LA GUERRE (IS'TO-IS
sont hors de combat, et le général Renault, Renault de l'arriére-garde, comme les soldats le nommaient autrefois, Renault que son instinct de la guerre et son infatigable bravoure avaient rendu légendaire dans l'armée d'Afrique, est frappé à mort par un éclat d'obus. La division Berthaut appuie la droite de la division Maussion en longeant la voie ferrée et attaque le parc de Villiers par le sud. Mais elle aussi recule, et les mobiles de la Seine-Inférieure et du Loiret, accablés par les balles et les boulets, cèdent au choc d'un bataillon saxon.
Durant ces assauts réitérés et infructueux Ducrot avait attendu, non sans une fiévreuse impatience, le 3' corps de d'Ëxéa qui devait tourner par Noisy-le-Grand ce fatal Villiers. D'Exéa, homme lent et circonspect, arriva trop tard et lorsqu'il arriva, il fit une fausse manœuvre. Il occupa Neuilly-sur-Marne ; il passa la rivière vers midi à Neuilly, et non pas h Bry ; puis, lorsqu'il vit l'insuccès de la division Maussion, au lieu de voler à son aide, il revint sur la rive droite. 11 ne traversa donc la Marne qu'à trois heures et alors, la division Bellemare, prenant les devants, sans même avertir Ducrot, se dirigea, non sur Noisy-le-Grand, mais sur Bry, et assaillit le parc de Villiers. L'échec était inévitable. Vainement la brigade Fournès déploya la plus brillante valeur. Vainement les zouaves se ruèrent sur le parc avec une fougue héroïque et reprirent les deux pièces abandonnées par Maussion. Vainement les officiers ne cessaient de crier « en avant » et de leur canne, la seule arme qu'ils avaient à la main, tapaient sur le sac des soldats pour les encourager et les pousser à l'ennemi. Vainement Ducrot, accourant
au bruit de la mousqueterie, lançait de nouveau les bataillons épuisés de Maussion et de Berthaut. On dut chaque fois, à cent mètres du parc, rétrograder et se mettre à Tabri derrière les crêtes. A cinq heures et demie, la nuit terminait la lutte.
Paris se croyait victorieux et Trochu assurait qu'une seconde journée comme celle-là sauverait la France. Mais, si Tarmée couchait sur ses positions, elle était harassée, et les sages disaient : « Elle ne passera pas, l'expérience est faite. » Plus dé munitions ; une quantité de pièces sans attelages ; 4000 hommes atteints et gisant sur le sol. La nuit fut glaciale. Les officiers étaient sans bagages ; les soldats, sans tentes, sans couvertures, sans peaux de mouton. On n'osait allumer des feux à quelques pas des avant-postes wurtembergeois et saxons. Dès le matin du lendemain, d'Ëxéa et Bellemare repassaient sur l'autre bord, en disant que leurs troupes n'étaient plus en mesure d'avancer ni de résister et que si les obus allemands détruisaient les ponts, elles seraient jetées à la Marne. Trochu leur ordonna sur-le-champ de regagner la rive gauche et informa Ducrot qu'il fallait, dans tous les cas, continuer énergiquement la défense des positions. Mais Ducrot lui-même aurait quitté la partie s'il n'eût craint de provoquer un 31 octobre.
Aussi le jour suivant, 1" décembre, y eut-il une trêve pour enterrer les morts et enlever les blessés. Pendant cet armistice. Allemands et Français se préparaient à la nouvelle bataille : les uns se renforçaient de trois brigades prussiennes qui venaient appuyer solidement les. derrières de leur gauche ; les autres reformaient régiments et batteries, reconstituaient les attelages, s'appro-
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visionnaient de munitions, creusaient des Irancliccs, dressaient des barricades. Mais la nuit fut encore plus froide que la précédente. Le thermomètre descendit jusqu*à dix degrés. La plupart des Français ne mangé* rcnt que du pain ou du biscuit. Très peu avaient pu prendre le café ou se nourrir de lachair des chevaux tués.
La bataille du 2 décembre fut aussi stérile que celle du 30 novembre. Les Français, d*abord surpris, se remirent bientôt de leur émoi, recouvrèrent leur présence d'esprit et leur entrain, reconquirent la ligne quUls avaient perdue ; mais ils n'avancèrent pas^ ne progressèrent pas.
