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précieux,, pour quelques fruits insipides et superflus, qui se trouvent mêlés avec les présens dont il nous enrichit. € La bienfaisance et la bonté de leur cœur ne s'étend pas en général sur leurs nègres. Ils sont la plupart trop sévères et trop peu compatissans pour eux. Si la sûreté publique et* la malice des esclaves sont le prétexte ou le principe des traitemens qu'ils éprouvent, la perte de leur liberté, te désespoir de leur situation, ne dévoient- ils pas attendrir en leur faveurî L'intérêt même des maîtres l'exigeroit. Mais quels sont les hommes qui n'abusent pas de l'autorité, surtout quand l'usage qu'ils en font paraît nécessaire à leur conservation ? c On les accuse d'être décidés dans leurs volontés, vifs, prompts et impatiens. L'influence reçue de la chaleur de leur climat, l'habitude d'être servis par des esclaves dès leur enfance, la faiblesse générale de leurs parons pour eux, toutes ces causes qui, quand ils viennent en France, s'y réunissent i l'activité au sang dans la jeunesse, les font juger à cet égard en Europe avec sévérité.
t Ils doivent peut être à ce caractère le bonheur qu'on ne puisse pas leur reprocher aucun de ces procédés marqués au coin de la lâcheté, de la trahison ou de quelque autre bassesse d'âme. A peine a-t-on quelque exemple à la Martinique d'aucun crime commis par un créole. t Us ont la franchise en partage ; ils la doivent sans doute à l'opinion qu'ils ont d'eux-mêmes ; ils sont confians et sans soupçons, comme sans dissimulation et sans ruses. c La société retire deux avantages de leurs qualités ; on ne voit point dans nos colonies de mendians ni de voleurs. « La souplesse de leur corps les rend propres à acquérir toutes les connaissances, soit que ces dispositions viennent de quelque constitution qui appartienne aux pays chauds, soit que cette souplesse du corps provient en tout ou en partie de l'usage où l'on est de ne pas les assujettir chez la nourrice dans des langes, soit enfin qu'elle soit dure aux exercices auxquels ils sont habitués dans nos îles dès leur « enfance.
c Mais la même cause qui leur donne ces avantages, en « arrête le progrès ; l'imagination, cette faculté de l'âme qui « no peut souffrir aucune contrainte, qui presque toujours c augmente la vivacité des passsions, rend les Américains aussi c inconstans qu'indépendans dans leurs goûts; elle 1er entraîne « aux plaisirs, qui forment pour eux des obstacles invincibles. « Revenus à l'Amérique, la chaleur du climat, les mœurs du c pays achèvent de les porter à la dissipation . « Dans les premiers temps de leur éducation, ils donnent
c les pju3 grandes espérances pour l'svenjr; dès qu'ikravi$uneitf Jns nos Iles, dèa qu'ils ont même atteint Fftge bouillant de la
t jeunesse, ils perdent le fruit de leurs études ; Us renoncent pour « les pftimrs à V amour des sciences et des belles-lettres. Cepenc dant que d'objets n'ont-ils pas sous leur main à l'Amérique,
< hâéressans pour l'Europe et qui sont encore nouveaux ou. mal c connus t
c La nature les a favorisés, de ses bienfaits, pour dipputer aux c autres contrées et partager avec eux les honneurs littéraires ; c ils n'ont qu'à vouloir et profiter de leurs avantages. Tout c semble nous permettre cette espérance flatteuse ; il commence
< i régner dans nos lies quelque émulation pour les lettres ; le c désir d'acquérir des connaissances paraît s introduire dans ma c patrie. Peut-être, qu'enfin cette masse de lumière qui éclaire i r Europe depuis un siècle, qui a pénétré partout successivec ment, cassera les mers un jour et qu'elle étendra ses rayons i et son influence jusqu'à ce nouveau continent.»
Le portrait tracé par Ch an va Ion, bien qu'applicable aux co» loes de toutes nos Antilles, dans les traits généraux, est spécial à ceux de la Martinique.
Nous allons, d'après un manuscrit qui nous aétécommuni-
Sê, indiquer les traits principaux du colon de la Guadeloupe. & renseignements compléteront le récit fait par de Chanvalon et diront les progrès accomplis de 1751 à 1790,
Le trait le plus saillant du caractère du colon , c'est l'impétaosité d'humeur qui se révolte à la moindre contrariété . Naturellement bons, obligeants, braves, et surtout généreux, les colons pour la plupart, sont intelligents. Leur imagination est très vive et leur esprit saisit avec promptitude tout pç qu'on leur apprend. Mais ces germes heureux sont étouffés, en grande partie, par une éducation que rétablissement de l'esclavage a viciée et rendue mauvaise. Entourés d'esclaves obéissant à leurs moindres caprices, leurs premiers pas dans la vie ne rencontrent aucune contrariété. Quand leur intelligence commence, à s'ouvrir, ils ne sont frappés que des rigueurs exercées contre les nègres, rigueurs dont les parents se glorifient malheureusement devant eux en ajoutant qu'elles sont impérieusement commandées contre une race perverse qu'il faut toujours traiter avee une inflexible rigidité. Ces paroles ont commencé son éducation et quand le jeune créole a su marcher, il a exercé naturellement un empire despotique sur les négrillons admis à ses jeux, c Toutes ses fantaisies, dit le manuscrit t inédit que nous avons sous les yeux, sont des lois ; il « commande, il défend, il se dépite, il frappe marne quelquefois « ces petits misérables ; et peu de parens sont assez judicieux
c pour savoir observer, dans ces colère» prématurées, le pré- « lude des violences qui doivent leur succéder un jour. Elevé c de cette manière, l'enfant contracte un caractère emporté et c dominateur ; il veut que tout lui cède, il finit par regarder c les moindres contrariétés qu'il éprouve dans la vie comme c des injustices punissables, et malheur à ceux que le sort a c soumis & ses caprices impétueux et barbares. »
t L'ardeur du climat, qui aigrit le sang et le fait fermenter c sans cesse, ajoute encore ses effets à ceux de la mauvaise t éducation. L'enfant, devenu jeune homme ne connott presque « plus de frein. Incapable d'apporter aucune résistance à ses c penchans, même les plus déréglés, il tombe dans le liberce tinage, quelquefois dans l'ivrognerie ; il finit par mourir vil c et méprisé, et c'est dommage ; car il avait reçu de la nature c tout ce qu'il falloit pour mériter l'amour et l'estime de ses c semblables. »
C'est le petit nombre qui roule dans cet abîme d'ignominie. Beaucoup de naturels heureux résistent victorieusement à ces influences néfastes ; l'éducation reçue en France corrige les autres. D'autres encore sont réprimés par une expérience chèrement acquise, et font oublier dans l'ftçe mûr les fougueux écarts d'une jeunesse désordonnée. Et on Bétonnerait quêtant de celons échappent au double danger de l'éducation et du mauvais exemple, si l'on ne savait que la nature les a doués d'excellentes dispositions.
Ces défauts qui tiennent surtout au vice de l'esclavage sont rachetés par une admirable bonté de cœur Le créole ignore l'artifice et laisse lire sur son visage loyal le6 impressions qu'il ressent.
L'élite des colons forme une société distinguée et surtout très éclairée, ses mœurs sont douces, son ton excellent, ses manieras très élégantes. Parmi eux, plusieurs ont une bibliothèque choisie et quelques-uns ne Bout étrangers ni à la littérature ni aux belles-lettres.
Les colons qui résidaient en France n'étaient déplacés ni à la cour, ni dans les plus brillants salons de Paris et ils y faisaient grande figure.
Les propriétaires de sucrerie résident ordinairement sur leurs habitations qu'ils ne quittent que très rarement. Les plus riches possèdent dans les villes et bourgs un logement où ils descendent le dimanche pour assister à la messe. Ils y passent quelquefois plusieurs jours, soit pour leurs affaires, soit pour leurs plaisirs. Ce logement ne répond pas ordinairement à leur fortune. C'est un simple pied à terre. Cependant dans certains quartiers, notamment à Sainte-Anne, ces demeures dénotent
l'opulence de leur* propriétaires, et les ruines du bourg ds Sainte-Anne attestent encore de nos jours, la grandeur de cette génération disparue.
Les maisons principales des habitations étaient généralement mesquines et construites sans goût. Quelques colons seuls possédaient de belles demeures où tout était en harmonie avec leur fortune. Le mobilier était souvent disparate et parfois singulier ; misère et opulence tel était son cachet particulier. A eôlé de meubles élégants et somptueux se trouvaient placés d'antres qui misaient pitié.
D'autres maisons tombant do Tétusté ne possédaient que quelque» ehaises délabrées et une table éclopée.
Mais quand sonne l'heure du repas, le voyageur qui a reçu une large hospitalité, est émerveillé du luxe de la table. Les porcelaines et les cristaux scintillent sur cette table éclopée, et ello ne supporte que de La vaisselle plate.
Du temps du père du Tertre, il n'y avait pas de ville ni de bourgs réguliers. Le bourg de la Basse-Terre ne consistait qu'en quelques rangées de magasins, construits en pierres et planches. Ces magasins servaient aux marchands venant du dehors pour vendre leurs denrées et marchandises ; il y avait aussi quelques boutiques de tailleurs, de menuisiers et d'autres artisans. Une fort belle maison était destinée au poids royal.
Chacun habitait sur son habitation, et les officiers qui avaient souvent à s'entretenir avec le Gouverneur louaient une petite salle dans l'un de ces magaains.
Les églises avaient environ de quinze à seize toises de longueur et trois ou quatre de hauteur. Elles étaient en bois et la charpente était posée aur des murailles en pierres de taille ou moellon élevées de trois ou quatre pieds hors de terre. Ces églises n'avaient qu'un autel environné de balustrades, et une simple nef occupée du «été de l'autel, par les hommes, et par ' les femmes dans L'autre partie. Elles avaient de beaux ornements, mais ni retable ni menuiserie. Au bourg de la Basse- Terre, la chapelle du Fort était construite en pierres, mais si petite que presque tous les fidèles entendaient la messe sous la voûte du ciel.
Les maisons des Gouverneurs étaient construites en pierres de taille et moellons, à trois étages et avaient des chambres vastes et commodes. Les fenêtres avaient des vitres.
Les officiers et les riches habitants possédaient des maisons en charpente, entourées de planches, élevées d'un étage, couvertes en tuiles ou en aissantes. Les planchers étaient en bois ou en briques.
Les cases des simples habitants n'étaient palissadées qu'en
rosçaiax, n'avaient qu'un, rez-de-chaussée divisé ocdinair^ment eu trois pièces servant de salle, de chambre à coucher ej d'office. Celles des plus pauvres étaient couverte? au moyen de feuilles de cannes, de roseau, de latanier ou die palmiste.
Le cuisine était ordinairement construite sous le vent et à cinq ou six pas de la case. Chez les riches, elle était murée et renfermait des fourneaux.
L'ameublement était très pauvre et ne consistait qu'en un coffre, une table, un lit et, des lianes; le lit était simplement un hamac; les personnes mariées avaient seules des couches comme en France.
Les riches habitants ont des économes qui dirigent leur exploitation et sur lesquels ils exercent cependant une haute surveillance quand ils sont sur leurs terres. D'autres se livrent tout entiers à la culture et à l'amélioration de leur sol. Mais le plus grand nombre ne fait que diriger et surveiller les géreurs ; ils ont donc de nombreux loisirs. Mais comme ils sont presque tous des gens de bonne compagnie, ils- se réunissent avec plaisir, tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, pour faire bonne chère ou causer. Les promenades à cheval, les repas près d'une rivière, le jeu, le bal, permettent ainsi de dévorer une existence que l'oisiveté rendrait intolérable et qui est encore égayée par les devoirs envers l'hôte à qui jamais l'hospitalité n'est refusée.
Après les habitants sucriers viennent les habitants caféyers. Les propriétaires des grandes caféyères vivent de la même manière que les premiers, mais ils sont dans l'obligation de surveiller plus particulièrement leurs habitations, qui réclament des soins plus délicats et plus assidus. Les habitants caféyers mènent
fondant la récolte une vie pénible et conquièrent leur fortune, eur aisance ou une médiocrité dorée au prix d'un rude labeur. • Cette récolte dure de cinq à six mois. Cette existence est ainsi résumée, et l'habitant ne doit pas s'arrêter, sous peine de pertes énormes : « Levé tous les jours à deux heures du matin avec c tous ses nègres, il est obligé de vaquer pendant le reste de € la nuit aux soins qu'exige impérieusement le café cueilli la c veille ; et aussitôt qu'il fait jour, il part avec toute sa bande, € pour aller, quelque temps qu'il fasse, continuer de recueillir « ces grains précieux dont il se perd toujours un grand nombre, € malgré la vigueur avec laquelle on pousse les travaux, et U « surveillance des maîtres, qui, dans ces temps critiques, ne f doivent s'en rapporter qu'à eux-mêmes sur la manière dont c ils sont exécutés. »
Les blancs qui ne possèdent que de trois à dix nègres sorfl désignés sous le nom de petits habitants. Ils cultivent généra-
lement quelques arpents de terre dans les montagnes, à la lisière de In grande forêt. Leur existence est très dure. Ils ne sont abrités que sous de misérables cases, né vivent pendant toute Tannée que de salaisons et de racines, se livrent à des travaux très pénibles, et ne plantent que des cafiers. Cette vie laborieuse et pauvre a ses délices. Ces petits habitants possèdent ce que les riches attachés aux rivages par l'amour du lucre, viennent leur acheter souvent : une fraîcheur continuelle, un air pur et doux. Aussi est-ce dans ces chétWes demeures que les habitants des villes viennent chercher la santé perdue. Ils sont, en général, bons, simples, étrangers aux connaissances du monde. Hais dans leur pauvreté, Os exercent, avec bon cœur, l'hospitalité, cette vertu généreuse, générale aux colonies.
Les villes font contraste avec la campagne. Les créoles n'y forment que la faible minorité. Elles sont généralement habitées par les débris des migrations successives d'aventuriers qui viennent y chercher fortune. Les deux tiers de ces étrangers périssent dans les trois premières années de leur séjour, le dernier tiers se jette dans le négoce et y réussit presque toujours. Les villes se sont ainsi successivement peuplées, et leurs pins riches négociants sont généralement des nommes qui sont arrivés dix ou quinze ans auparavant au rang le plus bat de la société. Débarqués matelots, domestiques ou paeofi&ears ayant de trois à quatre cents livres de marchandises, ils ont bien vite conquis cet or pour lequel ils ont bravé tant de périls. En 1790, les cinq plus riches négociants de la Guadeloupe ne savaient pas lire.
