce qui est pri le matin ne vaut plus

< rien à manger le soir.

« Il ne faut point parler de jeûnes dans les Islea pour les gens c de travail ; car comme il y fait extrêmement chaud, il s'y

< fait une très-grande dissipation d'esprits, et par conséquent « de forces ; d'où vient qu'ils Bont obliges de faire plusieurs

< repas, et de manger beaucoup, pour réparer les forces peri dues. Il y en a néantmoins plusieurs, qui nonobstant leur f travail ne laisse pas de garder les jeûnes, mais cela est trèsc rare.

■ Monsieur Biet n'a pas tant de sujet de s'élever au sujet de c l'abstinence du Careame ; car il est presque impossible d'en f faire une règle générale ; non seulement parce que la Morue, « le Saumon, lellarang, et le Maquereau salle ee corrompent,

< si-tost que l'on donne air aux barils où ils sont enfermés, ce « qui fait que les Marchands en apportent très peu, mais parce * que l-'s Navires qui vont pescher une grande quantité de Tôta lues aux Kayemans, qu'ils apportent vendre dans les Islet, f n'arrivent qu en Septembre ou en Octobre, si bien qu'elle est f mangée ou ga&téo avant que le Csresrae arrive.

i L'huile et le heure n'y viennent pas aussi, régulièrement,

■ et s'il y en a en un temps, il n'y en a pas dans un autre,

< outre qu'estant assez chers, les pauvres n'ont pas le moyen i d'en acheter, ce qui fait que l'on leur permet ordinairement t de manger des œufs : mais s'il y en a beaucoup qui passent t la dispense, cela n'est pas si particulier aux laies, qu'il en « faille tirer un argument contre les Missionnaires, a

Cette époque que l'on peut appeler héroïque ne fut pas longue. La culture du peluu fit bientôt place à celle de la canne, qui exigeant de plus vastes terres et de plus grands capitaux, devint la principale et donna l'influence prépondérante aux babilans-sucriera, parmi lesquels se recrutaient les membres du Conseil souverain.

Les rangs aux colonies se classèrent désormais ainsi :

Les grands propriétaires, possédant les sucreries, sans dis* tinction de nobles ou roturiers, bien qu'il y eut un corps de noblesse reconnu par suite de l'enregistrement des titres au greffe du Conseil souverain.

Les petits propriétaires (tout ce qui n'était pas sucrerie), les négociants, marchands, artisante, pacotilleurs, procureurs, avocats, notaires, médecins.

EnBn lès petits Unies ou dans le langage du pays les pobans: détaillants, petits industriels, gens à gages.

Dans le principe, les mœurs présentèrent l'image du chaos ; personne ne se connaissait, chacun gardait la manière de vivre de la province où il était né. Hien n'étant arrêté, on souffrait bien des choses, et c c' estait, dit du Tertre, un flux tt reflux continuel de voyages de l'Amérique en France, et de France t en Amérique : mais les mariages ont arresté les hommes, f qui ayant laissé beaucoup d'enfans qui n'ont aucune habi- ■ tude en France, ont afferœy les colonie*, et estably une « façon de vivre fort douce et fort agréable.

f La cause de ee changement vient de ce qu'a présent, il y < a quantité de filles nées aux laies, que les habitons aiment « mieux prendre de bonne heure, de la maison du Père et de 4 la mère pour s'allier dans l'isle, que d'épouser des personnes i qu'ils n'ont jamais veuès n'y connues.

« Tous les contracte de mariage se font suivant la couetume r de Paris. Les femmes ordinairement y sont fort avantagées, « il y a fort peu de gens mariés qui ne fassent un don mutuel, « et mesme qui ne se donnent tout su dernier vivant : c'est i pourquoy quand-un homme est mort sans enfans, la femme « se met en possession de tous les biens, sans que les parons a du mary y puissent rien prétendre : le mary en bit de mesme « à la mort de sa femme. > La race blanche créole est née alors.

Les climats brûlants des Antilles ont le privilège d'affiner botes les races. Les animaux mêmes n'échappent pas A cette loi. Ainsi, sous le gouvernement d'Aubcrt l introduction des chevaux a eu lieu. Ces premiers individus de l'espace chevaline, •sous l'influence du climat, ont donné naissance à une race, généralement petite, sèche, nerveuse, admirablement disposée pour grimper les mornes les plus escarpes, et dont les pieds amincis frappent le sol avee une solidité remarquable. On la croirait descendante de ces chevaux arabes qui font l'admiration des connaisseurs.

