‹ La guerre, 1914-1915Chapitre 18 sur 87 · INTRIGUES ALLEMANDES ET RÉPONSES ANGLAISES H · texte numérisé non relu

INTRIGUES ALLEMANDES ET RÉPONSES ANGLAISES H

dans le succès final de la lutte, et les cruautés abominables dont souffrent nos populations, loin de nous terroriser, comme on l'avait espéré, n'ont fait qu'accroître l'énergie et l'ardeur de nos troupes. » Après cela, l'Allemagne a pu se tenir pour instruite des sentiments de la Belgique : il ne lui aurait d'ailleurs pas fallu beaucoup de perspicacité pour les pressentir. L'Allemagne a mis la Belgique à sac, elle l'a remplie de ruines, de fumée et de sang, après quoi elle vient lui dire que, si elle y consent, ces brigandages ne compteront pas! De compensation, de réparation, aucune ! On demande seulement à la Belgique, qui s'est couverte de gloire en défendant son territoire, de se déshonorer en le livrant pour atteindre la France, amie dont les circonstances ont fait une alliée. Et l'Allemagne trouve cela tout naturel ! Éconduite du côté de la Belgique, elle s'est retournée du côté des j&tats-Unis. Son ambassadeur à Washington a été chargé de sonder l'honnête président Wilson pour savoir s'il ne consentirait pas à jouer le rôle d'arbitre ou de médiateur entre les belligérants. M. Wilson a demandé, comme on dit aujourd'hui, des précisions, en d'autres termes les propositions que l'Allemagne serait disposée à faire. Sur ces entrefaites, l'Angleterre, la France et la Russie ont signé à Londres la Déclaration par laquelle elles s'engageaient à aller ensemble jusqu'au bout et à ne pas faire de paix séparée : tout en commun, la guerre et la paix. On a compris à Berlin, et on a répondu à M. Wilson que c'était aux alliés qu'il devait demander leurs propres propositions. M. Wilson a fort bien compris à son tour. Il a jugé que les ouvertures faites par l'Allemagne n'étaient pas sérieuses, que même elles étaient « puériles », et il s'en est tenu là. Il est évident qu'un médiateur

LA VICTOIRE DE LA MARNE

ou un arbitre serait aujourd'hui un personnage très inopportun entre l'Allemagne et les alliés : le moindre risque qu'il courrait serait de perdre son temps.

Nous avons, en effet, déjà dit un mot des dispositions de l'Angleterre, telles qu'on peut les induire du langage delà presse et de celui du gouvernement; de ces deux langages, qui d'ailleurs sont identiques, l'un n'est pas beaucoup moins important que l'autre, car l'Angleterre est un pays d'opinion ; c'est elle vraiment qui y règne. Tous les journaux anglais sont aujourd'hui pour la guerre. Cette unanimité n'existait pas au début; mais, une fois l'Angleterre engagée, nul n'est d'avis qu'elle puisse reculer ou atermoyer. Ceux mêmes, comme le Daily News, qui étaient partisans d'une politique d'entente avec l'Allemagne, la reconnaissent désormais impossible et ne sont pas moins énergiques que les autres à conseiller la guerre à outrance. Une citation suffira; nous l'emprunterons au Times, le grand journal de la Cité : « Si les alliés, dit-il, parvenaient à repousser l'ennemi jusqu'au Rhin, qui est encore fort éloigné, nous sommes sûr qu'un désir de paix commencerait à se manifester à Berlin, Nous sommes également sûr que beaucoup de personnes mai inspirées, qui depuis dix ans ont trompé la nation britannique sur le but poursuivi par l'Allemagne, feraient entendre le même appel. Nous pouvons être absolument certain que, si nous consentions à traiter, nous devrions recommencer cette guerre dans cinq ans et dans des conditions bien moins favorables... C'est seulement quand la cavalerie des nations alliées passera Unter denLinden (Sous les Tilleuls, la plus belle promenade de Berlin) que la nation allemande comprendra que

Page 1