‹ La guerre allemande et le catholicisme--Chapitre 14 sur 37 · Fr · texte numérisé non relu

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fui fondée en 1842 par Mgr de Forbin-Janson, évêque de Nancy. Son but : « Le baptême et l'éducation chrétienne des enfants nés de parents infidèles, en Chine et dans les autres pays païens. »

Y a-t-il rien de plus touchant? Associer les petits enfants chrétiens, dès qu'ils sont baptisés, et moyennant un sou par mois, douze sous par an, à l'évangélisationet à la rédemption de leurs petits frères infidèles... Admirable solidarité, bien conforme à l'esprit catholique!

Pour y répondre, les enfants de France ont donné en 1913-1914 la somme suivante, provenant, répétons-le, du versement d'un sou par mois :

France Fr. 872.732 73

Depuis sa fondation jusqu'à l'exercice en cours (1914), la Sainte-Enfance a recueilli 167.988.662 fr. 19.

Ce n'est pas tout. A ces deux grandes œuvres il faut en ajouter d'autres : l'Œuvre des Écoles d'Orient, par exemple, a été fondée en 1855-1856 pour secourir les écoles, orphelinats, asiles, et, en ces dernières années, les séminaires des pays du Levant. Le total des souscriptions ordinaires a été, de 1855 à 1899, de 10.650.000 fr., dont 9.890.000 fr. fournis parla France.

L'Alliance française a un caractère national : nous ne faisons que l'indiquer.

La Société anti-esclavagiste vient en aide aux missions d'Afrique pour un objet déterminé, ressortant suffisamment de son titre.

L'Œuvre apostolique des saintes Femmes de l'Evangile a pour but de fournir aux missionnaires des objets du culte et, en général, tout ce qui peut leur être utile pour leur apostolat.

Enfin, mentionnons les œuvres particulières qui s'occupent spécialement de telle contrée, de telle mission ou de telle congrégation.

Et ainsi, selon la remarque d'Ozanam, ce n'est plus le trésor des princes ni l'or des puissances, mais l'obole de tous, le sou du pauvre comme du riche, qui prend à sa charge l'évançélisation de mondes lointains dont ces braves gens ignorent même le nom. Et il se trouve que l'œuvre propagatrice, en poussant des racines jusque dans les entrailles de la société chrétienne, a donné et donne des fruits plus abondants que ceux qu'avaient nourris autrefois les largesses royales.

Avec l'argent les hommes.

•Mais il est difficile, ici, de citer des chiffres précis : la statistique des missionnaires catholiques classés par nationalités n'existe pas. Voici ce qu'en disait le P. Piolet, il y a près de quinze ans, d'après un travail qu'il avait fait pour l'Exposition universelle de Paris de 1900:

« Nos missionnaires français à l'étranger sont très nombreux, bien plus nombreux, à eux seuls, que ceux de toutes les autres nations réunies. En effet, sur un total de 6.106 missionnaires, nous comptons à peu près 4.500 Français, 75 p. 0/0.

« Ceux-là sont prêtres.

« Ils sont aidés dons leurs œuvres diverses par d'autres religieux, qui, sans être prêtres, n'en sont pas moins de vrais missionnaires, appartenant à la même Société que les prêtres, chargés du temporel, de la classe, des ateliers, des champs de culture, du soin

des bâtiments, des imprimeries, etc., en tout 1.700. Ils sont aidés aussi, pour l'éducation des garçons, par d'autres frères, appartenant à nos congrégations enseignantes et qui sont au nombre de 2.G00; et pour l'éducation des filles et les œuvres d'assistance, hôpitaux, léproseries, dispensaires, orphelinats, visites aux malades, etc., par environ 10.500 religieuses.

« Cela ferait: 4.500 prêtres, 3.300 frères, 10.500 religieuses; en tout, 18.500 missionnaires français. »

Depuis, ce personnel a certainement augmenté d'une manière sensible, et il ne serait pas exagéré de le porter au chiffre de 25.000 (1).