La société des villes se ressentait nécessairement d'un pareil milieu. Elle n'était généralement composée que d'hommes sans goût, sans lumières, sans politesse, exclusivement adonnés au commerce, poursuivant un but unique et n'ayant dans les regards que les fauves éclairs du doublon, leur seul dieu. Manières, langage, étaient communs et vulgaires. Les idées étaient rabaissées au niveau de ces hommes, et leurs conversations ne consistaient qu'en niaiseries triviales, émaillées d'absurdes divagations politiques ou de propos licencieux et obscènes. Leur intelligence étroite et bornée ne s'illuminait un instaùt que lors que la conversation roulait sur des matières commerciales, la seule chose raisonnable à aquelle ils n'étaient pas étrangers.
Pour réussir auprès de ces natures abruptes, il fallait soi*
Eéusement refouler dans le coin le plus replié de son âme, ; aspirations généreuses qui la rendent cependant si grande. Et si, par hasard, un être humain obligé de gagner son existasse par le travail, toiyour» honorable, vivait au milieu d'aux,
il était obligé, s'il était instruit et s'il limait l'étude, de se cacher pour s'y livrer. L'officier ministériel lui-même, bien au-dessus de ces hommes mercantiles par son éducation, soo instruction, voyait diminuer la confiance placée on lui, à mesure que Bon amour pour les livres se laissait apercevoir davantage. Et ce sentiment grossier attaquait même les hommes de judicalura. Ainsi & la Pointe-à- Pitre, ces îneples adorateurs de mercure n'avaient aucune confiance dans le jugement de ce charmant et délicieux poète qui a illustré la langue française en illustrant la Guadeloupe, son pays natal, et l'immortel Léonard, lieutenant de juge, n'était pour eux qu'un imbécile.
Un homme de bon ton et de manières délicates, ne trouvait, dans les villes, une société choisie que parmi ces nombreux fonctionnaires que la France entretenait dans les colonies, des militaires particulièrement. La seuls les raffinements de la civilisation pouvaient s'étaler sans choquer, et une idylle de Léonard y recevait an juste tribut d'éloges, sans vous exposer à passer pour un pédant.
Le climat a réagi sur les mœurs et a introduit des usages qui sont d'abord choquants pour l'Européen nouvellement arrivé et auxquels il se fait bien vite et dont il ne peut plus lu i-mème se défaire. Il existe d'abord une liberté outrée qui parait contraire à la décence. La chaleur est forte et on ne peut, dans les villes, avoir de la fraîcheur dans les appartements qu'en laissant les portes et fenêtres ouvertes. Les salons sont ainsi que les salles à mançer, ordinairement au rei de chaussée. On voit donc tout ce qui se passe dans les maisons où l'on entre partout sans frapper et on pénétra au fond des appartements sans se faire annoncer. De là est venue l'habitude de se rencontrer partout, et si l'on s'aborde sans préparatifs, on se quitte aussi sans cérémonie. La vie de tous est ainsi toujours en évidence aux yeux de tout le monde. Les relations se font sur un ton de bonhomie et de franchise qui plaît beaucoup, mais qui, pour les eontre délicats, ne tarde pas à produira un sentiment de répulsion, pane que les gens de peu d'éducation descendent de suite à une basse familiarité, destructive de toute retenue et de toute réserve.
La distance qui existe entre les trois races d'hommes, vivant aux colonies, a engendré des mœurs particulières que l'on ne pourrait tolérer en Europe, sans un immense danger pour la société et qui n'ont, dans nos pays exceptionnels, aucune influence délétère. La vie patriarcale que l'on y mène généralement a amené des mœurs d'une touchante simplicité et aussi des vices sans fâcheuse influence sur elles. On dirait qu'une famille des temps anciens s'est échappée de la bible pour venir raewanisatac la vis dan* un* lin dé l'imériau».
€ C'est probablement I l'absence de ce» formes de politesse et de bienséance, qu'on doit attribuer la manière ouverte et décidée, dont on affiche ses vices aux Antilles. Le libertinage y prend assas rarement la peine de se cacher. On a ehex soi publiquement quand on n'est pas marié, et quelquefois même quand on l'est, une ou plusieurs servantes avec lesquelles on entretient un commerce intime ; et la chose paraît toute simple, parce qu'elle est fort ordinaire. Le célébataire qui en use ainsi n'en n'est pas moins bien reçu partout. Il parie sans mystère, quelquefois en présence de femmes bien nées, de la créature oui est dans ses bonnes grâces et des bâtards qu'elle lui donne ; il n'est pas rare môme qu'un homme à qui il vient de naître un de ces enfants illégitimes, fan choisisse un parrain et une marraine, parmi ses connaissances les plus respectables. Tout cela paraîtrait ailleurs extrêmement choquant, aux Iles cela ne te remarque même pan ; ee sont des choses reçues ; il y aurait de la pédanterie i s'en formaliser.
« Il y a plus ; il n'est pas très extraordinaire qu'un père et une mère soufrent ehes eux, ouvertement et sciemment, les concubines de leurs enfants qui ne sont pas mariés. Ces créatures sont établies au vu et au su de tout le monde, dans les appartements de leurs jeunes maîtres, et les enfants qui en naissent ne sont caressés ni plus ni moins par les grands pères et les grand'mères que s'ils étaient légitimes. 11 art vrai que je n'ai point trouvé dans les villes ces exemples scandaleux, mais dans quelques maisons de petits habitants, ebas qui, il faut le dire, c'est moins corruption et mépris des s, que simplicité et ignorance totale des bienséances. » manières* des colons sont pleines d'un laisser-aller charmant et quand ils se trouvent en Europe ils regrettent Ken vite leur existence coloniale dont la nonchalance et la mollesse les attachent à leur pays par des liens qu'ils ne peuvent parvenir à briser. Transplantés sur une terre étrangère dont m usages choquent tous ceux au milieu descruels ils ont vécu, 3» ne tardent pas à regretter les chères Antilles où ils vivaient libres d'entraves. Le faste qu'ils déployent à Paris leur devient bientôt pesant, les délices de la grande ville sont pour eux sans charme et ils regagnent bien vite ces régions heureuses où leur vie s'est écoulée depuis le moment où leurs yeux se •ont ouverts à la lumière.
Les Européens eux-mêmes qui ont passé une partie de leur existence agitée dans ces pays où ils ont fini par conquérir la toison d'or, enchaînés par les mailles charmantes d'un climat «■chanteur et voluptueux, ne peuvent plue supporter la froide
totàpératoto 3e leur pays natal. L'hiver a désormais pou> eux ton de frimas. Habitués dans les colonies à s'exposer sans cràmte et en tout tedips dans un air toujours doux et tempéré, à se vêtir à la légère, ils ne peuvent supporter des habits lourds. Se claquemurer dans des appartements clos et mal chauffés leur est un supplice.
Eux aussi, ils sont choqués par des mœurs qui leur sont devenues étrangères et auxquelles Us ont désappris à se plier. Aux colonies, malgré leur début 'd'éducation, leurs manières vulkaires, its étaient quelqu'un et quelque chose. La blancheur de leur peau les avait forcément fait compter parmi la classe privilégié». En France, malgré leurs richesses, ils n'étaient que dtos manants et ils retournaient aussi vers ces contrées merveilleuses où ils avaient su, par leur labeur, ramasser tant d'or et où ils terminaient leur existence sur une habitation.
Cet attachement au sol colonial se développe avec la colonisation, et 'le père du Tertre écrit: c La façon de vivre du ptfys c est si agréable, et Ton y vit dans une liberté si honrièste, € queje n'ay pas veu Un seul homme, ny une seule femme c qui *n soient revenus, en qui je n'aye remarqué une grande c paafcion d'y retourner. »
Dans toute société naissante, il est difficile de te itaœr à l'instruction -des enfant C'est une préoccupation pour les parents qui comprennent combien l'ignorance est dangereuse»
Les bsbitans riches avaisnt à leurs gages des maîtres 4*éè*le ou -envoyaient leurs «nians en France. Les antres étaient obligés deconfier l'instruction de leurs enfants à d'autres mattoes (pii tenaient école publique.
A mesure crue la colonisation sortait de ses timbes, on fteaftaft la nécessité aune instruction plus relevée que celle donnée dans ces écoles.
Avant 1683, les Gouverneurs des îles sollicitèrent t'éte- Glissement, à la Martinique, d'un collège pour les jeunes gène, Le 24 septembre de cette année le Roi répondit :
c S. M. n'estime pas qu'il soit encore temps d'établir ie « collège qu'ils proposent à la Martinique. Cependant elle fera « parler aux supérieurs des Jésuites pour savoir d'eux à queHe « condition ils voudraient entendre cet établissement. »
Les habitants n'étaient cependant pas illettrés, et 1696, le père Labat écrivait :
«'Il n'y a que les livres, dont jusqu'à présent, on n'a pa» c eneore lift on grand oooOMree dans nos laies. On recfcsr
choit le* armes avec plus d'empressement, un boa fusil, une «paire de pistolets d'un bon maître, un coutelas d'une bonne trempe, c'était à quoi pensoient nos anciens habitans. Semblables aux Laeéaémoniens, ils sçavoient faire les actions de valeur, prendre des gallions à l'abordage, forcer des villes sans canon, défaire des nations entières, mais ils ne sçavoient pas écrire leurs faits héroïques. Les choses sont à présent changées; quoique nos créoles et autres habitans n'ayent point dégénéré de la bravoure de leurs ancêtres, Us ont donné dans le goût de tout le reste du monde, ils veulent parottre sçavans, ils lisert tous, ou veulent parottre avoir lu, ils jugent des sermons, des plaidoyers, quelques uns et entre les autres M . . . font des harangues. Déjà la plupart de nos conseillers Ont étudié en droit, se sont fait recevoir avocats au Parlement de Paris; il y en a même un qui est docteur en droit; les femmes s'en mêlent aussi, et au lieu de s'en tenir à leur quenouille et à leur fuseau, elles lisent les gros livres et se piquent d'être sçavantes; j'en connois une qui explique Nostradamus aussi bien pour le moins que le ministre Jurieu expliquent l'Apocalypse. On a érigé plusieurs sièges de justiee, tous bien Cois de procureurs et autres semblables suppôts de justice. ; chirurgiens qui joûoient autrefois les trois grands rôles de la médecine, sont à présent enfermez dans les bornes de leur état, il y a des médecins et des apoticaires. Mous avons en quantité des arpenteurs, des botanistes, des astronomes; noua avons même des astrologues et autres semblables gens inutiles ou nuisibles au public, il faut des livres à tout cela; car quoique la plupart n y entende rien, ils veulent paraître sçàvans. il leur faut pour cela des cabinets de livres, qui pourront avec le tems se changer en bibliothèques ; c'est ce qui me Eût dire qu'un libraire Ijien assorti y feroit parfaite* ment ses affaires, t Les gouverneurs ne cessaient de demander au Gouvernement métropolitain l'établissement d'un collège dont le besoin se fusait de plus en plus sentir.
Le roi qui ne voulait pas laisser établir dans les colonies im civilisation umstante resta sourd à toutes ces nouvelles sollicitations, et le ministre finit par écrire au gouverneur général, marquis d'Amblimont, en janvier 4 700.
t Et sur I exeqaple que vous citez à ce sujet, des pères Jemites qui ont acheté une maison au bourg de Saint-Pierre, dans la vue d'y établir un collège, je dois vous observer que le roi ne le souffrira pas. Ils peuvent instruire la jeunesse et faû apprendre les principes de la religion qu'il faut que noua
ayons tpus, mais pour le latin, il n'est rien éé moitié rtétfèfesaire pour faire de bons habitans, et on peut dire mtaié qu'il y snroit contraire, puisque»ce seroit donner du goût aux jtuifts gens pour les sciences, qui les détournerait sûrement de celui de leur culture et do leur commerce. »
Il n'y avait donc aux îles que de petites écoles. Réglées d'abord par une ordonnance locale du 4 juin 1684, elles furent de nouveau placées sous les prescriptions d'une ordonnance du 0 novembre 4718, émannnt du gouverneur général de Pas Feuquière et de l'intendant Mesnier. Elle s'exprime ainsi:
« Bien n'étant si nécessaire pour le progrès de la religion et l'exécution des lois établies clans les royaumes, auxquels la fidélité qu'on doit aux Souverains est indÎBpensablement attachée, que Téducation chrétienne qu'on doit donner à la jeuresse, il est par conséquent du devoir essentiel de ceux à qui l'autorité du prince est confiée, de pourvoir à ce qui peut servir à la procurer : la permission accordée de tout tems, à cet effet, d'établir des écoles publiées, est le premier et le plus sûr moyen qui a été mis en pratique ; mais malgré le fruit et le grand bien qu'on en peut recueillir, la multàpfccité et l'incapacité des maîtres sont les deux écueils qui 1m font échouer.
« On ne saur oit trop prendre de précautions pour donner dans un âge tendre aux jeunes plantes qu'on veut élever, les impressions qui leur sont nécessaires, et qui doivent régler leur raison naissante, qui se fortifie par la suite sur les principes qu'elle a reçus.
c L'éducation de la jeunesse ne peut donc être confiée qu'aux soins de personnes connues et éprouvées pour fat capacité, les mœurs et la conduite ; en sorte qu'avec une rétribution honnête qui puisse les faire subsister dans leurs emplois et suivant leur condition, ils puissent s'y donner tout entier, et rendre les jeunes gens, qu'on leur confie, dans tes sentimens de piété et dans le point d'érudition qu'on s'étoit proposé, en lès leur remettant entre les mains : ces nosoÉSt si conformes au lois divines et humaines, nous ont fait approfondir l'état où cette matière se trouve dans ces îles ; nous avons consulté, là-dessus, plusieurs pasteurs éclairés, et, enfin sur leurs prières et sur notre connaissance particulières, vous nous sommes déterminés à faire, là-dessus, un règlement <pn pût, à l'avenir, assurer l'exécution d'une choqe si attachée au bien public.
c A ces causes, nous avons, par ces présentes, dit, statué et ordonné, disons, statuons et ordonnons qu'à l'avenir i ne s'établira aucun maître pour enseigner la jeuneèse dans les
Pifrcflftës Afei lies, qtfè dus le nombre qui sera approuvé par lié jJWfëuTB desdhtt Paroisses, à proportion de la quantité dèft lineè contaûses I leur charge, et qu'après que lesdita éftréi lés auront reconnut 4e mœurs et de capacité requises ; os qu'ils feront apparoir aux jugea des lieux ayant leurs élàbhBétotaeas par des certificats en bonne ferme desdits curés, sa* Mtoquels leedits juges feuk» dbàneront leur permission, et lion aatrahetot; et que lesdites écoles soient proches des égflfeea autant que foire se pourra, afin que les Curés puissent, pïuè bellement y avoir l'œil.
« Que les maîtres desdites écoles soient exacts à conduire eift-mémes, leurs écoliers tous les jours è la messe, et aient sdhi dé les faire assister aux catéchismes les jours que les Révérends Pères Curés les feront.
