‹ La guerre, 1870-71Chapitre 7 sur 30 · LA GUERRE (1870-1B · texte numérisé non relu

LA GUERRE (1870-1B

pouvait accepter la responsabilité des opérations tant que l'empereur serait h l'armée.

Cependant l'ennemi s'avançait à grands pas sur le territoire français, après avoir réparé le désordre de ses premières victoires et, comme disait un de nos généraux, imprimé l'équilibre à ses tôles de colonnes et fait sa concentration définitive. Sa cavalerie sillonnait le pays. D'abord timide et hésitante, elle s'enhardissait et commençait à prendre l'essor, poussant dévastes reconnaissances, précédant de très loin les armées, et voilant d'un épais rideau tous leurs mouvements, fournissant aux étals-majors de rapides et sûrs renseignements, saisissant des convois, détruisant les voies ferrées, raflant des vivres et des contributions, harcelant parfois Tadversaire qu'elle épiait et ralentissant sa marche, enlevant des courriers, ramassant des traînards, revenant h temps pour la bataille.

Moltke savait donc par ses patrouilles de uhlans que les Français étaient sur la Nied, qu'ils avaient perdu leur fière contenance, que leur confiance semblait ébranlée et leur discipline relâchée. Il décida de les aborder de front et de tourner leur droite : les masses allemandes se porteraient de la basse Sarre vers la Moselle ; Steinmetz, restant un peu en arrière et servant de pivot, s'acheminerait sur Boulay pendant que Frédéric-Charles se dirigerait sur Saint-Avold. Mais le 12 août Moltke apprenait que les Français abattaient leurs tentes et quittant les positions de la Nied, rétrogradaient sur Metz. Après avoir résolu de demeurer sous les murs de la place, l'empereur, changeant d'idée, s'était déterminé derechef à passer sur la rive gauche de la Moselle et à faire sa

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retraite sur Verdun et Ghâlons. Bazaine jugeait préférable d'attendre Tennemi dans les lignes de Metz ou d'opérer contre eux un mouvement général d'offensive. L'empereur insista, déclara qu'une attaque retarderait le passage de la Moselle et qu'il fallait sans perdre un moment prendre la route de Verdun tandis qu'elle était encore libre. Le maréchal céda et ordonna que l'armée franchirait la rivière; seule la division Laveaucoupet resterait à Metz pour renforcer la garnison.

Le 14 août Napoléon partit de Metz précipitamment, comme s'il fuyait, au milieu du silence des habitants qui l'acclamaient naguère. L'armée le suivit et traversa la Moselle sur plusieurs ponts. A deux heures de l'aprèsmidi le 2* corps de Frossard était en avant de Moulins, et deux divisions du 4* corps de Ladmirault avaient passé sur l'autre bord. Il ne restait sur la rive droite que le 3« corps de Decaen — qui succédait à Bazaine, — la garde impériale, et une division du 4« corps, la division Grenier.

Mais Bazaine, investi du commandement en chef le 12 août, n'avait pu donner ses ordres que le 13. Mollke sut mettre le temps à profit. Le 12, dès qu'il devinait que l'armée française se retirait par Metz au delà de la Moselle, il prescrivait une conversion générale à droite : toute la cavalerie passerait la rivière ; Steinmetz se porlerait sur Pange et Courcelles ; Frédéric-Charles se saisirait des ponts de la Moselle h Pont-à-Mousson, à Dieulouard,.à Marbache ; le prince royal de Prusse, marchant de Lunéville sur Nancy, viendrait se lier au prince rouge. Le lendemain, Moltke apprenait avec joie que le vaste panorama des campements français se déroulait

encore sur la rive droite et que Bazaine, comme il dit, abondait dans ses propres vues. 11 ne s'expliquait pas cette altitude du maréchal; mais ou Bazaine allait aUaquer Steinmelz qui lui semblait isolé, ou bien il s'attardait et finirait par passer la Moselle pour se diriger vers Touest. Bloltke prévit ces deux cas. Il ordonna que Steinmetz resterait sur la Nied en observation et que Frédéric-Charles laisserait deux de ses corps pour soutenir Steinmetz; mais le prince rouge enverrait ses autres corps vers la Moselle, entre Ponl-à-Mousson et Marbache, et sa cavalerie s'avancerait aussi loin que possible pour inquiéter la retraite des ennemis sur la route de Verdun.

Tout à coup, dans l'après-midi du 14 août, éclatait la canonnade et, comme h Frœschwiiler et à Forbach, une bataille s'engageait à i'improviste, la bataille de Borny ou de Golombey-Nouiliy. Le général de Goltz qui commandait une des avant-gardes de Steinmetz, avait remarqué la manœuvre rétrograde des Français, et aussitôt, sans ordre et de son chef, dans le dessein de retarder leur marche et après avoir prié ses voisins de l'appuyer, il assaillait avec sa brigade les troupes qu'il avait devant lui. Il réussit. Les Français interrompirent sur-le-champ leur mouvement. Le 3* corps de Decaen fit volte-face et la garde lui servit de réserve. A son tour, la division Grenier s'ébranla, et pour lui porter secours, Ladmirault repassa la Moselle avec les deux autres divisions de son 4* corps, les divisions Gissey et Lorencez. Bazaine dirigeait le combat et reçut une forie contusion.