« A ces ouvriers, venus de France et de nationalité française, il faut ajouter un certain nombre de prêtres, de frères, de soeurs indigènes, formés par eux, vivant avec eux, dirigés par eux, encadrés dans leurs rangs..., sans compter les catéchistes, maîtres ou maîtresses d'écoles, chefs de postes ou de chrétientés, qui tous gravitent dans la sphère du missionnaire, aidant à son action et à son influence (2). »

La même proportion, naturellement, se retrouve dans les œuvres, dont quelques-unes sont très considérables et très florissantes. Qu'il suffise de citer, par exemple, l'Université de Beyrouth, fondée et dirigée par les PP. Jésuites; l'Institut biblique de Jérusalem, des PP. Dominicains; le séminaire Sainte-Anne, des Pères

(1) Dans une statistique récente, que nous ne pouvons vérifier, nous trouvons les chiffres suivants : 65.000 missionnaires, dont 15.000 prêtres, 5.000 frères, et 45.000 sœurs ou religieuses. La proportion des missionnaires français reste la même que dans les chiffres du R. P. Piolet.

(2) J.-B. Piolet, Nos Missionnaires, p. 5. Bloud, Paris.

Blancs; les grands collèges du Levant, d'Egypte, de l'Inde, du Japon, l'établissement scientifique de Zi-ka-weï, etc.

En fait, un voyageur qui parcourrait le globe y trouverait partout la France, représentée et connue par ses missionnaires.

C'est d'abord le Levant, Gonstantinople par exemple, où, depuis que l'Islam a imposé à l'Europe l'ignominie de sa présence, la Foi catholique s'est maintenue quand même, grâce à la protection séculaire de la France et au contingent de missionnaires que la France y a entretenus.

Il en est de même de Jérusalem et de la Palestine, de la Syrie, de la Mésopotamie, de l'Arménie.

Partout, dans ces pays qui furenL le foyer de notre foi et de notre civilisation, si la lumière de la Vérité n'est pas complètement éteinte, à qui le doit- on? Demandez-le aux anciens Ordres religieux dont vous trouverez partout les représentants, les missions, les séminaires, les collèges, les écoles, les hôpitaux, les œuvres de toutes sortes : Capucins et Franciscains, Dominicains, Jésuites, auxquels sont venus s'associer à leur heure les Lazaristes, les Augustins de l'Assomption, les Pères Blancs, puis les Frères de la Doctrine chrétienne et autres Frères instituteurs, puis les nombreuses et florissantes congrégations de femmes, parmi lesquelles, si l'on ne peut les citer toutes, il convient du moins de nommer les Sœurs de Saint-Vincent-de- Paul, qui sont là comme dans leur domaine préféré.

Hélas ! L'entrée de la Turquie dans l'alliance austroallemande, sous la pression de Guillaume II, que, pour

la circonstance, on a représenté comme un catéchumène de l'Islam, a chassé tous ces paisibles messagers de l'Évangile, dispersé leurs élèves, ruiné leurs établissements, profané leurs églises. Pour « purifier » les temples chrétiens, les Turcs y ont sacrifié des moulons. En Belgique et en France, les généraux allemands les ont bombardés, incendiés, démolis. Chacun a sa manière!

Si les désastres du Levant ne devaient pas être promptement réparés, il y aurait là une perte énorme pour le catholicisme, et l'on ne conçoit pas qu'un catholique digne de ce nom en prenne son parti...

En Perse, nous retrouvons les Lazaristes; en Arabie, sous un soleil de feu, nos Capucins de la province de Toulouse; et, clans l'Hindoustan, nous prenons pour la première fois contact avec cette magnifique société des Missions Étrangères de Paris, qui étend son apostolat dans les Indes anglaises et françaises, en Birmanie, au Siam, au Laos, à la presqu'île de Malacca, au Cambodge, à la Cochinchine, au Tong-king, à la plus grande partie de la Chine, au Thibet, à la Mandchourie, à la Corée, au Japon.

Chemin faisant, nous avons trouvé pareillement, à Ceylan, les Oblats de Marie, fondés à Marseille par M*r de Mazenod; à Vizigapatam, les missionnaires de Saint-François-de-Sales, d'Annecy; au Maduré, les Jésuites de Toulouse. Nous verrons aussi leurs confrères des « provinces », de Paris et de Champagne dans leurs superbes Missions de Chine, où, par leur apostolat, leurs œuvres d'éducation, leurs établissements et leurs travaux scientifiques, ils continuent

brillamment la tradition de leurs illustres devanciers du xvne siècle. Là aussi, à Pékin même et dans dix vicariats apostoliques, travaillent les Lazaristes.

