CHAPITRE m
Gravelotte.
L'année du Rhin sur la Nied. — Chute du ministère OIlÎTier. — Bazaine général en chef. — Ordre de reculer sur Verdun et Qiéttons. — Passage de la Moselle. — Bataille de Borny(14 août). — Témérité de GoUz. — La retraite des Français retardée. — Marche du 15 août. — Encombrements. — Bataille de Rezon ville (16 août). — Surprise de Forton. — Attaque d'Alvensleben. — Prise de Vionville et de Flavigny. — Charges successives de 1a cavalerie prussienne. — Charge des hussards de Brunswick. — Charge des brigades Grûter et Rauch. — Charge de la brigade Bredow. — Charge de la brigade Barby. — Alvensleben en danger. — Arrivée de Voigts-Rhetz et du prince rouge. — Brillant succès de la division Cissey. — La grande charge de Rezonville. — Derniers efforts des Allemands . — Ils coupent la route de Verdun par Mars-la-Tour. — Reculade de Bazaiue sur Rozérieulles et Amanvillers (17 août). — Batailles d'Amanvillers ou de Saint-Privat (18 août). — Les Allemands repoussés devant Amanvillers. — Leur échec au Point du Jour et à Moscou. — La garde royale écrasée à Saint-Privat. — Canrobert tourné. — Prise de Saint-Privat. — Retraite des Français à la droite et au centre. — Inertie de Bazaine. — Dispositions des Allemands. — Frédéric-Charles devant Metz. — L'armée de la Meuse ou du prince de Saxe.
Forbach avait, comme Frœschwillerj témoigné de la valeur et de la solidité de Tarmée impériale. Mais cette bataille fortuite semblait le fruit de profondes combi-
naisons, et elle entraînait de graves conséquences. Toutes les troupes françaises se replièrent sur Melz. Le quartier général était consterné. NapoléonetLe Bœuf ne savaient que faire. Les ordres et les contre-ordres se succédaient. Enfin, l'empereur proposa de reouler sur Verdun et Ghâlons pour barrer aux Allemands la roule de Paris. Il envoyait à Ghâlons ses gros bagages; Ghàlons lui paraissait être Tunique point de ralliement. Mais battre en retraite, c'était ébranler le moral du soldat, puisque la garde ainsi que les deux corps de Bazaine et de LadmirauU n'avaient pas encore brûlé de cartouche; c'était abandonner Metz qui, selon quelques officiers, ne tiendrait pas quinze jours ; ne valait-il pas mieux demeurer dans le camp retranché, menacer le flanc des envahisseurs, laisser h la France le temps d'organiser de nouvelles forces ?011ivierne disait-il pas que l'abandon de Metz et de la Lorraine produirait une impression défavorable sur l'esprit public?
L'empereur résolut donc d'occuper la rive gauche de la Nied, de Pange à Glaltigny. Il fit construire des ouvrages de campagne. Il appela de Ghâlons le 6* corps de Ganrobert, de Pont-à-Moussonla division de cavalerie Forton, de Nancy la réserve générale d'artillerie.
Mais les soudaines défaites avaient transporté Paris de douleur et de colèrei Le ministère Ollivier tomba. Il eut beau lancer des proclamations, convoquer sénateurs et députés, affirmer que la France avait encore d'immenses ressources, proposer la levée en masse, prétendre que l'approvisionnement de la capitale était assuré. L'opposition lui répliqua qu'il avait trompé et trahi la patrie. Il disait que l'armée n'était nullement compromise; Jules
Favre lui répondit qu elle élait compromise par Timpérilie de son chef et que le pays était indignement gouverné, qu'il fallait sauver la France en confiant 1« pouvoir à la Chambre. Le général Gousin-Montauban, comte de Palikao, qui s'était fait connaître en 1860 dans Texpédilion de Chine comme un excellent organisateur, présida le nouveau cabinet. Le Bœuf discrédité dut donner sa démission de major-général. Bazaine fut nommé commandant en chef. Vainement, dans ses lettres à la régente, l'empereur accusait la Chambre, qui se déclarait en permanence, de violer la Constitution et de revenir aux temps où les représentants du peuple conduisaient les armées. L'impératrice lui objectait qu'elle avait le couteau sur la gorge et que l'émeute était dans la rue. Elle supplia Le Bœuf de se démettre ; « nous sommes tous, écrivait-elle, obligés aux sacrifices ». Le Bœuf fut atterré lorsqu'il reçut la dépêche, et se plaignit de Tinjustice des hommes. L'empereur parut impassible. Changarnier, devenu l'hôle et l'ami de Napoléon, s'emporta contre les révolutionnaires. Mais l'honnête Canrobert, préchant d'exemple, se plaçait de lui-même sous les ordres de Bazaine, naguère son subordonné, en disant que tous devaient obéir à un chef unique. Bazaine inspirait la confiance ; on le tenait pour un grand homme de guerre et pour le seul qui fût capable de ramener la fortune ; l'opinion s'était engouée de lui, comme duplusjeune des maréchaux ; les membres de l'opposition l'appuyaient et demandaient par la voix de Jules Favre que les forces militaires fussent réunies dans sa main; lui-même intriguait à Paris, et sa femme insinuait à Kéralry qu'il allait se retirer parce qu'il ne