Le 2 décembre, au matin, à la faveur du brouillard, les Saxons fondent à Timproviste sur les avant-posles de Bry et les refoulent. Un bataillon déborde le village, s'empare de la première barricade construite dans la grande rue et de plusieurs maisons adjacentes. Mais la brigade Daudel, soutenue par Tartillerie d'Avron, de Nogent etdeRosny, arrête les Saxons, les chasse peu h peu des maisons, des enclos, des jardins, du parc Devinck, et, après de violents efforts, à une heure de l'après-midi, les repousse de Bry sur Noisy. Trochu arrive en ce moment ; il félicite le commandant du 107% du Hanlay, et lui dit avec émotion : « Brave du Hanlay, je vous fais colonel. »
La brigade Courty qui défend les crêtes du plateau de Bry, seconde vaillamment la brigade Daudel. Elle essuie des pertes nombreuses; elle est un instant rejetée derrière les vignes; mais après un furieux engagement où les deux partis se fusillaient presque à bout portant, çUe rejette \ps S^^oub sur Villiers»
Chose curieuse, sur ce point du champ de bataille, les régiments qui se faisaient face, portaient le même numéro : le 107'etle 108* français combattaient lei07' et le 108* saxons. C'est ainsi qu'à Rezonville le 7* régiment de cuirassiers français avait combattu le 7" régiment de cuirassieris prussiens.
Même acharn entrent à Ghampigny. Là aussi, on s'est laissé surprendre. Tout d'abord, les Wurtembergeois enfoncent aisément des postes engourdis par le froid et accablés de fatigue; ils s'emparent du plateau du Signal, s'emparent des parcs et d'une partie de Ghampigny, pénètrent dans le bois de la Lande et aux environs du grand four à chaux. Mais, après un inévitable mouvement de trouble et d'effroi, les Français ressaisissent une partie de leur terrain.
Dès le premier choc, au plateau du Signal, les mobiles qui forment la brigade Martenot, Côte d'Or et lUeet-VilainC; saisis de panique, détalent vers la Marne et entraînent avec eux les troupes de seconde ligne. Mais le commandant Lambert, grand prévôt de l'armée, barre les ponts à la foule des fuyards. Ducrot et ses officiers, sabre et pistolet au poing, l'arrêtent, la disloquent, la rompent. Les hommes, séparés, isolés, se rassurent, reprennent cœur, et, après s'être reconstitués sur les deux bords de la route, reviennent au combat. Bourguignons etBretons regagnent le plateau et luttent désormais sans reculer d'une semelle ; tous ceux qui tombèrent, gisaient alignés à leur place de bataille.
A Ghampigny, les brigades Comte et La Mariouse disputaient avec obstination chaque pouce du sol. L'aff'aire avait mal débuté. Les compagnies du 35", sou-
dainemcnt assaillies dans les parcs et presque cernées, avaienl dû se retirer sur le village en laissant nombre de morts, de blessés et surtout de prisonniers. Le 42", surpris de môme, avait abandonné le moulin de Ghampigny et les barricades de la route de Sucy. Le 113^ avait également fléchi. Nos bataillons tenaient pourtant dans rinlcrieur de Ghampîgny, et suivant le mot de Trochu, ils tenaient comme des teignes ; ils se reliaient et s^cinissaienl ; ils faisaient feu de tous côtés, par les fenêtres et les lucarnes des toits ; avec 1 aide des sapeurs qui s'avançaient par cheminement, ils enlevaient un Ilot de maisons. Mais les Wurtembergeois, épaulés par un bataillon prussien, finissaient par rester maîtres de plusieurs rues, et occupaient le village jusqu'à Téglise.
Entre Bry et Ghampigny, au bois de la Lande et au grand four di chaux, la brigade Palurel avait eu Toeil au guet, et grâce à Tattentive vigilance de ses sentinelles, grâce au canon qui la protégeait, grâce à sa propre bravoure, elle gardait ses positions. Elle subissait des perles très sérieuses. Palurel qui marchait â la tète des compagnies comme un simple soldat, tombait frappé à mort. Les deux colonels étaient tués, et trois chefs de bataillon, blessés. Néanmoins, appuyée par larlillerie qui Gt noblement son devoir dans celte journée et qui témoigna le plus beau sang-froid, appuyée par le 115* régiment, la brigade repoussait â mille mètres de ses emplacements les Wurtembergeois et les deux bataillons prussiens qui venaient à leur secours.
Gependant Ducrot appelait des renforts. 30 bataillons de garde nationale qui devaient imposer de loin par leur masse, sans participer à Taction, se montraient
sur les hauteurs de Nogent. Puis arrivaient les divisions Susbielle et Bellemare ; Tune assistait la brigade Paturel ; l'autre relevait la brigade Courty. Tout était donc réparé, ou à peu près« Ducrot tenta même, comme Tavant- veille, d'emporter Villiers ; comme Tavant-veille, il échoua, et l'après-midi entière ne fut qu'une vive et inutile canonnade. — — -
Les Français ne gagnaient pas un mètre de terrain ; ils lâchaient l'est de Ghampigny ; ils avaient 6 000 hommes hors de Combat. Une foule d'ofQciers de marque et de mérite étaient morts, et parmi eux l'intrépide Néverlée, le chevaleresque Franchetti, le colonel de Grancey, le général La Charrière. Ducrot et Trochu se plaignaient d'avoir perdu dans ces deux journées de Villiers et de Ghampigny leurs collaborateurs les plus vigoureux et une partie des cadres de l'armée. Les troupes se décourageaient. La nuit du 2 au 3 décembre acheva de les abattre, et le lendemain, à la vue des soldats pâles, transis, blottis dans la tranchée et collés les uns aux autres, Ducrot, méprisant la colère de Paris, repassa la Marne. Les bataillons, disait-il en confidence à Jules Favre, étaient brisés de fatigue, moralement et physiquement épuisés, incapables désormais de soutenir la lutte, et il conseillait d'en finir.
