‹ La guerre, 1914-1915Chapitre 25 sur 87 · L'INVASION ALLEMANDE EN RUSSIE ARRÊTÉE A AUGUSTOW · texte numérisé non relu

L'INVASION ALLEMANDE EN RUSSIE ARRÊTÉE A AUGUSTOW

Revenons aux opérations militaires; nos esprits ne peuvent d'ailleurs pas s'en détourner longtemps; nos destinées sont l'enjeu de leurs combinaisons. Nous avons dit ce qu'elles avaient été en France et le point autour duquel elles se développent aujourd'hui. Mais elles ne sont pas isolées, elles se rattachent étroitement aux opérations correspondantes qui se poursuivent en Belgique. On ne saurait exagégérer la reconnaissance que nous devons aux Belges et à leur Roi. Ce dernier, qui s'était déjà attiré l'estime de l'Europe par la conscience scrupuleuse qu'il mettait à l'accomplissement de ses devoirs, a manifesté tout d'un coup des qualités encore plus hautes, celles qui dans l'histoire ont été l'honneur des grands chefs d'Etat et des grands chefs d'armée, et il n'y a pas à douter que ces qualités viennent du cœur. Le roi Albert a été, à Anvers, l'âme de la résistance et il a lutté jusqu'au bout. Malgré cet effort, Anvers a succombé : l'héroïsme ne suffisait pas pour le sauver. Nous avons fait, l'Angleterre H nous, tout ce qui était possible pour lui porter secours : les renforts que nous avons envoyés n'ont pas suffi. C'est le samedi 10 octobre que la nouvelle de la chute d'Anvers est arrivée à Paris : elle y a produit une émotion, une affliction profondes. La Belgique n'avait pas mérité cela ! Nous nous sommes sentis atteints par le coup qui la frappait, et nous sommes demandé avec inquiétude quelle était la portée militaire de l'événement. Qu'était devenu le roi Albert? Avait-il

LA GUERRE DES TRANCHÉES

été fait prisonnier? L'armée assiégée avait-elle été obligée de se rendre? Le matériel de guerre que la ville renfermait était-il tombé entre les mains de l'ennemi? Grâce à Dieu, rien de pareil n'était arrivé. Le Roi, l'armée avaient pu gagner la campagne dès le début du bombardement avec armes et bagages. Ce qu'on avait été obligé d'en laisser dans la ville avait été en partie détruit. L'effet moral de la chute d'Anvers reste infiniment douloureux, les conséquences matérielles en sont très atténuées. L'armée allemande occupe la place, mais on ne voit pas bien ce qu'elle pourra en faire : en tout cas, elle continuera de trouver devant elle une armée belge libre de ses mouvements, aussi intrépide, aussi résolue que jamais.

Que de grands exemples les Belges nous ont donnés et nous donneront certainement encore ! Ce n'est pas seulement à la guerre qu'ils ont repoussé les assauts de l'Allemagne ; il ne leur a pas fallu moins de caractère pour repousser les tentatives insinuantes de sa diplomatie. On sait mieux aujourd'hui, par de récentes publications, les propositions qui ont été faites par l'Allemagne à la Belgique pour l'amener à ne pas prolonger sa résistance. Ne l'avait-elle pas soutenue assez longtemps? N'avaitelle pas fait, et largement, tout ce que l'honneur exigeait? Certes, la Belgique aurait pu se laisser tenter par ces suggestions insidieuses, car la prolongation de la guerre sur son territoire meurtri et piétiné est pour elle une souffrance cruelle. Elle n'en a pourtant rien fait. Bien qu'elle n'ait pas signé la Déclaration de Londres, elle se sent liée à l'Angleterre, à la France et à la Russie dans la lutte qu'elles poursuivent en commun. Qui pourrait songer à séparer son sort de celui de ses alliés lorsque la Belgique, au

Page 1