4 Que lès garçons et les filles seront séparés dans lesdites éfcMes, et ne seront point mêlés ensemble, de même que pour éb Sortir; observant, ksdits maîtres d'école à eet égard, de congédier les filles, att moins une demi-heure avant les garçons.
a Qûé lesdits maîtres n'exigeront des parens des enfans qu'on éfrrerrà ches eux, que la rétribution dont ils seront convenus avec fofcdHs fcurés, et dont il feront mention dans leurs ceitifieats, pour être ordonnés ensuite par les mêmes juges, en obe^vahL par les Pasteurs, de régler cette rétribution sur un pied qtte lesdits lUattres puissent en subsister.
« Défendons à toutes personnes de tenir des écoles publiques, dflfetil conditions établies par le présent règlement, sous peine de cinquante francs d'amende, applicable aux pauvres honteux dé h jHuroiéfce auxquels les Curés en feront la distribution, et de trois jotirs de prison.
c Et àfih que personne n'en prétende cause d'ignorance, ttotùk ordonnons que ce présent règlement sera enregistré aux £rtffeé <fts Conseils Supérieurs et des juridictions des îles du veàt de r Amérique, lu, publié et affiché à l'issue des messes paroteâfdes, à la diligence des procureurs généraux ou de lettre èubstnuts qui en feront remettre des expéditions aux Curés dés Pafoîséêé de leur ressort pour s'y conformer.
* Enjdtynons ittdits substituts des Procureurs généraux, de tenir la ttiaifa à l'etécutiou des présentes, et de poursuivre lés eontfevfenahs à fceltes, ainsi que les maîtres des écoles publiques qui se trouveront, A l'avenir, de mauvaises mœurs, sur les simples plaintes et dénonciations desdits curés. »
Un èapucio, plein d'éttefgie tet de persévérance, aidé de l'influence dit gouverneur comte d'Ennery et de celle de l'intendant de. Peynier, allait enfin doter les colonies d'un eollège placé sous le vocable du saint patron du gouverneur.
T,e H. P. Charles-François, capucin de la province de Normandie, supérieur général et préfet apostolique des missions de son ordre dans les fies du vent de l'Amérique, avait entrepris de donner aux jeunes créoles une instruction aussi forte et aussi solide que celle qui leur était dispensée en France. En 17o7, il arracha au ministre de la marine, malgré l'ordonnance du 25 novembre 1743, l'autorisation d'établir à la Martinique un collège pour les garçons. Muni de celte autorisation le R. P. Charles-François sollicita l'intervention du Conseil souverain, qui nomma une commission pour arrêter les statuts de ce collège. Le rapport fut présenté à la séance du 7 janvier 4768, sanctionné, et enregistré ainsi que la lettre du ministre.
Le conseil procéda immédiatement au règlement provisoire de ce collège appelé Ecole de Saint-Victor.
Le sieur Barberet était nommé principal, le sieur Lejeune était chargé de la dépense particulière de la maison et du soin de faire payer exactement les pensions aux termes fixés, et le sieur Prévoteau, de la conduite des écoliers.
Us devaient tenir tous les trois le pensionnat en société et pour leur compte, et être conjointement responsables des affaires de la maison et des effets qui leur seraient remis sur inventaire.
Les fonds de la pension devaient être déposés entre les mains du sieur Fossé, que le Conseil souverain nommait dépositaire des fonds, qu'il oflïait de conserver gratuitement.
Les domestiques esclaves jugés nécessaires pour le service de la maison étaient donnés par la colonie.
Les directeurs se chargeaient de faire et entretenir les fournitures de chaque écolier, ainsi que les linges et ameublements de la maison, sur les fonds des pensions. 11b s'engageaient à tenir la maison propre et en bon élat, et à conserveries meubles et effets y attaches comme les leurs propres. Ha étaient comptables de toutes les parties de leur administration an père Charles- François, en sa qualité d'administrateur, jusqu aux nouveaux règlements a faire. Ils s'obligeaient, dans le cas où ils voudraient sortir et se retirer de la maison, d'en prévenir six mois d'avance l'administrateur, qui en cas de mécontentements pour causes graves, pouvait les déplacer et mettre dehors de la maison, après les avoir prévenus six mois auparavant, et instruit la Ceur.
La pension était fixée à 1 ,000 livres pour la première année, à cause des dépenses de l'ameublement, et i celle de 900 livres pour les autres années, y compris les articles suivants :
Pour l'entretien de la maison 30 livres.
Pour le chirurgien 15
Pour blanchir et raecomoder le linge, à 6 livres
par mois 79
Pour perruquier, à 3 livres par mois 86
Pour fournitures de lits, armoires et serviettes. 216
Le roi lut alors informé qu'il avait été fait un fonds pour l'établissement, au Fort Royal de la Martinique, d'une école
Eubtique pour les jeunes garçons, fonds consistant en différents âtiments pour loger les maîtres, 200 pensionnaires et un chirurgien, avec les ameublements convenables, en un jardin, deux cours et un terrain vaste pour servir de promenade. Des lettres-patentes du 20 septembre 1768 autorisèrent l'établis* sèment, lequel devait être civil, appartenir et demeurer à la charge de la Martinique, sans qu'il pût être demandé aucun secours au roi.
L'établissement était soumis, pour la conduite et les mœurs,
au supérieur de la mission des Capucins, pour l'enseignement
et la police, à l'inspection du Procureur général près le Conseil
• souverain, qui en rendait compte au conseil pour être statué
ce qu'il appartiendrait.
Il était formé un bureau composé du gouverneur, lieutenant général, de l'intendant, ou de leurs représentants, de deux conseillers et du procureur général, de deux membres de la chambre d'agriculture et du supérieur de la mission des Capucins, pour faire les règlements nécessaires pour l'enseignement des pensionnaires, pour fixer le prix des pensions, et pourvoir généralement à tout ce qui concernait l'administration temporelle 4s l'établissement. Ces règlements devaient être soumis à l'approbation du roi. Ce même bureau devait veiller A l'exécution des règlements et décider à la pluralité des voix de tout ce qu'il conviendrait de faire pour l'avantage de rétablissement.
Le roi permettait à l'école de Saint-Victor de recevoir tous legs, donations entre-vifs et par testaments et toutes autres donations et dotations, soit en argent, rentes, habitations, esclaves, ou en toute autre manière, sans qu'il fût besoin d'autre permission que celle portée par les présentes, jusqu'à concurrence de 400,000 livres or ou argent de France, dérogeant à cet effet aux lettres- patentes du 25 novembre 1743. Ladite somme une fois remplie, l'établissement rentrait dans la prohibition portée par ces lettres-patentes. Les donations et dotations devaient être acceptées par le bureau, et double de l'acte était remis au greffe du conseil souverain.
Le roi voulait que les maîtres employés dans l'établissement eussent la jouissance de tous les droits, privilèges, exemptions et prérogatives dont jouissaient les maîtres employés dans les
collèges en France, et e^ejnotait tous les esclave^ diynçsftyies de rétablissement du droit de capitation, corvées, même pour les chemins, et de toutes autres charges publiques, péfenpetyaft faite à toutes personnes de tenir des pensionnats pour éducation des jeunes garçons en l'Ile Martinique, ce droit étant exclusivement attribué à rétablissement Saint- Victor.
En transmettant ces lettres-patentes par dépêche du 80 septembre, le duo de Praslin, ministre de la marine, désapprouva te conseil souverain de s'être permis d'autoriser rétablissement, d'en fixer l'administration et les statuts, s' étant en cela attribué un pouvoir qui n'appartient qu'au roi seul.
La création de l'école de Saint-Victor était un bienfait peur toutes les îles qui y envoyaient leurs enfants ; le maréchal de Gastries, ministre de la marine, voulut les faire contribuer aux dépenses d'un établissement aussi utile et une dépêche du 30 juillet 4784 fixa la part de la Guadeloupe à 5,000 livres à prendre sur les droits de cabaret.
Les colonies des îles du vent de l'Amérique ont été fondées par des gentilshommes, mais la noblesse ne s'y est pas établie comme en France. Les nobles avaient cependant certains privilèges à des conditions dont l'inexécution en entraînait la perte.
L article 18 de l'Edit du roi concernant l'établissement de la Compagnie des fies de l'Amérique, donné i Narbonne au mois de mars, avait promis à la compagnie l'expédition de quatre brevets de noblesse, dont elle disposerait en faveur de ceux qui occuperaient et habiteraient, à leurs frais, quelquesunes desdites îles, sous son autorité, et y demeureraient pendant deux années avec 50 hommes au moins, et l'article 15 portait mie tous prélats, seigneurs, gentilshommes, officiers du Conseil d'État, des cours souveraines et autres, pouvaient établir et foire tel commerce auxdites îles, sans diminution de leur noblesse, dignités, qualités, privilèges, prérogatives et immunités.
Le 12 février 16/0, une ordonnance de Baas établit et régla les exemptions de droits. Les nobles, qui avaient justifié leurs titres de noblesse à la Compagnie oui en délivrait certificat,
Jouissaient de l'exemption du droit de capitation pour eux, les >lanos attachés à leur service et pour 12 nègres.
La déclaration du roi du 3 octobre 1 730, concernant la régie et perception du droit de capitation rappelle cette disposition et porte, art. VII, « Les nobles dont les titres de noblesse auront été enregistrés aux conseils supérieurs, et les arrêts d'enregistrement remis au bureau du domaine, seront exempts du droit de capitation pour leurs personnes, les blancs qu'ils auront à leur service, et chacun pour douxe nègres, à commencer seulement du 1" janvier de l'année qui suivra celle en laquelle
ledit enregi^trfHnant atua été fait, sans que leidits nobles puissent étendre lajiit* exemption de 12 nègres, bous le nom de leurs entrants, dod pourvus, et qui n'auront point leur habitation particulière; et ne pourront, lesdils nobles, prétendre autre ai plus grande exemption, bous prétexte que leurs terres auraient été érigées en comtés ou autres dignités, ni boub quelque préteste que ce puisse être : voulons, en cas de con taataUpn, qu'Us se pourvoyent au Conseil, et que leur exemption demeure fixée par provision au nombre des nègres ci-dessus. Art> VIII. Les veuvaidos privilégiés mentionné» en l'article V, jouiront, pendant leur vidyité, de moitié de l'exemption, dont MM*i&sajent leurs maris, pourvu qu'au jour de leur décès ils raHqent encore pourvus de leurs offices et commissions, et les veuves de nobles jouiront pareillement, pendant leur viduilé, de moitié de l'exemption accordée à leurs maris par l'article Vil- Art. XI. Voulons que ceux auxquels l'exemption de la capitatîpn est accordée n'en puissent jouir sous deux qualités, quoiqu'il» aient ou exercent plusieurs offices ou fonctions difi&renles; mais ils jouiront de la plus forte exemption, laquelle, néanmoins, n'aura lieu que pour le nombre effectif de nègres ou domestiquas qui seront à leur service, au cas que ce nombre soit au-dessous de celui porté en ladite exemption; et faisons défense à toutes personnes d'en emprunter et prêter pour profiter de ladite exemption, £| peine de confiscation des nègres prêtés, et de 500 livres d'amende contre chacun de ceux qui ont prêté ou emprunté lesdits nègres.
Art. XII . Un privilégié associé pour une habitation par acte passé pardevant notaire, et dont il restera minute, avec un autre habitant non privilégié, jouira des exemptions dont il a droit de jouir par ces présentes sur les nègres travaillant sur ladite habitation, qui seront censés lui appartenir par proportion à la part qu'il aura dans la société, et il sera tenu de faire signifier au receveur du domaine, l'acte de société qu'il aura fait, à l'effet de jouir de ladite exemption.
Les privilégiés mentionnés en l'article V, exemptés du droit de eapitation pour eux, les blancs à leur service et le nombre de nègres ci-après, étaient :
Le gouverneur général et l'intendant, pour tous les nègres a leur service.
Les gouverneurs particuliers, chacun pour 2-4 nègres.
Les Soutenants de roi, chacun pour 18 nègres.
Les majors, pour 15 nègres; les capitaines de port, pour
12; tes capitaines des troupes françaises ou suisses, pour 12;
les lieutenants aides-majors, pour 8; les sous-li utettants, pour
7; les enseignes et cornettes, pour tt; les ingénieurs en chef,
pour 12; les autres ingénieurs commissionnés, pour 8; les commissaires-ordonnateurs, pour 24 ; les commissaires de marine, 12; les écrivains principaux, pour 6; les commis aux classes, gardes- oiBgasins et écrivains du roi , pour 4; le trésorier je la marine, pour 8; les commissaires particuliers d'artillerie ayant commission royale, pour 12; deux autres commissaires et trois lieutenants ayant commission du gouverneur général et de l'intendant, chacun pour 6; les canonnière entretenus par le roi, pour 2; les autres, pour 1 ; tes officiers des conseils supérieurs, pour 12; les premiers substituts des procureurs généraux, pour 8; las greffiers en chef des conseils supérieurs,
Eour 12, à la charge de délivrer gratis les expéditions pour is affaires concernant le domaine; Tes juges ordinaires et ceux de l'amirauté, pour 12; les lieutenants de juge, pour 8; les
[irocureura du roi, pour 12; leurs premiers substituts, pour 6; es greffiers des juridictions ordinaires et ceux de l'amirauté, chacun pour 6, à la charge de délivrer gratis les expéditions pour les affaires concernant le domaine ; Tes capitaines en pied, les majors de-milice, chacun pour 12; les lieutenants et aidesmajors, pour 8 ; les cornettes et enseignes, pour 6 ; les sergents, maréchaux-de- logis et brigadiers de cavalerie, chacun pour 4; les grands voyers, pour 12 ; les sous-voyers, pour 8 ; l'arpenteur
Î;énéral, pour 12; quatre arpenteurs particuliers à la Guadeoupe, un à Marie-Galante, pour 8; les médecins brevetés du roi, pour 12; les chirurgiens employés pour leurs appointements but l'état des'charges et dépenses annuelles de I Île, pour 8. Les gentilshommes ci-après firent seuls enregistrer leurs titres de noblesse pour jouir de l'exemption de capitation :
5 novembre 1732, Jean-Francois de Saillants d'Eecland, écuyer (Sarragosse).
d novembre 1733, de Montage, écuyer, sieur de Guillet (Normandie).
G septembre 1734, Lemercier de Hainsoncelle.
4 janvier 1740, Leblanc, écuyer (Normandie).
23 juillet 1765, de Savoumin de la Cépéde, écuyer. *' 13 novembre 1765, Pierre de Billy, écuyer (Braujalais). , 14 mai 1766, Poyen et Bouscaren.
15 mai 1776, L'hoets de Selorge.
8 juillet 1766, Michel Crosnier de Monterai et Louis Crosnier de Belaitre (Bretagne).
17 novembre 1766. — Le Prévost Duquesnel (Normandie). 22 novembre 1766. — Dumoulier de Lacombe (Auvergne).