Une occasion ^s'ofTrit alors de négocier la paix. Le 5 décembre, Mollke écrivait à Trochu que les Allemands avaient repris Orléans et vaincu l'armée de la Loire, et il proposait au général qu'un officier français vint s'assurer du désastre. Ducrot déclara qu'il fallait entrer en pourparlers et envoyer à Moltke un offîsier d'étatmajor ; la capitale, disait-il, avait rempli son devoir et
satisfait à Thonneur ; il ne lui restait qu'à traiter sans attendre le moment où elle se rendrait à merci et la corde au cou. Mais Trochu craignait de tomber dans un piège, craignait d'irriter Paris et d'exciter un soulèvement. Malgré Picard qui jugeait la capitulation inévitable, malgré Pavre qui ne se payait plus d'illusions et qui prévoyait déjà la famine, le Conseil arrêta de publier la lettre de Moltke accompagnée d'un énergique manifeste. La lettre de Moltke fut donc affichée. On lisait audessous la réponse de Trochu qui refusait de vérifier l'exactitude du message, et ces paroles du gouvernement : « Cette nouvelle ne changQ rien à nos résolutions et à nos devoirs ; un seul mot les résume : combattre I » Pareillement, lorsque la Russie, prenant sa revanche de Sébastopol, annonça qu'elle ne se croyait plus liée par les stipulations du traité de 1856, le gouvernement décida que Jules Favre ne se rendrait pas à la Conférence de Londres pour représenter la France. Gambetta aurait désiré que Favre sortît de la capitale pour obliger les puissances à reconnaître l'existence de la République et leur parler de la guerre, pour voir par lui-même les efforts et les espoirs de la province, pour aider ses collègues de Bordeaux à continuer la résistance, et, de son côté, Chaudordy, l'habile et infatigable délégué aux aff'aires étrangères, priait le n^nistre de quitter Paris pour transformer la Conférence en Congrès, préparer la paix, obtenir de l'Allemagne des conditions meilleures. Mais les journaux du parti avancé s'écrièrent que la France républicaine devait répudier l'intervention des monarchies, ne s'asseoir que victorieuse à la table du Congrès, et, puisqu'elle était vaincue, ignorer la vieille
Europe. Le gouvernement fut d'avis que Jiiles Pavre ne pouvait abandonner Paris assiégé et abaisser sa dignité en demandant un sauf-conduit à Bismarck; cette demande aurait semblé une faiblesse à la population de Paris et amené une sédition.
Trochu avait reformé et réorganisé l'armée. Le 21 décembre, dans la vaste plaine de Saint-Denis où il comptait mettre aux prises les deux infanteries et profiter de l'élan de ses jeunes troupes, il livrait le second combat du Bourget. Ducrot, établi entre Bondy et Saint- Denis, devait percer par le nord ; il était appuyé à gauche par La Rqncière qui prendrait le Bourget et à droite par Vinoy qui longerait la Marne. C'était La Roncière qui commencerait l'action. Il fit donner deux brigades, la brigade Lavoignet et la brigade Lamothe-Tenet. La brigade Lavoignet attaqua le sud du Bourget, mais ne put dépasser les premières maisons à cause des barricades et des murs crénelés qu'elle rencontra. La brigade Lamothe-Tenet enleva le nord-ouest du village, Téglise, le cimetière ; mais les défenseurs — six compagnies de la garde — reçurent des renforts dePont-Iblon, et après une longue lutte oorps à corps, quinze compagnies prussiennes rejetaient la brigade française. Ducrot voulut, sans attendre le signal de Trochu, dégager les assaillants du Bourget ; il s'élança, emporta la ferme de Groslay et la ligne du chemin de fer ; Trochu l'arrêta parce que l'attaque du Bourget n'avait pas réussi, et le reste de la bataille ne fut de part et d'autre qu'une canonnade formidable. Vinoy avait eu plus de succès; il prit Ville- Évrard et la Maison-Blanche ; mais le soir deux bataillons saxons ressaisirent ces deux points : les ténètres
favorisèrent de tristes défaillances ; un officier français déserta, et 600 prisonniers demeurèrent aux mains de Tagresseur.
