CHAPITRE IV
Sedan.
Retraite de Mac-Mahon, de Failly et de Douay. — L'armée de Chàlons. — Plan de Palikao. — Irrésolutions de Mac-Mahon. — Lenteurs et oscillations de ses mouyements. — Marche des Allemands sur Paris. — Leur conversion vers le Nord. — Engagement de Senuc (26 août). — Affaire de Buzancy (27 août). — Retraite de Mac-Mahon sur Siézières. — Ordre de Palikao. — Mac-Mahon se rabat vers Carignan (28 août). — Retards de Douay et de Failly (29 août). — Surprise de Failly à Beaumout (30 août). — Mac-Mahon se porte sur Sedan. — Les Français acculés entre la Meuse et la frontière belge. — Bataille du !•' septembre. — Blessure de Mac-Mahon. — Ducrot et Wimpfifeu. — Prise de Bazeilles, de Daigny, de Givonne. — Le Xl« et le V« corps prussiens à Fleigneux et à Floing. — Prise du calvaire d'IUy. — Douay écrasé par Tartillerie allemande. — Charge inutile de Galliffet. — Douay et Dacrot rejetés sur Sedan. — Le drapeau blanc. — Désespoir de Wimpffen, — Dernier effort sur Balan. — Capitulation.
Mac-Mahon, échappé de Frœschwiller, n'avait pu faire sauter le tunnel de Saverne, ni défendre les défilés des Vosges, ni rallier les débris de son armée à Phalsbourg, à Sarrebourg, à Lunéville. La retraite était une vraie déroule. Déjà rindiscipline gagnait ces soldats qui fuyaient comme des lièvres après s'être battus comme des lions : ilsmanquaientde tout et ne subsistaient que d'aumônes ;
ils se grisaient, maraudaient et pillaient ; deux zouaves demandaient à un officier la bourse ou la vie. Le 11 août, à la nouvelle que les éclaireurs prussiens approchaient de Nanc3% Mac-Mahon se dirigeait sur Bayon. Le 15, il atteignait Neufchàteau. Le 17, les restes du 1" corps arrivaient à Ghàlons par le chemin de fer; il fallut un jour et deux nuits pour faire quarante lieues en wagon ; on avait cru sur un faux avis que la voie était coupée à Saint-Dizier.
Le 5* corps de Failly gagna pareillement Ghàlons le 20 août, non sans détours tii délais, à cause des ordres contradictoires qu'il reçut de l'empereur; il passa par Lunéville, Charmes, Mirecourt et Ghaumont.
Le ?• corps, commandé par Félix Douay , avait le 7 août, au lendemain de Frœschwiller, quitté Mulhouse et reculé âur Belfort au milieu de la tristesse des habitants qui voyaient les soldats semer leurs cartouches et jeter leurs fusils sjur la route. Le 16 août Palikao ordonnait à Douay de se rendre à Ghàlons: les troupes s'embarquèrent sur la ligne de Lyon et sur celle de l'Est ; les unes traversèrent Paris par le chemin de fer de ceinture entre Bercy et la Villette, les autres passèrent à Noisy-le-Sec de la ligne de Mulhouse sur celle de Strasbourg; le 20, elles étaient en Champagne.
Ces trois corps, le 1*', le 5% le 7*, ainsi que le 12* que Trochu organisait à Ghàlons, composaient une armée de 120000 hommes. Le 17 août, dans un conseil de guerre auquel assistaient l'empereur, arrivé la veille de Gravelotte, le prince Napoléon , le maréchal de Mac-Mahon et les généraux Trochu, Schmitz et Berlhaut, le commandement de cette armée dite de Ghàlons fut déféré au
duc de Magenta. On décida que Mac-Mahonse porterait aussitôt sous les murs de la capitale que les Allemands allaient sûrement assiéger. L'empereur irait également à Paris : mieux valait qu'il fût aux Tuileries que de se traîner à travers les camps sans autorité, sans pou-
voir, et comme s'il eût abdiqué. Trochu serait gouverneur de Paris. Napoléon hésitait à lui confier ce poste ; le prince et Mac-Mahon triomphèrent de ses scrupules en assurant que Trochu était un homme de cœur et d'honneur qui inspirait là confiance, suivait le courant de l'opinion et saurait seul arrêter le mouvement révolutionnaire.
