‹ La guerre, 1870-71Chapitre 5 sur 30 · HOI GUILLAUME · texte numérisé non relu

HOI GUILLAUME

Bismarck, portant runiforme de colonel de cuirassiers, coiffé d*une casquette blanche à turban jaune, sanglé dans une tunique blanche, organisa le service de la presse et mena les négociations. Roon, ministre de la guerre, approvisionna les armées. Moltke dicta les opérations et les mouvements, Moltke à la figure maladive et ridée, au regard fixe et perçant, aux lèvres minces, Moltke, Thabile et savant stratégiste, consciencieux, réfléchi, plein de bon sens, préparé depuis longtemps é sa tâche par les études les plus profondes, pénétré de cette grande idée que les armées devaient marcher séparées et combattre réunies, fésolu de saisir l'offensive et d'attaquer les ennemis dès qu'il les aurait rencontrés, convaincu que la puissante organisation des Allemands et leur supériorité numérique décideraient la victoire.

Un instant Moltke avait cru que l'adversaire, qui courait à la frontière sans attendre ses réserves ni compléter ses régiments dans les garnisons, renonçait aux avantages d'une mobilisation régulière pour couper les voies ferrées et surprendre les armées allemandes au milieu de leur concentration. Mais les Français ne bougeaient pas; au lieu de se développer dans les plaines du Palatinat, comme avait dit Gramont, ils restaient sur leurs propres limites, résignés à la défensive et se comparant eux-mêmes à une ligne de douaniers.

Cependant, l'empereur, s'arrachant à ses hésitations, se déterminait à passer la frontière et à s'emparer de Sarrebrûck. Le 30 juillet, le 2', le 3' et le 4' corps se rendaient à Bening, à Saint-Avold et à Boulay. L'entreprise devait être dirigée par Bazaine qui la confia à Prossard.

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Elle eut lieu le 2 août et réussit aisément. Il n'y avait à Sarrebrûck qu'un bataillon et trois escadrons qui se replièrent après quelques salves. Napoléon manda ridiculement à Paris que le prince impérial avait ramassé une balle tombée tout près de lui et que des soldats pleuraient en le voyant si calme.

Hais le 3 août Mollke déclarait qu'il était temps de prendre partout Toffensive, et le 4, le prince royal de Prusse battait une division française à Wissembourg.

Le marécbal de Mac-Mabon, qui commandait à Strasbourg le 1^' corps d'armée, disposait des quatre divisions d'infanterie Ducrot, Abel Douay, Raoult, Lartigue et de la division de cavalerie Duhesme. Le 3 août, Abel Douay se postait à Wissembourg; Ducrot, à Lembacb ; Raoult, à ReichsbofTen; Lartigue, à Haguenau. Hais la division Douay était jetée en flèche et ne pouvait recevoir de secours si les ennemis l'attaquaient brusquement. Elle avait mis un régiment au Pigeonnier, un autre régiment à Soultz, un bataillon à Seltz, et ne comptait que 5000 hommes. Les forces qui gardaient la Basse-Alsace semblaient si peu nombreuses aux Allemands qu'ils croyaient que Mac-Mahon irait bientôt rejoindre à Metz le gros de l'armée française. Aussi le prince royal de Prusse avait-il ordre de passer la Lauter le 4 août et de refouler sur Haguenau la poignée d'hommes qu'il trouverait devant lui : il saurait si Mac-Mahon avait reculé sur les Vosges, et, dans ce cas, après avoir laissé quelques troupes sous les murs de Strasbourg, Use dirigerait vers Sarreguemines.

Le 4 août^ au matin, Abel Douay étai/ surpris par les

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Allemande. II avait, à Taube, envoyé deux escadrons de chasseurs en reconnaissance au delà de la Lauter, et les chasseurs n'avaient pas vu les masses qui s'assemblaient derrière le Bienwald. Ahuit heures et demie, des hauteurs de Schweigen, une batterie bavaroise, dont les épaulements étaient construits depuis huitjours, ouvrait le feu et la division Bothmer attaquait Wissembourg.

Le combat se livra sur trois points : à ta gare, où le général Pelle s'était porté sur-le-champ avec une batterie et le 1^' régiment de turcos qui poussait des cris de guerre et agitait en l'air ses chéchias; à Wissembourg, où se trouvait un bataillon du 74* de ligne; sur le Geisberg, où s'établissait la brigade Montmarie, appuyée par une batterie de 4 et une batterie de mitrailleuses.

