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Celle des matelots embarqués sur les navires marchands

est la même que celle payée par l'ancien capitaine sans pouvoir en convenir une plus forte. Elle est inscrite sur le rôle qui seul sert de titre sur les prétentions soulevées à ce sujet.

32 . L'officier des classes, A l'arrivée des navires en France passe la revue, fait arrêter les matelots non portés sur le rôle; il a soin de distinguer entre les gens de mer portés sur le rôle, ceux embarqués aux colonies, ceux ayant déserté, vérifie s'ils y ont été punis par la prison et la privation de Itur solde, si les punitions n'ont pas été infligées, les matelots reconnus déserteurs sont arrêtés et reteni s pendant quinxe jours, et leurs salaires de voyage réduits conformément i l'article IV du précédent règlement. Si des avances ont été faites, ils restent en prison jusqu'à restitution des sommes payées au delà de la fixation expliquée dans cet article.

Les matelots apportaient des petites pacotilles aux îles. L'autorité leur permettait de les vendre ofans des lieux particuliers des marchés ou leur désignait une place pour leurs opérations de commerce.

Ces ventes avaient lieu les dimanches ou jours de fête. À la Ba? se-Terre, la place des matelots se tenait sur le cours Nolivos, à la Pointe- à -Pitre, sur la place Tascber, depuis désignée sous le nom de Petit Cours.

Une instruction du marquis de Bouille du 8 novembre 1778 porte que le bateau du domaine chargé de la pelice de la rade doit faire voile à l'instant, en filant son câble, pour aborder et enlever tout brûlot ; que tous les navires et bateaux en rade doivent lui envoyer leurs hommes les plus déterminés, et qu'en cas de prise du brûlot, il y aura partage entre ces matelots et ceux de l'équipage du domaine, sans préjudice des récompenses à accorder par le Gouvernement aux n atelots qui se distingueraient en cette occasion.

L'ordonnance locale du 1er octobre 1779, porte que les matelots espagnols malades seront traités dans les hôpitaux avec les mêmes soins et les mêmes attentions que les propres sujets du roi.

Flibustiers. Boucaniers. — Les premiers Européens, Français et Anglais qui promenèrent le drapeau de leur nationalité dans la mer des Antilles furent d'abord des flibustiers (de l'anglais free-booter, corsaire, picoieur, d'où les Français ont tiré le mot friboutier, puis flibustier.)

Les flibustiers épargnaient tous les navires espagnols venant d'Kurope, Tnais se ruaient sur tous ceux qui y retournaient, et enlevaient leurs riches cargaisons. Mais ils étaient parfois battus et venaient akrs échouer leurs navires désemparés sur la côte de Saint Domingue, où ils étaient assurés de ne pas mourir de faim, tant qu'ils avaient des munitions' et des armes.

De là, dit le père Labat, l'origine des boucaniers (habitués de boucan, vieux mot français signifiant un lieu sale).

Ces flibustiers cédant ainsi au nombre qui leur aVait arraché leur proie, vaincus, se retiraient dans la partie septentrionale de Saint-Domingue, abandonnée par les Espagnols. D'autres habitants des îles, fuyant les entraves d'une société civilisée, ivres d'une liberté illimitée, vinrent les rejoindre, et peuplèrent ainsi toute cette portion de cette vaste île.

D'immenses forêts s'étendaient alors très loin dans les terres et donnaient abri à d'énormes quantités de cochons sauvages et de bœufs. Ces animaux servirent d'abord à donner aux flibustiers la nourriture et les vêtements, et bientôt furent pour eux l'objet d'un grand commerce. Tout bœuf tué était écorché» découpé par quartiers et transporté sur 1 habitation où il était rôti ou fumé dans les huttes qui servaient de logement à ces intrépides chasseurs, et qui, remplies d'une épaisse vapeur, répandaient une odeur nauséabonde et devenaient alors de véritables boucans, réceptacles de n; al propreté.

Leur nombre s'accroissant chaque jour, et craignant les attaques des Espagnols, ils résolurent de choisir un poste de sûreté pour serv défendre contre leurs entreprises et s'établirent dans une petite Ite déserte au nord de Saint-Domingue dont elle n'était séparée que par un canal de deux lieues de largeur. L'île de la Tortue devint alors leur place d'armes ; mais les Espagnols ne tardèrent pas à reconnaître que cette position pouvait leur devenir très dangereuse. Ils surprirent ce poste, passèrent au fil de l'épée tous ceux qui tombèrent dans leurs mains, massacrèrent ceux qui vinrent demander quartier et ne se retirèrent qu'après avoir ravagé entièrement le nouvel établissement.