Mais l'impératrice ne voulait pas que l'empereur revînt à Paris sous le coup des deux revers de Frœschwiller et deForbach. Elle déclara qu'il ne rentrerait pas vivant aux Tuileries et qu'il devait rester à Châlons ; Trochu défendrait Paris sans l'empereur et ne nommerait même pas l'empereur dans sa proclamation. Palikao conseillait et encourageait la régente. Vif et ardent, bien que septuagénaire, fécond en projets, méditant de détacher un corps de 30 000 hommes qui jetterait l'épouvante dans le pays de Bade, prêchant l'off^ensive, activant les services delà guerre qu'il avait trouvés en désarroi, appe- ' lant souâ les drapeaux tous les gardes mobiles ainsi que tous les anciens militaires au-dessous de trentecinq ans, stimulant le zèle des généraux, leur donnant parfois d'excellents avis et leur faisant la leçon, mais téméraire et hâbleur, osant dire à la Chambre que Bazaine avait culbuté les Prussiens dans les carrières de Jaumont, ne tenant aucun compte des obstacles, ouvrant aisément son esprit aux illusions et aux
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chimères, croyant qu'il pourrait sauver la France et TEmpire tout ensemble, Palikao s'opposait avec force k la retraite de Mac-Mahon sur Paris, et il suppliait Napoléon de secourir Bazaine, d'envoyer l'armée de Ghâlons à l'aide de l'armée de Metz, d'opérer ainsi contre les Prussiens dont il affirmait l'épuisement, une grande et efficace diversion.
Son plan — le plan de Dumouriez en sens inverse — était génial. Mac-Mahon, se rendant à Metz par Verdun, traverserait rapidement l'Argonne, et écraserait le prince royal de Saxe que le prince royal de Prusse ne pouvait joindre qu'après trois jours de marches forcées ; sans cloute Frédéric-Charles lèverait le siège de Metz pour dégager Albert de Saxe ; mais Bazaine suivrait bon gré mal gré Frédéric-Charles ; les deux armées françaises se réuniraient, et puisque celle de Metz aurait désormais le nombre et celle de Châlons, l'énergie, elles battraient le prince rouge et obligeraient le prince royal de Prusse k se retirer.
L'empereur approuva le plan du ministre et se soumit à l'opinion de la régente. Il ne quitta pas l'armée de Châlons. « Où diable, s'écriait un officier, voulez-vous qu'on le mette? » Mais, bien qu'il fît pitié à voir, les soldats ne le saluaient plus, et sa suite, la boutique impériale ou le boulet d'or, comme on la qualifiait, excitait les murmures.
Quant à Mac-Mahon,il était dans de cruellos perplexités. Naturellement faible et irrésolu, il n'avait de décision que sur le champ de bataille. A Frœschwiller, au milieu des balles et des obus, cet homme h. la moustache blanche et aux cheveux coupés court, à l'œil bleu et
calme, au visage froid, avait été un héros. Après Proeschwiller, ses lettres marquaient un trouble extrême, et depuis qu'il commandait l'armée de Ghàlons, il hésitait et tâtonnait. La raison l'appelait à Paris où son armée .levait se compléter et s'affermir ; l'ordre du ministre et le désir de secourir son camarade le poussaient k Metz. 11 promettait de rejoindre Bazaine ; mais, disait-il, Bazaine était bien loin, et la marche qu'il allait faire ne découvrait-elle pas la capitale?
Mac-Mahon n'osait donc prendre un parti. 11 finissait par adopter un moyen terme. Lorsqu'il sut par un faux rapport que la cavalerie allemande se montrait près de Vitry, il abandonna Châlons et cette plaine que Trochu comparait au tapis d'un billard. Le 21 août il s'établit à Reims : il pouvait de là reculer sur Paris parla vallée de rOise ou marcher par le nord à la rencontre de Bazaine.
En réalité, il rétrogradait et ne pensait qu'à se replicpr sur la capitale. Le^soir du 2i août, lorsque le président du Sénat, Rouher, parut au quartier général de Courcelles et demanda, au nom de l'impératrice et de Palikao, que l'armée de Ghàlons Ht sa jonction avec celle de Metz, Mac-Mahon répondit qu'il n'irait pas s'aventurer au milieu des masses allemandes, qu'il éprouverait un revers, et qu'il aimait mieux se diriger sur Paris, conserver à la France une armée qui avait encore assez de cadres pour servir à l'organisation d'une force de deux cent cinquante à trois cent mille combattants. Rouher s'inclina et, sur sa proposition, l'empereur nomma le duc de Magenta généralissime : le maréchal commanderait, outre l'armée de Ghàlons, toutes les troupes qui se réunissaient à Paris et sous les murs de Paris.