Par peur de l'opinion, Trochu n*osa replier Tarmée. Il déclara que les bataillons de marche de la garde nationale qui contemplaient k cinq kilomètres de distance Tafiaire du Bourget, avaient eu une excellente tenue. Mais la ligne et la mobile restèrent en face du village pour l'assiéger, pour creuser des tranchées et construire des épaulements. Leur premiôrn nuit dans ce camp qui fut nommé le camp du froid, iciir infligea d'inexprimables souffrances. Le thermomèlre était .descendu à 14 degrés au-dessous de zéro. Neuf cents cas de congélation se produisirent. Il fallait fendre le* pain à coups de hache. L'eau qu'on puisait au canal de TOurcq, en brisant la glace, gelait pendant qu'on la transportait au bivouac. La terre était si dure qu'on ne pouvait y enfoncer des piquets de tente. L*idée d'une reddition prochaine hanta dès lors les esprits. On se demandait s'il n'était pas temps de se soumettre à la loi du destin. Des soldats souhaitaient la capitulation et criaient derrière l'état-major : « La paix, la paix h» Trochu décida le 26 décembre que les troupes regagneraient leurs cantonnements. Elles comparaient la plaine d'Aubervilliers et de Drancy à un coin de la Sibérie, et les plus poltrons auraient mieux aimé subir douze heures de bataille que de repasser par ces trois jours de bise intense et cfuelle.
Le lendemain commençait le bombardement. Les Allemands pensaient que le moment psychologique était venu, et ils avaient reçu leur parc de siège. Le 27 et le 28 décembre, soixante-seize pièces de gros calibre cou-
vraient le mont Avron d'une grêle épouvantable de projectiles. Trochu abandonna la position qui n'était plus utile et que Tennemi ne tenta pas d'occuper parce qu'elle se trouvait sous le feu croisé des forts. Mais bientôt, du 5 janvier jusqu'au 26, à minuit, l'artillerie allemande tonnait contre le front sud, contre Issy, Vanves, Montfrouge. De leurs forts, des batteries intermédiaires, des canonnières de la Seine, de l'enceinte principale, les assiégés ripostèrent avec vigueur. Us possédaient plus de bouches à feu que l'adversaire, et c'était sur le front sud qu'ils déployaient leurs plus grands moyens de résistance ; les Allemands jugeaient même que la défense des autres fronts était moins puissante et moins opiniâtre. Mais, si les assiégeants ne mettaient en ligne que cent dix pièces, ils avaient l'avantage de la position et d'un matériel bien supérieur à celui de la place par la portée et la précision du tir. Dans la nuit du 9, ils s'avançaient à sept cent cinquante mètres d'Issy et à quatre cent cinquante de Yanves. Ils cherchaient moins à faire une brèche qu'à, ruiner les casemates et le blindage intérieur que formaient les sacs h terre. En quelques jours, les marins d'Issy et de Vanves virent leurs remparts bouleversés, leurs casernes brûlées, et lorsque Paris capitula, les deux forts n'auraient pu s'opposer que faiblement à l'attaque régulière. Montrouge tenait mieux ; mais peu à peu sa situation empirait : il n'y avait plus un seul emplacement qui fût à l'abri des bombes ; les voûtes des magasins fléchissaient ; les parapets chaque nuit réparés étaient chaque jour détruits.
Cent trente pièces s'établissaient dans le même temps sur le front est. Elles accablèrent les forts de l'Est^ de la
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Double Couronne et de laBriche. Le 26 janvier, la Briche n'avait plus que dix bouches à feu en état de combattre; les poudrières de la Double Couronne étaient menacées, et le commandant assurait qu'il ne pourrait, en cas d'attaque, entraînera la défense ses hommes affolés; déjà quatre-vingts canons étaient mis en batterie contre Saint-Denis.
Paris ne fut pas épargné. Quotidiennement trois cents à. quatre cents obus tombaient sur la rive droite, à Auteuil et à Passy, sur la rive gauche dans tous les quartiers. La population civile eut 97 morts et 278 blessés.