Les boucaniers échappes à ce désastre, joints à S00 hommes venus de Saint-Domingue, érigèrent de nouvelles habitations, et élurent pour chef un Anglais, qui ne tarda pas à maltraiter les Français, moins nombreux que les Anglais. En mai 1640, le commandeur de Poincy nomma gouverneur de la Tortuo, un ancien compagnon de d'Enambuc, Le Vasseur, avec ordre de chasser les Anglais et de prendre possession de Me au nom du roi et de la compagnie. Au mois d'août, il y débarqua, somma les Anglais de la quitter dans les vingt-quatre heures, sinon qu'ils ne recevraient pas de quartier. Les Anglais s'embarquèrent précipitamment et abandonnèrent la Tortue, qui devint bientôt le quartier général de la flibusterie.

Boucaniers et flibustiers vécurent en bonne intelligence, et la Tortue devint en peu de temps riche et peuplée. Les flibustiers recevaient, en temps de guerre, leur commission du

ffoéral français à Saint-Christophe, ou du gouverneur de la ortue, moyennant payement du dixième de leurs prises. En temps de paix, ils devenaient pécheurs ou chasseurs, mais la commission oui leur était alors délivrée, ne les empêchait pas de piller les Espagnols à qui ils ne faisaient aucun quartier quand ils ne s'étaient pas rendus à la vue du pavillon noir où brillait une tète de mort et deux fémurs croisés. Les Espagnols à leur tour les traitaient sans merci, et quand ils étaient pria, ils étaient jetés è la mer ou pendus.

Les marchands européens de toutes les nations, malgré les ordonnances sur le commerce étranger, arrivaient nombreux à la Tortue dont les flibustiers avaient fait un port franc. Les boucaniers, en échange de leurs cuirs, avaient tout ce qui était nécessaire à leurs besoins, armes, poudres, balles, eau -de- vie, toiles, chapeaux ; les flibustiers vendaient leurs poissons ou leurs prises.

Ltfs Espagnols armèrent six vaisseaux ou barques, montés par 600 hommes de débarquement, sans les matelots, et vinrent attaquer leur ville. Après une vive canonnade pendant laquelle leur plus gros navire fut coulé, ils se retirèrent avec peine, débarquèrent deux lieues plus loin et se ruèrent sur le fort. 11 furent rejetés dans la mer après avoir perdu Iç. moitié de leur monde.

Le Vasseur demeura pendant treize ans le maître absolu de la Tortue, qui fut cultivée et eut ainsi des habitants réguliers. L'île s'enrichissait chaque jour, mais les habitants étaient ty* ranisés par ce chef dont les richesses n'arrêtaient pas les exactions et il fut assassiné le 12 juillet 1652 par deux capitaines flibustiers qu'il avait fait ses héritiers, et qui lui succédèrent dans le commandement.

Poiney voulait faire rentrer dans le devoir Le Vasseur; mais cette entreprise était très difficile et demandait un homme de ferme résolution. Il le trouva enfin dans le chevalier de Fonlenay, qui n'apprit qu'à Saint-Domingue l'assassinat de Le Vasseur. Il fit voile cependant pour la Tortue dont les habitants ne voulurent pas se battre pour conserver le commandement à Thibaut et à Martin, les deux assassins. Ces derniers capitulèrent à la condition ae n'être point recherchés pour leur crime et de conserver leurs richesses, ce qui leur fut accordé. pjLe chevalier de Fontenay fut reconnu comme gouverneur et attira, par la douceur de 'son administration, un grand nombre d'habitants et de marchands. Les flibustiers, rangés sous sa bannière, ravagèrent Saint-Domingue, Gonne et toute la côte ferme. Les Espagnols implorèrent des secours en Europe, et une barque de flibustiers échappée à la poursuite d'une frégate,

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anno&ca l'approche <Fme division ennemie, qui parut le 10jenvîer 1 654. Apre» une résistance héroïque, les nabitaats forcèrent le chevalier de Fonteoay à capituler. Après avoir bit constater la violence dont il était victime, de Footeoay traita avec le général espagnol, qui signa la capitulation dont le protocole loi avait été adressé.

Les Français devaient r ortir de la place dans trois jours, enseignes déployées, fbsîl sur l'épaule, balle en boocbe et tambour battant, avec tout leur bagage, meubles et marchandises, leurs engagés et leurs esclaves ; avoir temps suffisant pour remettre i flot deux navires enfoncés dans le havre et destinés à les conduire en France, recevoir gratis des vivres pour le voyage, et pendant le temps employés à la réparation des navires.