Le téméraire Goltz faillit succomber. Bien qu'il eût

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pris d'un premier élan le château d'Aubigny, le village de Golombey et la ferme de la Planchette, il était accablé par le feu des Français. Mais Bazaine se contente de garder ses positions, et Manteuffel, puis Zastrow viennent à l'aide de Gollz, l'un avec le !•' corps prussien, l'autre avec le VII*. Manteuffel emporte Nouilly et Mey. Il ne peut à la vérité franchir le ravin de Lauvaliier où ses fantassins se débandent à la tombée de la nuit. Une de ses batteries, criblée de projectiles, s'abrite derrière Golombey après avoir perdu ses officiers. Son aile droite, craignant d'être débordée par les divisions Cissey et Lorencez, recule de Mey sur Nouilly. Mais il établit quatre-vingt-dix bouches à feu à Noisseville, à Servigny, à Poixe, tant pour arrêter le mouvement tournant de Ladmirault que pour mettre en échec l'artillerie postée à Yillers-l'Orme, et le soir, au milieu de l'obscurité, l'infanterie prussienne, ressaisissant l'offensive, s'empare de Mey après une lutte acharnée, pousse jusqu'à Yantoux et Valiières, s'aventure sous les murs du fort Saint- Julien. Zastrow, qui débouche sur la gauche, seconde ManteufTel. Une de ses brigades, la brigjside Osten- Sacken, enlève au prix de sanglants efforts une avenue de peupliers et une sapinière entre Golombey et Bellecroix. Elle est soutenue par la brigade Woyna, puis par une partie de la division Wrangel de l'armée du prince rouge, puis par la i'* division de cavalerie. Toutes ces troupes se mêlent assez tard à Faction, mais elles engagent contre Grigy et le petit bois de Borny un feu violent de mousQueterieet d'artillerie. A neuf heures cessait cette bataille incertaine.

Les Allemands avaient 5000 hommes tués ou blessés»

et malgré leur caaon doat l'adversaire confessait la supériorité, leurs attaques s'étaient brisées contre les hauteurs de Bellecroix. La gaieté régnait dans Tarmée française. Lorsque Bazainealla rendre compte de l'affaire au quartier impérial de Longeville, il fut accueilli par de vives démonstrations de joie, et Napoléon le félicita d'avoir rompu le charme. Mais il avait eu tort de revenir sur ses pas et de se jeter dahs la bagarre. Par cette bataille improvisée qui manifestait une fois de plus leur esprit d'offensive, leur promptitude de décision et leurs sentiments de solidarité, les Allemands retardaient sa retraite. Grâce aux cinq heures de combat que Tarmée de Steinmetz avait imposées aux Français, l'armée de Frédéric- Charles aurait un jour encore pour traverser la Moselle et devancer Bazaine sur la route de Verdun. ,

Le 15 août les Français s'ébranlaient de nouveau. Mais, malgré l'ordre de Bazaine, le 3* et le 4« corps n'avaient pas repris aussitôt leur mouvement de retraite, et bien qu'il eût quatre chemins à sa disposition, le maréchal, craignant d'être attaqué sur la route de Briey et désirant gagner Verdun sans combat, avait prescrit que les troupes déboucheraient de Metz sur le plateau de Gravelotte, par une seule voie, celle qui traverse Longeville et Moulins; ce n'était qu'au sortir de Gravelotte qu'elles formeraient deux colonnes qui se dirigeraient sur Verdun, l'une par Étain, l'autre par Mars-la-Tour. Un encombrement effroyable se produisit. Des véhicules de toute espèce, et notamment les arabas ou voitures de réquisition, vides pour la plupart, retardèrent la marche; impatients de quitter Metz, les conducteurs profitaient

du moindre intervalle pour tromper la vigilance des vaguemestres. Le défilé aurait duré deux jours, si Bazaine Q*avait ordonné de renvoyer impitoyablement les voitures de convois auxiliaires.

Ge retard fut désastreux. Les instructions du maréclial ne s'exécutèrent pas. Du Barail occupait Jarny, mais Porton demeurait à Vionville au lieu d'avancer sur Tronville; Frossard, qui pouvait atteindre Mars la-Tour, bivaquait, ainsi que Ganrobert, à Rezonville; la garde s'établissait à Gravelotte; Le Bœuf qui remplaçait Decaen blessé mortellement à Borny, n'arrivait à Vernéville qu'avec trois divisions ; Ladmirault qui devait camper à Doncourt, trouvant la route de Gravelotte complètement obstruée, se rejetait en arrière sur Woippy et le Sansonnet. Aussi deux divisions, la division Metman du corps de Le Bœuf et la division Lorencez du corps de Ladmirault, ne purent-elles prendre part à la bataille du 16 août, et elles auraient changé le sort de la journée.

Le matin du 16 août, après avoir passé la nuit dans une maison de Gravelotte, Napoléon, plus affaissé que jamais, gagnait Verdun par la route de Gonflans et d'Étain en recommandant à Bazaine de le suivre sans délai. Mais le maréchal n'avait pas Fintention de se rendre à Verdun, Une fois débarrassé de l'empereur, il poussait un soupir de soulagement, et sur-le-champ suspendait la retraite en annonçant qu'il la recommencerait probablement dans l'après-midi. Ne disait-il pas la veillo qu'il n'avait pas encore fixé l'itinéraire de l'arméo et que, s'il pouvait, il tomberait sur les ennemis et les refoulerait vers Pont-à-Mousson? La bataille qui se livrait aussitôt, lui fournit un prétexte pour se rejeter sous Melz»

m LÀ GUËRtlE (I870<^i87l).