La ville était plus émue, plus agitée que jamais. La bataille manquée du Bourget, l'évacuation du plateau d'Avron, le froid intolérable, les privationsi le bombardement; tout surexcitait le peuple. Les projectiles allemands ne l'intimidaient pas, mais le rendaient plus nerveux, plus impatient. Il exigeait une sortie torrentielle et voulait que la garde nationale se battit coûte que coûte. Trochu, accusé de faillir h son' mandat, avait perdu toute confiance, et il avait beau déclarer que le gouverneur de Paris ne capitulerait pas. Ses collègues lui faisaient grise mine. Dès les premiers jours, Picard disait qu'il avait l'air de mener le deuil du siège. Favre méditait de le remplacer par Ducrot, Vinoy ou Bellemare. Enfin, une grande sortie de l'armée et de la garde nationale fut décidée. Elle était depuis longtemps discutée dans les conseils de la défense : Trochu la nommait l'acte du désespoir, la suprême entreprise qui couronnerait le blocus de Paris, et le 31 décembre, Clément Thomas avait demandé que la garde nationale fit son devoir et subit à son tour l'épreuve du feu. Le 7 janvier, Trochu
proposa d'emporter le plateau de Ghâlillon : on éloignerait ainsi le bombardement, on tournerait les lignes allemandes, on aborderait Versailles par le sud. Vingtsept généraux, sur vingt-huit, rejetèrent ce plan qui leur parut inexécutable : pouvait-on franchir l'espace entre Paris et Ghâtillon sans être foudroyé? Mais ils adoptèrent unanimement le projet de Berthaut et de Schmitz : tenter la même opération en attaquant le plateau de Garches, sous la protection du Mont-Valérien. 90000 hommeô devaient donner; 42 000 gardes nationaux seraient embrigadés avec rinfanterie régulière ; chaque brigade contiendrait un régiment de la garde nationale. « Quand il'y aura par terre 10000 gardes nationaux, disait un membre du gouvernement, Topinion s*apaisera. » La bataille que les Allemands nomment la bataille du Mont-Valérien et que les Français ont appelée la bataille de Montretout ou de Buzenval, fut définitivement résolue dans une réunion du 16 janvier et livrée le 19. Elle était perdue d'avance. On avait chance d'enlever Montretout, Garches, Buzenval; mais pourrait-on s'emparer au-dessus de Garches, du plateau de la Bergerie, et, après ce plateau, du haras Lupin? N'arriverait-on pas touj ours, comme disait Ducrot, à un goulot de bouteille, à un défilé qui ne serait franchissable que pour de vieilles bandes solides et aguer^ ries? La concentration de l'armée fut d'ailleurs très difficile et laborieuse. Trochu, pressé par Jules Favre, n'eut pas le temps de préparer l'opération ; il laissa l'initiatiVe des mouvements à ses généraux et fit, pour contenter l'opinion, transporter une partie de ses bataillons par le chemin de fer. Lenteurs, retards, complications s'accumulèrent* Les troupes s'enchevêtrèrent affreusement au
pont d'Asnières, aupontdeNeuilly, àCourbevoie. On pu! prévoir, dès leur départ, que Tordre et Tensemble manqueraient à leur attaque. L'armée formait trois colonnes : à gauche, Vinoy ; au centre, Bellemare; à droite, Ducrot. qui tous trois devaient atteindre leur position à six heures du matin. Vinoy arriva sur le terrain à sept heures et demie et son artillerie entre dix et onze heures; Bellemare, entre sept heures et demie et neuf heures ; Ducrot^ entre neuf et onze heures I
Yinoy s'engagea d'abord. Il s'empara des maisons Béarn et Armengaud, de la redoute de Montretout, des villas Pozzo di Borgo et Zimmermann.
Bellemare débuta de même. La brigade Fournôs, composée du 4" zouaves et du 11^ régiment de garde na-* tionale, enleva les premières maisons de Garches et la maison du Curé. La brigade Golonieu, formée du 136' de ligne et du 9* régiment de garde nationale, envahit le parc de Buzenval par des brèches que le génie pratiqua dans la muraille, et déboucha sur le plateau de la Bergerie. La brigade Yalentin occupa le château de Buzenval.
Mais les Français n'avaient encore devant eux que des grand'gardes et des avant-postes. Les choses tournèrent lorsqu'ils arrivèrent en face de la ferme de la Bergerie et de la maison Graon. S'ils étaient 20000 contre 6000, et si le général Bothmer ne leur opposait que les deux régiments de sa brigade et un bataillon de chasseurs de Silésie, les 6 000 Prussiens s'abritaient derrière des abatis, des tranchées, de longs murs crénelés, et ils tiraient, invisibles, sur un assaillant qui s'avançait à découvert. On voulut faire sauter les murs de la Bergerie au moyen de la dynamite: elle était gelée. On voulut renverser par
le canon le mur de la ferme Craon ; rartillerie, d*ailleur«f partie trop tard et arrêtée dans sa marche, s'embourtMi dans le sol détrempé, ne put gravir la côte.
Ducrot qui paraissait enfin, essayait cependant, à force de diligence et de bravoure, de réparer le temps perdu* Bien que battues de plein fouet par les batteries de Saint-Miche] et prises à rêvera par l'artillerie de la presqu'île d'Argenteuil, ses troupes assaillirent vîgou-n reusement les positions prussiennes et surmontèrent les premiers obstacles.. Mais bientôt elles aussi rencon^ trèrent une résistance aussi vive qu'imprévue. La brigade Bocher, tournant le parc de Buzenval et s*unissant h la brigade Valentin, ne put s'emparer du mur de Long-^ boyau, malgré des tentatives répétées, sous les feux croisés que les Prussiens dirigeaient sur elle, et les dix sapeurs, le sergent et le lieutenant, chargés par le général Tripier de faire sauter le mur à l'aide de la dynamite, furent frappés à mort au moment où ils allaient placer leurs pétards. La brigade Mirîbel, qu'appuyaient plusieurs pièces de 12, s'élança deux fois contre le pa« villon de chasse et la porte de Longboyau; mais à l'abrî de leurs travaux de fortification, les Prussiens rejetèrent toutes ses attaques par une mousqueterie régulière et terrible. Montbrison, commandant du Loiret, Rochebrune, l'ancien chef des insurgés polonais, le peintre Henri Regnault, l'explorateur Gustave Lambert périrent dans ces funestes assauts.