Le général espagnol traita de Fontenay, son frère Hotman et les officiers avec les plus grarvls honneurs, mais il ne vou.ut pas exécuter la capitulation à l'égard oVs habitants qui ayant violenté leur chef, n'étaient que des traîtres ne mentent aucune grâce, et il voulait les faire met're à mort. Il leur accorda la vie en considératian du chevalier, mais leur retira leurs armes et leurs bagages.

Les Espagnols donnèrent des esclaves pour accélérer les réparations des navires, qui furent bientôt prêts. Le chevalier de Fontenay passa en revue ses gens au nombre de 600, le* sépara en deux bandes ; d'un côté les ret-elfes confiés i Thibaut et Martin ; il garda avec lui ses officiers et le reste de la colonie. Le général espagnol avait renvoyé tous ses vaisseaux è Saint-Domingue, et n'avait conservé que des barques ; il craignit cependant d 6lre enlevé i son retour par le chevalier de fontenay et lui demauda son frère en otage pour sa sûreté et suspendit toutes hostilités jusqu'après équipement complet des navires. Après un séjour de îrois mois dans la partie espagnole de Saint-Donângue qui prodigua des honneurs royaux au vainqueur, Hotman vint rejoindre son frère au port à Margot, situé dans la partie de l'île occupée par les boucaniers et tous deux résolut ent, avec l'aide de 130 hommes et grâce au secours en agrès, voiles, armes, munitions de guerre et de bouche, doc né par un gros vaisseau hollandais qui venait faire la traite à la Tortue, de s'emparer de celte lie. Us l'attaquèrent en effet, et s'en seraient rendus maîtres, si les boulets n'étaient venus à leur manquer; ils ne se retirèrent qu'après avoir fait crever tous les canons, porté dans leur navire le reste des poudres, toutes les armes de ceux qu'ils avaient tués, les bagages des ' Espagnols, et après avoir ravagé toute l'île ot mis le feu partout. Quatre-vingts boucaniers furent débarqués au cap Saint-Nicolas

où l'on fit le partage des butin et les deux frères de Fontenay retournèrent en France.

Mais les boucaniers n'avaient pas perdu l'espoir de reprendre la Tortue, et, en attendant, ils chassèrent les Espagnols du Petit-Goave, à Saint-Domingue et s'y établirent fortement, puis repoussèrent peu à peu ces ennemis et devinrent maîtres de toute la partie de cette fie depuis les montagnes du Grand* Goave jusqu'au cap Tiberon. Les vaisseaux français, anglais, hollandais vinrent y commercer et le port du Petit-Goave acquit bientôt une grande célébrité, non seulement à cause de son commerce de cuirs et de tabac, mais encore parceque les flibustiers venaient y vendre leurs prises sans aucun contrôle. Boucaniers et flibustiers étendirent leur chasse et leurs boucans bien au delà de la plaine de Leogane. Les Espagnols combattirent alors leurs déprédateurs d'une autre manière, et se mirent à tuer sans distinction cochons marrons et bœufs sauvages. Ils pensaient ainsi se débarrasser des boucaniers en les forçant i

Juitter le pays. Le contraire arriva. Les flibustiers accrurent 'une manière considérable et les boucaniers qui ne vivaient Jusqu'alors qu'au jour le jour, se firent habitants, cultivèrent 'indigo et le tabac, tandis que les flibustiers ravageaient les terres espagnoles.

Vers la fin de 4659, un gentilhomme du Périgord, du Rossey, à la tête de 600 boucaniers, ses anciens compagnons, s'empara de la Tortue au moyen d'une de ces attaques audacieuses dont ces hommes intrépides avaient seuls le secret, et en fut proclamé Gouverneur. Sous son administration la Tortue redevint le rendez-vous de tous les flibustiers et la terreur des Espagnols. Non seulement elle se repeupla, mais encore une foule d'habitants se fixèrent sur la côte de Saint-Domingue qui lui faisait face et qui reçut le nom de Port* Paix. En 1663, du Rossey, malade, retourna en France, laissant pour son remplaçant son neveu de la Place. Une nouvelle compagnie des Iles d'Amérique s'était formée en 4664. Elle voulut étendre sa domination sur la Tortue, et, comme elle craignait que du Rossey ne mit empêchement à son projet, elle obtint contre lui une lettre de cachet et il fut enfermé à la Bastille d'où il ne sortit que lorsque les officiers de la compagnie furent reconnus dans l'île. Alors elle délivra une commission de Gouverneur à un gentilhomme angevin, ancien boucanier, du nom d«* Dogeron, qui, à la sagesse et à la bravoure, joignait la politesse, le désintéressement et une grande fermeté. C'était un militaire consommé, qui pendant quinze ans avait été capitaine d'un régiment d* la marine. Il fut installé en 4665 et tous les habitants de la Tortue et de Saint-Domingue acclamèrent avec joie leur nouveau

chef. Mais comme la compas n;e voulait se réaarvar le monopole du commerce qui était jusqu alors libre et qu'elle était incapable de fournir aux besoins des habitants, des murmures éclatèrent et une sédition allait renverser la compagnie. Dcgeron étouffa la récolte en réussissant , en 1669, à amener la eompagnie à proclamer la liberté du commerce.