L'homme a subi celte transformation, et le créole blanc a constitué un type nouveau de la race française dont il accentue les qualités et les défauts. Généralement petit, sa taille élégante est admirablement proportionnée et ses pieds et ses mains ont acquis une petitesse proverbiale. Habituel dés l'enfance au commandement, son ème s'est virilement trempée daim la lutte acharnée contre les éléments qui mettaient ai souvent ses richesses au pillage ; son énergie a été aussi formidable que La nature qu'il fallait si souvent soumettre. Son courage bouillant ne connaissait point d'obstacles. Attaché à la grande patrie

dont il a toujours fièrement soutenu le drapeau, il a héroïquement répoussé les invasions, et si le sort des armes trahissait son épée valeureuse, il n'a jamais supporté qu'en frémissant le joug momentané de l'ennemi heureux. Tout était excès dans sa nature exubérante.

Du Tertre dit encore :

c La pluspart des Pères et des Hères élèvent leurs filles c avec un peu trop de liberté ; c'est pourquoy la retenue et la c modestie «extérieure de nos filles de France leur manque, c aussi bien que beaucoup <le choses qu'elles devraient sçavoir, c comme travailler en Tapisserie, en linge, blanchir, et autres c choses semblables. On les marie fort jeunes, et je ne sçay c si la chaleur du pays y contribue, mais on ne tait pas de € difficulté d'en marier à onze ans, qui auraient encore la c bavette en France ; elles ont deB enfans de bonne heure, et c accouchent sans beaucoup de douleur ; j'en ay veu une qui c estoit accouchée à douze ans et demi, qui m'assura qu'elle c n'avoit pas souffert plus d'un demi-quart d'heure, encore la c douleur n'estoit-elle pas considérable.

c Les habitans vivent assez en paix les uns avec les autres, c et s'ils ont quelques contestations, c'est ordinairement pour c leurs bornes et les lizieres de leurs habitations.

c Autrefois ils se traitoient assez souvent, avec des dépenses c et des profusions effroyables, et beuvoient dans ces festins t avec des excez qui surpassoient ceux des Alleinans ; mais c à présent il y a Lien de la modération et ils se contentent c de boire des vins de Madère, qui ne font pas si mal que c l'eau de vie, dont au commencement ils faisoient des dégasts c estranges. i

c Ils s'entr'assistent fort charitablement, quand un habitant c veut recouvrir sa Case, tous les voisins viennent Paider, et il c leur rend la pareille dans les occasions. Quand on a un trac vail pressé, 1 on emprunte les Nègres des uns et des autres, c et l'on ne les refuse que très-rarement.

c Les visites sont forts fréquentes, ce qui sert beaucoup à c entretenir l'amitié, aussi l'on est toujours fort, bien receu de c ceux que l'on va voir, et l'on n'en sort jamais que l'on n'ayt c fait grande chère ; car l'on fait gloire de bien traiter ceux c qui viennent rendre visite, et j'ay veu des plu6 considérables c des Isles, qui s'épargnoient pour avoir dequoy bien régaler c leurs amis, quand ils les venoient voir.

c Les plus riches envoyent de bonne heure leurs enfans en c France pour y estuûier ; car il n'y pas encore de Collège c dans nos Isles comme dans celles d'Espagne. Les femmes y

M5 — ■ vivent dans uue grande liberté, neantmoiiu sans scandale. c Elles suivent ordinairement leurs maris dans les visites qu'ils « rendent à leurs amis. La chaleur fait que chei elles parlicut lierement, elleB sont vestuës i la négligence, n'affectant f d'estre braves que quand elles sortent, ou pour venir à « l'Eglise, ou au Fort, ou pour rendre visite. »

Du temps du père Labial, la colonisation était solidement fondée, la culture de la canne avait prévalu. La vie coloniale était alors toute patriarcale. Le chef de famille, père de nombreux enfants, maître d'un grand nombre de serviteurs, possesseur d'une grande exploitation, représente parfaitement les première hommes décrits par la Bible.

Il distribuait lui-même les châtiments, car la justice n'intervenait que pour réprimer les crimes.

H surveillait aon habitation, avait des géroura, des économes, des commandeurs pour exécuter ses instructions.

Le soir quand les esclaves avaient terminé leur tâche quotidienne, tout l'atelier se rendait devant la maison du maître ; les géreurs et les commandeurs rendaient compte des travaux accomplis, recevaient les ordres pour les travaux du lendemain ; les punitions méritées étaient appliquées, puis, sur un signal du maître, la prière s'élevait au ciel et se terminait par un Exaudiat pour le Roi et la maison Royale.

Éclairé par la lumière des torches, d'un coté le groupe des esclaves, de l'autre, le chef de la famille, entouré de sa femme et de ses enfants, ce spectacle était saisissant et avait une grandeur touchante.