Jusqu'à midi, les turcos du général Pelle, s'abritant derrière les arbres de la route, les tas de pierres, et les plis du terrain, supportèrent l'effort de l'assaillant. Mais l'avant-garde du Y* corps prussien et deux divisions du XI* corps vinrent au secours des Bavarois. Pelle, craignant d'être enveloppé, abandonna la gare et gagna le Geisberg.

Wissembourg, déclassé trois années auparavant, avait encore sa muraille et son fossé. Aussi, jusqu'à midi et demi, le bataillon du 74* défie toutes les attaques. Mais un

feu terrible d'artillerie l'oblige àquitter laporte de Landau. Les Bavarois baissent le pont-levis et se jettent dans la ville: Acculé à la porte de Bitche, entouré par une masse d'ennemis, le bataillon du 74* met bas les armes, et ces valeureux soldais, au nombre de cinq cents, harassés et mornes, ne sont plus qu'un troupeau de prisonniers que le vainqueur enferme dans réglise.

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Restait le Geisberg. La batterie de mitrailleuses postée sur la colline des Trois Peupliers, causait un grand mal aux Allemands. Mais une bombe fit sauter son caisson de munitions et Abel Douay fut mortellement blessé par un éclat d'obus. Pelle ptitle commandement. Il tint quelque temps sur la crête du Geisberg ; puis, grâce à la résistance du château, se replia sur Lembach. 200 soldats occupaient ce château formé de bâtiments aux murs épais, élevés, infranchissables. Ils repoussèrent tous les assauts. Sous les décharges qui partaient des fenêtres et des ouvertures de Tédifice, le régiment des grenadiers du roi perdit la plupart de ses officiers et son drapeau passa de main en main. Vainement des Prussiens pénètrent dans la cour intérieure et tentent d*incendier la maison en allumant des bottes de paille au pied des murs. Il faut attendre Tartillerie qui gravit péniblement la colline. Enfin, cernés de toutes parts, accablés par une pluie de projectiles, les défenseurs du château consentent à capituler.

Les Allemands avaient 1500 hommes, dont 91 officiers, hors de combat, et ils croyaient s'être battus contre plus de deux divisions. Mais cette journée du 4 août commençait la série des surprises et des revers. Wissembourg annonçait Frœschwiller et Sedan. L'armée impériale, trop peu nombreuse, fractionnée, mal éclairée, mollement conduite, irrémissiblement vouée â la défaite, allait êt|*e écrasée par Tarmée allemande dont les longues colonnes^ noires s'étendaient déjà sur les roules de la Basse-Alsace à perte de vue. Le surlendemain, à travers les rues de Wœrlh, passait durant des heures entières une file ininterrompue et indéfiniment déroulée de bataillons et de

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régiments criant « hourrah o, les Bavarois au casque à chenille, les Prussiens au casque pointu, des cuirassiers, des hussards noirs et rouges, et il semblait aux habitants épouvantés que toutes les armées du monde s'étaient rencpntrés chez eux. « Pauvre France, s'écriaient-ils, tu es perdue sans ressource l »

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Frœsch^viller et Fox'bach.

Positions de Mac-Mahon. — Bataille de Frœschwiller (6 août). — AvaDtage des Français dans la matinée. — Échec de la division Lartigue. — Charge des cuirassiers sur Morsbronn. — Efforts obstinés de Mac-Mahon. — Prise d'Elsasshausen. — Dévouement de Tartillerie de réserve. — Charge des cuirassiers de Bonnemains. — Attaque des turcos. — Retraite de Mac-Mahon sur Reichshoffen et les Vosges. — Bataille de Forbach (6 août). — Coup de tète de Kameke. — Reculade de Frossard. — Inaction de Bazaine et marches inutiles de ses lieutenants. — Hardiesse des Allemands*

Mac-Mahon voulut réparer aussitôt l'échec de Wissembourg. Il aurait dû gagner les défilés des Vosges, et avec le 5' corps de Failly et le ?• de Félix Douay que l'empereur avait mis sous son commandement, arrêter l'adversaire dans des positions presque inexpugnables. C'était abandonner Strasbourg et la vallée du Rhin. Il aima mieux arracher sur-le-champ la Basse-Alsace aux envahisseurs.