Dogeron aida les habitants i former de nouveaux établisse* mente, le long Ile la côte de Leoçane jusqu'au cul-de-sac et depuis le Port-Margot jusqu'au delà du cap Français et força les Espagnols à se concentrer, vers la partie de Test, autour de la ville de Saint-Domingue.

Tout eu portant les habitants à fonder des habitations et à se livrer à la culture du tabac, de l'indigo, du roc ou et autres semblables marchandises il n'avait garde, dit le pare Labat, d'entretenir les flibustiers. < Outre le profit que la colonie y trouvoit, c'était un moyen sûr d'y attirer du monde, et la jeunesse e'exercoit à la guerre, fournissoit à un Gouverneur des gens braves, intrépides, durcis à la fatigue, et toujours prêts à bien faire, quand il falloit repousser ou attaquer les Espagnols et les autres ennemis de la nation. On n'a jamais vu de Gouverneur plus désintéressé que lui. A peine vouloit il recevoir une légère portion de ce qui lui revenoit pour son droit des commissions qu'il donnoit quand nous étions en guerre. Et lors que nous étions en paix avec les Espagnols et que nos flibustiers n'ayant rien à faire auroient pu se retirer chez les Anglais de la Jamaïque, et y conduire leurs prises, il avoit soin de leur faire venir des commissions de Portugal qui étoit pour lors en guerre avec l'Espagne, en vertu desquelles nos flibustiers continnoient à se rendre redoutables aux Espagnols, répandoieot des richesses et l'abondance dans la colonie et s'y affoetionnoient tellement, que quand ils étoient las du métier, ou qu'ils étoient asset riches pour se passer de la course, ils prenoient des habitations de la côte, et ont enfin formé cette colonie ni riche, si étendue et si florissante, que l'on voit aujourd'hui, qui doit reconnaître par tous ces endroits M. Dogeron pour son père et son fondateur. Il mourut en 1679.

En 1695, la colonie de Sainte-',raix fut transportée h Saint» Dominçue qui, en 17 là, fut érigé en gouver t ment particulier. Les flihustiers conduits par de Cussy, du ( ;***•, gouverneur! de la Tortoe et cAte de Saint-bjmingue (lï,7tf-17uUi, nurent le comble à leur renommée p*r k» incursions qu ni firent avec un nue bonheur sur I % u-ritoires etpagnol et anglais. Ces flibustiers étebiis a Saint- Uomi ,^je, 4evmr*ftt ,„ net,* habitants. Le \tm^ de la ^r-ni- flir, j»ten* h ai\ /«x*». M*t» fca libusticr» coau^eren: j^q À é u h^iA .,,,,„ ^ .4.,LKt ^

course, à aider nos colonies à se dérendre contre les ennemis de la France et furent remplacée après 4794 par ces intrépides corsaires de la Guadeloupe qui ne furent pas indignes de leurs ancêtres.

Lorsque la Martinique était la métropole toute puissante des Iles françaises, les prises ne pouvaient être conduites qu'à Saint- Pierre. Cette ville était dès lors fréquentée par beaucoup de flibustiers, et l'autorité dut prendre à leur égard diverses mesures.

Les flibustiers trouvaient, avec la plus grande facilité, crédit, non seulement pour leur nécessaire, mais encore pour leur superflu, ce qui flattait leurs passions, chez les marchands do bord de la mer, caba relier s et autres. Le gain qu'ils faisaient sur les ennemis de l'Etat, enrichissait des sens qui ne les attiraient chez eux que pour les dépouiller. Il en résultait des désordres et des inconvénients préjudiciables à la course. Pour remédier à ces abus une ordonnance de Le Vassor de la Touche, gouverneur de la Martinique, du 18 juin 1761, défendit à tous marchands en détail, hôteliers, cabaret iers et aubergistes de faire crédit aux flibustiers, matelots et gens de mer faisant la course, à peine de perdre leur dette.

Etaient nuls tous pouvoirs donnés aux personnes ci-dessus dites par les flibustiers, de recevoir pour eux des quartiers maîtres de leurs corsaires, leurs lots et parts dans les prise» à faire : défense éttit faite aux quartiers maîtres d'avoir égard à ces pouvoirs, à peine de nullité des paiements faits en conséquence, et de pver deux fois : l'usage de ces pouvoirs était permis pour let lots dans les prises déjà faites, et ce, seulement en faveur des flibustiers malades et hors d'état d'agir, de ceux réformés à la mer ou détenus prisonniers chez l'ennemi, à condition seulement dans le premier cas, que les porteurs desdits pouvoirs seraient munis de certificat des médecins et chirurgiens connus attestaut l'état des flibustiers.