6 août 1767. — David Remy Bruny de Chateaubrnn (Provence).
9 novembre 1767. — Pierre de Dampierre.
48 mari 4708. — Louis de Montdor, descendant de Rolland, neveu de Charlemagne.
S mai 4768. — Ambroise de Casamajor.
O mai 4768. — René Desmerliera de Longueville.
7 mai 1768. Joe. Desvergers de Sanoys.
42 juillet 1768. — Le Panlnier de Castelets.
5 janvier 1760. — Reynal de Saint-Michel.
44 mars 4769. — Le chevalier de Pelletier.
A septembre 1769. — Le Roi de la Potherie.
9 septembre 4769. — • Hurault de Ligny ; Robert et Charles de Gondrecourt et Hurault de Manoneourt.
40 septembre 1769. — Claude Mathieu Bouchard de la Potherie.
2 juillet 4770. — Coquille.
S juillet 4770. — Poyen.
3 septembre 4770. — Vincent de la Montaigne. 3 septembre 1770. — De Chazeaux.
42 septembre 1770. — Charles Louis de Mahiel.
44 novembre 4770. — Pierre et Georges de Galard de Béarn.
44 janvier 4774. — Grosnierdu Tertre de Berthodière.
9 mars 4 774 . — Jacques et Philippe Richier de la Rochelongchamp.
43 mai 4774. — Hilaire de Vézier de Laroche. 1S septembre 4772. — Dagneaux de Douville. 5 novembre 4773. — • Vaultier de Moyencourt. 9 mars 4778. — Famille des Cornette.
5 juillet 4773. — Jean-Charles Coudroy.
6 novembre 477S. — Noblesse militaire accordée à Nadau
48 janvier 4774. — François Joseph de Fougères. 44 janvier 4774. — Dufresche de la VîUorion.
40 mars 4774. — Jean-Baptiste Cornette.
14 mars 1774. — Preuves des vrais noms de Jean- Charles Coudroy.
42 mars 4774. — Supplément aux titres de noblesse de Louis de Montdor.
9 septembre 4774. — Ballias.
4 novembre 1774. — De Vernou de Bonneuil.
5 novembre 4774. — Joseph Bernard de Mauret. 8 juillet 4775. — César Jacques de Trogoff.
41 juillet 4775. — Antoine de Rets.
3 septembre 1775. — Robert Deshayes, originaire de la ville de Honfleur, ennobli par lettres de septembre 4774 sur les motib suivants :
« Le titra dte noble es) h, recompte la ptw fltitws* qui puisse être conféré à ceux de nos sujets qui se sont dfetyigpés dans les places qui leur ont été confiées et qui nous Qnfcdonné des preuves de fidélité et de désintéressement. Cette grâce nous a paru méritée pax notre et bien amé le, ^ip^Jt\ Robert D'Eshayes nommé eu 1 739 enseigne de milices à MqrôrGjahnte. Ses talents lui méritaient ea 1744 m* compagnie; en 1747, il passa à la Guadeloupe où il servit pendant le siège en qualité de capitaine, et fut chargé de lu défense des postes les plus importons de la colonie. Après b capitulation de cette île, il abandonna le soin de ses propres affaires • pour s'occuper uniquement auprès du commandant anglais des intérêts des habitans qui le choisirent pour aller solliciter à Londres la conservation des privilèges qui leur avaient été prqiQt* par la capitulation. Il remplit cette mission importante avec aillant de sèle que de succès. 11 profita de son séjour en Angleterre pour
firocurer de ses propres deniers des soulagements au* matelot* rançois qui y étoient prisonniers et pour ouvrir une souscription à* leur profit. Après la restitution de la Guadeloupe les ha bi tan s lui ont donné une nouvelle preuve de leur coq£aae© en le choisissant pour leur député au bureau du commerça dont il remplit encore les fonctions à la satisfaction d'une colonie dont il n'a cessé de bien mériter par les preuves qu'il a constamment données de son sèle, de sq générosité et de son désintéressement, i
Ne serait-ce pas pour perpétuer la reconnaissance de la Guadeloupe envers cet homme de bien qui est resté, jusqu'à sa mort, attaché à Paris, au bureau du commerce comme député de la colonie, qu'une des dernières so m m unes créées dans l'île a reçu le nom de Deshayes ?
6 septembre 1775. — Pinel Duraanoir, Pîn,el de i* Pajlun et Pinel de Saint-Martin.
12 septembre 1775. — Chevalier de Sentout. 12 septembre 17/5. — Boy vin.
15 novembre 1775. ~- Dagneaux de Douville. 15 novembre 1775. — René, Robert et Jean-Pi^cçe Giraud de la Charbonnière.
8 mars 1776. — Bourguignon de Lamure.
15 novemhre 1770. ~- Marquis de Bouille- 12 juillet 1777. — Berthelqt de Baye.
8 novembre 1777. — Desvarieux.
9 janvier 1778. — De Guion de Geys de Pampelw**- 4 mai 17?8. — Jean-Baptiste Gautier.
11 mai 1770. — De Pluviers.
7 septembre 1779. — Antoine Mercier.
7 et 10 m* IWl.nr r^awi'eç (^i^nnak et Filmer fe^tytftyia, font le bipalpul, Lpuiq Fflwsier d* ^nt-Gerwin, a fende la première sucrerie dans la colonie.
U î^et I7&L •** tapé Ptgnçjmx de Dop ville.
17 mars 4786. — Joseph de Guillaume, cbeY{4rçr de
4 juillet 1786. — Jean-Baptiste Gabriel Marre.
9 povembre 1786. — Petit de Viévigae.
9 janvier 4787. — Pierre- Jacques Carrure, lettres d'pnobfoupfofQ\ d'octobre 1784.
tf rôti récompensât des peryices signalés par lui rendus à l'Etat comme négociant. Il était né aux Abymes, an 1/51, du staw Pierre Garrère, habitant aux Abymes dont la famille est alliéq depuis longtemps avpc le? qqbfes de U colonie et de Mf^rie-Madelaine vVçcther , *l|iée avec l'ancienne et illustre maison de Monder.
43 movembre 1787. — Jean-Gabriel Prévôt de Touchimbert.
9 janyjer 1788. — De Préaux.
4 ra^rs 4788. — Dubois et Dubois Lassosay.
6 mars 1789. — De la Marche.
9 mû 4789. — De Boisseret.
48 juillet 1789. — De Bosredon.
4 janvier 4790. — De Saint-Pierre.
l^es propriétaires ci-après fireqt foi et hommage {fans les séances suivantes du Conseil souverain pour leurs flefs qui n'éttient astreints à aucun droit féodal, cependapt, à chaque mutation, le propriétaire du marquisat de Houëlbourg, devait donner au rot une paire d'éperons dorés.
$ novembre 17&}f — tGiloert des Voisins comte de (johéac.
4 novembre 4738. — Marquis de Sennetère et de Brinpu.
4 janvier 4740. — D'Ausseqz pour le fief d'Arnouville.
43 janvier 1764. — Duquerruy, pour le fief d'Arno^ville.
19 janvier 1764. — SainÛRéguier de Machicourt, pour le mèsne flel.
"5 mars 1765* — Dame Lecointre de Belleville, pour le marquisat d'Houëlbourg. *
16 mai 4766. — Poyen et Bouscaren pour le marquisat de Sainte-Marie et le fief de Saint-Louis.
4 S mars 1 769. — Saint-Riquier de Machicourt, potjr partie du fief d'Amou ville.
19 janvier 1770. — Bolreau-Roussel, pour le fief de Saint- Louis, au nom des habitants qui s'en étaient rendus acquéreurs.
18 mai 1771. —Jean- Baptiste et Nicolas Desbois Boiesulant, pour le fief de Saint- Louis.
9 novembre 1775. — Duclos, pour le comté de Lpkéac.
7 mars 1776. — Duqaeruy, pour le fief d'Anouville.
6 juillet 1776. — Saint- Riquier du Machicourt, pour partie d'Arnouville.
8 janvier 1777. — Poyen et Bouscaren pour le marquisat de Sainte-Marie.
8 juillet 1778. — Lecointre de Belleville, pour le marquisat d'flouëlbourg.
7 et 10 mars 1780. — Rîquier de Mnchieourt, Cadou et L'évèque Beaumard, pour le fief d'Anouville.
De 1740 à 1763 il n'a été enregistré aucunes lettres on titres de noblesse ; depuis 1817 il n'a été enregistré que les titres de Pierre Léotard de ta Calvie, dont la noblesse remonte au mois d'octobre 1784, les lettres de confirmation de noblesse de Martial et Guillaume de Calbiac, et celles de confirmation de noblesse de L.-A. Defredot du Plantys. (Enregistrements des 8 janvier, 10 mai 1817 et 6 novembre 18^3.)
Les registres du Conseil souverain manquent de 1740 à 1753. Plusieurs arrêts ont été obtenue par des gentilhommes pour combler celte lacune. Nous allons les fa ire connaître ainsi que tous ceux obtenus jusqu'en 1789 :
10 mai 1759. — Provisions de secrétaire du roi accordées à Durand de Blonsac avec privilèges de noblesse pour lui et les siens.
3 juillet 1759. — Arrêté renvoyant de Pujols, baron de la Grave, habitant de la Grande-Terre, à se pourvoir devant S. M. pour obtenir mandement de l'enregistrement de ses titres de noblesse.
8 novembre 1757. — Arrêt ordonnant l'enregistrement de l'arrêt du Conseil d'État du 93 avril*1756, portant privilèges de noblesse pour André de Peysonnel .
9 novembre 1757. — Arrêt ordonnant, avant faire droit, que Pujols, baron de la Grave, sera tenu de rapporter, dans le délai de deux ans, une expédition en bonne forme, dûment légalisée et certifiée, de l'arrêt de maintien du 1 7 octobre 1 670, dont il parle dans la requête, sinon qu'il sera poursuivi et puni comme usurpateur de noblesse.
13 mai 1758. — Arrêt accordant à Deniese de Boispréaux un délai de trois ans pour justifier des qualités de messire et de baron.
13 mai 1758. — Arrêt accordant 4 Legros de la Chardonmère, un délai de deux ans pour justifier de sa naissance, sons peine d'être poursuivi, ce délai expiré.
13 mai 1758. — Arrêt accordant & Courtille de Louville un délai de deux ans pour justifier de sa noblesse.
4 Juillet 1758. — Arrêt accordant A Dupin de Montméa un
de deux ans pour rapporter Tordre de S. M. à l'effet d'enregistrement de sa noblesse.
43 novembre 1758. — Arrêt défendant à Armand Jean Julien de Malguiche de se qualifier, noble, de prendre à l'avenir la qualité d'écuyer, sous telles peines qu'il appartiendra, jusqu'à ee au'il se soit mis en règle.
13 novembre 4758. — Arrêt défendant à Pierre Nicolas M ilh de Saint-Paul de se qualifier noble et de prendre à l'avenir la qualité d'écuyer, jusqu à ee au'il se soit mis en règle.
14 mai 1764. — - Arrêt accordant i François Dupin de Montméay seigneur de la Jouardière, Lechousais, Verrel et autres lieux, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, une prorogation d'un an pour se pourvoir par devant S. M. à l'effet de l'enregistrement de sa noblesse.
14 janvier 1784. — Arrêt déclarant et attestant que Charles Chabert, père de Hilaire Louis Chabert de la Cbarrière, est premier auteur de sa famille à la Guadeloupe, et que le suppliant et ses autres descendants n'ont exercé aueun état incompatible avec la noblessey qu'ils ont vécu notables et ont occupé des places honorables.
40 mai 1785* — Arrêt attestant que Marc Antoine Robert, Pierre Antoine, Nicolas Médéric, Jean Claude de Préaux occupent et ont occupé des grades dans les milices, qu'ils n'ont fait aucun acte de dérogeance, qu'ils ont vécu dans la colonie d'une manière honorable, et certifiant en outre que les signatures apposées par eux et leurs ancêtres au bas des actes les concernant, sont exactement conformes i celle de h famille de Préaux en France.
Sianvier 1788. — Arrêt accordant aux frères sieurs Dubreil de Gigonnoux de Verdon, le délai d'un an, à l'effet d'obtenir du ministre la lettre nécessaire pour l'enregistrement de leurs titras de noblesse, délai prorogé d'un an par arrêt du Conseil souverain.
3 mars 1788. — Arrêt accordant i Lenoir de Garlan de Tonrnemine, le délai d'un an, pour faire venir ses titres de noblesse et les faire enregistrer. Ledit arrêt visant la copie d'an arrêt de réformation de la noblesse de Bretagne du 27 janvier 1 760 constatant la maintenue de noblesse de sa famille.
18 mars 1788. — Arrêt déclarant et attestant que d'après une enquête ordonnée par la Cour et la notoriété publique, Guillaume Pierre Rousseau et Pierre Quentin Rousseau, descendants de Jean Rousseau, capitaine, gouverneur du château Sacondigny, en Poitou, occupent et ont occupé des grades dans la milice, qu'ils n'ont, ainsi que leurs ancêtres, fait aucun ente de dérogeance, et qu'ils ont, de père an fils, vécu d'une
titiijÀré k«ho*able à h feuHOêtolip* et {ftfcaédé déë 'faatâaffiéN sucrières. ,
1* niai 1788. — Arrêt éfecfcrdiftit i Prévost de Sàîbt^Cyr un éélai tite 48 moi* pfcur se plrocttret bës titres de noblesse «t là lettre du ministre nécessaire pour httrf enfegisfafeiiiéitt.
14 mai 1788. — Arrêt validant le» Mpies faites rtfcfr le grtffiéfr dëfc titres de noblesse de Yves de Villiers, écuyer, et fèB Attestant ftrafohties aux tfrigibàta détruite tttf Hticendie d^ttti grtffé.
48 tuai 4788. — Arrêt autorisant de Gourèttfes, aiiéieh capitaine des vaisteêati* M toi, ft flaire dresser bar le greffier de ta Cotar la copie dii WëMmêht dfc ëôn père Médéric Rolfe, ééttyer, aient de Goursolas, làqfrelte doit être produite en ftftfaée, ptour prouver sa filiàtieh.
6 mars 4789. — Arrêt autorisa** leé sieurs Dèspt-és Dùbèllolà & fifre dresser par le greffier la copte de leurs titres dé noblesse èii'ils désirent produira ëb Frfanfcë pour se Hré inaïhteni* dans Fétet de tours anfcêtftft.
ftutto Arrêt attestant qûlfe n'ont, aiftsi que lefcrt ànbéth», fait atiCrirt afcté de dêfttféaiicë.
Il existe dans les arcnives du ministère dé là Wiarftiè et dft efttoafeè, un éatalbgue ûttprfttié ettfist&tànt les eôregifettëniehtB Suivants •
1878. 4* octobre. — Niéolas Faugûdmbgue, aïeul- Duptessis, écuyer (Senlis)t
4681 . 4^ février. ^ Léonard Francoi* dé Villiete-Àutttrtfe, steur d'Elissard (Fkunfces).
