‹ La Guérison Naturelle De La Syphilis AcquiseChapitre 5 sur 25 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Le sujet n’est pas nouveau. À partir du moment où la syphilis fut isolée des autres maladies vénériennes, c’est-à-dire à partir de RicoRp, la question de sa guérison spontanée n’a cessé d’être débattue. Je ne prétends pas faire un historique complet. Je me contenterai de citer l’opinion des auteurs les plus autorisés.

Voici tout d’abord celle de RicorDp (Traité pratique . maladies vénériennes, p. 613) :

« Tous les accidents consécutifs aux chancres, comme le « chancre lui-même, peuvent se guérir spontanément, sou- « vent sans explication possible, d’autres fois à la suite de « certaines conditions plus ou moins appréciables, telles que « des sueurs accidentelles, un changement dans le régime < alimentaire, dans les travaux du corps, dans le climat; « dans l’action dite critique de maladies concomitantes, etc... « Mais, si beaucoup de bons observateurs ont noté des faits « curieux dans ce sens, il faut convenîir que ce sont les cas les « plus rares, et que la syphilis constitutionnelle est peut-être, « de toutes les maladies, une de celles qui réclament le plus « impérieusement les secours de l’art. »

Mais à ma connaissance le premier syphiligraphe qui ait étudié méthodiquement le problème de la guérison naturelle est Dipay. Dans la première de ses leçons sur |” « Histoire naturelle de la syphilis >» professées en 1862, cet auteur expose comment il fut amené à ne donner le mercure que dans quelques cas déterminés, méthode qui lui permit « d’assister au développement de la syphilis sans Pinfluencer par l’action de son prétendu spécifique » (p. 3). Il reproche, en effet, à ses contemporains et à ses prédécesseurs immédiats de traiter ou d’avoir traité systématiquement toutes les syphilis par le mercure, « de telle sorte qu’un cas de syphilis abandonnée du commencement à la fin à sa marche naturelle, et suivie dans

cette évolution par un spécialiste compétent, est non seulement une rareté, mais un fait inouï, à une époque où l’on se flatte cependant d’avoir porté la syphiligraphie au terme le plus rapproché de sa perfection » (p. 17). |

Ayant pu reconnaître, grâce à cette méthode que « l’évolution et surtout l’intensité ainsi que la durée de la syphilis sont extrêmement variables » (p. 19), autrement dit qu’il existe « des véroles fortes et des véroles faibles » et que « les véroles faibles, dont le nombre est supérieur, peuvent guérir sans le secours des spécifiques » il s’est attaché à discerner de bonne heure les cas susceptibles d'évoluer spontanément vers la guérison de ceux pour lesquels le mercure devient nécessaire.

Ses arguments laissaient FOURNIER assez sceptique.

Dans ses leçons sur le « Traitement de la syphilis » il critique ainsi les conceptions de Dipay : (pp. 7 et 8)

« Lesdites doctrines [celles des médecins pour lesquels la « syphilis guérirait d’elle seule, spontanément] parlent ;va- « guement, sans énoncer de faits précis, de syphilis restées « inoffensives », s'étant réduites sponte sua, soit à quelques « accidents secondaires sans importance, soit même au chan- « cre, au chancre seul, sans accidents consécutifs.

« Mais dans les cas en question, la syphilis, d’abord, a-t-elle « été péremptoirement démontrée? Puis, combien de temps, « sur ces malades, est-elle restée inoffensive? —— A-t-on ob- « servé, suivi ces malades tout le temps qui eut été rigoureu- « sement nécessaire à démontrer leur immunité, c’est-à-dire « pendant dix, quinze, vingt, trente ans et plus (puisque la « nocivité possible de la syphilis n’est pas inférieure à ces « longues échéances chronologiques) ? —— Non! Aucune de ces « garanties essentielles ne se trouve dans les faits qu’on a « produits.

« Ces faits d’ailleurs seraient-ils authentiques qu’ils n’en « resteraient pas moins, au nom de l’observation générale, « absolument exceptionnels. Combien pourrait-on en citer? « Ce ne serait pas moi, en tout cas, qui aurais l’heur d’en « produire un seul.

« Certes je ne voudrais pas nier la possibilité de ces syphi- « lis dites abortives, parce qu’on n’a pas le droit de nier un « fait pour la raison qu’on ne l’a jamais vu se produire. Mais « si ce fait, sans être commun, n’était que rare, franchement « J'aurais eu bien mauvaise chance de n’en pas rencontrer « un seul exemple depuis trente-deux ans.

« Ce que j'ai vu, au contraire, comme tout le monde, ce que « je vois chaque jour est ceci, à savoir : les syphilis, aban- « données à leur évolution propre, aboutir tout d’abord à une « pléiade d’accidents qui, pour n’avoir rien de grave n’en

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« sont pas moins fort importuns, et, plus tard, à des accidents € plus sérieux, souvent graves, parfois mortels, composant ce « qu’on appelle le tertiarisme.

« Toute syphilis livrée à son évolution propre court-elle: « donc fatalement au tertiarisme? Ici encore, je me garderai « de toute affirmation absolue.