Mais il fixait au 7 août la bataille qui serait la revanche de Wissembourg. Elle se livra le 6 août à l'improviste, et il fut écrasé. Il n'avait avec lui que le !•' corps et une seule division du !• corps, la division Gonseil- Dumesnil, venue en toute hâte de Mulhouse. Il pouvait

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appeler de Bitche Failly et le 5* corps. Failly eut ordre de ne faire sa jonction que le 7 août; il ne reçut pendant Taction aucun message du maréchal, et sa troisième division, la division Guyot de Lespart, qui prenait les devants, qui entendait le canon, qui n'avait que cinq lieues à parcourir, ne s'avança qu'avec une extrême lenteur, en s'attardant à tous les carrefours pour envoyer et attendre ses reconnaissances; aussi ne devait-elle arriver qu'après la déroute.

Le duc de Magenta avait établi son armée sur les hauteurs de Frœschwiller et d'EIsasshausen. Il fallait, pour aborder la ligne française, passer la Sauer grossie par les pluies et traverser des prairies sur un espace de mille pas. Les pentes qui dominent de soixante mètres la rivière sont roides, rapides, couvertes de vignes, de jardins et de houblonnières. Le plateau où se trouvent le village de Frœschwiller et, en contre-bas, le hameau d'Ëlsassbausen, est également coupé de vergers, de haies et de chemins creux, très favorable par conséquent à l'emploi des grandes bandes de tirailleurs et fait exprès pour dissimuler la cavalerie et les réserves. Mais la droite de Mac-Mahon était en l'air ; il avait trop peu de monde pour l'appuyer à la forêt de Haguenau, comme il appuyait sa gauche aux bois de Neehwiller, et il ne put garnir Morsbronn, au sud-est de la position. Chose plus grave, en face de lui, sur l'autre bord de la Sauer, s'étendait le plateau de DiefTenbach et de Gunstett, plateau vaste et nu où les ennemis se déployèrent hors de portée des pièces françaises et mirent en batterie plus de 250 canons. C'est pourquoi il n'avait pas occupé sur la nve droite de la Sauer» au pied de Frœschwiller» le gros

bourg de Wœrth que commandent les feux de la rive gauche, et Wœrth devait fournir aux Allemands une tête de pont, un point de refuge et d'appui qui couvrit à la fois leurs retraites et leurs attaques.

Le Q août, au matin, les divisions françaises avaient pris leur ordi*e de bataille. A gauche, Ducrot, en avant de Frœschwiller, entre Neehwiller et le Grosswald. Au centre, Raoult qui défend avec Conseil-Dumesnil et Pellé la route dé Reichshoffen à Wœrth ainsi que les croupes de Frœschwiller et d'Elsasshausen. A droite, Lartigue qui tient Tépais et grand bois de Niederwald et qui fait front vers Gunstett comme Raoult vers Dieffenbach et Ducrot vers Gœrsdorf. Derrière Lartigue, la brigade de cavalerie Michel. Plus au nord, en arrière d'Elsasshausen, la division de cavalerie Bonnemains.

Certain que Mac-Mahon ne marchait pas vers les Vosges, le prince royal de Prusse avait résolu de pousser vers Touest et d'infliger aux Français derrière la Sauer une seconde et plus rude défaite. Toutefois, de même que Te duc Âe Magenta, il ne voulait livrer bataille que le 7 août. Aussi la journée du 6 ne commença que par une reconnaissance offensive que le général prussien Walther dirigeait sur Wœrth. Mais peu à peu la lutte s'enflamme, l'escarmouche se transforme en combat, et l'on se fusille et se canonne, non plus pour tâter le terrain, mais pour le conquérir violemment.

Jusqu'à onze heures et demie les Français eurent l'avantage : si les Allemands avaient dès le début réduit notre artillerie au silence , s'ils attaquaient par unités de compagnies et en ordre dispersé, leur infanterie ne faisait que des efforts partiels, successifs, et

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ne savait sur aucun point se donner la supériorité du nombre.

A gauche, sous la protection des bois de Neeliwiûer, les postes avancés de Ducrot refoulèrent les Bavarois de Hartmann, ^«tantôt par des charges à la baïonnette, tantôt par le feu de leurs chassepots et de ces mitrailleuses que le général de Tann nommait les maudits moulins à café.