1686, 4 marfi ^ François de Vipart de Neuilly, "Otite* François de Vipart, sieurs de Neuilly, écuyers (NoïmàhdièL
4688. 6 septéttWe. ~ François de Crépiû, sieur BÔHob, êfeuye* l^ourgojne) .
461». 7 avril. — • René Coupé, sieur de Kéroual, êètfféh
1667 . 90 avril. — Pierre de Gaàton, sieur de Barzai, ttifftt.
4709. 4 septembre.— Louis Collet-Desronssiêres, (Bte&$rtè)i éèuVer.
1702. 5 décembre. — Jacob Botitemps, sieur DotnonviDe écuyer.
4714, 9 mars. — Pierre François Gilbert de Crapado, ohévaKèr.
4748. 9 janvier; — Piêrtfe Louis her, sieur de ffllitfs, écuyer.
47484 7 mars. — nieotae Lucker, écuyer, (Mandate).
1998. S mata. — Nicolas Dorrillac, écuyer, (Picardie),
1796; 5 jatrtte*. — Charles de Lacroix, écuyer, **i£neur de SëinVCyr, (P^tteu).
Iftfeft nëfatoii *- AnWha «é fate, éMyèfr.
f 786* 14 màffs. — Hiér*me ftenjâmin de Beabera^ éeuyert
(QMÉté de Foifthiett).
1726 . 6 novembre. — Jean Boxonier de la Bassète, écuyer, (Datipbiné).
1 727 . 10 juillet. — Pierre Robert Bernard Robin de Ranseap, et Imite Alexandre Robin de Prévnl, éeuyers.
1744. 18 juillet. — Elie Jean Robert le Terrier, éalyer* (Normandie).
4748 . 7 novembre. — Charles Théodore de Bragefengne de Boiaripeaud, écuyet, aieur de Berlange.
475*2. 6 mai. — Jacques Durand de Blonzac^ écuyer, (Bordeaux)*
1754. 4 mars. — François Guillaume Pinel, écuyer.
4756. 8 novembre. ■— Jean André de Peyssonel, éeuyér, (Dntaliné).
1764. 41 janvier. — Pierre de Bologne, écuyer,
1767. 20 mars. — Dupin de Môntméa, écuyer.
Fiïtà fibbles.— Des roturierb prenaient dans les actes lé titre (fèkûyter; eèttè usurpation se perpétuant, devait fournir dans la suite des temps, des preuves de noblesse à leurs descendais, îl étaft important aénlpèchër que les nobles de PËtat se trouvassent confondus avec ceûfc qui ne devaient pas participer aux prérogatives et autres privilèges gue le rot leur itàftÂàit. En 1750, lés Conseils souverains prirent des arlrèta ordérinknt aux greffiers, notaires et curés des paroisses, d*ënvttyier ^exactement tous les trofe mois aux Procureurs généraux, là ïîfete de ceux qui auraient pris le titre d'éeuyer, dans les atjfos ijtfïls paieraient, pouir être pris tel droit qu'ils avisérifient.
Cette pf&feriptiort fort bitfntèt mise ëh oubli et les Conseils sduVèraifcb àûreik lé rapp^tèt en oïdonààht eh outre aux greffiers frfttflrefe tet feuré* d'ënVoyer exactement là liste dé tous cent qui p^Yidr'aient ton seulement té tort d'&ityèr, mais en%We tout aùtreè titreb dé noblesse.
$râçe$ accordées aux officiers des milices. — En rétablissant les -milices 'en 1768, le Roi par une ordonnance du 1* sep* tesfiWe, pour exciter leur lèje et leur émulation, daigna leur accorder des grâces particulières et régla les conditions voulues pour avoir la décoration do l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis. Pouvaient l'obtenir :
iLea commandante de quartier, après 24 ans de commission d'officier; tasapitanles, «près 48 ans; ibàa lieutenants et «eua-Kealenaaite, après 46 ma; Lan qftftmaa ayant 10 au» do sarvieee iMavakat la ana-
mission de major, ceux qui avaient été pendant 36 ans lieutenants on sous-lieutenants, recevaient la com mission de capitaine.
Les années de guerre, pour l'obtention de ces grades, étaient comptées pour deux ans.
Les officiera de milices devaient jouir, ainsi que les troupes entretenues, de la noblesse militaire, et l'obtenir dans les cas déterminés par les ordonnancée.
S. H. se réservait de récompenser par des grades, pensions ou décorations, ceux qui les auraient mérités par des actions pendant la guerre, ou qui auraient été blessés, même de récompenser, dans les personnes des veuves et des enfants, ceux qui perdraient la vie dans la défense des lies.
Un arrêt du 13 août 1685 avait antérieurement décidé que les officiers de milices étaient exempts du droit de capitation, pendant le temps consacré & la garde des colonies.
les nobles non exemj>tés du droit d'industrie, — L'article VI de l'ordonnance du l"r janvier 1773, rendu par de Vallière et de Peynier, portait que le droit d'industrie serait acquitté même par las nobles et autres privilégiés.
L'ordonnance de 1773 sur les impositions déclarait, article 14, que ceux qui, par la nature de leurs biens, ou par les privilèges particuliers de leur état et de leurs ebarges, se trouvaient dans le cas d'une exemption, en jouiraient somme pnr le passé, conformément i la déclaration du Roi du 3 octobre 1730, et a l'ordonnance du 1* janvier 1773, à la charge par les privUégiés de remettre au bureau du domaine du Boi, un* copie en forme probante des titres, en vertu desquels il) prétendraient leurs exemptions ; et foute d'y avoir satisfait, ils en seraient déchus et privés ; et eaux qui se trouveraient dan* le cas d'avoir deux titres d'exemption, ne pourraient jouir que d'un seul et de celui dont l'exemption serait la plus forte, laquelle exemption néanmoins n'aurait lieu que pour le nombre effectif d'esclaves ou domestiques qui seraient à leur service : dans le eaa où ce nombre serait au-dessous de celui porté par l'exemption, défense était faite d'emprnnler ou de prêter des esclaves pour profiter de ladite exemption en entier, sous peine de cenfiscation des esclaves prêtés et de 500 livres d'amende contre chacun de ceux qui auraient emprunté ou prêté les esclaves, conformément à la déclaration du Roi.
La femme aréole. — « Les Américaines réunissent à une extrême indolence, la vivacité et l'impatience, dit Thibaut de Cbauvnlon.
i Fieras, décidées, et fortement attachées à leurs volontés •saune «*t nommes, elles sont presque aussi sensibles qu'eux
an (point d'honneur attaché à la valeur. Une femme se croirait déshonoré*, si la bjavoure de son mari pouvoit être suspecte.
c II est difficile de concilier leur caractère généreux et compatissant, arec la grande sévérité qu'elles employent pour 6e faire servir, sévérité qui paroit encore surpasser celle des hommes.
€ Leur cœur est fait pour l'amour, il l'allume aisément ; mais parmi ses triomphes, il ne peut pas compter celui de leur indolence. Elles aiment tendrement, sans s'occuper des moyens de séduire, soit que les soins qu'elles prendraient dussent trop leur coûter, soit qu'elles les regardent comme des raffinemens de coquetterie, plus propres à altérer l'amour qu'à l'embellir. ,
c Qles s'attachent fortement à celui avec lequel elles sont unies ; cependant dès qu'il n'est plus, sa perte décide le bonheur d'un autre. Il n'est presque point de veuve qui, malgré sa tendresse pour ses enfants, n'efface bientôt par un second mariage le nom et le souvenir d'un homme dont elle paraissait éperduement éprise.
c Tout entières à ce qu'elles possèdent, elles sont rarement infidèles à leurs maris. La pureté de leurs mœurs est soutenue, ou par leur propre vertu, ou par la difficulté de cacher leurs désordres dans un pays, dont la manière de vivre ne se concilierait pas avec les précautions nécessaires à la galanterie, ou par leur fierté, peut-être même par leur indolence, encore plus par le défaut d'attaques. Elles en sont garanties par le goût dépravé des hommes pour les négresses.
c On sent bien que leur fidélité est presque toujours suivie d'une jalousie extrême. •
c Bien différentes des Américains, elles écoutent froidement le récit qu'on leur fait à tout instant des agrémens de la France. Rien ne peut émouvoir leur curiosité ni leurs désirs pour les déterminer à venir y fixer leur séjour. Attachées à leur climat, elles ne peuvent rompre leurs habitudes ; la plupart préfèrent de laisser venir leurs maris seuls en Europe.
c Ce fait dont a des exemples fréquents, et qui semblerait contredire leur attachement pour leurs maris, et nième leur jalousie, n'auroit-il pas aussi son principe dans cette même indolence et cette fierté, qui peuvent leur faire craindra la comparaison de l'éducation qu'elles ont reçue avec celle des Françaises, et les effrayer sur les soins nécessaires pour les en rapprocher ?
c Cette réflexion se concilie d'ailleurs avec leur grande timidité, ou cette espèce de honte qu'elles ont presque toutes à se produire dans le grand monde .
c Leur fermeté d'Ame surmonte la faiblesse excessive qu'elles ont pour leurs enfans, elles s'en séparent pour les envoyer en
Europe, dès que le moment de leur éducation est arrivé. Cependant cette séparation leur annonce un* absence d'un grand nombre d'années, et souvent même une absence éternelle.
t Le défaut de volonté et d'émulation, qui est une suite de leur nonchalance, leur lait négliger les talens et les exercice-; alléchés a l'éducation. La danse seule peut vaincre cette indolence, a tout fige, et malgré la chaleur du climat. Cet exercice paraît ne les fatiguer jamais. On croirait que c'est le plus vif de leurs plaisirs, ou le seul auquel «Iles soient sensibles. >
Ce portrait de ta femme créole est incomplet et ne mentionne pas ses deux plus admirables vertus. Mère tendre et dévouée, elle ne laisse pas s une étrangère le soin d'allaiter son enfant, el c'est sans doute à celle magnifique vertu de la maternité qu'a été due cette race créole qui tranche sur la race française et a formé un type accompli, plein de force, de souplesse et de grâce. Thibault de Chanvalon a omis aussi d<\ raconter les admirables vertus que déploie la créole au chevet des malades a qui elle sait prodiguer les soins les plus tendres et les mieux entendus. Dans ces terribles circonstances, quand il s'agît surtout d'arracher a la mort des êtres chers, la créole se trans figure. La femme nonchalante, tout à l'heure, devient de fer et passe sans dermir des mois entiers auprès de ce malade qu'elle couvre de sa tendresse, et ne tomba brisée enfin par cette énergie surhumaine ijue lorsqu'elle a vaincu la nature ou que la nature l'a terrassée en lui enlevant l'être qu'elle lui disputait. Qui n'a pas vu une créole luttant ainsi désespérément contre la mulaiîie, a été privé de l'un des plus sublimes spectacles que la femme donne au monde.
Les poêles ont chanté sur tous les tons les grâces exquises de la créole ; ils ont venté toutes ses perfections, sa beauté idéale, son œil ncir où luisait le soleil de sa patrie. Nous n'essayerons pasde refaire un portrait qui est toujours incomplet.
Nous ajouterons seulement ce portrait tracé par un créole de la Guadeloupe :
« Les femmes créoles joignent ordinairement à un bon cœur, de l'ingénuité, de l'esprit naturel qu'elles ne cultivent pas assez, et surtout des mœurs très chastes. A la vérité, on trouve quelquefois parmi elles des coquettes et des étourdies, dotit la conduite est inconséquente; mais il y en a très peu sur lesquelles la médisance ait véritablement le droit de s'exercer. Amies sincères, tendres amantes, elles ibnt aussi des épouses fidèles; ce à quoi je trouve qu'elles ont un double mérite j puisque rien n'est plus commun que de les voir encore à la fleur de l'âge, et avec tous les charmes faits pour captiver le cœur d'un honnête homme, abandonnées de leurs maris pour des créatures laides, maussades, rebutantes. »
On minait les jeunes filles 1res jeunes, et l'on voit dans du Tertre qu'on ne se faisait pas difficulté d'en marier à onze ans.
Mères et filles s'adonnaient aux travaux de la maison, t Nos filles et femmes créoles, dit le père Labat, font des bas de coton à l'aiguille d'une finesse et d'une beauté surprenante. Ceux de coton blanc, que l'on fait teindre en écarlate, font honte à la soye, et ceux de coton de Siam, naturellement de couleur de muse, sont d'une finesse et d'une douceur qu'on ne peut exprimer. ■
Nous aurions voulu faire connaître, d'une manière certaine, tout ce qui a rapport à l'état social de la femme à la Guadeloupe
Csqu'en i 790, les mesures prises pour leur assurer l'éducation. s vieux historiens des colonies sont muets sur ce sujet. Ni. le père du Tertre ni le père Labat n'ont traité un objet aussi important.
Lee riches colons de la Guadeloupe devaient cependant, comme ceux de la Martinique, envoyer leurs filles en France pour y recevoir une éducation plus achevée.
La Martinique, plus heureuse, a été dotée de maisons d'éducation pour les jeunes filles. Ces maisons étaient dirigées par des religieuses. De môme que beaucoup de jeunes garçons de toutes les lies étaient envoyés à ta Martinique, à Y'école de Saint-Victor; les jeunes filles ont dû aussi être envoyées dans cette lie, métropole alors de toutes les autres, pour y recevoir une éducation plus appropriée à la fortune de leurs parents. Mais il est plus probable que l'éducation des filles des planteurs a dû être, en général, très incomplète, et que celles des villes seules ont pu être élevées dans les maisons d'éducation qui y avaient été érigées. Et cependant lorsque la révolution éclata, les villes de la Basse-Terre et de la Pointe-à-Pitre possédaient plusieurs pensionnats de jeunes filles, dans lesquels presque toutes les jeunes filles de la colonie devaient recevoir l'éducation. Ces pensionnats étaient dirigés par des dames du monde.
Gomme toutes les écoles aux colonies étaient placées sous la surveillance du clergé, il est probable que l'éducation était UmPtne que celle donnée à la Martinique dans les écoles tenues par les religieuses. Nous allons faire connaître les principes qui dirigeaient l'éducation des jeunes filles dans ces dernières maisons, et nous saurons ainsi, autant que possible, la manière dont nos aïeules ont été élevées.