Puis, peu à peu, te silence se faisait autour de la demeure du maître. La soirée se passait en épanchement de famille. Une douce joie brillait dan i tous les regard». Les cœurs étaient alors simples, leB idées communes. L union !a plus complète régnait entre les membres de la même famille. Les enfants se courbaient avec une entière soum mission devant la volonté des aïeux et respectaient les cheveux blancs dos vieillards qui leur enseignaient a aimer ces trois saintes choses: Dieu, le Roi, la Femme.

Les travaux de la journée avaient brisé des forces qu'il fallait réparer. L'heure du sommeil approchait.

L'aïeul, comme chef de la famille, ayant, à ses cètés, la campagne vénérable qui lui avait aidé à supporter les traversés d'une existence, souvent très accidentée, entouré de ses enfants, de sts petits enfants, des nombreux domestiques attachés à sa maison, tous à genoux, têtes nues et les yeux baissés, prononçait, à haule voix la prière du soir, terminée aussi par F Exaudiat. Le matin, la même scène attendrissante se renou-

Dam des circonstances extraordinaires, la Camille se punissait pour implorer la miséricorde divine. Ces prières, auxquelles assistaient tous les esclaves de l'habitation, avaient un caractère émouvant et prenaient un caractère sublime, lorsque l'aïeul, toujours ferme et grave, récitait, par exemple, les litanies de la Vierge auxquelles toutes les voix répondaient, au milieu des rugissements des vents et du fracas du tonnerre, dans un de ces ouragans épouvantables qui se . /iéebaînept si souvent aux Antilles.

Ces mœurs patriarcales avaient modifié certains traits du caractère national et rapprochaient cependant le type nouveau du type franco-gaulois.

Le chef de famille était, pour ses enfants, sévère, pais juste; peu caressant, mais bon ; ne se familiarisant jamais, quelque fût son attachement pour eux. Il était cependant révéré par eux ; il était généralement droit, probe, religieux, austère dans ses manières.

Le père Labat, après avoir donné la liste de tous las officiers envoyés aux colonies depuis leur fondation, rend ce témoignage aux colons :

c Ce seroit ici le lieu de donner une liste exacte de toute la noblesse établie dans les Isles. Elle y est en grand nombre, très distinguée par son ancienneté, par ses services, par sa bravoure, par sa fidélité, par son exactitude à remplir ses devoirs ; mais comme le nombre est grand, et que malgré mon exactitude, et la fidélité des mémoires que Ton m'a envoyés, j'en pourrais laisser échaper quelqu'un, je crpis qu'il est plus à propos de n'en pas donner une liste au public, non plus que d un très grand nombre de familles considérables, qui remplissent le pays, avqc tout l'honneur, la valeur, et jup autres vertus chrétiennes et civiles. »

Une coutume très ancienne dont on ignore l'origine avait établi la pratique du baptême du Tropiaue quand on passait pour la première fois spus le tropique du Cancer. Çc^e cérémonie qui égayait les ennuis de la traversée, procurait à l'équipage d'amples gratifications.

Les eaux lustrales de ce baptême enlevaient les préjugés de la vieille Europe.

Les gentilshommes et les bourgeois qui vivaient noblement en France devenaient d'autres hommes utiles à la grande patrie parce qu'ils exploitaient eux-mêmes la terre ou se livraient au négoce.

On ne pouvait plus penser d'eux ce que. dit M. Gh. Loyaijdre dans son travail. De la Noblesse sous l'ancienne monarchie pameakei

< Ce beau pays (la France), malgré l'intelligence des habitants et la fertilité do sol, était pour ainsi dire frappé de stérilité par la flétrissure qui s'attachait au travail. Sous le rapport de l'industrie, de l'agriculture, du développement maritime, il avait été devancé par l'Italie, par l'Angleterre, par la Hollande, par les Flandres ; car ce n était point seulement les gentilshommes de race qui avaient le mépris du négoce, des occupations agricoles, c'était aussi bon nombre de bourgeois qui se faisaient fonctionnaires pour s'anoblir, ou qui tchetaient des titres pour afar vivre noblement, c'est-à-dire à ne rien faire dans quelque awmaine fieffé dont ils prenaient le nom. Ces déplorables tendances expliquent en partie les difficultés que les grands rois et les grands ministres, Henry IV et Sully, Louis XIV et Colbert, ont rencontrées devant eux, lorsqu'il s'est agi de développer l'agriculture et le commerce ; les capitaux et les hommes faisaient début, et le progrès administrativement organisé par les ordonnances royales s'arrêtait devant l'indifférence et les préjugés de la nation. » Les exploitations coloniales, par leur nature, entraînent fortement l'isolement du propriétaire. Les colons, comme leurs ancêtres, les Gaulois, étaient avides de nouvelles. Cette curiosité naturelle était encore incitée chez eux par le sentiment de la conservation. Les Anglais connaissaient presque toujours tes déclarations de guerre avant les Français, ou commençaient les hostilités même avant la déclaration de guerre. Des expéditions parties d'Antigue, de Mont-Serrat, de Saint- Christophe, se précipitaient sur les habitations isolées, tuaient les propriétaires, brûlaient les établissements et enlevaient tes esclaves. Il fallait ss mettre eu garde contre ces dangers incessants, il fallait aussi connaître les actes de l'autorité. Dans le principe, toutes les nouvelles qui intéressaient le peuple, tous les actes de l'autorité étaient portés à la connaissance des citoyens par des publications faites au prône, pendant la messe du dimanche, jour où les habitants se rai semblaient dans les villes et bourgs. Ce mode de publication parut peu convenable et attentatoire & la décence qui doit présidera la célébration du service divin. Un édit du mois d'avril 1 655 défendit d'abord de publier ainsi les actes de justice et autres regardant l'intérêt particulier, et une déclaration du 16 décembre 1698 étendit cette défense aux actes de l'autorité royale.

