‹ La guerre, 1870-71Chapitre 3 sur 30 · UN1VER61TY · texte numérisé non relu

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h Ems de l'autoriser à télégraphier à Paris que Sa Majesté s'engageait pour tout l'avenir à ne jamais donner ^on consentement dans le cas où les Hohenzollern reviendraient sur leur candidature. Sa Majesté a refusé alors de recevoir de nouveau l'ambassadeur français et lui. a fait dire qu'elle n'avait plus rien à lui communiquer. »

En réalité, le roi Guillaume n'avait refusé de recevoir Benedetti que pour ne pas continuer l'entretien sur un sujet épuisé. Quelques instants plus tard, avant de quitter Ems, il accueillait l'ambassadeur dans. le salon de la gare et lui disait que son gouvernement poursuivrait les négociations. Benedetti ne se plaignait nullement, ne parlait nullement d une insulte. Mais le cabinet français tomba dans le piège que Bismarck lui tendait. Dès qu'il connut la dépêche prussienne, il l'interpréta comme un outrage et Gramont s'écriait que la Prusse avait souffleté Is^ France. Le 15 juillet, Ollivier demandait au Corps législatif un crédit de cinquante millions et annonçait que le ministè^e avait rappelé les réserves pour « soutenir la guerre qu'on lui offrait ». Vainement Thiers objecta que le fond était accordé, que la Prusse avait fait droit à la principale réclamation du gouvernement, que la France obtenait le désistemçrit du Hohenzollern et l'acquiescement du roi Guillaume à cette renonciation, que le ministère se jetait dans des querelles de mots et rompait sur ime question de forme, qu'il ne fallait pas, pour des •motifs de pure susceptibilité, verser des torrents de sang et causer la mort de milliers d'hommes. On lui répliqua i ft Mlez à Coblenz », et on le qualifia de trompette des désastres. Vainement Jules Favre, Gambetta, Buffet de-

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mandèrent avec Thiers que la Chambre prit connaissance de la dépêche pru^sFenne, non pas de la dépêche reproduite dans les télégrammes des agents français," mais de la dépêche officielle qui notifiait la résolution dû roi Guillaume. La majorité de la Chambre se prononça contre cette communication ; le rapporteur de la commission chargée d'examiner les projets du gouvernement déclara que la France ne pouvait tolérer roCTense; Ollivier assura qu'il acceptait sans remords, d'un cœur léger et confiant, la grande responsabilité qui de ce jour commençait pour lui ; que les dépêches et protocoles de chancellerie importaient peu; que, d'après les récits de la Prusse, le roi avait refusé d'entendre une dernière fois Benedetti, et que la France essuyait un affront. Les subsides furent votés, et le 19 juillet l'état de guerre existait entre la France et la Prusse.

Mais cette guerre fatale, cette guerre qui, selon le mot de Gambetta, devait vider la question de prépondérance entre la France et l'Allemagne, tout le monde la voulait. Depuis trois ans l'impératrice pressait le ministre, soit Niel, soit Le Bœuf, de mettre l'armée en mesure, et plus d'une fois elle avait dit que son fils ne régnerait pas si le malheur de Sadowa n'était effacé. La camarilla croyait rétablir par une guerre glorieuse le pouvoir personnel de l'empereur, affermir la dynastie, confisquer de nouveau la liberté. La France se jugeait amoindrie par les agrandissements démesurés de la Prusse et brûlait de prendre une revanche d'amourpropre, de donner une leçon à Tambitieuse nation qui l'offusquait, d'humilier cette parvenue. Thiers lui-même, tout en trouvant l'occasion détestablement choisie,

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avouait qu*il désirait plus que personne la réparation dep événements de 1866. La plupart des journaux a fur-, tuaient sur le ton le plus jactancieux que Tarmée impériale mènerait l'ennemi tambour battant et ne ferait des Prussiens qu'une bouchée. Le public partageait rillusion de ces gazetiers ignorants et fanfarons. La guerre débutait comme une émeute. Des bandes parcouraient les boulevards de Paris en criant : à Berlin! Le départ des troupes eut lieu sans calme ni dignité. On laissa la population fraterniser avec elles et leur verser à boire dans les gares. Les soldats s'enivraient, vociféraient, chantaient à tue-tête, n'écoutaient plus la voix de leurs officiers. Partout retentissaient les airs belliqueux du Ça ira et de la Marseillaise que le gouvernement proscrivait naguère et qu'il autorisait à celte heure pour échauffer le patriotisme. Mais quelques sages qui gémissaient à l'écart se rappelaient que Napoléon !•' faisait défiler son armée au son de ces hymnes révolutionnaires lorsqu'il commençait la courte campagne qui finit à Waterloo.

L'Empire qui déclarait si précipitamment la guerre, avait-il donc des appuis en Europe? Comptait-il sur des alliances?

L'Angleterre disait que la France avait rompu la paix sans cause sérieuse, par jalousie et par orgueil. Lord Granville estimait que le roi Guillaume avait raison de tirer l'épée plutôt que de se soumettre h V « injustifiable » demande de l'empereur. Toute la presse britannique s'indignait lorsque d'irréfutables documents communiqués au Times par Bismarck révélaient que Napoléon III convoitait la Belgique.

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