Au lendemain de Borny, Moltke avait télégraphié à Frédéric-Charles qu'il était essentiel de se porter sur la route de Verdun et de prendre contre Bazaine, qui battait en retraite, une vigoureuse offensive. Le prince rouge était à Pont-à<Mousson. 11 hâta la marche de ses corps. L'état-major français avait oublié de détruire les ponts de Pont-à-Mousson et de Novéant. Dés le 14, des partis venaient par delà la Moselle jusqu'à Buxiéres, aux abords du grand chemin de Metz à Verdun. Le 15, une division d'infanterie du X* corps de Voigts-Rhetz était déjà sur la rive gauche, à Thiaucourt; les brigades de cavalerie Redern, Bredow et Barby arrêtaient aux environs de Mars-la-Tour et de Tronville les dragons et cuirassiers de Fortoii, et un escadron de uhlans se heurtait près de Jarny aux chasseurs d'Afrique de Du Barail. Toutefois Frédéric-Charles croyait la retraite des Français plus avancée qu'elle n'était, et il n'imaginait pas qu'une rencontre aurait lieu le 16 août et si près de Metz. Il voulait établir son quartier-général à Thiaucourt, puis à Saint-Mihîel, et il ordonnait à toutes ses troupes de se diriger vers la Meuse; la cavalerie passerait cette rivière; le IIP corps irait à Étain par Mars-la-Tour et le X* corps à Clermont-en-Argonne par Fresnes-en-Wœvre.

Mais Constantin d'Alvensleben, qui commandait le 111" corps, allait comme Walther et KirchbachàFrœschwiller, comme Kameke àForbach, commeGoltzàBorny» engager la bataille de son propre mouvement.

Cette bataille, appelée par les Français bataille de Rezonville et par les Allemands bataille de Gravelotte, de Vionville ou de Mars-la-Tour, doit ses différents noms

LE COLONEL DU 3° GllENADIERS DE LA GARDE i REZONVILLF.

aux villages que traverse la route de Verdun. Le chemin va de Gravelotte à Mars-la-Tour par Rezonville et Vionville. Dans la journée du 16 août l'armée française te naît Gravelotte et Rezonville, mais elle céda Vionville et ne put atteindre Mars-la-Tour. Les Allemands, remontant vers le nord, franchissant la Moselle sur le pont suspendu de Novéant et débouchant du vallon où le ruisseau de Gorze coule entre des coteaux boisés, vinrent lui barrer le passage.

A neuf heures du matin, par un chaud et radieux soleil, les divisions de cavalerie Forton et Yalabrègue, qui n'avaient su au point du jour, h une lieue de là, découvrir Tennemi, étaient surprises en avant de Vionville, pendant qu'elles faisaient la soupe ou menaient les chevaux à labreuvoir. L'artillerie des brigades Redern, Bredow et Barby les canonnait inopinément, et aux premiers obus qui tombaient sur les tentes, les conducteurs des bagages fuyaient, entraînant avec eux cuirassiers et dragons jusqu'à la maison de poste de Gravelotte. Mais, après un instant de désordre et d'émoi, le 2* corps de Frossard, composé des divisions Bataille et Vergé, se portait en avant, et le feu de ses tirailleurs qui s'approchaient à douze cents pas soud la grêle des boulets, obligeait les batteries de la cavalerie allemande à reculer en toute hâte. Frossard occupait Vionville, le hameau de Flavigny, au sud-ouest de Vionville, et les mamelons qui commandent Flavigny . A la droite de Frossard et k droite de Rezonville, entre la chaussée et une ancienne voie romaine, s'établissait Canrobert avec les deux divisions Lafont et Tixier. La brigade Lapasset, appuyée par la division Levassor, faisait face h gauche, parallèlement h

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la grande route, devant les bols de Saint-Arnould et des Ognons.

A dix heures apparaissait Constantin d*AIvensleben avec les deux divisions Stùlpnagel et Buddenbrock, de son IIP corps. Il crut voir une arrière-garde française, Tassaillit, et lorsqu'il reconnut que l'armée entière lui tenait tète, il persista dans son attaque. Son audace lui aurait coûté cher si Bazaine avait eu ce coup d'oeil qui domine l'ensemble d'une mêlée ; mais le maréchal, qui pouvait déborder Alvensleben sur la droite, à Yionville età Tronville, et le réduire à rien, craignait d'être tourné sur sa gauche et coupé de Metz; il amassa très inutilement des troupes considérables au sud de Rezonville et de Gravelotte, au bois des Ognons, au bois Saint>Amould, aux débouchés des ravins qui aboutissent à Novéant et à Ars.

Alvensleben a pris aussitôt Tolfensive avec la furie teutonne qui, dans cette guerre, triompha si souvent de la lenteur française. Déjà, malgré des pertes sensibles, l'artillerie allemande, moins nombreuse, mais plus habilement groupée, l'emporte sur notre artillerie. Déjà la division Stiilpnagel s'empare du bois de Vionville après une lutte aussi longue que sanglante contre la division Vergé et la brigade Lapasset. Déjà la division Buddenbrock se loge dans Vionville et, gagnant du terrain pouce par pouce, livrant une série d'engagements opiniâtres, finit, grâce au puissant concours de vingt batteries qu* Alvensleben amène en première ligne, par enlever le hameau de Flavigny.

Maître de Flavigny et de Vionville, Alvensleben a désormais un solide appui. Il pousse même au delà de la

grande route et, profitant de Tindécision de Ganrobert, occupe le bois de Tronville, petit bois coupé de clairières, qui s*étend au nord de la chaussée, entre Vionviiie et la voie romaine. Toutefois ses secours étaient encore h grande distance : il n'avait reçu d'autres renforts que la brigade Lehmann du X* corps, et son IIP corps eût été culbuté sur Gorze et de là dans la Moselle, si Bazaine avait profilé de sa supériorité numérique et envoyé des troupes fraîches h la rescousse. Mais Bazaine ne dirige pas la bataille; il ne forme aucun plan d'offensive ; il n'imagine pas qu'il peut accabler Alvcnsleben en faisant donner la garde qui est tout près de là, à Gravelotte ; il dissémioe son artillerie au lieu de la réunir par masses; il rectifie des emplacements de batteries et, s'il montre bravoure et sang-froid, ses lieutenants ne savent où il est : nul ne sent planer sur l'armée la pensée clairvoyante et active, Tàmo partout présente d'un général en chef.

