‹ La Guérison Naturelle De La Syphilis AcquiseChapitre 10 sur 25 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

(publiée par E. Schulmann in Le Phare Médical, oct. 1931, puis in tudes cliniques de syphiligraphie, Masson, 1932, p. 237).

Dob. Jacques, 23 ans, comptable, nous est adressé en mars 1923 au dispensaire Bazin, alors que nous étions chef de clinique adjoint du professeur Jeanselme, par notre confrère le docteur Roulin. Ce jeune homme porte un chancre induré typique du sillon balanopréputial avec adénopathie satellite, et Marcel Bloch y décèle le tréponème en abondance. Le malade, très craintif, a copieusement déjeuné, nous lui donnons rendez-vous pour le lendemain en vue d’une fdjocéion de novarsénobenzol et, en attendant, nous prescrivons à l’externe une injection intraveineuse de 0,01 de cyanure d’hydrar-

yre. Malheureusement, mauvais système veineux du malade et maadresse du piqueur, le liquide est mis en grande partie à côté, notre patient accüse une vive douleur et ne revient pas.

L’an passé (1930), nous revoyons à notre consultation personnelle le même malade. Il nous montre la lettre du docteur Roulin et sa fiche qui ne porte que l’indication de son unique injection de cyanure. La douleur du sel sous la peau et la crainte du 606 l’ont éloigné définitivement des médecins jusqu'ici et il nous avoue, une fois son chancre disparu, n’avoir jamais eu le moindre accident. Il veut se marier et sa conscience, nous avoue-t-il, l’oblige à obtenir notre autorisation.

Une visite minutieuse montre un état de santé parfait, la réaction de Wassermann est négative dans le sang. Nous exigeons une réactivation selon la méthode de Milian et une ponction lombaire. Il reçcoit 0,15, 0,30 et 0,45 de novarsénobenzol, trois nouvelles réactions sérologiques sont faites et toujours négatives. La ponction lombaire apparaît à son tour parfaitement normale. ‘

Nous n’avons aucune raison plausible de nous opposer à son mariage et nous demandons simplement qu’en cas de grossesse il soit fait un traitement préventif à l’épouse.

Cette observation répond à toutes les conditions exigées :

1° Diagnostic clinique et bactériologique;

2° Absence complète de tout traitement;

Et enfin :

— Silence clinique de sept ans;

— Aucun signe clinique de syphilis en activité;

— Réactions sérologiques négatives;

— Réactivation négative;

— Liquide céphalo-rachidien normal.

Mais le hasard n’est pas prodigue de ces cas : c’est la seule observation de cette qualité qu’il m’ait été possible de recueillir.

J’ai donc cru pouvoir retenir des observations qui ne satisfont pas à toutes les conditions exigées.

Dans les unes, le malade a reçu un traitement très léger. Il est évident qu’un traitement, si léger soit-il, peut influen-

cer l’évolution de la maladie. Mais il est reconnu, d’autre part, qu’en général non seulement les traitements légers ne favorisent pas la guérison, mais sont néfastes et peuvent être à l’origine de complications. Si bien que l’on pourrait appeler ces observations non pas « syphilis guéries avec un traitement léger », mais « syphilis guéries malgré un traitement léger.

Dans d’autres cas, les critères de guérison ne sont pas au complet : c’est ainsi que les examens de laboratoire manquent dans toutes les observations anciennes. J’ai essayé d’obvier à ce défaut dans une certaine mesure, en ne faisant état que de celles où le silence clinique est relativement prolongé (1). Souvent également les observations récentes mentionnent que certains examens n’ont pas été faits.

Toutefois, ces observations m’ont paru intéressantes. On peut les considérer comme un « commencement de preuve ». Et en outre ce sont les seuls documents qui permettent de se faire une idée approchée de ce que serait, dans les cas favorables, l’évolution naturelle de la syphilis chez l’hornme.

La comparaison des observations que j’ai recueillies, permet en effet de se rendre compte que la guérison n’arrive pas toujours dans les mêmes conditions. On peut distinguer schématiquement différentes formes d'évolution : ou bien la syphilis s’en tient au chancre seul (syphilis abortive de certains auteurs); ou bien la syphilis guérit après avoir présenté, à la suite du chancre, des accidents secondaires (roséole, plaques muqueuses, etc...) ou encore la virulence de l’infection diminue de façon progressive.

1° Syphilis abortives.

Les observations de syphilis qui « avortent » c’est-à-dire, celles dont le chancre est l’unique manifestation, ont été recueillies par les anciens auteurs. C’est qu’en effet on ne peut accepter cette absence d’accidents secondaires que si le malade a été suivi attentivement par un observateur qualifié pendant un temps suffisamment long après le chancre. Aujourd’hui aucun médecin né consentirait à observer un malade porteur de chancre sans lui faire de traitement spécifique. Aux ob-

.@) FourNIER (Traité de La Syphilis, T. II, p. 2, 1901) à propos de la guérison des syphilis non traitées, demande comme preuve : « un gros stock d'observations bien authentiques relatives à des malades qui, ayant contracté la syphilis et ne s’en étant pas traités, seraient restés indemnes de toute manifestation tertiaire pendant vingt, vingt-cinq, trente ans et au delà. Et il ajoute : « Or, des observations de cet ordre sont encore à produire. J’en ai

mncnt cherché pour ma part, et j’en suis encore à découvrir la première, »

servations que l’on trouvera rapportées plus loin manquent donc tous les critères biologiques de guérison (1).

Cette question de l’abortion de la syphilis a fait l’objet d’un mémoire de TAYLOR (2) en 1906 et d’un article de Ch. At- DRY (3) en 1911.

On trouve dans le mémoire de TAYLOR quatre observations de syphilitiques indemnes de tout traitement spécifique (sauf un traitement local du chancre dans trois cas) observés minutieusement pendant plusieurs mois et n’ayant pas fait d’accidents secondaires.

L'une d’elle surtout semble démonstrative : les probabilités de guérison reposent sur la longue durée du silence clinique et sur la naissance d’enfants sains.

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