Au centre, le commandant du V* corps prussien, Kirchbach, descendait vers la rivière et occupait Wœrth. Ses bataillons franchissaient la Sauer en divers endroits, k gué ou sur des ponts de madriers et de perches à houblons. Mais, lorsqu'ils voulurent gravir les pentes de Frœschwiller et d'Elsasshausen, ils furent promptement ramenés. Durant toute la matinée, ils ne purent dépasser Wœrth et prendre pied sur la côte ; chaque fois ils reculèrent, et à plusieurs reprises les zouaves les poursuivirent dans les rues du village.

Même succès à la droite des Français. Lorsque Tinfanterie du XI* corps prussien eut traversé la Sauer et pénétré dans le Nîederwald, elle aussi fut impétueusement assaillie par les tirailleurs de Larligue et rejetée au delà de la rivière. Ses compagnies avaient presque toutes perdu leur capitaine, et le combat, avoue la relation allemande, était sans direction.

A midi, Mac-Mahon demeurait donc maître de ses positions, et il pouvait faire en bon ordre sa retraite. Il combattit encore. Le maréchal voyait pourtant que son artillerie, incapable de riposter, gagnait les sommets du plateau pour ne plus se montrer qu*à de rares intervalles. Du pied d*un noyer qu'on a depuis nommé Tarbre

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de Mac-Mahon, il voyait les batteries prussiennes qui, des hauteurls de DiefTenbach et de Gunstett, fouillaient de leurs obus tout le terrain d'Elsasshausen et du Nie' derwald. Mais*il se croyait victorieux et il comptait se maintenir.

Kirchbach avait, sur ces entrefaites, f eçu du prince royal Tordre de suspendre Faction. Il jugea qtt*il donnerait aux Françds le temps de se renforcer et le droit de se dire vainqueurs. Malgré ses instructions, il revint à la charge avec son Y* corps en priant Hartmann à sa droite et Bose à sa gauche de le seconder, Fun avec le II* corps bavarois, Tautre avec le XI* corps. Lorsqu'à une heure de l'après-midi, le prince royal arriva sur le champ de bataille, il ne put qu'approuver son lieutenant. Cette fois, c'étaient non plus les avant-gardes, mais les corps d'armée qui s'engageaient, et ils s'engageaient à fond : Hartmann contre Ducrot, Kirchbach contre Raoult, Bose contre Lartigue, 100 000 Allemands contre 45000 Français.

A notre gauche, l'attaque des Bavarois qui ne perdirent que 700 hommes dans cette journée, fut très molle, si molle que Ducrot envoya des renforts à ses voisins et dégarnit sa seconde ligne.

Au centre, Kirchbach ne réussit qu'à prendre le mamelon du Calvaire, et sur le reste du plateau ses assauts échouèrent contre la fusillade des Français et leurs retours brusques et furieux.

A droite, la division Lartigue fléchit et céda. De midi à une heure, sur la lisière du Niederwald, dans les fourrés du bois, autour de la ferme d'Albrechtshausen, elle fait face et résiste aux 12000 Prussiens que Bose a poussés contre elle en deux colonnes. Mais, à la faveur

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de 72 pièces d'artillerie établies à Gunstett, les Allemands finissent par s'emparer de rAlbrechtsh&userhof et par entrer sous le Niederwald. Une troisième colonne de 5000 hommes se saisit de Morsbronn et débouchant de ce village pour remonter le plateau, menace de fondre sur les derrières de la division française.

Larligue, sur le point d*étre enveloppé, appelle à son aide la brigade Michel, composée du 6* lanciers et des 8* et 9* 'cuirassiers. En vain, le général Duhesme, les larmes aux yeux, assure que « ses pauvres cuirassiers » se feront inutilement hacher. Lartigue n*a plus d'autre ressource. « Allez, dit-il à l'un des colonels, allez et faites comme à Waterloo. » La brigade se range en bataille, se précipite à bride abattue sur les pentes au crj de « Vive la France » et roule vers Morsbronn. Mais des fossés, des arbres, des souches et les talus élevés des chemins l'arrêtent à tout moment. Bientôt, de ces beaux cavaliers bardés de fer, les uns sont jetés à terre par leurs chevaux qui trébuchent, les autres tombent sous les balles des compagnies prussiennes qui les attendent de pied ferme; le reste s'engoufTre dans Morsbronn, où les Allemands tirent sur «ux parles fenêtres des maisons à bout portant et de si près que la flamme des coups de fusil leur brûle la tunique. Us sortent du village, ils se rallient, et pêle-mêle cherchent à rejoindre Tarmée par un détour. Soudain, non loin d'Hegeney, un régiment de hussards prussiens, dispos et intact, les charge de toutes parts; ils essaient de se faire jour; brisés de fatigue, accablés sous le nombre, ils succombent ; la brigade Michel n'existe plus.