Les guerres continuelles du règne de Louis XIV avaient jeté la pins profonde misère dans tous les psys do Nord et de I Est de la France. Les calamités qui avaient affligé ces contrées avaient forcé beaucoup de religieux et de religieuses d'abandonner leurs monastères et eooveots et de chercher ua range ■an 1m iiuiimi de f àntéiàtor.
les religieuses du tî^rs-Ordre de Sâinr-ï)(Mni^èm là Vi^ àe Tôul, en Lorraine, tétaient notamment retirées à Paris. L* Mère Marguerite de Saint-Joseph, religieuse professe de l'Ordre, prit alors la résolution d'nller s'établir ji la Marffidf^ue et aîttm fies circônvoisines, dans le dessein d'instruire les jeunes AH» dans la religion catholique, apostolique et roraàîne et à toute* choses honnêtes et vertueuses conformelnent à leur institut, et eh esprit de soii Ordre, et la permission acdorifée fâfr éùu supérieur. Elle supplia humblement le Roi de lui accorde* des lettres-patentes pour son établissement à là Martinique:
Les lettres-patentes données à Paris au mois kfè dâcfefabre 1653, sont ainsi conçues :
c Désirant contribuer en tout ce qui Nous sera possible à une œuvre si louable, pleine de charité, et pour la gloire de Dieu, afin de participer à leurs prières pour notre promérité et de notre Etat. Avons à ladite exposante permis, accordé et octroyé, et de nos grâces spéciales, pleine puissance et autorité royale, permettons, accordons et octroyons, par ces présentes signées de notre main, d'établir en ladite Isle de la Martinique, et autres circônvoisines, avec ses compagnes, en tel lieu dlcefles qui lui pourra être donné, légué ou acquis, et en icelm faire construire et édifier un monastère et couvent propre pour y vivre selon les règles et constitutions de leur Ordre, faire leurs prières et dévotions, instruire et enseigner les jeunes fiDes â la connaissance de Dieu, religion catholique et romaine, et à tous autres exercices honnêtes et vertueux; accepter tous dons et donations qui leur pourront être faites pour aider à leur entrelent ment; et qu'après le décès de l'exposante, les religieuses dudit monastère puissent élire autre supérieure des religieuses d'icelui dans les formes et solemnites requise* i leur Ordre, le tçut sous l'autorité de leur supérieur. • Ayant établi ladite exposante, ses compagnes on religieuses pris et mis sous notre protection.
L'établissement de ces religieuses fut fondé idahs là paroisse de Notre-Dame de Bon-Port du Mouillage du bourg SàinfcPîenre, et en 1740, le P. Mane, supérieur général de la misêfkm ides Frères-Prêcheurs aux îles du vent, avec la permission dû Gouverneur général et de l'Intendant, forma un établissement servant à recevoir et à soigner les pauvres femmes, filles, orphèHns et orphelines, et connu sous le nom d'Hôpital des Femmes et dont l'administration fut confiée à ces religieuses.
Le Roi fut informé que cet hôpital était d'une grande t&tiKté, non seulement pour le secours des pauvres femmes et filles qui seraient hors d'état de se taire soigner dans leurs nialadres ; mais encore pour les enfants tironvés qui f étaient reçus, W^our
les jcputf* $Upa qui ; rçcavçient un? éducation conyenabJb à ton$ égards s. M. sachant \jye cet hôpital était ça étal de se soutenir au moyen des biens dont il avait été doté, et des pensions des jeunes filles oui y étaient élevées, ne voulut pas différer plu* Jpngtemps a autoriser formellement un établissement si avantageux à ses quiets des îles.
En conséquence des lettces-patenlps du 3 mars 1750 autoriftèxai4 l'étotyisaement de cet hôpital pour être desservi par les Religieuse? du Tiers-Ordre de Saint-Dominique, de la manière suivante:
i . J^es^tes Religieuses vivront en communauté, selon les règles et constitutions de leur ordre, et elles seront gouvernées pour le spirituel, par le curé de la paroisse de Notre-Dame de Boa-Port du Mouillage du bourg Saint-Pierre.
2. Lpp biens destinés audit hôpital, consistant dans une maison et uç terrain qui Lui a été donné dans ladite paroisse pajj, b) vejLive Bauxhere^u, et où ledit établissement a été fait, et dans une maison qui lui a été pareillement donnée par lés Religieux Dominicains, et louée à des particuliers, nous voulons que ledit hôpital continue d'çn jouir, sans qu'il puisse, y être ajoute d'autres biens, soit par dotations, acquisitions ou autrement, qu'après en avoir obtenu nos lettres de permission conformément à l'article XX de notre déclaration du 25 novembre 1743, concernant les ordres religieuse et gens de main morte étants dans nos Colonies de l'Amérique.
S. Les Religieuses seront tenues de remettre dans le mois de janvier, de çlpqjue années, au sieur Intendant des îles du vent, le compte de toutes les recettes et dépenses qui auraient été faites dpns Tannée précédente, audit hôpital, ainsi qu'un extrait de l'inventaire des esclaves, meubles et autres effets en déperçdanj«
4 . Les femmes et filles qui par leurs infirmités ou leur grand ftgp seront hors d'état dp gagner leur vie. ou par leur pauvreté, dans riinp^issance de subvenir à leurs besoins, seront réunies dans ledit hôpital, et y seront traitées et soignées dans leurs malades.
5. Lesd^es religieuses seront tenues de recevoir pareillement dans ledit hôpital, les entants trouvés et orphelins; dé pourvoir à Içur. subsistance, de les éleveç dans les principes de la Re-
placés che^ des particuliers, pour leuf fairç apprendre un métier, e) les filles jusqu'à ce qu'elles puissent être placées coovena-, bleqtf n^ sçi/j pajr naari#$e o^ ajutçémeni, à l'effet de quoi ladites
religieuses leur feront apprendre les travaux et ouvrages convenables à leur Bexe ; au moyen de quoi, il sera payé des deniers de notre Domaine auxdites îles, audit hôpital, 30 livres par mois pour la pension de chaque enfant trouvé.
6. Il sera permis auxdites religieuses de prendre des filU: pensionnaires pour les former aux bonnes mœurs et les élever selon les préceptes de la Religion Catholique, Apostolique et Romaine, comme aussi de tenir des écoles particulières et gratuites pour donner les mêmes instructions aux filles externes, et les former suivant leur état.
7. A L'effet de ce que dessus, il sera construit, si fait n'a été, dans ledit hôpital, des salles garnies de plusieurs lits pour les malades, et d autres pour les écoles, de manière que les salles pour les écoles, ainsi que les bâtiments où seront logés les pensionnaires, Boient séparés et hors de dessous le vent de l'hôpital, et dans tes salles qui serviront aux écoles des externes, il y aura une entrée particulière qui servira aux Biles qui iront
Prendre des leçons, sans qu'elles soient obligées de passer dans encids de l'hôpital.
• 8. Le Médecin par nous entretenu en ladite île, ou celui qui en fera les fonctions, fera gratis la visite dans les salles et infirmeries dudit hôpital, pour traiter les malades qui s'y trouveront.
9. Ne pourront lesdites Religieuses, pour quelque raison ni sous quelque prétexte que ce soit, recevoir aucune fille desdites lies pour Novice dans la communauté.
ié. Lesdites religieuses seront sujettes à l'observation de la Police générale et particulière, suivant l'uBage desdites tleg, comme aussi aux dispositions des Règlemens faits concernant les ordres religieux et gens de mainmorte établis dans nos Colonies, notamment à celle de notredite déclaration du 35 novembre 4743.
\ 1 . Nous nous réservons de fixer le nombre des religieuses dont pourra être composée la communauté desservant ledit hôpital, et sur le compte que nous nous ferons rendre incessamment par les sieurs Gouverneur, notre Lieutenant-général et Intendant .desdites Iles, de eelui qui peut êlre nécessaire pour les objets dudit établissement.
Cet établissement, qui assurait le sort de toutes les pauvres blanches et des orphelins répandus dans toutes les iles, ne donnait les bienfaits de l'éducation qu'à un certain nombre de pensionnaires et aux externes du bourg de Saint-Pierre. En 1764, le R. P. Charles-François, de Coutances, Vice-Préfel apostolique et supérieur-général des Missions des Capucins aux lies du vent de l'Amérique, voulut faire jouir des mêmes bien-
Alite les habitants de Fort-Royal et des quartiers environnants. H forma dans cette ville un établissement pour l'éducation des jeunes filles et le soulagement des pauvres femmes malades, confié aux filles de la Providence et appelé Ecole de la providence.
Les statuts de eet établissement furent approuvés par le Conseil souverain dans sa séance du 10 septembre 1 764. 11 en résulte que le maître d'école établi à Fort-Royal pour les filles et les garçons ne leur apprenait simplement qu'à lire et écrire.
c Or, on comprend aisément qu'outre l'indécence d'un pareil mélange, dans un âge où les mauvaises impressions sont si dangereuses, un maître d'école ne peut donner à des jeunes filles les principes de l'éducation qui leur est propre et particuKAre.
« En effet, l'éducation des filles dont peu de personnes sentent les conséquences, et dont tout le monde ressent les inconvéniens, tient aux premiers principes de la société, parce qu'étant chargées, par les lois de la nature, des premiers soins de notre enfance, elles le sont aussi de nos premières impressions, de nos premiers sentimens et de nos premières connaissances; d'où sortent les mœurs publiques, le bonheur des familles, et par conséquent exige un détail d'instructions proportionnées A des devoirs si importons.
c C'est pourquoi nous recommandons dan^notre école, de leur imprimer de bonne heure cette pudeur et cette modestie de sentimens qui font le plus bel ornement de leur sexe : cette douceur et cette bonté du caractère qui en fait l'agrément de la société : cet esprit de sagesse et de discrétion si essentiel
Kur le gouvernement d'une famille ; cet amour du travail, de rdre et de l'économie qui en fait le soutien d'une maison, ainsi des autres vertus qui forment le fonds de leur éducation, et dont la lecture et l'écriture ne font que la moindre partit. •• € Mais pour fixer les idées publiques sur la nature de cet établissement, nous déclarons que nous n'avons eu d'autre intention que de fournir aux jeunes filles du quartier Fort-Royal, des moyens plus simples, plus faciles et plus à portée de leur procurer une éducation chrétienne; que nous n'avons eu dessein d'établir une communauté régulière, mais simplement une maison d'école tenue et desservie par une société de demoiselles vivant en commun, sous le nom et la protection de la divine Providence, sans autres possessions ni revenus; sans vœux, ni engagemens; sans singularité do vie, ni d'habillemens ; .sans autre clôture que celle qui convient à la décence et à la sûreté d'un pareil établissement ; enfin, sans autres motifs ni vues que le bien et l'avantage de ceux qui voudront en profiter.»
Après ce préambule le P. Charles-François établit les statuts de 1 Ecole.
€ Le principal objet de votre établissement étant l'éducation des Filles, vous devez apporter tous vos soinset toute votre application à les former aux devoirs de la Religion et de la Société : leurs parents ne vous les confient que dans cette vue, et en vous en chargeant, vous en contractez l'obligation.
c Rappelez-vous donc souvent à l'esprit, que leur salut éternel et le bonheur de leur famille dépendent en quelque manière de voub, afin de vous encourager à supporter les peines et les désagrémens qui sont inséparables de cet emploi.
c On peut rapporter tout ce qui concerne l'éducation des Enfans à ces trois points principaux: leur former le cœur par des sentimens, l'esprit par des connaissances et le corps par des façons.
c Les premiers sentimens que vous devez leur inspirer, c'est l'amour de la Religion et celui du travail, qu'on dok regarder comme les deux principales parties de I Education des Filles : pour les instruire solidement de la Religion, il ne suffit pas de leur apprendre simplement le catéchisme. L'histoire ue l'ancien et au nouveau Testament, surtout les principaux traits, comme la vie des Patriarches, de J. C, des Apôtres et des Saints leur en imprimera des sentimens plus solides ; c'est pourquoi Moïse recommandait si soigneusement aux Israélites de raconter à leurs enfans les actions de leurs Ancêtres, et (es prodiges que Dieu avait opérés en leur faveur.
c Attachez-vous à leur donner de bonne heure le goût et les règles d'une piété simple, tendre et sincère, éloignée de ces gnmace6 et de ces momeries qui rendent la vertu ridicule. Retranchez avec soin les dévotions de caprice et de fantaisie; qu'elles fréquentent les saeremens dans les fêtes principales.
c L'amour du travail est la seconde partie que vous devef leur recommander avec plus de soin, parce qu'une fille qui n'a ni attache ni affection pour les occupationsjournalières, se livre infailliblement & la molesse, à la dissipation, dont les suites ne peuvent être que funestes; c'est pourquoi vous vous appliquerez à leur apprendre à filer, à coudre, à broder, à taire, en un mot, tout ce qui convient à une Fille pour son utilité propre et pour celle de sa famille ; sur-tout à leur donner oet esprit d'ordre, d'arrangement et d'économie si précieux pour la conduite d'un ménage et le gouvernement d'une maison.
c Les connaissances les plus utiles J à des Filles, sont la lecture, l'écriture et l'arithmétique ; mais il est sur-tout essentiel de leur apprendre à lbfe correctement. Le meilleur moyen, pour cet effet, est de leup faire apprendre par mémoire l'abrégé
de l'histoire tant sacrée que profane ; de leur en faire répéter par chapitre à haute voix dans la classe, et de leur eu faire souvent raconter les principaux traits en forme de conversation, afin de cultiver leur mémoire, et de leur douter plus d'ai* sanee et de facilité à parler.
c Prenez garde de ne pas négliger non plus dans vos Enfaep» les avantagea du corps, ce sont pour les Filles des dont précieux de la nature ; si l'éducation ne les donne pas, elle en peut au moins corriger les défauts»
« Appliquez- vous donc à leur donner des manières simples et unies ; les façons affectées gâtent les plus belles qualité» naturelles ; comme la danse sert beaucoup à leur donner les agrément de l'attitude et du maintien, vous leur en procureras un Maître sans scrupule, mais avec choix et discrétion.
c Veilles exactement sur leurs manières, leurs démarches,
leurs habillemens, afin que tout y annonce l'honnêteté, la
pudeur et la modestie, qui font le plus bel ornement du sexe*
c Que la Maîtresse des pensionnaires soit exacte à se trouver
à leur lever et à leur coucher, afin que tout s'y passe dans les
règles de la bienséance et de la retenue, et qu'elle couche
elle-même dans leur dortoir, pour être plus à portée d'y veiller
pendant la nuit.
« Ces principes suffiront pour les instruire de leurs princi-
us devoirs, mais faites attention que ce sera bien moins par
es ch&iimens que vous corrigerez leurs défauts, que par la
conduite que vous garderez à leur égard; que vos avis soient
donc doux et insinuans, les réprimandes courtes et sérieuses,
et les corrections rares et modérées.
c Saisisses, dans les conversations particulières, les momens de leur confiance, pour leur faire connaître leurs défauts : les plus ordinaires et les plus préjudiciables aux Fityes, sont les faiftaisies, les caprices, les en tète mens qui leur donnent un esprit difficile et un caractère insociable.