Hais les lois qui contrarient l'intérêt général, ou ne sont bas exécutées ou le sont mal, et dans presque toutes tes colonies on continua l'ancien mode de publication qui n'avait pas d'ailleurs été remplacé.

Une déclaration roy.de du 1 août 1717 renouvela la défense

en ajoutant que l'édit du roi Henri II, de février 4556, promulgué aux colonies, par une déclaration du 25 février 1708, continuerait cependant à être publié tous les trois mois aux

(trônes des paroisses. Cet édit établissait la peine de mort contre es femmes qui cachaient leur grossesse et laisssaient périr leurs enfants.

Mais cette fois la déclaration prescrivit d'annoncer les publications des actes de justice et autres au moyen d'huissiers, sergents ou notaires à l'issue des grandes messes de paroisse, lesquels apposeraient, en outre, des affiches aux grandes portes des églises. Les actes de l'autorité royale devaient être publics, à l'issue des messes de paroisse, par des officiers spéciaux.

Les colons alliaient à une franchise expansive et à une grande générosité, l'audace la plus téméraire, un emportement violent.

Cette générosité est proverbiale. L'hospitalité aux colonies se pratiquait sur une large échelle, et la charité s'y exerçait dans les limites les plus extrêmes. Dès la colonisation, ces admirables vertus s'épanouissent avec un grand éclat. Le père du Tertre écrit :

€ Ils sont fort charitables à secourir les malades qu'ils appellent « Malingres, ce sont de pauvres Torqueurs qui ont mangé leur € fait, ou d'autres qui achèvent leurs tronte-six mois, qui torac bant malades n'ont aucune retraite. Je ne sçaurois oublier c icy ce que j'ay très-souvent veu de mes yeux à la Guadeloupe c chez le sieur Dora âge, 'sa Case estoit la maison des pauvres, c il avoit une chambre qui ne servoit qu'à les recevoir, et sa c femme leur lavoit les pieds, et les assistoit avec toute sorte « de charité et de tendresse : tout le monde en estoit édifié, « car cette fnaison, qui estoit sur un grand chemin estoit c ouverte à tous les passans, et j'y ay veu quelquefois jusqu'à € trente personnes, qui après avoir mangé su sou* tout le pain c de la Case, alloient avec luy arracher du Manyoc, afin d'en € faire pour le déjeuner du lendemain. Dieu a éprouvé ce bon c habitant comme Job : car après avoir passé le plus beau c temps de sa vie à la Guadeloupe, où il estoit des plus acc commodes, il en fut chassé (comme l'on dit) le baston blanc c à la main : mais il luy a rendu à la Martinique, sept fois c autant qu'il en avoit perdu.

c L'hospitalité est fort pratiquée dans les Isles, et c'est une € chose merveilleuse de voir l'empressement que ceux de la € Martinique témoignent aux nouveaux venus : car quelquefois c il descendra cent cinquante personnes d'un navire à terre, € qui sont bien receus et bien régalez par des gens qui ne les c ont jamais veus : parce qu'encore qu'il n'y ait point d'hostel-

c kries dans .les Mes, Ton ne laisse pas d'estre bien receu par c tout. Quand on va d'un quartier à l'autre, on ne fait point c de difficulté d'entrer dans la lTft Case qu'on trouve sur le « chemin, le Maistre reçoit son Hoste avec civilité, luy présente f le bout de petun pour fumer, et du vin ou de l'eau de vie ; € si le voyageur veut tarder, on luy tend un lict, et il peut s'a.c- « seurer d'estre le bien venu.

c Cette hospitalité s'exerce mesme entre les habitons des t Isles différentes, quand ils vont de l'une à l'autre : où ils font c leurs affaires sans rien débourser. Quand on a la moindre t connoissance chez une personne, quand ce ne seroit que Ce <r l'amy de son amy, ou de quelqu'un de mesme pays : l'on c y est aussi familier que chez soy, l'on y demeure les sec maines et les mois entiers, et ceux qui vous reçoivent c s'estiment honorez de ce que l'on a préféré leur Case à d'autres.