Pendant qu'avait lieu cette sanglante diversion, Lar-

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tigue réunissait ce qui lui restait du 3* turcos et du V chasseurs contre les brigades confuses de Bose. Le choc de ces chasseurs et de ces tirailleurs algériens fut si vigoureux qu'ils reprirent la ferme d*Albrechtshausen. Mais de nouveau tonna rarliilerie de Gunstett qui s'était lue quelque temps, masquée par ses propres troupes. Les Français ne purent aller plus avant. Quatre bataillons tout frais ressaisirent rAlbrechtsbftuserhof. Malgré l'héroïsme du 3* régiment de zouaves qui défendit le bois une heure durant, lé XP corps prussien occupa les futaies du Niederwald et aborda Elsasshausen.

La droite des Français rompue fuyait par Eberbach vers Schirlenhof, et Mac-Mahon aurait pu, aurait dû faire sa retraite, sauver ainsi l'artillerie et la cavalerie de réserve. Pourtant, avec une superbe obstination et dans Tespoir que la division Guyot de Lespart arriverait enfin au bruit du canon, il ne croyait pas la bataille perdue. Il résolut, avant de dégager sa droite, et tandis que le 3* zouaves tenait encore dans le Niederwald, de refouler décidément sur Wœrth les allaques que Kircb* bach dirigeait contre son centre. La brigade Maire s*éiance, enlève le Calvaire et descend les pentes jusqu'aux abords de Wœrth ; sous les feux redoublés de rinfanterie et de Tartillerie allemandes, elle regagne en désordre ses positions; mais les colonnes de Kirchbach qui la poursuivent, ne parviennent qu*à reprendre le mamelon du Calvaire et à s'élablir sur la crôte du plateau; elles ne peuvent déboucher; elles masquent le canon qui les avait soutenues ; elles s'arrêtent devant la division Raoult appuyée par trois bataillons de DucroL

^^iVEkSny

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A. cet instant, à deux heures et demie, Bose sort dî Niederwald. Mac-Mahon fait face des deux côtés. Pen dant que la brigade Lhériller se porle sur Wœrth pour attaquerKirchbachjle 96* régiment,pui8 la brigade Wolff, puis la brigade Montmarie entrent en ligne contre Bose. et l'artillerie française reparaît. Mais à quoi servent ce? efforts acharnés? La foule des ennemis ne cessait de gros sir; ils se pressaient, se serraient sur le front et la droite des Français, et leur feu était effrayant. Déjà Bose se joignait à Kirchbach; le premier amenait dix batteries à travers le Niederwald, et il fallut lui abandonner Elsasshausen incendié ;le second appelait la moitié de son artillerie qui venait par Wœrth se mettre en position à Test el àTouest d'Ëlsasshausen. 102 pièces entourèrent Frœschwiller.

Recogné sur Frœsch willer et forcé désormais de préparer sa retraite, Mac-Mahon tente de gagner quelques minutes. Il jette en avant sa réserve d'artillerie. Il jette en avant sa réserve de cavalerie. Il jette en avant le seul régiment d'infanterie qui n'ait pas encore donné, le !•' des tirailleurs algériens.

Les huit batteries de réserve qui s'abritaient derrière Frœschwiller, se déploient à portée de pistolet des as- *saiilants ; mais elles ont à peine lâché deux ou trois coups que les canonniers et les chevaux tombent percés de balles; les tirailleurs allemands qui débouchent d'Elsasshausen, s'emparent de plusieurs pièces, et ce qui reste de l'artillerie française se replie sur Reichshoffen en lançant ses derniers projectiles.