A midi et demi, les régiments de Frossard plient sous une nouvelle attaque où deux de leurs généraux, Bataille et Valazé, sont blessés, et longeant la route, refluent vers Rezonville. Bazaine dépêche au devant de l'infanterie qui les poursuit le 3* lanciers et les cuirassiers de la garde. Les deux escadrons, de lanciers sont bientôt ramenés. Les cuirassiers pénètrent jusqu'aux batteries ennemies, sabrent des canonniers, puis, de même que les lanciers, sous le feu de l'infanterie prussienne, ils font demi-tour. Le lieutenant-colonel Gaprivi ordonne d'achever leur déroute et jette à leurs trousses les hussards de Brunswick et de Westphalie. Bazaine installait à ce moment une batterie de la garde. Les hussards de

J'if

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Brunswick fondirent sur les pièces, mirent les servants* en fuite et dispersèrent la suite du maréchal. Bazaîne lira Fépée et galopa durant quelques instants côte à côte avec un officier prussien. L'escorte, soutenue par un bataillon de chasseurs, accourut, arrêta les hussards et' reconquit les pièces. Pendant une heure le généralissime fut séparé de son état-major qui le croyait tué ou prisonnier.

Presque en même temps s'était déployée la 6* division de cavalerie composée des brigades GrQter et Rauch : cuirassiers, uhlans et hussards de Brandebourg, uhlans et hussards de Schleswig-Holstein. Elle aussi devait, sur Tordre d'Alvensleben, pourchasser le 2* corps de Frossard qui lâchait pied. Mais Bourbaki avait marché rapidement au secours de Frossard avec les grenadiers de la garde. Intrépides et intacts, secondés par rartillerie de Rezonville, les grenadiers repoussèrent aisément In cavalerie prussienne j^ï se présentait sur un terrain étroit en colonnes d'escadron accolées botte à botte.

Les forces des Allemands s'épuisaient et leur feu devenait moins intense; ils n'avaient plus une seule réserve ni en infanterie ni en cavalerie, et le X* corps de Voigls- Rhetz était loin. A deux heures, Ganrobert, enhardi par Theureuse résistance de. ses bataillons, s'avance pour reprendre Vionville.

Alvensleben n'a plus sous la main que de la cavalerie. Les deux régiments de la brigade Bredow, cuirassiers de Magdebourg et uhlans de la Marche, se jettent tète baissée, dans la direction de l'est, entre la grande route cl la voie romaine, à la rencontre des troupes de GanrcK bcrt. Ils s'abattent sur elles comme un ouragan, renver-

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sentla première ligne, s'emparent des canons, traversent la. seconde ligne. Mais ils sont criblés de projectiles et ass-ùaillis soudainement par la cavalerie de Forton et de Vulabrègue qui désire venger sa défaite du matin. La bvigade des dragons de Murât sépare leur colonne en deux tronçons. Les uns vont se heurter aux chasseurs et dra-' gons de Valabrègue ; les autres sont pris en flanc par le 1 • et le 10* cuirassiers, et à leurs coups de taille ou de pir.tolet répondent des coups de pointe qui les frappent aux couvre-nuques des casques et aux entournures des cuîA'asses. Bredow plie sous ce choc décisif; il tourne bride; il enfonce de nouveau la ligne française; il regagne fièrement Flavigny sans être Tobjet d'une sérieuse poursuite. Si ses hommes jonchent le sol, si ceux qui .survivent — 400 sur 800 — ne doivent leur salut qu'à la bonté de leurs montures, cette héroïque chevauchée a sauvé Alvensleben et le III* corps. Canrobert ne bouge plus de la journée : il pourrait aborder Vionville, percer la position prussienne ; après l'attaque furieuse et folle des six e3cadrons de Bredow, il craint d'aller plus avant, de tomber dans un piège.

Mais entre deux et trois heures Le Bœuf et Ladmîrault débouchent successivement sur le champ de bataille à Bruville et à Saint-Marcel, l'un avec les divisions Nayral et Aymard, l'autre avec les divisions Grenier et Cissey qui modifient leur itinéraire et prennent, pour venir plus vite, la route de Briey. Qu'ils poussent la gauche de l'adwrsaire, qu'ils la pressent avec vivacité, et ils rejettent dans la Moselle les Prussiens fatigués et rendus. Vainement Alvensleben fait charger la brigade de cavalerie Barby. Quatre divisions françaises, Nayral et Ay-

mard du 3* corps, Grenier du V corps, Tixier du 6* corpi^, menacent d'envelopper son aile gauche ; elles la rec(ognent sur le bois et le village de Tronville; elles t, la chassent presque entièrement du bois ; elles forcent ur>e partie de son artillerie à se retirer ; elles refoulât 7(f brigade Barby écrasée à la fois par les feux dp salve el par les mitrailleuses; elles vont dépasser la grande route^ dépasser Mars-la-Tour, prendre en flanc et de revers Iti ligne ennemie.

La situation d*AlvensIeben était plus que jamais pé^rilleuse.Mais le commandant du X* corps, Yoigts-Rhetz, en- (endaitle canon. Il envoyait d'abord son chef d'état-major' Gaprivi sur le Heu de l'action ; puis il se portait de sa personne à Tronville et dés qull avait vu de ses propres yeux le danger d'Alvensleben, il interrompait son mouvement vers l'ouest et secourait son camarade. Toutes ses troupes rebroussaient de Thiaucourt sur Mars-la-Tour. A quatre heuies, après une marche de quarante-cinq kilomètres, la division Kraatz arrivait avec quatre batteries. El incontinent Le Bœuf abandonne le bois de Tronville el se replie sur ses premières positions I Reculait-il devant cet adversaire bien inférieur en nombre? Non; mais Bazaine ne pense qu'à sa gauche; après avoir établi les voltigeurs et les chasseurs de la garde au bois des Ognons et placé Frossard au sud de Gravelotte, il Ole à Le Bœuf la division Montaudon pour la poster au même endroit et lui enjoint de laisser à Saint-Marcel la division Nayral qui doit appuyer Canrobert.