« Mais ce que j’ai le droit et le devoir de déclarer est ceci : « D’une part que je ne connais guère d'exemple de sujets « syphilitiques qui, ayant abandonné leur maladie à son « évolution spontanée, n’aient pas tôt où tard soldé leur im- « prudence par quelque accident tertiaire plus ou moins sé- « rieux;

« Et d'autre part que je n’ai pas rencontré dans ma pra- « tique de ville (je ne parle que de celle-là) moins de 221 su- « jets qui n’ayant absolument subi aucun traitement pour « leur syphilis, n’ayant jamais absorbé un atome de mer- « cure ou d’iodure, ont été affectés de manifestations tertiai- « res de divers ordres, je pourrais dire de tout ordre. En se- « rait-il ainsi, un seul praticien aurait-il pu rencontrer dans « sa seule clientèle 221 cas de ce genre si le propre de la sy- « philis était, comme on a osé le dire, de guérir sponta sua, « de « s’épurer naturellement par les seules forces de la « nature »? >»

Toutefois, dans une note de la page 38, à propos de l’évolution des syphilis initialement bénignes, FOURNIER en précisant sa doctrine semble la rectifier légèrement : « Que l’on « n’aille pas toutefois exagérer et transformer ma pensée. « Je ne dis pas que toute syphilis originairement bénigne est « destinée au tertiarisme; je dis seulement que les syphilis « de cet ordre y aboutissent fréquemment, très fréquemment.

« Des syphilis originairement bénignes peuvent-elles rester « indéfiniment bénignes, voire sans traitement plus ou moins « prolongé? Je ne le nie pas, et n’ai pas le droit de le nier. « Je dirai même que de temps à autre on rencontre des su- « jets âgés qui vous racontent avoir eu la syphilis il y a « vingt, trente, quarante ans, ne s’en être traités que d’une « façon à coup sûr insuffisante, et cependant n’en avoir « éprouvé aucun dommage. Mais quelle est la proportion de « ces cas par rapport à ceux d’ordre précisément opposé? « Mest avis, d’après ce que j’ai vu, qu’ils doivent être bien « rares » (1).

(1) BARTHÉLÉMY, dans Ja revue La Syphilis, publiait en 1903 (p. 60) une note à propos « Des syphilis qui n’ont jamais été traitées »; voici son opinion :

« Les cas de syphilis qui n’ont jämais été traités, fût-ce par une seule piqûre mercurielle, sont toujours intéressants à observer et à signaler comme pronostic.

Il y a certes un grand nombre de cas, peut-être le plus grand nombre des

Cependant ARNOZAN, dans le chapitre qu’il consacre au traitement de la syphilis dans son « Précis de consultations médicales » (Paris 1910) fait les réserves suivantes avant d'indiquer les règles générales du traitement :

« Le nombre des cas de syphilis qui n’ont été soumis à « aucun traitement mercuriel ou qu’à un traitement dérisoire « et qui cependant évoluent favorablement, est considérable.

« Les statistiques ne portent le plus souvent que sur les & syphilis qui ont mal tourné, et laissent forcément de côté « les cas bénins; les malades qui sont guéris ne reviennent « plus, en effet, se montrer au médecin et ne sont pas portés « Sur les statistiques, mais on conçoit combien cette omission « forcée fausse les pourcentages établis.

« … 11 ne semble pas conforme äux lois de pathologie gé- « nérale de soumettre à une règle unique et fixe tous les cas « d’une maladie aussi variable, aussi inégale dans ses mani- « festations de la syphilis. S’il y a des véroles graves; mal- « heureusement trop nombreuses, véroles qui sont ETAGE « res à l'emploi préventif du mercure, et résistent même soù- « vent.à son action curative, il en est d’autres heureusement « plus nofnbreuses qui semblent n’avoir nul besoin d’être vi- « goureusement attaquées et qui marchent bien d’elles- « mêmes...

Depuis la découverte des arsenicaux et du bismuth, des examens de laboratoire (B.W., P.L.) et de la réactivation, la question est passée au second plan.

Aussi, aujourd’hui est-il encore plus difficile que du temps de Dipay de trouver des observations de malades non traités. Quelques auteurs se sont cependant intéressés au problème.

M. Mirsax écrivait en 1923 (Journ. médic. fr., p. 95) : « La « syphilis n’est pas une maladie à développement uniforme.

cas de syphilis, qui, sans grand traitement spécifique, sont et restent bénins et qui guérissent bien et complètement, autant du moins qu’on peut le croire; c’est-à-dire qu'ils permettent aux sujets d’atteindre la vieillesse, après être restés pendant de très longues années indemnes oe toute manifestation spécifique.

Voilà un point dont chaque médecin a pu contrôler la réalité par un ou quelques faits placés longtemps sous son observation ou dans son entourage.

Mais, en regard, il faut noter les cas où la syphilis, n’ayant jamais été mercuriellement combattue, a été abandonnée à elle-même (parce qu’elle est essentiellement insidieuse et indolente et que le malade n’est pas averti du danger qui le menace) et où elle persiste (premier cas); tantôt par des accidents, légers peut-être, superficiels, mais très étendus comme éruption cutanée par exemple, ou bien, très souvent, constamment récidivants, comme sont certaines lésions Hinguales (deuxième cas); tantôt, au contraire, par des accidents très graves, troublant toute la manière de vivre, interrompant tout travail comme tout plaisir, et pouvant même compromettre rapidement l'existence; et cela précisément, nous le répétons à dessein, parce qu’aucun traitement spécifique n’est intervenu en temps opportun ou à dose suffisante et assez prolongée. »

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