€ Ne souffres point de ces petits rapports des unes contre les autres, et ne marquez de préférence à aucune, ce sont des semences de jalousie entre les Enfans, qui passent souvent jusqu'aux parens, »
Venait ensuite le règlement de l'école :
Les enfants assistaient à la messe de sept heures, et se rendaient à l'école à huit heures précises, ne sortaient le matin qu'à onze heures, rentraient l'après-midi à une heure et ne sortaient le soir qu'à cinq heures. t . .
Elles n'entraient ni ne sortaient sans avoir salu* la maîtresse de classe, et pendant le temps de la ciaaee aucune ne sortait eans permission.
Chacune avait un sac à ouvrage marqué a son nom. On accordai! une après-midi de congé chaque semaine, le samedi.
Les enfants étaient partagées en quatre elasseB. La première des commençantes, la seconde de celles apprenant à lire, la troisième, de celle» apprenant à écrire, et la quatrième, de celles apprenant l'arithmétique.
Chacune de ces classes étaient divisées en deux parties égales, afin que te total fut séparé en deux.
On commençait en entrant par réciter à genoux la prière Vent creator spiritus, avec l'oraison, après laquelle on distribuait l'ouvrage A toutes ensemble, dans la salle du travail ; ensuite, on faisait passer la première partie dans la salle de l'école où les maîtresses deB classes les enseignaient pendant une heure, après quoi les renvoyaient au travail, et taisaient passer la seconde partie A leurs places aussi pendant une heure.
Chacune avait soin de laisser son sac à ouvrage à sa place, alin de ne point causer de désordre en reprenant l'ouvrage.
La maîtresse du travail leur faisait garder le silence et veillait A ce qu'elles s'occupassent exactement. Elle avait soin, pendant ce temps, d'apprendre à chacune des commençantes en particulier A répéter leurs prières correctement, et demandait alternativement aux au très te catéchisme ; ensuite, lorsqu'elles avaient toutes passé le temps prescrit à l'école, et qu'elles étaient réunies, on leur faisait, pendant un quart d'heure, une lecture de catéchisme historique qu'on leur faisait apprendre par mémoire, autant que possible; on chantait ensuite un cantique, après quoi on disait la prière Sub tuum praesidium avant de les congédier.
L'après-midi on observait le même ordre que le matin, excepté que l'on prenait l'heure du maître de danso, entre quatre et cinq heures.
Toutes les fautes contre les devoirs de religion : par exempta celles qui auraient manqué de respect et de révérence dans l'église, ou à faire leur prière, ou proféré quelques paroles de jurement, étaient mises A genoux au milieu de l'école, autant de temps que la gravité de la faute l'exigeait.
Toute» les fautes contre la charité: par exemple, celles qui avaient disputé avec leurs compagnes, ou qui les avaient injuriées ou qui étaient d'un esprit ou d un caractère difficile, étaient mises sur une sellette au milieu de la classe, autant de temps qu'il était nécessaire pour leur amendement.
Toutes celles qui avaient commis des fautes contre la retenue et la modestie, soit à l'école, soit au dehors, étalent mÎBes sur le banc de pénitence.
Toutes celles qui se tenaient malpropres, par leur faute et négligence, étaient placées sur un banc particulier.
Les butes de classe contre la lecture, l'écriture, etc., étaient punies par un ruban noir attaché en forme de cocarde & leur coiffure ou bonnet, qu'on leur faisait porter autant de temps qu'il était jugé nécessaire.
Celles qui reprochaient & leurs compagnes ou rapportaient au dehors les pénitences faites dana la classe, étaient punies comme celles qui avaient manqué do charité, et comme l'esprit de révolte et d'entêtement était la plus grande et la plus considérable de toutes les fautes, s'il arrivait qu'aucune eût le malheur d'y tomber, les maîtresses de classe ne pouvaient les punir ssns en avoir conféré avee la supérieure qui ordonnait la qualité du châtiment.
Les premières de chaque classe étaient placées sur le banc des récompenses ; celles qui l'avaient occupé pendant un mois de suite, portaient pendant huit jours une rosette de ruban blanc sur le devant de leur coiffure ; celles qui l'avaient occupé pendant trois mois de suite, étaient récompensées par un prix.
Demoiselles créoles reçues novices. — Des lettres patentes do 1? avril 1778 dérogeant & celles du 3 mars 1750 permirent aux dames religieuses Dominicaines, établies dans la paroisse du Mouillage de la ville de Saint-Pierre, de recevoir pour novices des demoiselles créoles et les autorisèrent en même temps à ac-
Ïérir et posséder des biens immeubles jusqu'à 200,000 livres.
Population blanche. Maladies. — La population blanche est assez considérable dans les lies. Malgré les ravages exercés par les maladies sur les Européens qui sont venus s'y établir, ceux qui ont résisté aux dangers du climat ont suffi pour les peupler.
On voit, très ordinairement, dix, douze et quinze enfants dans la maison d'un colon. Les femmes blanches se marient très jeunes et cessent d'être inères quelquefois plus tard qu'en France.
Les nouveaux-nés De sont jamais mis danB des langes ou emmaillotés comme dans la métropole. 11b sont, sans être serrés ni gênés, simplement enveloppés d'un morceau de linge, taillé en forme de serviette que les nourrices de Paris appellent une couchette et vêtus d'une casaque en toile légère. Quand le temps est plus frais, on met par dessus cette couchette, uoe serviette de baxin.
Dans les premiers jours de leur naissance, ils sont baignés dans de l'eau tiède ; ensuite on les lave de la tête aux pieds avec de l'eau froide ou de l'eau mise au soleil.
Exposé* à tern, 3st apprennent à marcher sctul* e|; oaps souliea, d'abord sur les pains et les genoux ou à quatre pafty, puis debout, quand ils sentent qu'ils ont assez de force pour se lever, l'instinct les porte à chercher un appui. S'ilp se. trouvent près d'un chaise, ils s'en servent pour se lever, la tiennent fermement, ne la quittent point, éloignant leurs pied* de cet appui et ont le corps penché en avant coipipe s'ilsavaiént la crainte de tomber sur le dos. Quand ils peuvent se, tejiif tout droit sans appui, ils écartent lèpre jambes 1 une, de Vai^tr^, à droite et à gauche. Cette position les rend plyp fermes, c$r ils ne tiennent pas encore leur corps à plomb, ; s'ils font une chute, ils tombent toujours assis, aussi nW-iU jamais de bourrelet autour de la tète .
Il n'existe aucune différence, dans l'éducation des enfants du premier âge, blancs ou noirs, si ce n'est que, les oaèjçes àe ces derniers mangent des aliments moins sains et moins succulents. .
Pendant les neufs premiers jours de leujr n#issançp, ils sont également exposés à une maladie désignée sous, le, npna dp. mal mâchoire. Ce terme passé, il n'y a plus danger pour eux*
Ils sont presque tous sevrés à un an et déjà depuis longtemps, ils mangent de tout : soupe, café au lait, chocolat, vift, liqueurs, farine de manioc, calalous et autres ragoûts du pays, et surtout beaucoup de sucre et de confitures.
Thibaut de Chanvalon dit :
c J'ai remarqué qu'il meurt beaucoup moins, d'epftmts qye de jeunes gens et de personnes de moyen âge.
a Quand on a pu triompher du climat dans nos isles, et parvenir au-dessus de l'âge moyen, la vie est ordinairement longue ; on y meurt, pour ainsi dire, safcs vieillir. La vieillesse n'est pas caduque, languissante, et accompagnée des infirmités qui l'affaiblissent en Europe. »
Bien que les climats de l'Europe ne puissent donner ujop idée de la température des îles, un fait a été remarqué dè$ la commencement de la colonisation, c'est que les Européens ont importé avec eux certaines maladies de leur pays i'prigine.
Le père du Tertre écrit :
« Entre toutes le* maladies, dont les habitants dp nos isles c sont attaqués, il y en a qjui sont communes avec celles de la c France et d'antres qui sont propres et particulières à toutes « ces isles, et aux terjes qui sont exposées à ujbe mesme c température de l'air. Les nèves intermittentes, les. tierces, c les doubles tierces et les quotidiennes, attaquent ppur L'cfr-
$HNffe leè itfouVeatrx venus : ai bien qu'A semblé mk ce doit une fetyftce de tribut, gull faut payer en arrivant aux isles. Pon ett pourtaàt quitte è bon marché, puisque ces fièVes fefarinitantes ti'excéldtikit > guère quatre ou cinq accei et elles soht d'autatot moins dangereuses, qu'elles prerihent tyfas prom^ffemènt ; car l'on a remarqué qu'elles causent bien Savent, m la niôrt ou des maladies oui ont de très fescheuses fclîteâ, * ceux qtii, eu «yatot été exempts à leur arrivée, en fttat saisis ÛèÂnt le cours de la première année. C'est pourquoi les plus prudents qui ft'ont point payé ce tribut, se conservent par oft régime de vivre fort modéré, *e gttdans tte niaoger avec exeez des citrons, ides oranges, des figues, 'de* bananes et des autres fruicts du pays, c Au commencement que les Isles lurent habitez, > l'on rtàpùtoit ta cfeuàe de fces fièvres, au mauvais air que les 'tefrifes ^nouvellement défrithéeâ ont coutusme d'exhaler : tnaîs depuis qu'elles ont esté découvertes, et que l'air y e6t 'devëkru ittcbmparébtetoent plus pur, tous les nouveaux venus •tffcnt pas laffesé de payer ce tribut comme auparavant ; d'où viettt que nos ftabîtans sont contrains de dire, que c'est le èfiatogement de climat et de vivre, fort dlfiérens de ceux de l'Europe, <Juï sont cause de ce dérèglement d'humeurs, c Outre ces fièvres fotenmtanftes, Ton est aussi tourmenté 'dès fièVres fehaudes continues, avec leurs symptômes comme %n France, de Pleurésies, de coliques bilieuses, de 'dysenteries, et de toutes les autres maladies, auxquelles le corps huntefri 'est feu jet ; mais il faut avouer que comme le pays ëitk plus ftaiti, elles y sont *ussi phis rares. « Nos habitons tforit aussi sujets à certains maux d'estomach et d'hydro^Mes, qui 'déconcertent tous les Chirurgiens, et enlèvent presque tes deux tiers de ceux qui meurent dans les k'ttAeé, Tttiis particulièrement les pauvres engagez ; sans qu'ils 4 jtafetfènt donnée remède: parce ^que la pluspart eounoisànt c aussi peu le mal, que sa cause, et les remàdeè qu'il y faut «> ftppbrteh *
Le pète tfu Tertre pense que la source principale de ces Wàux 3ê 'trduve dans l'imprudence des nouveaux arrivés et particulièrement des engagés, qui ne se précatttîonnent nullement contre tout ce qui peut les leur causer. Ils ont d'abord un fefttopfe étalaise, et ils négligent de se soigner. Les engagés ï&rtoflt réchappent en très petit nombre. Ils s'imaginent au ils feétàieàt mal reçus de vouloir quitter le travail et de *e dorioter potir un mal qui n'est presque rien en apparence. Si bien qùlts restent an travail jusqu'à épuisement de leurs forées, et & fcaccatnbent.
Tou6 les arrivans indistinctement usent avec indiscrétion des fruits et des eaux du pays : c car la parfaite santé de c l'homme consistant dans la liberté du mouvement du sang, c et des esprits, qui contiennent la vie, et la distribuent dans c toutes les parties du corps, l'empêchement ou le dérèglement c de ce mouvement, fait des obstructions qui sont les véritables c causes des maux dont nous parlons maintenant : parce que or nos François nouvellement arrivai dans un pays chaud, c mangent . îndiscrettement pour se rafraîchir, quantité de c citrons, et boivent des eaux froides comme la glace : et après c avoir bien sué tout le long du jour, goustent avee délices c tous découverts les fraîcheurs piquantes des nuits. Plusieurs c mesmes des pauvres engages, se couchant asses souvent c encore tout moites de sueur sur la terre, ils en attirent les c vapeurs froides et vénéneuses ; d'où vient que les Pores, les c Veines et les Artères se resserrant tout à coup, la circulation c du sang, et la transpiration des esprits en est empochée, et c ensuite le foye et le ventricule n'ayant plus l'entière liberté c de leurs fonctions, perdent leurs forces, et font bien-tost c paroistre tous les symptômes qui sont les appanages de toutes c ces maladies. Car ils sont surpris de délibitex, de lassitudes, c et de maux de coeur, qui sont suivis de fièvres lentes, et c surtout du mal qu'ils apppellent coup de barre, qui n'est c autre qu'une douleur qui leur prend sur le milieu des cuisses; c oui les empesche de se remuer, et tout cela est accompagné c d'une soif enragée, qui attire après soi l'hydropisie. une c bile jaune se répand quelquefois par tout leur corps, et la c tristesse et la mélancolie s emparant pour l'ordinaire de leur c esprit, les achève et les met au tombeau. »
Le père du Tertre n'indique pas les différentes fièvres malignes et putrides qui déciment encore notre population. Il désigne cependant positivement la plus terrible d'entre elles la Fièvre Jaune, sous le nom de Coup de Barre et que le père Labat a appelé la Maladie de Siam.
Toutes ces fièvres connues sous le nom de maladie du pays, faisant dans la population blanche de terribles ravages, inspiraient une horreur d'autant plus grande que peu en réchappait. Elles étaient toutes confondues ensemble. Aussi le père du Tertre ajoute :
c Les principaux remèdes contre ce mal sont d'éviter toutes c les causes qui les produisent ; car lors qu'il est une fois c enraciné, il est presque impossible de le guérir. Nos Chirurc giens leur ordonnent bien de se promener et de faire de « Pexerdce, mais la diffiulté de respirer les en empesche ; ils c leur commandent de manger peu et souvent, et des alimens
c de bon suc, et c'est pour l'ordinaire ce qui leur manque, c Car comme il n'y a point de boucheries établies dans la c pluspart de nos isles, la viande fraiscbe ne se rencontre pas c toujours, et la pluspart des maistres ne peuvent, ou ne c veulent pas en faire la dépense, pour les engagez, d'où vient c cru il en meurt une infinité de ces maux. »
Une autre maladie, propre et particulière aux îles, laquelle pour un certain nombre finit fatalement et ne trouve, pour les autres, de guérïson aue par un voyage en France, l'usage des eaux de Bourbon et 1 expérience de bons médecins, est une espèce de paralysie ou engourdissement des nerfs et des tendons, causée c par une pituite visqueuse, qui distillant du cerveau, « imbibe la substance de ces nerfs, et empesche la libre «r communication des esprits vitaux, d'où il arrive que les c membres et particulièrement les bras et les jambes, demeurent c tous contrefaits.
c L'usage immodéré des fruicte du pays, engendre une si c grande quantité de bile que les coliques bilieuses y sont « ordinaires, et dont j'ay veu mourir plusieurs. Les médicamens f dont on se sert pour ces maladies aiguës sont les mesmes t dont on se sert en France quand on en est attaqué : mais « j'en ay veu oui se sont soulagez et m es me guéris, par des « ventouses qu ils se sont fait appliquer sur le ventre. . •
c Les chirurgiens sont dans nos isles, tout ensemble Medec rins et Àpotiquaires ; mais la plus-part étant très-ignorans, f ou ils ne connoissent pas les remèdes, ou ils ne sçavent pas • s'en servir.