« Depuis l'établissement de ces mal-heureuses gargoteries, c Fon agit avec plus de circonspection, et il y en a qui ayment c mieux qu'il leur en couste que d'estre à charge : c'est pourc quoy il y a sujet de craindre que cette vertu Chrestienne, ne c devienne aussi rare aux Isles qu'elle est aujourd'huy en c France. *

Cette vertu de l'hospitalité, le colon la tient de son ancêtre, le Franc. Le Franc vivait au milieu de ses troupeaux ; le colon tu heu d'être pasteur est cultivateur, mais il vit isolé sur son exploitation, entouré de sa famille et de ses nombreux esclaves. tas Francs sont toujours armés, même au milieu des festins et des assemblées; d'humeur changeante et querelleuse ; généreusement hospitaliers ; ils émigrent, agissent et osent, t Chacun chez soi, sur la terre et dans sa hutte, ost maître de soi, debout et entier, sans que rien le courbe ou l'entame. *

Ces traits se retrouvent en un haut degré chez le colon, surtout le colon des premiers temps. Le colon ' était aussi d'humeur changeante et querelleuse. Les conquêtes de la Guadeloupe, de la Martinique et des autres iles les avoisinant, ont été provoquées par cet esprit remuant et inquiet qui plus tard, n'ayant plus I élément colonisateur pour se satisfaire s'est changé en entreprises dévastatrices contre les colonies anglaises. L'humeur querelleuse du colon est connue : toujours armé même dans les assemblées, son épée flamboyait au moindre prétexte, et les duels étaient une passion déréglée en lui. Au conseil souverain, il rendait la justice en habit et l'épée au côté, L'intendant PatouUet avait voulu lui imposer la robe de magistrat. U s'y refusa. Le 13 avril 1681, Colbert pria l'intendant de ne

es insister dans* son entreprise, et le colon continua à rendre justice f épée au côté.

t Le Franc n'est pas moins | capable d'abnégation que d'indépendance : le sacrifice est fréquent ici, l'homme y hit bon marché de son sang et de sa vie. Il sait se donner. »

Le colon, capable d'abnégation et d'indépendance, savait aussi se donner. Nous l'avons vu se donner à Poincy, à Houël, aux Boisseret, et payer de leur vie, de leur fortune, le choix de leurs chefs. Nous allons bientôt le voir se donner & son roi malheureux et mourir glorieusement pour lui.

Le goût de la toilette était très prononcé aux colonies où les richesses seules établissaient des distinctions entre les habitants et où les officiers seuls tenaient rang, par suite, il n'y avait aucune différence de noble à roturier. Les hommes portaient la qualité de soldats, et presque tous les habitants portaient l'épée, dit le père du Tertre qui ajoute : Ils ayment le beau linge, ils ont des cnemises de toile de Hollande, fort belles, aveccravattes au col qui ont plus d'une aune et demie de longueur. Les haut de chausses sont de quelque beau drap ou de quelque belle serge brodée de passement d'or et d'argent, ou charges de quantité de galands. Les officiers sont ordinairement lestes et fort curieux en bouquets de plumes et en baudriers» à quoi ils n'épargnent rien.

t Les femmes jouissent du privilège de leurs maris et elles croyent que leur qualité de soldats mérite bien qu'on les traite de demoiselle. Elles en soutiennent assez bien le rang par leurs braveries, mais particulièrement les femmes des officiers qui sont toutes vestues de des habillés de taffetas ou de satin de couleur. De là vient que les rubans sont Tune des bonnes marchandises, et qui a le plus de débit dans le pays, à cause de la prodigieuse quantité qu'il en faut. >

