‹ La guerre, 1914-1915Chapitre 19 sur 87 · INTRIGUES ALLEMANDES ET RÉPONSES ANGLAISES · texte numérisé non relu

INTRIGUES ALLEMANDES ET RÉPONSES ANGLAISES

les rêves insensés de domination mondiale sont anéantis pour toujours. » Et c'est là le but que poursuit l'Angleterre. Elle ne veut pas avoir à recommencer cette terrible guerre et puisque l'Allemagne, l'Allemagne seule, a pris la responsabilité de la déclarer, elle entend la pousser à ses dernières conséquences. On a tort de dire que la guerre a été voulue seulement par l'empereur, ou par la caste militaire, ou par les classes intellectuelles et dirigeantes en Allemagne : la vérité est qu'elle l'a été par le peuple tout entier. Qu'il ait été trompé par une propagande sans scrupules, soit; mais, dans l'erreur où on Ta induit, ses sentiments violents, ses ambitions jalouses et haineuses, sa présomption sans mesure se sont donné carrière. Le mensonge dont le peuple allemand a vécu est entré en lui si profondément que, pour en être extirpé, il faut une leçon de choses sur le sens de laquelle il ne soit plus possible de se faire illusion. Encore aujourd'hui, le peuple allemand est convaincu, parce qu'on ne cesse de le lui répéter, que ce sont la Russie, la France et l'Angleterre qui ont méchamment fait la guerre à l'innocente Allemagne, mais que celle-ci, grâce au Dieu domestique qui la protège, va de succès en succès sur les champs de bataille et marche glorieusement sur la trace des grands ancêtres. Cette fantasmagorie ne se dissipera-t-elle, comme le dit le Times, que lorsque le sabot de nos chevaux viendra frapper le sol de la promenande des Tilleuls à Berlin? 11 faudra certainement une démonstration aussi claire pour que l'Allemagnecroiequ'elle n'est pasla nation élue, et destinée à ce titre à devenir la maîtresse de toutes les autres.

Cet empire du monde, qu'elle s'adjuge, l'Angleterre entend le lui disputer, le lui enlever, non pas

LA VICTOIRE DE LA MARNE

pour l'accaparer elle-même,mais pour qu'il n'appartienne à personne, au grand profit de la liberté de tous. C'est ce que ne cesse de répéter M. Asquith dans ses éloquents discours et ce que dit, avec non moins de force, M. Lloyd George, si longtemps partisan d'un accord avec l'Allemagne et revenu aujourd'hui de son erreur. Mais le discours le plus important qui ait été prononcé ces derniers jours Ta été à Liverpoolpar M.Winston Churchill, ministre de la Marine, devant plusieurs milliers d'auditeurs, quil'ont applaudi avec enthousiasme.

« Le temps, a-t-il dit, est aux actes et non aux paroles. Vous n'avez que faire d'être inquiets des résultats. Nos armées ont eu une bonne fortune supérieure à nos espérances. Même si la bataille qui se poursuit en ce moment devait être aussi désastreuse qu'elle semble, au contraire, devoir être favorable à nos armes, même si d'autres combats devaient nous être fatals, l'Empire britannique, s'il est résolu à continuer la lutte, finira par donner au conflit la solution qu'il estime devoir lui donner. En ce qui concerne la marine, nous ne pouvons pas combattre tant que l'ennemi reste dans ses ports, mais nous espérons bien que les choses ne continueront pas ainsi, et, si les Allemands ne sortent pas pour combattre, on ira les chercher comme des rats dans leurs trous... Depuis que je suis responsable pour la marine, j'ai eu chaque jour des preuves du système d'espionnage que l'Allemagne entretient en Angleterre. Chaque dégoûtant petit lieutenant allemand venant ici en congé a pensé qu'il serait en faveur auprès de ses supérieurs s'il écrivait où on pouvait trouver de bonnes eaux, où il y avait une forge de maréchal-ferarnt, combien un village ou une ville pouvait fournir de provisions pour un

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