Les Allemands recommencent donc leur attaque. Ils ont à leur tète le prince Frédéric-Charles, accouru de Pont-à-Mousson à franc étrier. Le prince rouge n'avait

8a que dans raprôs-midi la détresse d^Alvensleben, mais il 8*était mis aussitôt en selle et après deux heures d'un galop effréné, il atteignait le bois de Vionville. Il examine le champ de bataille et ordonne Toffensive à son aile gauche où le X* corps entre en ligne et la défensive à son aile droite : Yoigts-Rhetz se jettera sur Ladmirault, Le Bœuf et Ganrobert, tandis qu*Alvensleben contiendra Frossard et la garde.

La gauche prussienne s*ébranle.La brigade Wedell du K* corps se dirige au sud de la ferme de Grisières, contre la division Grenier. Mais la division Cissey vient à grandes enjambées en prenant les devants sur un loiig convoi qui la précède; elle marche droit à la brigade Wedell, la foudroie, lui tue ou blesse en une heure la moitié de ses hommes, lui fait plus de 300 prisonniers, lui enlève le drapeau du 16* régiment d'infanterie. Pour arrêter Cissey, Yoigts-Rhetz recourt à deux régiments de cavalerie, dragons et cuirassiers : les cuirassiers cèdent au feu des mitrailleuses el des chassepots; les dragons rompent sur plusieurs points et foulent sous les pieds de leurs chevaux le 13* de ligne qui se groupe autour de son aigle, mais dissipés par la fusillade du 73*, ils perdent les deux tiers de leur monde et presque tous leurs chefs. Que Ladmirault, sans hésitation ni retard, déborde la gauche prussienne, qu'il s'avance au delà du grand chemin, et, s'il est soutenu par Le Bœuf et Canrobert, il met en déroute les deux corps d'Alvenslebenet de Voigts- Rhetz harassés et bientôt dépourvus de munitions.

Dans cet instant critique, Frédéric-Charles déchaîne la plupart de ses escadrons, et alors se produit au nord de Mars-la-Tour et à l'ouest de Bruville, sur le plateau de

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Ville-sur -Yron, la charge célèbre dite de, Rezon ville, la plus importante rencontre de cavalerie que présente la campagne, et parmi les tempêtes équestres que cite Thistoire de la guerre, une des plus impétueuses et des plus grandioses. On se Joint, on se choqua de tous côtés, on se mêle, on se traverse, et au milieu du cliquetis des sabres, des coups de pistolet, des clameurs dans les deux langues : en avant ^ chargez y allumey et des gémissements des blessés, un nuage de poussière épaisse et aveuglante s'élève au-dessus des régiments qui tourbillonnent ^et 8*entre-tuent. Mais les Français ne s'engagent que peu à peu, par portions et non en masse. Le 2* chasseurs d'Afrique qui veut s'emparer d'une batterie, est repoussé par des dragons et de l'infanterie. Le 2® et le 7* hussards sont renversés pour s'être élancés trop tard, et le général Montaigu qui les commande, gravement atteint, démonté, reste aux mains de l'ennemi. Le 3® dragons, que le général Legrand mène à leur secours, plie également, et Legrand tombo frappé à mort. Les lanciers du général de France culbutent les dragons d'Oldenbourg, et sont culbutés à la fois par les uhians et par les dragons de Legrand qui les prennent pour des Prussiens à cause de leur habit bleu. Les dragons de l'Impératrice se précipitent avec les chasseurs d'Afrique ; ils tournent bride au bout de quelques minutes et entraînent dans le torrent de leur déroute la brigade de chasseurs Bruchard qui vient à leur aide. Le signal de ralliement que fait sonner le général de France, redouble la confusion. Heureusement le 2° et le 4* dragons, conduits par le général de Maubranches, se déploient en bon ordre, et la cavalerie

GHAVEi^OTTS.

prjssienne ne tarde pas ài se retirer, accablée par un triple feu, par une batterie de 12, par Tinfanterie de Cissey qui s'est logée dans la ferme de Grisiéres, par le 2' chasseurs d'Afrique qui s*abrite en un bois voisin. Mais elle a sauvé la gauche de Tarmée allemande. Ladmirault s'abstient de toute tentative surTronville et Marsla-Tour. A sept heures du soir, la division Kraalz occupe sans obstacle les taillis de Tronville et leurs alentours. A Faite droite des Allemands, au sud de Rezon ville, la bataille tonnait encore. Là aussi Alvensleben avait reçu des troupes fraîches ; mais il se consumait en impuissants efforts. Quelques bataillons attaquaient le i'*^ et le 2* grenadiers de la garde impériale devant le bois Saint-Arnould ; une violente fusillade les obligeait à rétrograder. Une brigade du YIII* corps prussien, la brigade Rex, abordait le 3' des grenadiers de la garde à la Maison-Blanche ; ses deux régiments étaient repoussés Tud iprès l'autre et perdaient chacun leur colonel. Un régiment du IX* corps venait lui prêter assistance ; lui aussi perdait son colonel et fléchissait. L'artillerie prussienne fait alors un feu désespéré ; ses hommes sont las, et plusieurs, après neuf à dix heures d'une lutte incessante, sourds et aveugles. Elle tire néanmoins; elle envoie ses derniers obus — elle en consomma 20000 dans cette journée. L'infanterie, si exténuée qu'elle soit, se ranime et rassemble ses forces. La cavalerie, dont les chevaux sellés avant l'aube n'ont pas encore bu ni mangé , ramasse ce qui lui reste de vigueur pour un suprême élan. Frédéric- Charles harcèle ainsi les Frdnçais, les inquiète, leur ôte toute idée d'offensive et comme la conscience de leur ascendant. A sept heures, ]a brigade Grûler, appelée de Fia*