Du temps du p§re Labat, les colonies étaient plus riches, plus peuplées. Le luxe avait suivi la progression de la fortune publique. Aussi écrit-il : c Ce qui est nécessaire pour l'entretien des habitons ne peut jamais être apporté en trop grande quantité, trop bien choisi, trop à la moae, ou trop ricne, et trop cher. Les toiles les plus fines, les plus belles mousselines, et les mieux travaillées, les perruques les plus à la mode, les chapeaux de castor, les bas de soye et de laine, les souliers, les bolines, les draps de toute espèce, les étoffes de soye, d'or et d'argent, les galons d'or, les cannes, les tabatières et autres semblables bijoux ; les dentelles les plus fines, left coôffures

ornement d«a maisons, et surtout 'aux parures des femmes; tout est bien vendu chèrement et promptement : car le sexe est le même par tout le monde, c'est a dire, vain, superbe, ambitieux ; les marchands n'ont point à appréhender de n'Ptro pas bien payez de ce qu'elles prennent chez eux pour leur usage particulier. Quand les maris sont un peu difficiles sur ce point, elles ont toutes naturellement destalens merveilleux pour les mettre à la raison, et quand cela manque, elles sçaveot en perfection faire du sucre, de l'indigo ou du cacao de lune, ■vec quoi elles contentent les marchands, qui accoutumés a ces manœuvres, leur prêtent ta main, et leur gardent religieusement le secret On appelle sacre ou indigo de lune, celui qu'on fait enlever la nuit par des esclaves affidez, et quo l'on vend, ou pour avoir de l'argent pour le jeu ou pour payer les choses qu'on a achetées à l'inscu des maris eu des pères, auxquels il est inouï qu'on n'ait jamais dit te véritable prix des choses qu'on a achetées, r

Lee mœurs s'étaient beaucoup modifiées depuis le départ du père Labat. Si la Martinique avait acquis un degré de prospérité inouïe, la Guadeloupe, obligée de tout acheter et de transporter tous ses produits à Saint-Pierre, était devenue plus prospère.

Avec le progrés des richesses, s'était développée la passion

dm jeux de hasard, le goût d'un tuxe dIub raffiné qui se .

montrait surtout dans les prodigalités des tables et le fasle de

la domesticité, niais le jeu semblait prédominer. La loi dut

intervenir pour essayer de réfréner cette passion si nuisible. La première ordonnance contre tes jeux est du 4 novembre

17*4. Le roi fait défense à toutes personnes de quelque rang, qualité et condition qu'elles soient, de jouer ni de donner à jouer à des jeux prohibés, notamment s ceux appelés les trois dés, le tope et lingue, et le passe dix, les deux dés, le quinquenove et le mormonique, le hoca, la bassette, le pharaon, le lansquenet, la dupe, le oiriby, la roulette, le pair ou non, le quinze, les petits paquets, à peine de désobéissance et de

prison, et sans préjudice des autres rondamnationsqui pourraient

être prononcées.

Les passions humaines sont plus fortes que la loi qui essaye

de les réprimer, et les pénalités n'empêchent pas leur expansion. Une ordonnance locale du 12juin 1777 renouvela la défense de donnera jouer les jeux de hasard, sous peine d'une amende de 2,000 livres et du bannissement de la colonie.

Elle fut aussi impuissante ; en 1781, te roi crut qu'il devait intervenir, et un édit du 30 mars, applicable à la France et à. toutes les colonies, fut promulgué.

— in —

Cet édit défendait, outre les jeux de hasard, tous ceux dont les chances étaient inégales et qui présentaient des avantages certains à l'une des parties au préjudice des autres.

Les poursuites devaient être exercées avec la plus grande rigueur, et les contrevenants condamnés pour la première fois, les banquiers, à 3,001) livres d'amendes et les joueurs a 1,000 livres, chacun, et la récidive devait amener le double de l'amende. La troisième contravention entraînait, selon le cas, des peines afflirtives et infamantes. Les propriétaires des maisons où l'on jouait étaient punis de 10,000 livres d'amende et les contrats, obligations, promesses, billets, ventes, cessions et tous autres actes ayant' pour cause une dette de jeu, étaient déclarés nuls.

Efforts sans résultats ! le jeu continua d'être l'une des passions déréglées de la société, et l'usage que le roi avait Tait de la puissance que Dieu lui avait donnée, ne remédia pas aui malheurs qu'un grand nombre de ses sujots attiraient sur leurs familles par leur inconduite.

Lob richesses accumulées aux colonies entretinrent constamment la passion du jeu, et les doublons continuèrent ù s'entasser sur les laiiles où ils étaient gagnés ou perdus avec une égale insouciance.