Défense était faite à tous armateurs de faire aucune avance en argent aux flibustiers ; ils pouvaient faire des avances de bardes aux nfaîtres, à peine de perdre les avances qui ne pouvaient être répétées sur les lots des flibustiers.

Les parts dans les prises faites revenant à ces derniers, étaient déclarées franches et exemptes de toutes poursuites pendant la guerre actuelle, à peine de nullité des procédures et de tous dépens et dommages intérêts des procureurs et huissiers envers les parties.

[\Religian. — Les troubles religieux qui désolèrent la Francs

avaient déterminé Louis XIII, lorsqu'il associa les forces de l'Etat à l'œuvre de fondation dos colonies, à ne pas vouloir permettre aux personnes professant des religions dissidentes de s'établir aux îles . Ses successeurs maintinrent cette défense. Si des juifs et des protestants, grâce à la connivence des premiers gouverneurs fondèrent des établissements et exercèrent même publiquement leur religicn, cet état de choses ne dura pas longtemps el l'unité de foi fut tout à fait conquise après la révocation de l'édit de Nantes.

Des vues politiques déterminèrent la conduite de nos rois qui voulurent soustraire les colonies aux désordres que les passions religieuses y auraient semés si tous les cultes avaient pu librement s'exercer.

Les religieux de l'Ordre de Saint- Domini au e composèrent la première mission envoyée à la Guadeloupe. Ces jacobins exercèrent seuls le culte pendant la durée de la domination de la Compagnie des Iles d Amérique,

Les Capucins» chassés de Saint-Christophe par de Poincy, se réfugièrent à la Guadeloupe, où il furent accueillis avec bonté par les Jacobins, qui, sur une demande faite le ttl novembre 1548, les autorisèrent à dire la messe dans la petite chapelle du fort. Ces religieux restèrent dans la colonie et obtinrent des concessions de terres.

Houël, devenu seigneur de l'Ile, se brouilla avec les Jacobins, et appela les pères Carmes qui ne furent d'abord que ses chapelains, sans aucune juridiction spirituelle. « La guerre et les débordements de la rivière Saint-Louis ayant obligé, dit le père Labat, les habitans du bourg de Saint-Louis à transporter leurs demeures auprès du fort pour être plus en sûreté, les Carmes s'immiscèrent peu à peu d'administrer len sacrements aux habitants, appuyés par le seigneur de l'isle, et en vertu d'une prétendue nulle do communication des privilèges des religieux Mendians, et ce qu'ils ont continué de faire jusqu'à ce que les districts des paroisses ayant été réglez par ordre du roi en 1Ô81, ils sont demeures en possession de ce quartier, sans pourtant avoir pu obtenir du moins jusqu'en 1710 aucuti bref ou bulle du pape pour être authorisez à faire les fonctions curiales dais cetto paroisse, et dans les autres qu'ils desservent dans les isles. »

Houël avait retiré aux Jacobins les terres qui leur avaient été concédées sur la montagne Saint-Louis par la cNmpagnie suivant délibérations du 1er décembre 1658, 5 octobre 1689 et 5 mai 1645. Un procès s'ensuivit et un arrêt rendu par des arbitres nommés par le roi et homologué en Conseil d'Etat en 1662, maintint les Jacobins en possession de leurs terres

Houfil avait encore enlevé à ces derniers une chapelle qu'ils avaient construite dans un des coins de la place d'armes, pour la donner aux Carmes, qui l'agrandirent et en firent, avec la connivence du seigneur, l'église paroissiale du bourg de la Basse-Terre.

L'esprit emporté d'Houel ne lui permit pas de vivre long» temps en bonne intelligence avee les Carmes. 11 fit venir deux Jésuites et en établit un sur l'habitation de Dorange. Mais ce dernier s'élant plaint au supérieur de la Martinique, de ce qu'on lui avait retiré une partie de son bien, ces pères reçurent ordre de quitter la Guadeloupe, ce qu'ils firent immédiatement.