A cette nouvelle, Palikao se récria, et le 22 août, dans l'après-midi, il écrivait à Napoléon que l'abandon de Bazaine aurait les plus déplorables conséquences et passerait pour un désastre, que Paris découragé ne se défendrait pas. Mais déjà Mac-Mahon avait changé de plan. Dans la matinée du 22, l'empereur recevait une dépêche de Bazaine, datée du 19 août. Sazaine comptait prendre la direction du nord et gagner Ghâlons, soit par Montmédy et Sainte-Menehould, soit par Sedan et Mézières. Aussitôt le duc de Magenta avait résolu de marcher sur Metz par Montmédy.
S'il avait eu connaissance d'une autre dépêche que Bazaine lui envoyait le 20 août et qui parvint également dans l'après-midi du 22 au quartier général de Courcelles, Mac-Mahon n'aurait peut-être pas tenté de débloquer Metz. Mais le colonel Stoffel, affîdé de l'impératrice, reçut ce télégramme et le garda sans le communiquer au maréchal. Il était ainsi conçu, en termes ambigus et sous la forme équivoque qu'afTectionnait Bazaine : « L'ennemi grossit toujours autour de moi; je suivrai très probablement pour vous rejoindre la ligne des places du nord et vous préviendrai de ma marche, si toutefois je puis l'entreprendre sans compromettre l'armée. »
Quoiqu'il en soit, le 22, au soir, Mac-Mahon répondait à Bazaine qu'il partait pour Montmédy et serait sur l'Aisne le surlendemain pour agir suivant les circonstances.
Mieux valait dès la veille ou l'avant-veille se porter directement,, comme voulait Palikao, de Ghâlons sur Verdun. Mais, avec un peu de diligence, Mac-Mahon avait le temps de pousser droit au prince de Saxe et de Taccabler. Qu'il brûle les étapes ; que, sans perdre une
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minute ni regarder en arrière, il fasse six lieues par jour, et le 27 il est au delà de la Meuse ; il a deux jours d'avance sur le prince royal de Prusse ; il bat Albert de Saxe et se joint à Bazaine.
Ce hardi dessein ne fut exécuté qu'avec mollesse, comme à contre-cœur, et peut-être l'armée de Ghàlons manquait-elle de la vigueur et du nerf qu'exigeait une pareille opération. Elle marcha d'abord avec joie au secours de Bazaine. L*idée seule qu'elle cessait de reculer et allait de l'avant, la consolait de ses misères passées. On se répétait les uns aux autres qu'on était i^OOO, qu'on serait en mesure, que les Prussiens pris eiï queue par Bazaine trouveraient leur tombeau dans les plaines de Champagne. Mais les quatre corps qui composaient l'armée n'étaient pas entièrement réorganisés. Le i"corp8, que commandait Ducrot, avait comblé les vides de Wissembourg et de Frœschwiller par les réserves des quatrièmes bataillons. Le 5* corps de Failly était sous l'impression de sa pénible retraite. Le 7* corps de Douay avait une division, celle de Conseil-Dumesnil, qui ne pouvait se remettre encore de Tafifaire du 6 août. Le 12* corps, confié au général Lebrun, comprenait trois divisions ; deux, la division Grandchamp et surtout la division Yassoigne formée de douze bataillons d'infanterie de marine, étaient excellentes ; la troisième, la division Lacretelle, ne comptait guère que des conscrits de la classe de 1869. Bientôt des traînées d'hommes au visage empreint de souffrance s'allongèrent sur les routes. Beaucoup disaient qu'on les menait à la boucherie et quittaient les colonnes sans permission pour chercher des provisions ou du tabac, pour s'enivrer dans les
auberges, pour chasser le lièvre à travers champs^ pour se reposer ou dormir sur le talus des chemins. Les officiers, craignant de ne pas avoir leur monde dans la main au jour de Taclion, n'osaient blâmer ni punir. Avait-on fusillé un seul des sacripants qui pillaienl au soir du 23 août dans la gare de Reims les trains de vivres et de bagages? Jamais les corps ne furent au complet. Lorsqu'un combat s'engageait en forêt, les soldats, au lieu de rester sur la lisière, se dispersaient el reculaient pour chercher Tombre ou tirailler à leur aise, et insensiblement ils se trouvaient de l'autre côté du bois, sans avoir profité de l'abri des arbres.