Les uns et les autres sont partout secondés de religieux el de religieuses d'origine française, auxquels sont confiés les écoles, les hôpitaux, les dispensaires, les orphelinats, les ateliers, etc. Les Marianites, par exemple, ont au Japon des maisons d'éducation de premier ordre, qui ne le cèdent en rien à ceux qu'ils dirigent en Europe et en Amérique.

L'Amérique n'est plus, que dans quelques parties, un pays de missions. Cependant, dès que, en descendant des champs de neige et de glace du Pôle Nord, la présence de l'homme se manifeste, associés aux tribus indiennes de pêcheurs et de chasseurs qui parcourent ces solitudes immenses, nous trouvons des missionnaires français. Les Oblats de Marie sont, en effet, les apôtres de l'Ouest Canadien, comme autrefois les Jésuites et les Sulpiciens, pour ne nommer que ceux-là, le furent du primitif Canada, ce pays de si bel avenir que nos missionnaires, nos martyrs, nos pionniers, grâce à des efforts héroïques, ont invinciblement gagné à l'Église catholique.

La jeune et brillante Eglise des Etats-Unis ne reniera pas non plus ceux qui furent ses premiers apôtres. Un historien, en effet, a pu écrire : « Il n'est pas un fleuve, un lac, une forêt de ce continent, des Alléghanys aux Montagnes Rocheuses, du golfe du Mexique à la baie de Hudson, qui n'ait été remonté, traversé ou parcouru par quelques-uns des héroïques enfants de la France,

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armés d'un crucifix, n'ayant pour bagage qu'un bréviaire et un autel portatif, s'en allant, au prix de mille dangers, conquérir des âmes à Dieu (1). »

Plus près de nous, l'action la plus heureuse fut exercée à l'origine de la grande République américaine par La Fayette, Rochambeau, les nombreux ofiiciers qui les suivirent, le corps d'armée de 6,000 hommes, tous français et catholiques, avec leurs aumôniers, ainsi que par les équipages de la flotte du comte d'Estaing. A celte époque, l'État de New-York, pour admettre un catholique à la condition de citoyen, exigeait qu'il abjurât solennellement toute obéissance, spirituelle ou non, à un pouvoir ecclésiastique établi en une terre étrangère. Il en était de même dans la plupart des Etats. Et si aujourd'hui le génie de la liberté éclaire les rives du Nouveau-Monde, il ne faut pas oublier qu'il n'y a allumé son phare que depuis une époque relativement récente et que la France « catholique » l'y a aidé de son mieux.

Notre grande Révolution elle-même ne fut pas sans profiter, sous ce rapport, aux États-Unis, aussi bien qu'à l'Angleterre et à d'autres pa\s. Le 10 juillet 1791, débarquait à Baltimore une petite colonie de prêtres de Saint-Sulpice : à Baltimore, et plus tard à Boston et à San Francisco, comme à Montréal, elle devait avoir jusqu'aujourd'hui une place unique dans la formation du Clergé américain. D'autres prêtres vinrent aussi, dont plusieurs ont fondé ou gouverné de nouveaux diocèses : tels sont M** Flaget à Louisville, Mer de Cheverus à Boston, M'r Dubourg à la Nouvelle-Orléans, M*r Maréchal à Baltimore, Mgr Dubois à New-York...

(!) D.-M.'A. Màg.najt, Histoire cte la race française aux États-Unis.

Ainsi, du reste, en a-t-il été de la récente dispersion de nombre de nos Congrégations religieuses : en les recueillant, l'Amérique catholique a augmenté sensiblement son personnel et ses moyens d'action. Ces compensations sont dans l'ordre des choses voulues par la Providence!

Les Antilles sont, en grande partie, évangélisées par des missionnaires français : Haïti, la Guadeloupe, la Martinique, Sainte-Lucie, la Trinidad.