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Vigny, assaille le 93* de ligne, Tenfonce, lui prend un aigle et un canon. Mais la division de cavalerie Yalabrègue fond sur la brigade Grûter, lui blesse son général, lui reprend le canon el Taigle. La division d^infanlerie Levassor, appuyée par les grenadiers et les voltigeurs, s'avance sur Vionville. Bourbaki réunit 54 pièces de la garde, et une canonnade meurtrière contraint les batteries allemandes à la retraite. Déjà le crépuscule s'étend sur la plaine, et les combattants ne se guident plus que d'après les éclairs de Tartillerie et de la mousqueterie. En vain, au milieu de l'obscurité, des bataillons prussiens, sortant du bois Saint-Arnould, essaient une.nouvelle attaque. En vain la brigade hessoise Willich du IX* corps se glisse à travers les fourrés, vers la lisière du bois desOgnons, et refoule les chasseurs delà garde. En vain, entre huit et neuf heures, une brigade de hussards et de dragons, menée par le colonel de Schmidt, franchit la grande route et se jette, devant Rezonville, tsur des masses sombres qu'elle distingue àpeine dans les ténèbres. Les bataillons prussiens reculent sous le feu des Français, la brigade Wiltich s'arrête dans une clairière, el la cavalerie de Schmidt, accueillie par une fusillade très nourrie, se replie en arrière de la chaussée. La nuit est tombée sur les sillons jonchés de cadavres et le silence se fait sur ce plateau rempli durant tout un jour des bruits épouvantables de la guerre. On n'entend plus que quelques sonneries. « Sonne, s'écrie Freiligralh, célébrant la charge de Bredow, sonne, trompette I Mais la trompette refusa sa voix ; de sa bouche de métal ne s'échappait qu'un sourd gémissement, un cri plein de douleur; une balle avait transpercé son cuivre, et labiés-

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sée plaignait les morts, plaignait ê6 ses sons balbutiants et brisés qui nous pénétraient dans la moelle des os, les braves et les fidèles tombés eh cette bataille. Les feux de bivouac s'allumèrent, et nous pensions aux morts, aux morts I »

Les deux armées avaient chacune 16000 hommes hors de combat, et la victoire demeurait indécise. Mais les Allemands obtenaient la gloire et lo profit de la journée. Ils avaient été 65000 contre iîfOOOO ou un contre deux ; ils possédaient Tronvittc^ et Yionville ; ils menaçaient le flanc gauche de Bazaine ; ils lui coupaient la routé qui mène à Verdun par Mars-la- Tour ou, comme ils disaient plaisamment, par Marsch retour (marche en arrière), et le surlendemain ils allaient lui couper la route qui lui restait, celle de Verdun par Briey.

Lé soir même de Rezon ville, Bazaine ordonnait à Tar^ mée de gagner en arrière le plateau de Rozérieulles et d'Amanvillers. La pénurie de vivres et de munitions, écrivait-il, l'obligeait à se ravitailler et à se rapprocher de Metz; sous deux jours, il se remettrait en marche par la route de Briey, à moins que de nouveaux combats ne vinssent déjouer ses combinaisons. A vrai dire, ni les munitions, ni les vivres ne manquaient, et si Bazaine avait gardé ses positions, s'il avait le lendemain, à là pointe du jour, attaqué les Allemands avec toutes ses forces, s'il avait fait achever par les divisions intactes deLorencez et de Metman le mouvement que Gissey commençait la veille, il eût gagné celte seconde bataille* Son armée était gaie et confiante. Les Allemands recrus

de fatigue et' inférieurs en nombre ne devaient recevoir

de renforts que dans Taprès-midi. Eux-mêmes s'étonnaient que Bazaine ne les assaillit paS; et ils se gardèrent bien de Tinquiéter. Durant la journée du 17, ils manœuvrèrent et jetèrent des ponts sur la Moselle. Le 18, la garde royale, sept corps, trois divisions de cavalerie devaient occuper le plateau de Gravelotte. Après n'avoir combattu que Taile droite des Allemands, Bazaine avait en face de lui presque toute leur armée, et ses 120 000 hommes allaient lutter contre 180 000.

La garde et la réserve d'artillerie sur les pentes du fort Saint-Quentin, Lapasset à Sainte-Ruffine, Frossard à Kozérieulles, Le Bœuf au bois des Génivaux, aux fermes de Moscou, de Leipzick et de la Folie, Ladmirault à Amanvillers, Ganrobert à Saint-Privat, telles étaient, le 18 août, du sud au nord, les positions françaises. Mais si la gauche avait pour appui la Moselle, le fort Saint-Quentin et le ravin de la Mance, la droite était en Tair, et Ganrobert, tardivement arrivé de Châlons, dépourvu de ses réserves de Tartillerie et du génie que l'ennemi avait coupées de Metz, insuffisamment secouru par le quartier général, ne put se fortifier, comme Fros-' sard et Le Bœuf, par des tranchées-abris, ni mettre en ligne assez de canons pour résister.