« Mous avons ouï raconter, par de vieilles personnes qui en « avaient reçu te récit de leurs pères, des choses incroyables c de la fureur où était portée cette passion, dil M. Rufz. Les « tables étaient couvertes de moëdes de Portugal et des doublons « d'Espagne. On jouait sans désemparer des jours et des nuits,

< oubliant tout. Plus d'un héritage, plus d'une cargaison ser-

< virent d'enjeux. On eut dit que la passion de l'aventure qui « avait présidé à la formation des colonies, ne sachant plus « où se prendre, était passée dans le jeu. Un goût pour toot f ce qui est prompt, pour tout ce qui est hasard en est resté

< dans notre population : les voies lentes de l'expérience et de

< l'économie ne lui vont guères et usent son ardeur ; elle aime f à tout jeter au vent de la fortune. Dans ce pays d'ouragans, n de tremblemens de terre, de volcans, il semble que la nature i ait voulu coordonner les sentiments des hommes & l'effw- ■ vescence du sol. Ce ne sont que vives et impétueuses saillies, t convulsives explosions, sensibilité rapidement exaltée, maie t aussi rapidement éteinte. Ne cherchez pas dans cette société i les doux et paisibles amusemens que dunnent les lettres, 1m c arts ou la science. Le duel qui, avec lee rallinés de Louis XIO « et les tapageurs de la fronde, était entré dans les étémeai « de la colonie, le duel était resté la suprême loi dn partc Jamais, en aucun temps et ea aucun pays le duel n* a»

■ obaervi, cultivé avec plus de dévotion. Ce n'était pas comme « ailleurs quelques passes d'armes, un jeu d'adresse et de c bravoure : c'était le duel â coup Bûr, le duel toujours meur- « trier, le duel, instrument d'intimidation, 'de vengeance et de « domination, le duel comme première et dernière raison de « toute» les contestations. Bien qu'en 1795, 1744, 1751, on c eut renouvelé les ordonnances qui en autorisaient la pour-

< suite, il fut présenté au Conseil souverain, par le sénéchal

■ du Fort-Royal, une liste de dix-sept personnes qui, dans c une année, avaient succombé à des combats singuliers. Les » jeunes créoles s'y dressaient dès l'enfance, comme au but f principal de la vie. Les femmes étaient presque aussi c sensibles que les hommes, dit Thibault de Chanvalon, au

< point d'honneur attaché à la valeur. Une femme se croyait c déshonorée si la bravoure de son mari pouvait être « suspecte. Mais, est-il donc étonnant que le duel ait été en « si grande vénération parmi nous ? Outre que c'était une c coutume des aïeux, si l'on veut bien considérer dans quelle t position se trouvait le colon, obligé de faire tête à des ( populations esclaves, toujours un contre dis, on conviendra « que ai le 'courage est partout la qualité fondamentale de 1 1 homme et sans laquelle on ne peut en espérer rien d« bien, ■ pour le colon, c'était une vertu de première nécessité, celle qui c imprimait le respect de sa personne et de sec autorité. »

Le duel resta toujours la loi régulatrice de la société coloniale, on se battait pour un regard de travers.

Les villes offraient un contraste saisissant avec les campagnes et un écrivain du temps disait :

f En Europe, où la terre produit des choses nécessaires à f la vie, les villes peuvent être considérées comme une aseem- € blée, de gens qui s'occupent sous leurs toits, s'amusent ou i se reposent, et qui tiennent à leurs gages les gens de la i campagne, pour fournir à leur entretien et à leur subsistance. i Dans les colonies c'est tout le contraire, les villes ne sont c établies que pour le service des habilans, dont elles sont les i naçasios et f entrepôt. Lé >e tr-ivent mini* le-, .uar hands, t Isa artisans, l»s ]ii£"s, I s ■>>• li'-rs, i mue*, pruriireurs, « huissiers, médecins, soldais, les prêtres et eulin les préposés r du Gouvernement, qui contiennent et dirigent. Il n'y a ni t nobles, ni bourgeois, ni rentiers*, ni beaux t-sjirits. O^ue ville t est un atelier relatif au sucre, au cale, au mlon, nuligo, et t aux gens qui'les cultivent, tout le inoikIc y est necupé. Los « places vacantes sont incontinent remplies pur les ;irriva»s «de France qui se présentent pêl<wntM.\ Inus, mauvais, i médiocres, et a'orretent an premier poste. Hiu Imiipe de

< surnuméraires s'agite et s'intrigue pour y anun. i.'tiomme

t qui demande une plaee d'économe se fait indifféremment c marchand ou procureur.