Les crochets que fit Mac-Mahon, les lenteurs et les perpétuelles oscillations de ses mouvements donnèrent d'ailleurs aux Allemands toujours prompts, ingambes et accoutumés aux longues marches le temps de le rattraper. On s'est plaint de l'inertie de ses escadrons ; elle lui fut utile ; en se bornant à couvrir l'infanterie, sans exécuter de reconnaissances et de pointes, ils ne purent rencontrer l'adversaire qui ne savait plus où étaient les Fratiçais. Mais que de relards I Le 23, l'armée de Châlons s'ébranle et au soir elle atteint la Suippe, Bétheniville, Pont-Faverger. Le 24, elle se détourne sur Rethel pour s'approvisionner et s'appuyer à la voie ferrée. Le 25, Failly et Lebrun demeurent à Rethel, pendant que Ducrot et Douay, faisant trois lieues à peine, gagnent Attigny et Youziers. Aussi le 26, la cavalerie allemande reprenait-elle le contact qu'elle n'avait plus depuis vingt jours.
Les deux armées ennemies qui s'avançaient vers
Chàlons, Tune par Verdun et Tautre par Vitry, s'étaient mises en marche le 23 août, mais elles avaient perdu la trace de Mac-Mahon. Le prince royal de Saxe tentait un coup de main sur Verdun, et sa cavalerie, traversant le défilé des Islettes, entrait à Sainte-Menehould. Le prince royal de Prusse arrivait à Bar-le-Duc, à Sermaize, à Vassy, et sa cavalerie fouillait les deux rives de la Marne, obtenait la reddition de Vitry, envoyait des flanqueurs à Mourmelon et à une lieue de Reims, à Saint-Léonard. On savait donc au quartier-général allemand que l'armée française, formée à Châlons, avait pris le chemin de Reims. Mais on croyait qu'elle n'avait d'autre but que de couvrir Paris. Le 25 août, Moltke qui se dirigeait vers l'ouest, ignorait encore les desseins et les évolutions de 120000 Français qui se portaient vers l'est à deux marches de son aile droite. Les gazettes de Paris lui révélèrent la vérité. Toutes déclaraient qu'il serait honteux d'abandonner l'armée de Metz, et un télégramme venu de Londres annonçait à l'état-major allemand, d'après le Temps du 22 août, que Mac-Mahon courait à l'aide de son collègue. « Notre seconde armée, lisait-on dans ce journal, est prête à Ghâlons, commandée par un homme qui brûle de reprendre sa revanche; nous allons sans doute apprendre avant peu que cette armée est entrée en ligne, et puisse-t-on avoir à nous dire bientôt qu'elle a réussi, en dépit de tous les efforts de l'ennemi, à donner la main à celle du maréchal Bazaine! » Sans perdre un moment, Moltke arrêta l'élan des armées allemandes sur Paris. Un grand mouvement de conversion tourna vers le nord toutes les lignes de marche et tous les fronts. La cavalerie du prince royal
de Saxe remonta dans TArgonne. Dès le 26 août avait lieu entre Allemands et Français une escarmouche qui retardait Mac-Mahon. Un escadron saxon rencontra à Senuc, sur la rive gauche de l'Aire, le 4* hussards. La brigade Bordas, s'imaginant qu'elle avait devant elle des forces supérieures, recula de Grandpré sur Buzancy et abandonna la route de Vouziers qu'elle croyait coupée. Une autre brigade, conduite par le général Dumont, alla rejoindre et ramener la brigade Bordas. Douay, redoutant une attaque, prévint Mac-Mahon. Le maréchal, qui s'était porté de Rethel sur Tourteron, se dirigea le lendemain, pour soutenir son lieutenant, sur Vouziers et Buzancy ; puis, lorsqu'il sut que Douay n'était pas entamé, sur Voncq et Le Chesne. « 11 n'avait plus qu'un jour d'avance, s'écria Palikao, il Ta perdu ! »
Le 27, tandis que l'infanterie d'Albert de Saxe occupait Dun et Stenay, sa cavalerie assaillait les escadrons de Failly dans les rues de Buzancy. Il était dès lors évident que l'armée française marchait vers la Meuse. Mais elle n'avait pas encore atteint la rivière. Moltke décida de l'attaquer incontinent sur la rive gauche : tous les corps se porteraient dans la direction de Vouziers, de Buzancy et de Beaumont, les uns obligeant l'adversaire à faire tète, les autres, qui ne combattaient que des jambes, le gagnant de vitesse.