La cavalerie s'engage à son tour. La division Bonnemains, composée des !•, 2®, 3* et 4* cuirassiers, sort du

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pli de terrain qui la cachait, et fond sur les bataillons prussiens. Elle a le môme destin que la brigade Michel. Elle galope sur un sol accidenté et rempli d'obstacles ; l'infanterie allemande qui se dérobe dans les houbloniiiéres et les clôtures des vignes, Taccueille par le feu le plus meurtrier ; l'artillerie la décime par les obus et la mitraille.

Alors paraissent les turcosquiTavant-veille, àWissembourg, perdaient le tiers de leur monde. Ils bondissent comme des chats, agitent leurs fusils au-dessus de leurs tètes et poussent de grands cris. Rien ne semble arrêter leur impétuosité sauvage. Ils refoulent les masses allemandes qui s'enfuient à travers Elsasshausen jusque dans le Niederwald, à prés de i.SOO mètres; ils reprennent six canons; ils se ruent follement sur l'artillerie du XP corps. Mais à cent cinquante pas des pièces prussiennes ils reculent en désordre sous un feu épouvantable et se dispersent vers Reichshoffen.

A quatre heures de l'après-midi, quatre corps allemands assaillent Frœschwiller et l'enveloppent par le sud, par Test, par le nord : deux d'entre eux, le XI* corps de Bose et le V* corps de Kirchbach, épuisés, tout à fait mélangés et incapables d'avancer, mais les deux autres, alertes et presque intacts, la deuxième brigade wurtembergeoise qui vient par Elsasshausen et la !•*• division bavaroise qui part de Gœrsdorf et arrive par la Scierie et le Vieux Moulin, après avoir rejeté dans les bois les turcos du colonel Suzzoni. Mac- Mahon n'avait plus d'autre issue que celle de l'ouest par ReichshofTen. Il fît enfin sonner la retraite. Son chef d'état-major Colspn était tué et Raoult mortellement

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blessé. Ducrot protégea la déroute avec le 3* zouaves, le 45* régiment et les batteries de sa division. Mais beaucoup de braves, notamment les chasseurs à pied du 8* et du i3* bataillon, tinrent jusqu'au dernier instant dans le bois et les vergers de Prœschwiller. Une compagnie du génie défendit longtemps une barricade qu'elle avait élevée sur la route de Wœrth et sut encore, aprà? la prise du village, se frayer un chemin, baïonnelie baissée. Des turcos se firent massacrer devant le château des Dûrckheim sur un tertre qui, tout couvert de leurs uniformes bleus, avait à distance Taspect d'un champ de lin. On vit un petit pioupiou, calme et froid, s'arrêter un moment, griffonner quelques mots sur une page de son calepin, jeter ce billet dans la boite aux lettres en face de la mairie et, le chassepot au poing, marcher seul à l'ennemi. Vers cinq heures, au son du clairon et parmi leshourrahs,des milliers d'Allemands noirs de poudre envahissaient Prœschwiller en demandant à boire el en criant: « DieDeutschensind da, les Allemands sont làl » Les vainqueurs avaient plus de 10000 hommes hors de combat, et leur fatigue était si grande qu'ils poursuivirent h peine les vaincus.. Leur cavalerie fut d'ailleurs arrêtée à Niederbronn par la division Guyot de Lespart. Mais l'armée de Mac-Mahon fuyait éparpillée. Le maréchal avait indiqué Savernè comme point de ralliement. On s'y rendit par la route, par les chemins de traverse et par les terres labourées. Le 7, au malin, une cohue de soldats, fantassins à cheval, cavaliers à pied, cuirassiers sans cuirasse, entrait h. Saverne pour remonter aussitôt à Phalsbourg et descendre de là vers Sarrebourg etLunéville. iOOOO Prançais gisaient sur le champ de

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lalaille; GOOO furent faits prisonniers; 4000 gagnèrent Slrasbourg; le repte de cette vieille et vaillante armée

l'Afrique qui n'avait reculé que lorsque ses forces étaient à bouU devait s'engloutir à Sedan.