Le 18 au matin, Moltke et Frédéric-Charles, après avoir cru que le maréchal se retirait sur Briey, ne doutaient plus qu'il tînt les hauteurs d'Amanvillers. Ordre était aussitôt donné del'aborder. La bataille commence au centre. Vers midi, le commandant du IX* corps prussien, Manstein, remarquant la quiétude du corpsde Ladmirault qu'il avait devant lui, et voulant le surprendre, établit témérairement huit batteries à l'est de Yernéville. Mais les

pièces de Ladmhault suppléent à l'exactitude du tir par la quantité des projectiles. Ses mitrailleuses postées en avant d'Amanvillers ouvrent un feu si terrible qu'une des batteries allemandes est entièrement démontée et que les autres n'agissent plus qu'avec peine et à de rares intervalles. La division hessoise essaie de soulager l'artillerie de Manstein en se portant à sa gauche au bois delaCusse; elle oppose cinq batteries àla division Gissey; elle incendie la ferme Champenois; mais elle aussi est vigoureusement canonnée. A sa droite, la brigade Blumenthal s'empare des fermes de l'Envie et de Gbantrenne ; mais par deux fois elle échoue contre la ferme de la Folie. Déjà Manstein, craignant un assaut, faisait créneler le cimetière et les maisons de Vernéville. Mais les Français n'assaillent l'ennemi que par saccades. Leurs généraux n'osent aller de l'avant, et ne savent masser leurs troupes qui ne combattent que par groupes isolés, au hasard et sans but. Et cependant Frédéric-Charles ne gagne pas le dessus. Il appelle l'artillerie d'Alvensleben à l'aide de Manstein ; il engage de l'infanterie, et vers dnq Heures une brigade de la garde royale, menée par le colonel Knappe et composée de deux régiments de grenadiers et d'un bataillon de tirailleurs, marche sur Amanvillers. Un feu roulant la décime; Knappe est blessé ; le bataillon de tirailleurs perd tous ses officiers, et son commandement passe aux mains d'un enseigne. Les Hessois s'efforcent de secourir la brigade Knappe et enlèvent une maison de garde-barrière sur la voie ferrée ; écrasés de même par le feu des Français, ils reculent vers le bois de laCusse. Une troisième fois, à sept heures, le prince rouge ordonne d'attaquer Amanvil-

84 LA GUERRE (i^'^O-ISTi).

lers; rinfanterie d'AlvensIeben, si rudement éprouvée rayant-veille, doit seconder celle de Manslein ; elle ne bouge pa^, de peur d*étre prise en flanc vers le bois des (jénivaux parles tirailleurs de Le Bœuf.

A gauche de la position française, Sleinmetz, avec la pretnière armée formée des deux corps de Gœbcn et de Zastrow, assaillait Le Bœuf etFrossard. L'infanlerie de Zastrow sort du bois de Vaux, menace Rozérieulles et Sainte-Ruffine, mais ramenée vers la lisière du bois par le feu des chassepots et des mitrailleuses, elle reste jusqu'au soir sur la défensive. Gœben était plus hardi ; sous la protection d'une formidable artillerie qui canonnait la ferme de Moscou, la brigade Strubberg se logeait dans le bois des Génivaux, et plusieurs compagnies de la brigade Wedell se dissimulaient dans les carrières aux abords des fermes de Saint-Hubert et du Point-du-Jour. A trois heures, après un combat acharné, Saint-Hubert était emporté, et si les deux brigades, refoulées devant Moscou et le Point-du-Jour, perdaientla moitié de leurs ofBciers, elles en imposaient par leur bravoure aux généraux français, à Le Bœuf et à Frossard, qui ne pensaient pas à profiter de la supériorité momentanée du nombre : une seule division tenait en échec deux corps d'armée ! Aussi, . à quatre heures, c*est Steinmetz qui prend l'olTensive. IJ expie son audace. Deux de ses batteries font merveille; mais deux autres, bientôt dépourvues de leurs servants, désemparées, se laissent couler dans un ravin. Un régiment de uhlans, criblé de projectiles, tourne bride. L'infanterie branle et mollit. Cinq fois sa ligne de tirail. leurs, qui s'étend sur un kilomètre de front, s'élance yers le Point-du-Jour ; cinq fois elle recule précipitamment.

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Des détachements occupent encore Saint-Hubert et les carrières; d'autres, craignant d'être coupés, s'empressent de regagner les bois. Les balles pieu vent autour de Steinmetz ; les officiers de son état-major sont frappés à ses côtés; le prince Adalbert de Prusse a son cheval tué sous lui. A cet instant, vers quatre heures et demie, le roi et Mollke, après avoir observé l'action de la hauteur de Flavigny, se rendaient à Gravelotte. Derrière eux ne tardait pas à paraître le II* corps prussien, commandé par Fransecky et accouru de Pont-à-Mousson. Moltke et le roi résolurent de tenter un dernier effort contre Moscou et le Point-du-Jour. A sept heures, commençait une nouvelle attaque. Mais les Français qu'on croydit fatigués de la lutte et découragés, avaient usé du relâche que leur donnaient les Allemands pour organiser solidement la défense. L'assaillant est reçu au Point-du-Jour par des salves de mousquelerie et d'artillerie. Les essaims de nos tirailleurs se jettent vers Saint- Hubert et le bois de Vaux, chassant devant eux et culbutant dans le ravin de la Mance tout ce qu'ils rencontrent. La panique saisit les Prussiens. Les fuyards entraînent avec eux des pièces de la batterie qui tient encore derrière les jardins de Saint-Hubert. Vainement, pour rétablir l'affaire, Barnekov^ enlève au pasde charge la brigade Rex. Vainement Osten-Sacken stimule el pousse sa brigade. Vainement Fransecky déploie ses bataillons qui s'avancent pleins d'ardeur, tambour battant, fanfares en tète, sous les yeux de Mollke et du grand quartier-général. Les balles tombent dru et menu comme grêle jusqu'auprès de Gravelolle, et au milieu de l'obscurité qui s'épaissit de plus en plus, les troupes

86 LA GUERRE (l870-i87i).

prussiennes ne débouchent qu'avec une extrême difficulté sur le plateau de Saint-Hubert, rompues sans cesse par le flot des fugitifs, n'osant tirer de peur de s*entr'égorger, ne cherchant plus qu'à se grouper, et néanmoins se mêlant, se confondant, renonçant enfin à toute agression. Même insuccès devant Moscou. Malgré la nuit, un régiment poméranien se dirige vers les tranchées-abris dont il distingue les contours illuminés par les éclairs de la fusillade ; son colonel et plusieurs de ses officiers sont blessés ; il plie et se disperse.