Uouel ne se tint pas pour battu, il s'adressa alors aux Pères Augustins Réformés du faubourg Saint-Germain à Paris, en annonçant au supérieur de cet ordre que les Carmes avaient {té chassés de la Guadeloupe. Ce dernier écrivit à Rome, et obtint un bref lui accordant la permission d'établir des missionnaires dans l'île, dans le cas où les Jacobins se seraient retirés. Deux Pères arrivèrent vers la fin de 1 650, et Houel les fit conduire immédiatement en son logis à la Capesterre, où ils furent étonnés de trouver lo Père Jacobin Feuillet, Reconnaissant qu'ils avaient été trompés, ils séjournèrent sans exercer le saint ministère, pendant six mois chez Uouel, qui, à cette époque, pria l'un d'entre-eux de remplacer le curé des Vieux* Habitants qui venait de mourir. 11 se rendit dans cette paroisse. Mais cette séparation causa la mort de ces deux Pères. La tristesse qu'ils en ressentirent fut si forte qu'ils ne tardèrent pas à ôtre emportés par la maladie. Un troisième Père arriva assez à temps pour administrer le second mourant et retourner de suite en France. Cet ordre n'envoya plus d'autres missionnaires.

Houel s'était aussi adressé à d'autres communautés, car le

S ère du Tertre dit : c II le témoigne assez ouvertement à ladame sa mère, dans ta lettre du 23 avril 1650, lorsqu'il lui dit: J'ai fondé les Carmes, j'attends les Jésuites qui doivent

1>renJre possession de la demeure que je leur dois donner, je es désire avec passion, et c'est ce qui met les Jacobins au désespoir. Ensuite de quoi il la prie de lui envoyer des Capucins et des Ecclésiastiques séculiers ; et de faire en sorte que Monsieur son oncle, le Père de l'Oratoire, veuille accepter l'Evêché de la Guadeloupe ; l'assurant qu'il trouvera bien de quoi lui faire un bon revenu, et que cela le mettra en repos. »

Une mission de Jésuites débarqua, en effet, peu de temps après. Ha reçurent un emplacement au-dessus du bourg de Saint- François où ils érigèrent une sucrerie, et Houel leur donnaAla paroisse des Trois-Rivières. Le père Labat écrit : i

Leur terrain aurait été bon, s'il n'avait pas été ai sujet à la sécheresse, que leurs cannes séchaient souvent sur pied. Cet établissement ayant été brûlé et ravagé avec une espèce de fureur par les Anglais en 1703, ils ont acheté les terres que M - Auger possédait de l'autre côté de la rivière des Gai lions, et ils y ont transporté leur sucrerie, qui selon les apparences réussira mieux que celle dont je viens de parler. Ils sont à la Guadeloupe sur le pied de missionnaires des nègres, et particulièrement de ceux qui sont de la dépendance de la paroisse de la Basse-Terre. Ils touchent pour cela vingt-quatre mille'1' livres de sucre du domaine du Roi. Ils avaient une paroisse à un quartier appelé les Trois-Rivières, éloigné du bourg d'environ trois lieues sur le chemin de la Cabesterre ; ils l'ont cédée aux Carmes, après avoir eu l'honnêteté de l'offrir à nos Pères à qui elle convenait, et qui eurent de mauvaises raisons de ne la pas accepter. >

Ils avaient obtenu un emplacement au bourg de la Basse- Terre, où ils construisirent leur église et leur couvent.

Du temps du père du Tertre, il n'y avait donc que trois ordres exerçant les fonctions curiales : les Jacobins, les Carmes et les Jésuites. Les premiers possédaient les paroisses de la Capesterre, du Bail lit, des Vieux Habitants, les Jésuites celle des Trois-Rivières et les Carmes celle du Fort. La principale paroisse de Sous- le- Vent ou Basse-Terre était celle du Baillif, comme la plus ancienne. Les Jésuites après avoir cédé aux Carmes la paroisse des Trois Rivières ne voulurent plus prendre charge des âmes, et dit, le père du Tertre, se contentèrent d'une espèce d'hospice.

La paroisse du bourg de Saint François, d'abord desservie par les Jacobins fut plus tard donnée aux Capucins qui n'étaient

Iue missionnaires des Caraïbes. Us eurent en 1683 la paroissse es Vieux- Habitants dont le desservant reput un traitement de 6,000 livres.

Jusqu'à la Révolution, les fonctions curiales furent exercées par les Jacobins, les Carmes et les Capucins.