Les Français se brisaient donc contre une muraille' inexpugnable. Ils s'arrêtaient, demeuraient immobiles. Vinoy gardait Montretout, Bellemare restait sur le pla* teau de la Bergerie, et Ducrot devant Longboyau, sans^^
Igagner un pouce de terrain. Un instant, sur toute Ja ligne qui semblait comme paralysée et figée, personne ne tirait plus.
Aussi,*à trois heures et demie, les Allemands prenaient l'offensive à leur tour. A leur tour, ils échouèrent. A Garches, à Buzenval, à la redoute de Montrctout, à Saint- Cloud, partout ils furent repoussés. Mais la nuit tombait. Les Français, fatigués et émus de cette longue lutte qu'ils sentaient inutile, mécontents, attristés, découragés, commençaient k branler et à fléchir. Déjà, dans le parc de Buzenval, il fallait relever plusieurs bataillons et les remplacer par d'autres. Déjà, devant Longboyau, le !?• régiment de garde nationale avait été saisi de panique à divers intervalles. Déjà, au Boispréau, le 90^ bataillon, soudainement accablé par la fusillade prussienne, fuyait en criant à la trahison et entraînait avec lui le 160*. Déjà, devant la maison du Curé, le 11* régiment de garde nationale qui venait soutenir la brigade Fournès, lirait, dans un accès de folle terreur, sur les zouaves et les mobiles qu'il avait devant lui, et, lorsque Trochu accourait avec son état-major pour mettre fin au désordre, un homme effaré perçait d'outre en outre, presque à bout portant, le lieutenant de Langle. Trochu comprit la si* tuation. Il savait par le général Noël que Montretout n'était plus tenable. Il voyait les troupes harassées, confondues dans un indicible péle-mèle, entassées sur un petit espace, séparées de» Prussiens par une distance de quelques pas, craignant de combattre au milieu des ténèbres, et ne croyant ]>lus au succès. Il commanda la retraite, et à peine le mpt étèSiçil lâché que commençait sur les derrières de la gauche et d'une partie du centre
une déroule complète, heureusement voilée aux regards de l'adversaire par Tobscurilé. Seules, les troupes de Ducrot s'écoulèrent silencieusement et sans confusion. Mais Lareinty et ses mobiles de la Loîre-Inférieure furent oubliés dans la maison Zimmermann, cernés, et malgré leur belle résistance, obligés de se rendre le lendemain.
Ainsi se terminait cette bataille où la garde nationale n'avait été, comme disait Trochu, qu'un danger. Sans doute, elle avait mieux combattu qu'on ne le pensait. Mais, si quelques régiments, le 9* de Crisenoy, le 19» de Rochebrune, le 25*, s'étaient bien comportés, d'autres avaient faibli ; si les plus calmes et les plus modérés avaient tenu solidement, les plus bruyants et les plus tapageurs avaient été les premiers à déguerpir. Pleins d'audace et d'impatience au début de l'action, ils avaient fini par trouver que l'affaire s'éternisait, et la ligne, la mobile dont ils se moquaient d'abord, les voyant se sauver è. toutes jambes, leur décochaient des quolibets : « En avant la trouée! En avant, messieurs de la guerre à outrance I » Beaucoup étaient venus, surchargés de vivres et d'attirails de campement; beaucoup avaient opéré pour leur compte, sans appui, sans direction, e( dans l'étourdissement et Ténervement de leur première rencontre, ils avaient tiré si maladroitement que le huitième des Français atteints par le feu tombait soos les balles de la garde nationale ; beaucoup s'étaient esquivés en se disant blessés ou en accompagnant de véritables blessés; quelques-uns avaient même regagné Paris dans les voitures d'ambulance, bien qu'ils n'eussent pas la moindre égratignure. Enfin, lors-
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qu'avait sonné la retraite, c'étaient les gardes nationaux qui avaient augmenté le désordre en cherchant à s'éloigner au plus vite et en coupant de tous côtés à travers champs.
La dépêche de Trochu, annonçant à Paris la défaite et parlant de l'enlèvement des blessés, de l'enterrement des morts et du grand nombre des brancardiers, avait répandu là colère et l'exaspération dans la ville. Mais à quoi servait-il de proposer une nouvelle sortie de la garde nationale, de crier revanche ou de dire, comme les maires, qu'il fallait s'ensevelir sous les ruines de la cité? « C'est fini », avouaient les officiers. Les vivres sMpuisaient. Depuis le 22 novembre le parc de bestiaux n'existait plus. On n'avait d'autre viande que de la vian(le de cheval et d'autre pain que du pain de blé non bluté et mêlé à du seigle, à de l'orge ou à du riz. Encore ce pain était-il rationné à 300 grammes, et la viande de cheval à 30 grammes. Une dinde se vendait 120 francs; une livre de beurre, 50 francs ; un boisseau de pommes de terre, 32 francs. Tout crédit supprimé. Plus d'autre salaire que la paye de trente sous allouée aux gardes nationaux et une indemnité de quinze sous accordée à leur femme. Et ceux-là, ouvriers et artisans, n'étaient guère à plaindre, non plus que les pauvres et les indigents inscrits à l'assistance publique et nourris gratuitement ou à très bas prix par les cantines et les fourneaux économiques. Mais dans la classe moyenne, parmi les employés, les boutiquiers, les petits commerçants,régnait une effroyable misère. De longues files de femmes et d'enfants s'alignaient avant l'aube, par la bise, la pluie ou la neige, à la porte des boulangers et des bouchers.