« L'on y saigne fort rarement, et Ton croit que c'est excéder c que de saigner cinq fois dans une fièvre violente, parce que c la plus-part des n aladies dégénèrent en bydropisies. *
Thibault de Ghanvalon traitant, en 1751, des maladies particulières aux blancs, dit d'abord que la chaleur étant presque toujours la même sans interruption, les effets de sa continuité exercent sur l'économie la plus désastreuse influence.
t Toute l'habitude du corps en est altérée, les facultés même « de l'esprit, si on ose le dire, en sont accablées. • . .
t Les forces s'épuisent dans ces contrées brûlantes par des c sueurs ou des transpirations violentes et continues ; rien ne c les répare. Le sang se dépouille et s'appauvrit insensiblement, c l'équilibre est rompu, les solides perdent leur ton; de-là les c engorgemens, et bientôt après les maladies inflammatoires c si communes dans nos Isles.
c En y arrivant, on est frappé du teint de ceux qui les c habitent; on Jes prendroit pour des convalesoens. On ne c voit point sur les physionomies cet air de vie et de santé,
— "1*6 — tpii tespîr© énr celles de France, la couleur de ceux qui se portent 1* mieux est presque toujours plus ou moins livide et jaune. C'est même le plus souvent un bon signe, il faut en vetrir là pour être acclimaté, si je puis me servir de ce terme*
t Les Européens qui arrivent, se font aisément distinguer par leur embonpoint, et par l'éclat et la fraîcheur de leur teint 6es avantages, qui par-tout aSHeurs annoncent la santé, ne sont qu'un présage funeste pour eux. c Le sang tranquille et bien composé que ces étrangers appdrtetit dtfn6 ee climat dévorant, éprouve le même effet que le lait exipoaé sur le feu; il bout dans r instant, rien ne Wt 1 emjtëeher de s'extravaser.
c Ordinairement en Europe, même dans les maladies aiguës, ta ttttfure ne va pas si précipitamment, qu'elle* ne donne le temps de l'observer et de suivre la route qu'elle prend ; au Isles, elle est si prompte, que si l'on tarde à saisir la maladie dès l'instant qu elle se déclare, elle se développe tout-à-coop avec ooe violence que la médecine ne peut plus subjuguer; tout est perdu. On traite alors le malade comme un bôtimeot incendié, dont il faut sacrifier nne partie, pour en sauver seulement la carcasse. On loi fait dans vingt-quatre heures jusqu'à quinie ou dix-huit saignées, dont les intervalles sont remplis par d'autres remèdes. Un homme n'est pas plutôt tombé malade, qu'il voit à ses côtés le médecin, le notaire et le confesseur, tous trois presque au même instant. € Tel est le tribut effrayant par lequel on se naturalise aux Mes. Est-il surprenant après cela que Ton y parvienne à utie vieillesse longue, et exempte d'infirmités, quand on a repoussé ces dangereux assauts, que le climat livre à tous les figes» et sur-tout à la jeunesse ? Cette violente épreuve, est une vraie pierre de touche pour les tempéramens. Les faible* y succombent, ceux qui résistent doivent être d'une si forte constitution, que leur santé peut bo soutenir jusqu'au dernier période de la vie.
c On a donné à une maladie aussi brusque le nom de maladie matelote ; elle enlève chaque année un grand nombre de matelots. Excédés de fatigues, et quelquefois de misère ou de débauche, ils en sont rarement exempts. c -EHe est si ordinaire qu'on lui donne aussi le nom de maladie du pays.
t Enfin elfe conserve encore le nom de maladie de Siam, qu'elle eut d'abord, parce qu'on prétend qu'elle en fut
apportée par on vaisseau des Indes, qui relâôna à la Martiqde. ^Nous avons démontré d'après le père Label, qui
donne l'origine de celte dénomination, 'que c'était une erreur de dire que la maladie provenait de Siam et qu'elle atait été contractée par l'équipage d'un navire à Rio-Jaueiro, et de là importée à la Martinique.)
« Cette maladie, beaucoup plus dangereuse autrefois, était
< accompagnée des symptômes les plus violens. Le sang aortoit c par loua les pores comme la sueur, ce qui arrive encore f quelquefois.
< On dit qu'elle o'attaquoit jamais les Américains dans les 4 commencemens qu'elle s'introduisit; aujourd'hui elle les i traite en peuple conquis.
« On juge par ce détail de l'épuisement où doit être le mac tadf s'il en réchappe; de la lenteur et des difficultés de la • convalescence; des fréquences dos rechûtes; enfin de toutes
< les autres maladies qu'entraîne celte vivo secousse.
a L'une de ses suites les plus ordinaires, est une fièvre
< lente, ou une ianjueur habituelle, produite par l'affaissement « et l'abandon de toute la machine, que l'air et les a limons
< trop (bibles du pays ne peuvent pas rétablir; d'où résultent « bientôt des obstructions, des jaunisses, des gonflemens de c rate, en un mot .'es cachexies complettes, qui, quelquefois,
< suivent le cuurs ordinaire, et se terminent par l'hydropisie. i On pourrait dire qu'il n'y a point dans nos isles d autre
i maladie précisément particulière aux blancs: les autres n'en t sont ordinairement qu'une suite. Le caractère de cette espèce t de fièvre maligne est principalement marqué par des hémor- « ragies par le nez, par les yeux, ou par d'autres parties du i corps.
c Quoiqu'elle n'ait pas toujours ces mêmes symptômes, elle f conserve cependant le même nom. Ainsi l'on confond imlis- ■ tinctement sous la dénomination do maladie du pays, do c maladit de Siam, ou de maladie matelote, toutes fièvreH c malignes, tenaces ou violentes. Je présume qu'elles ne difc forent de celles d'Europe que du plus on moins de malignité.
< Les nègres n'y sont jamais sujets, non pas même MOX c qui arrivent de Guinée. <Le climat n'éprouve point eeux-ci a a leur arrivée comme les Européens. Ils viennent d'un climat c ou semblable ou plus chaud; le sang qu'ils y apportent avoit a donc déjà acquis par la chaleur de l'Afrique la même aclic vite, la même fermentation, toutes les qualités enfin que lui « au roi t données la chaleur de l'Amérique. Il n'en est pas de t même de ceux qui viennent des climats tempérés, i
Chauvalon conclut que la cause immédiate de la maladie est dans le climat des isles et ajoute que la plupart des personnes négligent de prendre les pins simples précautions pour essayer
de se prémunir contre elle, précautions qui cependant n'empêcheqt pas toujours de la contracter, c Entraînés par les fêtes, c par les plaisirs que l'on aime aux isles, et même par l'accueil c agréable que reçoivent les étrangers, ils se livrent souvent c sans modération à tous les plaisirs, comme ceux qui sont € habitués à ce climat. La table, la danse, le jeu, les veilles, c le vin et les liqueurs, d'autres circonstances encore, qui se € réunissent aubsi quelquefois au chagrin d'être désabusé sur c les chimériques espérances de fortune avec lesquelles on c s'était embarqué, tout seconde l'action de la chaleur du c climat; leur sang est bientôt enflammé. »
Chevalier, médecin, qui a écrit sur les maladies de Saint- Domingue, dit, contiue Chanvalon, que dans les fièvres malignes, il faut, après quelques saignées du bras, employer celle du pied pour dégager la tète. Cette méthode n'était point suivie à la Martinique où la saignée du pied n'était jamais pratiquée.
Les autres maladies les plus communes aux îles et particulières aux blancs participent toutes des maladies, d'automne dont parle Hypocrate, comme: fièvres tierces ou quartes, gonflemens de rate, obstructions de foie, diarrhées opiniâtres. Elles arrivent le plus souvent à la suite de l'épuisement produit par la maladie du pays et les remèdes qu'on lui a opposés.
Les nègres en sont aussi quelquefois attaques, mais dans la plupart des cas, c'est la suite, ou plutôt, le commencement d'une espèce de cachexie qui leur est particulière, appelée mal d'estomac.
Les femmes n'ont presque jamais la maladie inflammatoire du Pays.
Une des causes, qui contribuait alors à l'éclosion de certaines de ces maladies, était dans la manière de se vêtir, t Les € hommes, qui la plus part ne portent pas de cheveux, n'ont «c sur la tète qu'un bonnet de simple mousseline, et ne mettent c presque jamais d'autre vêtement qu'une veste de basin, ou t de quelque autre étoffe aussi légère.
c Cependant des journées fort chaudes sont suivies quel- € quefois dé soirées très-fraîches, «capables d'arrêter la trans- € piration. Les journées même sont différentes par leur c température, et les vêtemens sont toujours les mêmes.
t Plus les femmes européennes s'éjournent à l'Amérique, € plus l'écoulement périodique de leurs menstrues diminue, c Celui des femmes du pays est très-iaible; plusieurs d'entre t elle n'y sont pas même sujettes. Elles prennent à cet égard c si peu de précautions, qu'il est fort rare qu'avant de se c marier, elles ayent évité ce mauvais état de santé, que l'on c sait une suite des suppressions menstruelles.
c Les hommes et les femiqeç n'ont point de couleurs, avec i cplte {différence que le teint des hompies est presque toujours i pi^le ou pilieux par suite des maladies, ou brûlé par les c grandes cïialeiirs; mais parmi \eè femmes, H est fort'ordïnairb « dé trouver de très-blanches, quoiqu'elles ne soient 'pas c occupée* d'elles-mêmes comme les européennes. Ellep ' te f donnent si' peu de soins de plaire, elles font si peu das dés c artifices et des moyens empruntés dont le sexe fait usage eh i Europe, qu'elles né cherchent point à déguiser ce défaut de i couleurs. ... <-.
c L'air du pays et les alimens contribuent sans doigte beauc coup à cette privation d& couleurs. ' • : *
« L i air y est dévorant et salin. Si Ton reste exposé au vent c du côté de la mer, sur les habitations qui en sôht Voisines, c on a bientôt les lèvres sèches et èalées. U(
t Les alimens y sont presque sans suc, et la plupart des <r personnes, hommes et femmes, préfèrent au pain ta farine i de ma g n oc, qui contribue peut-être plus que tout autre c aliment, à l'appauvrissement du sang et à cette pâleur du c ffeihf. »
Les maladies les plus communes, particulières aux nègre?, paient : 'le mal d'estomac et les pians. ' Le mal d'estomac, dit Ghanvalon, est une vraie cachexie (fais tous ses symptômes et se terinine comme elle pi/rl'h}* jrôpisie. On considère comme perdus les nègres atteints de celle pialadie : lt Leur teint et toute leui* peau devient oliv&iie', cou jeôûleur de 'fouille morte; leur langue blanchi; ils sont c essoufflés' dès qu'ifs marchent, le moindre mouvement les f met hors d'haleine; ils sentent de la douleur à la région « Çpigastrlquè; et comme lès nègres confondent toutes ces c parties avec l'estomac, et qu'ils sentent en effet une chaleur € et un tiraillement dans Pestomach, produits par une grande f faim, ifs ont nommé cette maladie mdl d estomac. Le sommeil
< lés" accable sans cesse; ils sortt languissant "et sans forcer, t incapables d'aucun travail, ni même d'aucun exercise; c'est f un anéantissement, un affaissement total de la machine; ils c veulent être toujours ' couchés ; on est obligé de' les battre « podi* les faire lever et pour les faire marcher; quelques-uns « s'abandonnent, et 6ë découragent au point qu'ils se laissent i àssorçer'de coups plutôt que de se lever; ils ont tous les
< j^bûts dépravée qui accompagne rit la cachexie; les alimens c doux et sains leur sont indifférons malgré leur faim ; ils n'ont c d'appétit 'qift pour ceux qui sont salés et épicés. Après avoir c langui quelques mois, les jambes commencent à s'enfler; « ensuite les cuisses, le ventre, et la poitrine tenant à s'enk Rorijer, ils ineurent étouffés.
* T^Vt ■». , ■ ,\ . : mou ... ~*
c Cette maladie, dont la source est sans doute un épaissiseement du sang qui engorge les viscères» a plusieurs causes. Quelquefois elle peut provenir de la mauvaise nourriture aue les Nègres ont eue pendant leur traversée de Guinée à l'Amérique ; on ne les nourrit que de fèves de marais, auxquelles ils n'étaient point habitués dans leur pays ; quelquefois aussi elle provient des mauvaises nourritures qu'ils ont dans nos Isles même chez les habitans qui ne leur en donnent point du tout, ou qui ne leur en donnent point asses. Le besoin les oblige alors à prendre indifférement de toutes celles qui se présentent à eux.
c Une autre cause sanfc doute de cette maladie, c'est le chagrin qui s'empare de ces hommes.
c Une autre causé du mal d'estomac, très générale encore, c'est que plusieurs de ces Nègres venus de la côte de Guinée, mangent de la terre. Ce n'est point par un goût dépravé, c'està-dire, par une suite seulement de leur maladie, c'est une habitude contractée chez eux, où ils disent Qu'ils mangent habituellement une certaine terre dont le -goût leur plaît, sans en être incommodés. Ils recherchent chez nous la terre la plus approchante de celle-là ; celle qu'ils préfèrent ordinairement est un tuf rouge-jaunâtre, très-commun dans nos Isles. t Les blancs ne sont pas sujets au mal d'estomac. Les circonstances propres à occasionner cette maladie parmi les Nègres n'ont pas lieu parmi les Nègres créoles. Ils ne doivent donc pas être sujets au mal d'estomac ; les exemples en sont trèsrares.
t Les pians, autre maladie particulière aux Nègres, se dénotent sur quelque partie du corps que ce soit ; ce sont des espèces de grosses gales, sèches, dures, calleuses, circulaire*, quelque fois couvertes par la peau, mais le plus souvent ulcérées et couvertes d'une farine blanchâtre, tirant sur le jaune.
Les médecins, dit-il, ont pensé que ee n'était qu'une forme de
la maladie vénérienne se manifestant par des pustules. Il réfute
cette opinion basée sur ce que la guérison s'obtenait par les
mêmes remèdes que la maladie vénérienne. D'autres ont prétendu qu'elle provenait d'un vice de sang
provoqué par le mal vénérien, mêlé avec le virus scorbutique.
Les maladies communes aux Blancs et aux Nègres.
c Les Blancs et les Nègres, continue Ghanvalon, sont tel- € lement incommodés de la pituite dans nos Isles, au on y fait * une très grande consommation de tabac, soit par le nez, soit