L'Amérique du Sud compte aussi de nombreux représentants de nos Congrégations françaises, les Lazaristes, les Picpussiens, les Eudistes, les Missionnaires de Betharram, les Pères du Saint-Esprit, sans parler des Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, etc.

En Océanie, nous retrouvons les Missions proprement dites et, du même coup, des éléments français plus compacts.

Ce sont d'abord les Maristes, de Lyon, qui, depuis leur fondation, évangélisenl l'Australie, la Nouvelle- Zélande, les Wallis, la Mélanésie, la Micronésie, les Nouvelles- Hébrides, la Nouvelle-Calédonie, les iles Fidji. Partout là, ils furent reçus par des anthropophages, qui sont aujourd'hui des chrétiens.

Ce sont les Pères des Sacrés-Cœurs ou Picpussiens aux îles Sandwich, à Tahiti, aux Marquises, aux iles Hawaï, où l'héroïque sacrifice du P. Damien au milieu de ses lépreux a exGité l'admiration du monde entier.

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Ce sont les Pères du Sacré-Cœur d'Issoudun, dans la Nouvelle-Guinée, aux îles Marshall, aux îles Gilbert, etc.

Voici l'Afrique.

Ce continent était resté jusqu'à notre époque comme un bloc énorme qui paraissait réfractaire à toute action chrétienne. En 1842, les Pères du Saint-Esprit, réorganisés par le P. Libermann, un Juif alsacien converti et déclaré Vénérable par l'Eglise, l'attaquèrent résolument et, après de longs efforts qui leur ont coûté plus de 700 missionnaires morts au champ d'honneur, ils ont réussi à ouvrir le « Continent Noir » et à l'occuper, non seulement sur les côtes, mais jusqu'au centre. Ils n'ont pas tardé, du reste, à être rejoints dans cet assaut par les « Missions Africaines » de Lyon, et par les Pères Blancs, du grand cardinal Lavigerie, qui ont fait revivre dans l'Ouganda les plus beaux temps de l'évangélisation du monde.

D'autres sociétés de missionnaires seraient à citer : les Lazaristes en Abyssinie, les Capucins de Toulouse au pays des Somalis et des Gallas, les Capucins de la Savoie aux îles Seychelles, les Oblats de Marie au Natal, au Basutoland et au Transvaal, etc., sans parler de Madagascar, dont les Jésuites, les Pères du Saint-Esprit et les Lazaristes se partagent l'évangélisation, sans parler de l'Egypte où les établissements français d'enseignement supérieur, secondaire, primaire et professionnel comptent des milliers d'élèves.

Assurément, l'Eglise de France n'est pas seule à travailler à la conquête du monde. Heureusement! A côté

des missionnaires français travaillent nombre de missionnaires belges et hollandais, italiens, espagnols, irlandais, allemands, d'autres encore.

Mais là n'est pas la question.

La question est celle-ci :

1° La France, dans son ensemble, mérite-t-elle l'épithète de « nation athée », qu'une propagande insolente ne cesse de lui jeter, et n'y a-t-il pas lieu de distinguer nettement, en elle, entre l'étiquette officielle que lui donne une neutralité religieuse mal entendue, mal comprise et mal appliquée, vieux reste d'un « anticléricalisme » démodé et d'origine étrangère, — et la vitalité religieuse du pays, attestée par tant de témoignages et mise en un si magnifique relief par les événements actuels?

2° La cause de la civilisation chrétienne et de l'apostolat catholique n'aurait-elle rien à perdre, vraiment, à la disparition de cette France, à l'anéantissement de ses forces matérielles et morales?

La réponse ne saurait être douteuse pour aucun homme de bonne foi : la mort de la France creuserait dans l'Église catholique et dans le monde un vide qu'aucun peuple, actuellement, n'est en état de combler.

Mais rassurons-nous.

Les feuilles de l'arbre peuvent être, ici et là, jaunies : quelques branches sont desséchées; l'aspect général a pu tromper ceux qui le regardaient de trop loin. Mais le tronc en est sain et les racines en sont bonnes. L'orage qui souffle présentement dans sa ramure lui profitera, et le jour est proche où lui sourira encore le grand soleil de Dieu...

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