‹ La guerre, 1870-71Chapitre 18 sur 30 · LA GUERRE {1870-1871J · texte numérisé non relu

LA GUERRE {1870-1871J

voir tomber; vous ne me verrez pas.reculér; alors ne vous arrêtez pas, mais vengez moi I »

Par malheur, il dut ajourner le passage de la Marne, non, comme on Ta prétendu, parce que les ponts étaient trop courts, non, comme on^ Ta dit, parce qu'eut lieu une crue de la rivière — tous les soldats remarquèrent que Teau était verte — mais à cause d'une circonslance absolument imprévue. L'ingénieur Krantz avait mission d'établir les ponts le 29 novembre, à deux heures du matin, et d'amener leurs équipages la veille, à huit heures du soir, de Gharenton ou du canal Saint- Maurice dans la Marne. Mais le pont de Joinville sous lequel il fallait passer, était détruit; une seule arche, la troisième, restait libre, et par suite de l'amoncellement des pierres et des débris de toute sorte, le courant avait en cet endroit une telle violence, une telle rapidité que le premier des remorqueurs, la Persévérance, commandée par le capitaine Rieunier, ne put le remonter, après avoir forcé la vapeur et chargé les soupapes, qu'à onze heures du soir. Il était trop tard pour établir les ponts. Que faire ? Transformer l'opération ? Se jeter dans la vallée de Ghelles et prendre le Raincy? Traverser la Marne en aval de Joinville? Tous ces projets semblaient aventureux. Finalement, on se résignait à perdre un jour, et, pour tromper l'adversaire, on exécutait les diversions convenues. Les plus considérables étaient celles de l'amiral Saisset et de Vinoy. Saisset s'empara d'Avron et fit installer par le colonel StofTel une nombreuse artillerie sur ce plateau que l'état-major allemand comparait à un coin enfoncé dans les lignes d'investissement. Vinoy emporta la Gare-aux-Bœufs en avant de Choisy-

le-Roi et dirigea contre THay une attaque qui fut vive et sanglante ; aussi, lorsqu'il sut Fincident de la Marne» il se hâta de rompre un combat qu'il jugeait inutile.

Ge fut donc le 30 novembre que s'effectua le passage de la Marne. Mais les Allemands avaient eu le temps de se mettre en mesure. Avron occupé, les bruits et les mouvements de la deuxième armée, les feux de bivouac allumés au bois de Vincennes et dans la plaine, l'affaire de Beaune-la-Rolande, tout leur annonçait une sortie des Parisiens vers le sud-est. Ils renforcèrent par une division saxonne la division wurtembergeoise qui gardait l'espace entre la Marne et la Seine.

Pendant qu'avaient lieu de nouvelles diversions, que la brigade Hanrion, venant de Saint-Denis, pénétrait à Epinay et que la division Susbielle enlevait Montmesly, la deuxième armée passait la Marne sous la protection du canon d'Avron, de Rosny, de Nogent, de Gravelle et de Saint-Maur. Son effort devait se tourner contre les positions de Villiers et de Cœuilly ; le !•' et le 2* corps les abordaient de front ; le 3* corps les prendrait à revers par Neuilly-sur-Marne et Noisy-le-Grand.

Le 1" corps de Blanchard, formé des divisions Faron et Malroy, entra facilement dans Champigny, qui n'était que faiblement défendu. Puis, tandis que la division Malroy se postait au four à chaux et engageait de loin une canonnade pour soutenir les attaques, la division Faron marchait vers le parc de Cœuilly. Mais derrière les murs crénelés de ce parc s'abritaient les Wurtembergeois. Trois fois nos pièces essaient de s'établir en batterie sur le plateau; trois fois elles se replient sous un feu intense en perdant la plupart de leurs hommes et de leurs che-

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vaux. Trois fois notre infanterie se précipite vers les retranchements; trois fois elle est repoussée. Au deuxième assaut, six compagnies wurtembergeoises sortent du parc et serrent de prés les Français ; ceux-ci font brusquement volte-face, tombent à leur tour sur l'ennemi, lui blessent un colonel et un major, lui désarçonnent tous ses officiers, et le rejettent sur Cœuilly. A la troisième attaque, bien qu'entassés en un espace étroit et décimés par rartillerie, ils ne sont plus qu'à deux cents mètres du parc. Mais à leur droite, sur les pentes de la Marne, un bataillon de la Vendée, soudainement assailli par sept compagnies qui débouchent de Ghennevières, se sauve vers Ghampigny. Il fallut, à trois heures de l'après-midi, abandonner le plateau de Cœuilly. L'ordre vint même de quitter le coteau de Ghampigny. Ducrot était alors au four à chaux ; il accourut, outré d'indignation, s'écriant qu'il punirait de mort quiconque céderait une parcelle du terrain conquis.

Le 2* corps de Renault, composé des divisions Maussion et Berthaut, était chargé d'emporter Villiers, la clef du champ de bataille. Il eut le même destin que le i'' corps de Blanchard. La division Maussion avait pris le bois du Plant lorsqu'elle arriva, à hauteur du remblai de la voie ferrée, devant une barricade dressée sous la voûte. Les tirailleurs de la division hésitèrent. Ducrot se rendit près d'eux, au milieu des balles, et de la main toucha les gabions ; les tirailleurs enlevèrent la barri« cade et par delà le chemin de fer gravirent la rampe de Villiers. Mais, comme le parc de Gœuilly, le parc de Viljiers avait été mis en état de défense et offrait l'aspect d'une forteresse. A peine les tirailleurs ont-ils atteint la crête

du plateau qu'ils essuient un feu terrible. Ducrot fait venir trois batteries; elles ne peuvent trouer le mur du parc qui est en contre-bas et, dès qu'elles avancent, leurs servants sont blessés ou tués. Il lance la division en colonnes d'attaque; elle fléchit sous la violente fusillade des Wurlembergeois, Il la ramène ; elle plie de nouveau. Il la rallie encore et appelle à la rescousse cinq autres batteries. A cet instant, six compagnies saxonnes, sortant du cimetière, cherchent à le tourner par la gauche. Ducrot ordonne aux soldats de se coucher et d'attendre que Teunemi soit à bonne portée. Ils obéissent, et dès que l'adversaire est h cent mètres^ ils se lèvent et tirent. Les Saxons l&chent pied. Ducrot dégaine et brise son épée dans le corps du premier qu'il rencontre ; il entraîne derrière lui son état- major, son escorte, quelques éclaireurs de Franchetti et les tirailleurs qui marchent baïonnette baissée. Mais le feu des Wurlembergeois l'arrête derechef, et inutilement il recourt à quatre batteries de la réserve générale. Les Saxons tentent pour la seconde fois de déborder sa gauche ; ils refoulent la ligne des tirailleurs; ils fondent sur une batterie qui s'enfuit en laissant sur la plaôe deux de ses pièces et un caisson; ils poussent sur Bry; ils y pénètrent. Heureusement, ils sont pris en flanc par une batterie de mitrailleuses du 3* corps qui se poste au Ferreux sur la rive droite, et ils regagnent le cimetière. Néanmoins la division Maussion ne tient que l'extrémité du plateau de Viliiers, et bien que Ducrot ait fini par engager toute sa réserve d'artillerie et réuni plus de soixante canons, elle éprouve des pertes très graves. Certaines de ses batteries, réduites au silence, se reportent en arrière. Un grand nombre d'officiers

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