Le zèle de ces missionnaires n'avait pas été sans influence sur les mœurs, et le père du Tertre dit:

c Bien que la vie licentieuse de quelques-uns des premiers habitans ayt décrié les lsles, et les ayt fait passer pour un pays de libertinage et d'impiété, je puis pourtant asseurer avec vérité, que Dieu y a donné une si grande bénédiction au zèle et au travail des missionnaires, qu il s'y rencontre présentement autant de vertu et de piété à proportion, que dans la France, car les sacremens y sont fréquentez, et l'on y assiste aux offices divins avec une assiduité qui témoigne asse%

le zèle et la dévotion des habitons, et parce qu'une bonne partie des habitations est éloignée d'une, et quelquefois de deox lieues ; le Haistre de la Case vint ordinairement à la première messe, avec les principaux domestiques, et retourne promptement la messe estant achevée, pour donner moyen à la mattresse de venir à la grande messe, avec le reste de la famille; ou bien ils se divisent selon les besoins du ménage, en sorte que tout le monde vient à la messe. Mais parée ou'il se rencontre des habitations si éloignées des églises, qu il faut faire quelquefois trois ou quatre lieues par mer avec danger de se noyer, pour venir à la messe : ceux- ci n'y vont pas régulièrement toutes les testes et dimanches et ce seroit trop exiger d'eux, que de les y vouloir contraindre, bien qu'il y en ayt tousjoun quelques uns de la case qui n'y manquent point. »

A cette époque, Marie- Galante, Saint-Martin et Saint-Barthélémy n'avaient pas de misssionnaires établis, les religieux, tantôt d'un ordre, tantôt d'un autre, s'y rendaient selon les occasions et les nécessités des habitants.

À la Guadeloupe, les religieux administraient alors les sacrements sans aucune rétribution, car il n'y a, dit du Tertre, ni dixmes, nv gros, ny offrande à recevoir, c tout s'y fait par c un motif de charité, et nous entretenons nos chapelles d'ornec mens et de tout ce qui est nécessaire pour le service divin. >

Ils prêchaient tous les dimanches à la grand'mease, après avoir fiait, à la petite, le catéchisme aux serviteurs et au nègres.

Quand les quartiers se multiplièrent et que les habitants devinrent plus nombreux, il fallut pourvoir aux nécessités du culte et à l'entretien des missionnaires-curés.

Ils furent alors payés sur les produits du domaine du Roi et eurent un casuel. Les cures anciennes recevaient douxe mille livres de sucre brut, les nouvelles neuf mille livres. Le casuel consistait dans les droits de sépulture, de mariage, de publications de bans pour les personnes libres, de levée de corps à la maison mortuaire. A I égard des autres fonctions, les curés reeevaient ce que les fidèles donnaient.

c Quand j'arrivai aux isles, dit le père Labat, nos pensions étaient payées en sucre brut qii, à cause de la guerre, était une marchandise si décriée, qu'à peine la pou voit- on négocier en marchandise, sur le pied d'un écu du cent, pendant que toutes les provisions qui venaient de France étaient à un

|)rix excessif. Mais ce même sucre étant venu à enchérir vers a fin de 1697, où on le vendit jusqu'à cinq et six livres le cent, et son prix ayant encore considérablement augmenté après la paix de Risvick, les fermiers des domaines du Roi

obtinrent un arrêt du Conseil d'État, qui fixa toutes les pensions, tant du clergé que de l'Etat- major A quatre livres dix sois le cent, pendant que ces mômes fermiers exigaient six livre» par cent pour les droits de capîtation de ceux qui ne faisaient pas du sucre, et du sucre effectif de ceux qui en faisaient. Ce fut un nommé la Brunchere, insgne maltotier, s'il en fut jamais, qui avoit succéda à M. de Vaucourtois, qui donna cet avis à ses maîtres. Par bonheur pour les isles sa commission ne dura que deux ans, car il aurcit ruiné tous les habitans et tout le commerce s'il y eût demeuré plus lonjpteins. Maïs le départ de cet honnête homme n'a pas remédié aux maux qu'il a causés, et depuis ee teras-là les pensions dos cures et celles de l'état major et des officiers de justice ont été payées sur le pied de quatre livres dix sols pour cent livres de sucre. »

Les Missions avaient chacune à leur tête, un supérieur général pour toutes les iles qui étaient en même temps préfetapostolique.

Le Pape accordait aux préfets-apostoliques les pouvoirs suivans :

4° De dispenser de toutes sortes d'irrégularité, excepté celle çncourue pour une véritable bigamie, ou pour un homicide volontaire ; même quand il y aurait une extrême nécessité d'ouvriers ; mais quant à l'homicide volontaire, 09 en pouvait dispenser dans un besoin pressant, pourvu que cela ne cause point de scandale dans le pays.

2° De dispenser et commuer les vœux simples, même celui de chasteté en d'autres œuvres de piété, et cela pour une cause raisonnable, excepté le vœu de religion.

3° D'absoudre et de dispenser de toutes sortes de simonies, même de la réelle en quittant les bénéfices, et de la restitution des fruits perçus injustement en imposant quelque aumône ou autre pénitence salutaire selon la volonté de celui qui donne l'absolution, ou si les bénéfices sont paroissiaux, et qu'il ne se trouve personne capable de les remplir, on peut absoudre les coupables, et leur permettre de les garder.