Pi]isdeiHÛs:pliEd£clKiîiiiDet de imnilie : )i1ik dcpo. BaiE IfiE scûrBes et Jbb miîfe de jumer, I^ris, lool noir et alencieiiXM. paralsùt muvI.
TrodiQ, sommé par 1i9b mûres de céder Ip commandement, refosa de donaer sa àÉnkasàsm et se laksa di^dtîtoer^ tont en lebUiil prêndeni du «ronvemement. Tin oy, nommé d'nrgenoe ei sœ s¥Dir été consulté, cènéràl en diefderarmée de Puis, afa«|it« cette lourde (dtarge dans le moment le plis cfîtiqne, tandis qn^an dehors grondait le canon allemand et qn^an dedans remuait de Donrean le parti dn désordre. Mais de ^igoorenses me* sores enrent raison de Témmie. Lk Sellerinoîs araient tiré de llazas Flourens^ KiUiére, Léo MeîUet tA autres menears; mw compagnie de douaniers Tint déloger Flourens de la mairie de Belleville où il s^était installé* Des gardes nationaux du iOl* menaçaient le ^ janvier rii^Mel de ville et fusaient fen sor les officiers de sei^ lice; les mobiles du Finistère les dispersèrent à coups de lusiL Le gouTemement ferma les clubs, supprima deux journaux, le Réveil tl le Combat^ ordonna l'arrestation de lenrs rédacteurs Delescluze et Pyat, puis capi* tula. Le 23 janvier, Jules Favre, consentant à remplir le r61e d'Eustache de Saint-Pierre, se rendait à Versailles. Le 28, il signait un armistice de vingt et un jours pour la province comme pour Paris : une assemblée où siégeraient les députés de TAlsace et de la Lorraine, serait élue le 8 février et réunie le 12; les Allemaïuis prenaient possession des forts de la capitale et du matériel de guerre; la garnison demeurait prisonnière dam Paris ^ Texceplion d*une division do douze mille soldais chargf^e d'assurer le service inléricur; les ofQciers gar*
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Théâtre de Bordeaux, réclamait la révocation de Tamiral Fourichon, la suppression de tous les journaux qui combattaient la République, le rappel de tous les ambassadeurs et envoyés, Tinstitution d'un Comité de salut public : « Vous devriez, disait le général Haca à Gambetta, jeterà Teau ces braillards. » — « Ils sont mon lest, répondait-il, et si je les jette à Teau, je serai submergé. »
. II fit exécuter Tarmistice que Favre lui annonçait en quelques mots. Mais, lorsqu'il connut, après une fiévreuse attente de quarante-huit heures, le texte exact et complet * de la convention, lorsqu'il sut que les Allemands avaient obtenu sur toute la ligne de leurs avant-postes une délimitation avantageuse et que la trêve leur livrait Abbeville et la Somme, deux arrondissements du Calvados, la moitié de l'Yonne et d'Indre-et-Loire, et une partie du Morvan, lorsqu'il apprit enfin que l'armée de l'Est était exceptée de la suspension d'armes, il s'irrita, s'emporta. Il résolut de continuer la guerre. Depuis plusieurs semaines il s'indignait de l'inaction de Paris, gourmandait Trochu, le sommait impétueusement de faire une sortie. Il prévoyait la reddition de la ville; mais, disait-il, la chute d^une capitale n'entraîne pas la chute d'une patrie, et il saurait empêcher le pays d'accepter le triomphe de la force ; non, même après la capitulation de Paris, il ne céderait pas, et la nation, aussi ferme, aussi déterminée que lui, ne se résignerait pas à une pai)c dégradante, ne déposerait pas les armes « tant qu'un Prussien souillerait le sol! » Il déclara donc que les gens de Paris n'avaient pas le droit de traiter
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pour la France et de signer un armistice aveô une « coupable légèreté », à Tinsu de la délégation et sans la consulter, qu'il fallait à la France, non pas une Chambre réactionnaire et lâche, mais une Assemblée républicaine et courageuse qui voterait la guerre et proclamerait la résistance jusqu'à complet épuisement, jusqu'à Texterminalion, jusqu'à la victoire, et à l'avance, par décret^ il exclut de cette Assemblée les hauts fonctionnaires de l'Empire, ministres, sénateurs, conseillers d'État, préfets et tous ceux qui avaient été candidats officiels. Les complices et complaisants de la dynastie n'étaient-ils pas, comme elle, frappés de déchéance, et s'ils entraient à l'Assemblée, ne travailleraient-ils pas à la ruine de la République? Des protestations s'élevèrent contre ce décret électoral deBordeaux. Bismarck télégraphia sur-le-champ à Gambe tta que l'Assemblée devait être élue librement etnon pas sous un régime dépression. Fort de cette ingérence de l'ennemi dans les affaires inté* ricures, Gambettas'opîniàtra et, comme il disait, appela, invoqua le souffle de la Révolution française. Son collègue Giais-Bizoin lui représentait qu'on allait « recevoir une leçon. » Mais Gambetta avait pour lui presque tout le Midi. De Toulouse, de Marseille, de Saînt-Étienne, de Lyon, on l'encourageait à ne pas remettre l'épée dans
le fourreau. Les rues et les places de Bordeaux retentissaient des cris : « Yive la guerre », « A bas la paix », « Pas d'armistice », « Pas d'élections I » La foule se portait chaque soir à l'hôtel de la préfecture, et Gambetta, paraissant au balcon, la haranguait, jurait qu'il tiendrait jusqu'au bout.