c L'homme de condition se fait pacotilleur, ou régisseur, ou fermier d'un roturier ; ie marchand, homme de robe. L'honnête bourgeois a des nègres boulangers et vend du pain à toute la société. Un autre ne rougit point d'être boucher ou fermier de boucheries. L'artisan qui a hit fortune quitte la ville et sa boutique, achète une habitation et devient un homme considérable, qu'il seroit ridicule, dangereux même de traiter comme un artisan. Tel homme a commencé à vendre des allumettes, qui, au bout de dix ans, se trouve propriétaire d'un magasin de cent mille écus. Vingt autres se rament, élèvent une boutique à crédit, vendent à perte pour payer aux termes et finissent par une banqueroute. Tel est le tableau mouvant d'une ville des colonies. On n'y voit pas d'hommes , assis à son foyer, parlant avec intérêt de sa ville, de sa paroisse, de la maison de ses pères. On n'y voit que des auberges et des voyageurs. Tout correspond à ridée que j'exprime. Entrez dans leurs maisons, elles ne sont ni commodes, ni ornées ; ils n'en ont pas le temps, ce n'est pas ta peine ; voilà leur langage. Est-il question d'un bâtiment, d'une machine, d'un règlement de compte : rien n'est fini, rien ne porte l'empreinte de la patience et de l'attention. La plupart des actes sont vicieux et imparfaits, et fournissent matière à des procès sans nombre qui, souvent mal instruits, sont quelquefois mal jugé6. »

Le théftlre commençait alors à entrer dans les goûts de notre population. Des acteurs de hasard jouaient des tragédies, des drames, des comédies, des opéras, et toujours assex mal.

Cette marée d'aventuriers, qui ne cessaient d'arriver aux colonies, fit perdre à l'hospitalité les touchants attraits des temps héroïques. Elle s'exerçait toujours, et fastqeusement avec les égaux, mais les mésaventures avaient singulièrement refroidi cette vertu primitive, et, tout en recevant les gens de basse condition, on prenait des précautions.

En 1 751 , de Chanvalon traçait ainsi le portrait des colons américains :

a Lies Américains rachètent leur défaut par de très bonnes c qualités, et leurs défauts tiennent souvent aux mêmes principes c que leurs vertus.

c Ils sont braves, intrépides, généreux. Sujets aussi fidèles c que s'ils avoient le bonheur de voir leur Souverain et de le c servir de près; leur éloignement, leur séparation du royaume c ne les décourage point pendant la guerre ; elle ne sert qo'à c faire mieux connoitre que le nom François est dans leur € cœur au dessus de tout.

i Artifices, séductions, entreprises ouvertes, et tentées aven f les plus- grandes forces, tout a été employé en différons teins « et sans succès par les ennemis.

■ Cette bravoure et cet attachement pour leur Souverain « produisent une soumission aveugle pour leurs chefs, qui c n'est pas moins connue en France dans toute son étendue ; c soumission d'autant plus remarquable, qu'elle n'est point f affaiblie -par cette intrépidité qui leur (bit tout affronter, et < qui a bçu conquérir et conserver les colonies; par l'haoitude f qu'ils ont de commander a des esclaves et d'être obéis; par c une constitution organique, jointe A la nature du climat, A t la liberté qu'inspirent les mœurs du pays, et qui semhleroit « lest porter A l'indépendance, aï leur aele n'étoit pas inébranc labié. Dès qu'ils reçoivent de leurs supérieurs un ordre qui t leur annonce .une mortification, ou même une détention, ils « accourent d'eux-mêmes pour s'y soumettre, aussi prompte- « ment qu'Us volent au combat contre l'ennemi.

« C'est dans nos Isles qu'on voit accomplir ce vœu de la t nature et de la politique, qui exige qu'aucun homme ne soit « inutile à la société. Tous les Américains ont un état; et ■ malgré leurs affaires domestiques, tous leurs jours sont t dévoués A la patrie.

c Les uns sont destinés A la défendre par les armes; la paix f n'est pour eux qu'un exercice continuel, employé à modérer

< par la discipline militaire cette ardeur, qui est le vrai soutien

< de nos colonies.

i Lee autres chargés du maintien des loix et de la sûreté

i publique, y consacrent leurs veilles, leurs travaux, et même

leurs fortunes, sans autre espoir, sanaautres prétentions que

i l'honneur seul, avec un désintéressement qui devroit servir

• d'exemple a toute la terre. La justice dans les conseils supét rieurs de nos colonies est comme celle qu'on obtient du ciel ; « elle est accordée gratuitement A celui qui la réclame.

« S'il survient une alarme pour la patrie, tous les corps t n'en forment qu'un seul ; le magistrat court se confondre dans

< lee rangs avec le militaire et combattre à ses cAtés.

t C'est dans ces climats encore où l'on exerce avec emprea- « sèment envers les étrangers, sans exception de personnes,

< cette généreuse et tendre hospitalité, dont l'histoire ne nous « offre plus que 1rs anciennes traditions des premiers Ages du c monde.

« Si le reproche que l'on fait aux Américains, que l'oslen-

* talion a souvent part A la noblesse de leurs procédés, n'est « pas injuste, ce défaut tourne au moûts au profit •'■<• l'hii- « inanité. Un arbre utile et plein de sève n'en Bat pas moins

a publ c leur

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