4° De dispenser dans le troisième et quatrième degré de consanguinité et d'affinité «impie et mixte ; et dans le deux, trois et quatrième mixte, mais jamais dans le second simple . Et pour ce qui regarde les mariages contractés dans le second degré simple, pourvu qu'il ne touche en aucune façon au premier degré, on en pourra dispenser eeux qui viennent au sein de l'église étant hérétiques ou infidèles, et en ee cas on pourra déclarer légitimes les enfants provenus de ce mariage. 5° De dispenser de l'eippêchement de l'honnêteté publique provenant des fiançailles.

6° De dispenser de l'empêchement du crime pourvu cependant qu'il ne regarde que Tune des parties ; comme aussi de rendre le droit qu'on pourrait avoir perdu de demander le devoir conjugal.

7° De dispenser de l'empêchement de l'affinité spirituelle, excepté celle qui se contracte entre celui qui baptise et le baptisé.

8° Les dispenses ordinaires des mariages dans les quatre, cinq, six et septième degré, ne se doivent point accorder qu'à condition que la femme n'ait point été enlevée ; ou si elle la été, qu'elle ne soit plus entre les mains du ravisseur, mais dans un lieu libre. Et encore on ne peut se servir de ces pouvoirs que dans les lieux où il n'y aura point d'évôque.

9° De dispenser les gentils et les infidèles qui se convertissent à la ioi, ayant plusieurs femmes, qu'ils puissent garder après leur baptême celle qui leur plaira, bien qu'elle ait embrassé la religion chrétienne, à moins que la première de toutes les femmes qu'ils ont prises ne voulut recevoir le baptême, auquel cas elle doit avoir la préférence.

lUd D'absoudre de l'hérésie, du schisme et de l'apostasie de la foi, toutes sortes de personnes, mêmes les ecclésiastiques séculiers ou réguliers, excepté ceux qui sont des lieux où l'inquisition est établie, à moins qu'ils ne fussent tombés dans ces crimes, dans les lieux des missions, et où l'hérésie est dominante. Et encore excepté ceux qui ayant abjuré juridiquement sont retombés dans l'hérésie ; à moins qu'étant nés dans un

f)ays hérétique, et y étant retournés, la faiblesse ne les eût ait tomber, et cette absolution ne peut servir que dans le for intérieur.

11. D'absoudre de tous les cas réservés au S. Siège, et même de ceux qui sont contenus dans la bulle tu cœna Domini.

12. De bénir les ornements et autres ustensiles pour le sacrifice de la messe.

13. De réciter le rosaire ou quelque autre prière, si on ne eut porter avec soi son bréviaire, et qu'on ne puisse réciter 'office divin, pour quelqu'empêchement légitime.

14. De réconcilier les églises profanées, avec de l'eau bénite par un évêque, ou dans la nécessité avec de l'eau bénite ordinaire, et de communiquer ce pouvoir aux simples prêtres.

i5. De consacrer les calices, les patènes et les autels portatifs avec de l'huile bénite par l'évêque, dans les lieux où il n'y a point d'évêques, ou dans ceux où le siège est vacant» ou bien éloigné de deux journées.

16. De permettre de manger de la viande, lies œufe et du laitage pendant le carême et autres temps de jeûne lorsqu'on le jugera à propos.

.. 47. De célébrer te messe deux fois le jour, ë'il y a jiour eek une grande nécessité, pourvu qu'on n ait pas pris l'ablution à te première messe, qui e dû être célébrée une heure jurant l'aurore, et la seconde après-midi. On pourra même icélélper sur un autel portatif, sans ministre, en pleine eëmparne sur la terre, pourvu que ee soit un lieu décent, sur un «un, quoique qp'îl fut rompu, et qu'il n'y eôl aucune relique en préeence des hérétiques ou excommuniée echismatiquéto ou iaAdèles, pourvu que le ministre ne tioit pas hérétique ou exosmmunié, et qu'on île prisse célébrer autrement. Il n'est

Curtafflft permis de se servir du pouvoir de dire la messe deux s en un jour que très rarement, et pour des raisons très fortes et très puissantes, et en cela en enarge la conscience du célébrant*

48. D'accorder une indulgence plénière aux hérétiques te première fois qu'ils font abjuration, et à tous les fidèles à l'article de te mert, qui sont contrits et confessés, ou du moins qui sont contrits.

49. D'accorder une indulgence plénière trois fois l'année dops l'Oraison de quarante heures qu'on indiquera. dans certains jours à tous ceux qui, étant contrits et confessés, auront reçu fa sainte communion.

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