Le gouvernement, devinant que Gambetta s'insurgerait,
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avait fait partir un des siens. Le 1^ février, Jules Simon, celui que Gambetta nommait le « personnage annoncé de Paris », arrivait à Bordeaux pour se joindre à la délégation qui se composerait désormais de cinq membres et prendrait ses délibérations à la majorité des voles sans que Gambetta eût voix prépondérante. U étai* muni de deux décrets : Tun annonçait les élections sans exclusion de certaines catégories de citoyens ; Tautre lui donnait les pouvoirs les plus^ absolus dans le cas où la délégation résisterait aux décisions du gouvernement de Paris. Simon fut malmené, couvert d'invectives : f^ Yous deviez, s'écriait Gambetta avec fureur, vous concerter avec nous. Retournez à Paris. Laissez-nous à Bordeaux. C'est à vous de baisser la tète et à nous de la lever. Nous n'avons pas capitulé, nous I », et il qualifia Simon
de factieux. Le maire et les adjoints de Bordeaux appuyèrent la délégation en assurant qu'ils ne répondaient pas du maintien de l'ordre. Simon temporisa. Au lieu d*user aussitôt de ses pouvoirs, il demanda que le décret d'incompatibilité fût rapporté. Gambetta refusa nettement d'obéir, Simon voulut télégraphier au gouvernement de Paris pour lui exposer le conflit ; la direction dés télégraphes n'envoya pas le télégramme, et il dut dépécher à ses collègues son compagnon Liouville. Il voulut expédier par la poste le décret électoral de Paris ; aucun de ses paquets n'arriva, et pour correspon* dre avec les principaux hommes politiques des départements, il dut adresser ses lettres à des négociants, à des professeurs, et faire écrire les suscriptions par des mains tierces. Il voulut afficher sur les murs de Bordeaux le décret électoral de Paris et celui qui lui conférait des
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pouvoirs illimités; la déléfealioii menaça d'incarçcrc'j? les afficheurs. Il publia les deux décrets dans le& jour* naux ; Gambetta fit saisir les journaux, «ous prétëxtç qu'ils contenaient un « prétendu » décret' Relatif .auf élections. On disait déjà, que Simon, Thîers et les m^jmj^rcè modérés de la délégation allaient être arrêtes cl cniprisonnés à Blaye. Prudemment, Simon changcade domicile. Mais les clubistes du Grand Théâtre organisèrent une inanifeslàtion déplorable. Le 4 février, au soir, ils nomtmaient un Comité de salut public, et ils aj^pelaicnt Gambetla pour lui mettre sur la tète une couronne civi^ que et lui décerner la présidence de ce Comité. Gambetla <eut le bon sens de ne pas se rendre à cette soni* mation. Toutefois Simon gagnait des partisans. Il voyait se rallier autour de lui la plupart des fonctionnaires de la délégation. Les rédacteurs des journaux saisis le priaient de faire respecter, en vertu de ses pleins pouvoirs, la liberté de la presse. Des bataillons de la garde natio* n aie bordelaise l'assuraient de leur concours. Le général Foltz, commandant de la division militaire, lui promettait son assistance, et ce brave homme, grand géographe et médiocre soldat, désigné secrètement pour exercer les fonctions de ministre de la guerre, se moquait de la délégation, surnommait Thoumas le «Sully de la bande » et ordonnait à deux batteries d'artillerie qui se rendaient de Toulouse è. Bourges de passer par Bordeaux. En vain Gambetta répétait que le gouvernement de Bordeaux persisterait dans le décret d'incompatibilité, puisque le gouvernement de Paris se trouvait coupé de toute con^munication avec l'esprit public et prisonnier de guerre. Simon lui répondait dans la Gironde^ taxait d'illégale las^i^io