A la gauche et au centre, Tarmée française restait donc maîtresse de ses principales positions, et h sept heures du soir Bazaine et ses ofûciers se félicitaient de la journée. Mais, h neuf heures, on apprenait qu'un convoi de vivres, envoyé à Ganrobert, était mis en désordre pai des cavaliers qui fuyaient en criant sauve-qui-peut, e bientôt arrivaient les aides de camp de Ganrobert et de Ladmirault, consternés : la droite tournée et battue rétrogradait vers Metz, et le centre avec elle 1

Ganrobert occupait Saint-Privat et avait placé des détachements à Sainte-Marie-aux-Ghênes sur son front, h Jérusalem sur sa gauche et à Roncourt sur sa droite. A trois heures, deux divisions, Tune de Saxons, l'autre de la garde royale, marchaient contre Sainte-Marie. Appuyéespar86 pièces, elles chassèrent aisémentle94®de ligne qui n'avait faitniépaulementsni barricades, et s'emparèrent du village. Puis, à cinq heures trois quarts, la Indivision de la garde royale, conduite par le général de Pape, poussait sur Saint-Privat, pendant qu'une brigade de la 2* division, la brigade Berger, se dirigeait vers le hameau dé Jérusalem situé au bord de Id grande routô.

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Mais la brigade Berger qui traverse un yallon dénudé, sans autre abri que des rigoles d'irrigation, estaccablée de projectiles, et sur le sol durci parla chaleur^Ies balles françaises qui touchent terre, ricochent et portent coup. Le régiment de Tempereur François ne gagne que par bonds successifs les fossés et les tas de pierres dn chemin ; ses officiers tombent pour la plupart, et ses compagnies s'émiettent. Le régiment de la Reine subît les mêmes pertes ; son colonel est blessé et le major prince de Salm, Tancien aide de camp de Maximilien, mortellement atteint.

Quant à la division Pape, elle essuie un échec terrible. Elle doit gravir une pente découverte, forcer des jardina entourés de murs, rompre des échelons de tirailleurs, et parvenue au sommet de ce glacis, enlever de solides maisons de pierre où des soldats se postent à toutes le fenêtres et sur les toits. Malgré Pape qui voudrait préparer l'attaque par un combat d'artillerie, le prince Auguste de Wurtemberg, commandant de la garde royale, donne, avec l'assentiment de Frédéric-Charles, l'ordre d'assaillir Saint-Privat. Bravement, superbement, la garde royale s'avance d'abord h 800, puis à 600, enfin à 300 pas du village. Ses régiments se font écraser l'un après l'autre. Leurs chefs sont presque tous frappés : les lieutenants-colonels de HoUeben, de Finckenslein, de StUlpnagel, de Puttkamer, les colonels de Linsingen, de Kanitz, de Neumann, le général-major de Medem. Des drapeaux changent de mains jusqu'à cinq fois. Le feu des Français couche par terre 160 officiers et 4000 soldats. Il faut reculer et recourir au canon. A sept heures» 10 batteries bombardent Saint-Privat. ^ • h

Ganrobert avait 78 pièces et pas une mitrailleuse ; il ménageait ses munilions qui se faisaient rares ; il ne luttait plus qu'à coups de chassepot. Les Saxons, tournant son aile droite, refoulant ses tirailleurs, yénaient, par un long circuit, d'Auboué à Montois, et de Mônlois â Eloncourt, s'unira la garde royale. 14 batteries saxonnes s'ajoutèrent aux 10 batteries prussiennes pour foudroyer Saint-Privat, et aux derniers rayons du soleil, lorsque les murs s'écroulèrent sous les obus, lorsque s'élevèrent mêlées à la flamme des colonnes de fumée noire, Saxons et garde royale, tambours battant, clairons sonnant, enseignes flottantes, s'élancèrent au pas de course sur cette forteresse que Ganrobert avait improvisée et si obstinément défendue. On combattit dans les rues, dans les maisons, au cimetière ; on se prenait corps à corps; on se fusillait à bout portant; on se servait de la baïonnette et de la crosse. Enfin, Saint-Privat fut conquis. Jérusalem embrasé tombait en même temps. Les troupes de Ganrobert se retirèrent sur Saulny, pèlemèle, à la débandade, et toutefois sans perdre un canon ni un drapeau, sous la protection des batteries du colonel de Montluisant, de la cavalerie de Du Barail et de la brigade Pécbot qui depuis le commencement de l'action contenait une partie des Saxons à l'entrée de la forêt de Jaumont. Mais Ladmirault ne pouvait plus conserver Amanvillers et se voyait enveloppé dans la retraite de Ganrobert ; lui aussi se replia vers Metz, et ce mouvement exécuté en pleine nuit, à travers bois, sur des rouler encombrées de voitures, ne se fit pas sans confusion. Bourbaki le couvrit à temps avec les grenadiers et la réserve d'artillerie de la garde*

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