Le même jour où la bataille de Frœschwiller ouvrait l'Alsace aux Allemands, la bataille de Forbach ou de Spickeren leur ouvrait la Lorraine. A la nouvelle de l'échec de Wissembourg, l'empereur avait remis le commandement des 2% 3* et 4® corps et de la garde à Bazaine, lout en se réservant la direction générale des opérations. Sur ses ordres, la garde s'établit à Courcelles et le 2« corps de Frossard à Forbach, pendant que le 3® corps de Bazaine et le 4® corps de Ladmirault demeuraient h Sainte Avold et à Boulay. C'était Frossard qui, ne se jugeant pas en sûreté à Sarrebriick, avait proposé de se replier sur Forbach et le plateau de Spickeren. Il plaça la division Laveaucoupet au Rothberg et sur les hauteurs da Spickeren, la division Vergé à Stiring et la division Bataille en réserve à Oettingen. Le 6 août il était subitement assailli par l'avant-garde de Steinmetz. Le général Kameke arrivait à Sarrebriick ; il n'avait avec lui que sa division ; mais il croyait que les Français battaient en retraite et il voulait, sans perdre un instant, attaquer leur arrière-garde. Il n'attendit même pas la brigade Wojrna, qui ne devait paraître qu'à trois heures, et engagea, sur-le-champ, à midi, la brigade François. Sa té- "^ioe mérité faillit lui être funeste. Ses bataillons reculèrent '^ au Rothberg et aux abords de Stiring sous un feu meur- ^'^' trier. François fut tué. La situation des Allemands '^r^l

devenait critique, et si Frossard eût pris Toffensive, il

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aurait aisément culbuté Kameke dans la Sarre. Hais de toutes parts les ennemis, proHlant de l'excessive circonspection du général français, accouraient les uns à marches forcées, les autres par chemin de fer. Le commandement passait de main en main ; Kameke le cédait à Stûlpnagel, qui le cédait à Gœben, qui le cédait à Zastrow, qui le cédait à Steinmetz. Malgré l'opiniâtre résistance des divisions Laveaucoupet et Vergé que secondait la division Bataille, les Allemands gagnaient peu à peu du terrain ; ils emportaient le Pfaffenwald^ le Rothberg, Baraque-Mouton, la Bréme-d'Or, la Douane, la ferme de Stiring ; ils essayaient de tourner les hauteurs de Spickeren, et s'ils faisaient sottement donner un régiment de cavalerie qui ne pouvait plus avancer au milieu des éboulis, leur artillerie gravissait audacieusement des pentes abruptes, et deux batteries s'établissaient sur le Rothberg. A sept heures du soir, Laveaucoupet évacuait le Forbacherberg et reculait lentement sur le plateau du PfafTenberg. Enfin, une colonne de la division Glûmer marchait par les deux rives de la Rossel sur Forbach où il n'y avait que deux escadrons de dragons, une centaine de soldats du génie et 200 réservistes d'un régiment de ligne descendus de wagon pendant le combat. Frossard, débordé sur sa gauche, ordonna la retraite après avoir perdu 4000 hommes.

Bazaine n'avait pas secouru son lieutenant qui l'appelait à son aide. Laissant, comme il disait, Frossard livrer sa bataille et gagner à lui seul son bâton de maréchal^ craignant d'être attaqué le lendemain et ne songeant qu'à couvrir son camp de Saînt-Avold et à garder •es bataillons intacts, il ne se rendit même pas sur le

lieu de Taction où le chemin de fer Taurait conduit en vingt minutes. Ses divisionnaires, Metman, Gastagny, Monlaudon, qui pouvaient dégager Frossard et arrêter le mouvement tournant des ennemis, ne firent que des reconnaissances et d*inutiles manœuvres. Metman vint se poster à Bening, puis, sur un pressant message de Frossard, se dirigea versForbach et n'arriva qu'à la nuit close, après la retraite du 2* corps. Castagny eut un moment ridée d'aller droit à Porbach; mais il rebroussa parce qu'il n'entendit plus la canonnade, et lorsqu*il l'entendit de nouveau et se remit en marche, la journée était décidée. Montaudon, le plus rapproché de Frossard, ne fut averti qu'à trois heures par le maréchal et ne reçut d*autre instruction que d'occuper la position de Grossbliedersdorf. Aussi, malgré leurs efforts incohérents et bien que l'affaire eût été aventureusement engagée eS menée au hasard et sans aucun plan, bien qu'ils n'eussent donné que par fractions et comme goutte à goutte, bien qu'ils fussent épuisés de fatigue et incapables de poursuivre le vaincu, les Allemands avaient eu l'avantage, et ils le devaient à leur hardiesse, à leur confiance guerrière, à leur esprit de généreuse camaraderie ; tous marchaient résolument au canon.

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