A ce même instant, le 27 août, dans la soirée, Maa- Mahon qui démêlait justement la situation, renonçait à toute jonction avec Bazaine et rétrogradait sur Méziéres. 11 mandait au ministre que l'armée d'Albert de Saxe établie sur la rive droite.de la Meuse gênait ses mouvemente, que l'armée du prince royal de Prusse arrivait
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à Ch&Ions et menaçait de lui couper sa ligne de retraile, qu'il n*avait aucune nouvelle de Bazaine et que s'il se dirigeait sur Metz, il serait attaqué de front par une partie des troupes de Frédéric-Charles; il cesserait donc de marcher vers l'Est et dès le lendemain se rapprocherait de Mé^ières.
Cette fois encore, comme au 22 août, Palikao désapprouva le duc de Magenta. Il répondit aussitôt que l'armée de Châlons ne pouvait reculer sur Paris, que le retour de l'empereur déchaînerait la révolution dans la capitale, qu'il fallait à tout prix délivrer Metz, que si le prince royal de Prusse changeait de direction, Map- Mahon avait dans sa marche tournante quarante-huit heures ou du moins trente-six ou trente heures d'avance. 11 sommait le maréchal, au nom du conseil des ministres et du conseil privé, de secourir Bazaine et promettait de lui envoyer un nouveau corps commandé par Vinoy.
Et cette fois encore Mac-Mahon obéit, consentit, à son corps défendant, à se rabattre sur Carignan et Montmédyl Ses troupes cheminaient déjà vers Mézières et, animées par l'espoir de se battre sous les murs de Paris, semblaient aller d'un pas plus assuré. Elles rebroussèrent, attristées de cette volte-face, pressentant un malheur, fatiguées par des routes défoncées et par une pluie glacée, continuelle, qui les perçait jusqu'aux os. A peine firent^elles, celles-ci huit, celles-là quinze kilomètres. Le soir du 28 août, Lebrun était à Stonne ; Ducrot à la Besace ; Failly qui formait la droite de l'armée, à Boisdcs-Dames; Douay qui devait suivre et appuyer Failly, à Boult-aux-Bois. L'ennemi ne se montrait guère. Moltke ne voulait pas provoquer l'ofTensive des Français avant
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d'avoir concentré toutes ses forces. Hais Tarmée d'Albert de Saxe envoyait des avant-gardes à Yoncq, à Àttigny, h Nouart, et Tarmée du prince royal de Prusse poussait son YIP corps à Sainte-Menehould et une division de cavalerie à Youziers.
Mac-Mahon avait résolu de traverser la Meuse le 30 août au plus tard à Mouzon et à Remiliy. Le 29, Lebrun passait la rivière à Mouzon, et Ducrot, qui se dirigeait sur Raucourt, était certain de la passer sans encombre. Mais Failly et Douay ne fournissaient pas les traites sur lesquelles comptait le maréchal. Douay voit de loin les vedettes allemandes sur les hauteurs ; il comprend que les ennemis ne l'attaquent pas encore parce qu'ils n'ont que delà cavalerie, et toutefois ces escadrons l'environnent, l'agacent, le harcèlent, entravent sa marche par des démonstrations et de fausses alertes. Au lieu de camper à la Besace, il s'arrête à l'entrée du défilé qui mène d'Oches à Stonne. Quant à Failly, il atteint Beaumont, mais malaisément et après de longs et funestes détours. Le capitaine de Grouchy, qui vient lui donner l'ordre de remonter vers Beaumont et de là vers Mouzon, est capturé par des uhlans. Failly marche donc sur Stenay conformément à ses précédentes instructions; l'avant-garde saxonne l'assaille au plateau de Bois-des- Dames, et lorsqu'elle cesse le combat pour regagner les coteaux de Nouart, il est quatre heures du soir. A cet instant Failly apprend par un autre officier les intentions du maréchal ; il se rejette sur Beaumont où ses têtes de colonne arrivent dans la nuit, et son arrière-garde, le lendemain à cinq heures du matin. Ses troupes sont harassées ; des soldats tombent comme des masses dans