‹ La guerre allemande et le catholicisme--Chapitre 15 sur 37 · POUR CONCLURE · texte numérisé non relu

POUR CONCLURE

Pour conclure, il est nécessaire d'ajouter que, dans le duel formidable qui se déroule sous nos yeux, l'enjeu, des deux côtés, n'est pas égal.

En effet, si la France est vaincue, elle est par le fait même écrasée, anéantie, réduite à rien et mise dans l'impossibilité de se reconstituer jamais. Sans compter que la guerre religieuse, qui fait si bien l'affaire de ses ennemis, recevrait d'eux de nouveaux aliments et recommencerait de plus belle.

Finis Gai lise!

La victoire de la France et de ses Alliés se présente sous un aspect bien différent.

S'il est exact, en effet, que, de ce côté, on veuille « une paix garantie par la réparation de tous les droits violés et prémunie contre des attentats futurs », il n'y a rien là que de conforme à la stricte justice, sans aucune pensée de domination et de conquête. Un journaliste américain écrivait dernièrement dans le New York Times : « Nous n'éprouvons nulle haine contre les peuples allemands eux-mêmes; ce sont les ambitions et l'esprit militaire allemands qui sont Tobjet d'une réprobation universelle... C'est pour l'empire et l'empereur que tant d'Allemands luttent et meurent, non pour eux-mêmes, et ce phénomène est curieusement

significatif... Le roi de Prusse, exerçant son hégémonie sur toute l'Allemagne, est-il donc nécessaire au bonheur de tous les Allemands? »

Ces réflexions pourraient être celles de beaucoup de Français. Nul, en tout cas, n'a jamais rêvé l'extermination des Allemands ! Que les Allemands vivent, croissent et se multiplient, c'est leur incontestable droit; ce qu'on leur demande — même, puisqu'il le faut, les armes à la main — c'est de cesser de se dresser en menace perpétuelle contre les peuples voisins, en s'organisant en vue de la conquête et de la domination.

Mais, se demande-t-on, parait-il, avec inquiétude, que serait pour l'ordre social et la religion la France victorieuse?

Et que serait l'Allemagne?

L'Allemagne, portée au sommet de ses ambitions et gonflée de ce formidable orgueil ethnique dont nous voyons en ce moment l'explosion? Avec ses prétentions à l'hégémonie européenne et mondiale, qui, avec une partie de la France, englobe l'Autriche, le Luxembourg, la Belgique, les Pays-Bas, la Suisse, sans parler du Danemark, de la Suède et de la Norvège? Avec celte conception redoutable que la force est le droit — Macht ist recht — et la préoccupation qu'elle a d'organiser le monde en faveur de la race et du plus grand rendement? Avec, enfin, le triomphe définitif du Luthéranisme et de l'Islam?

Quant à la France, tout fait espérer qu'elle sortira de cette extraordinaire épreuve plus unie et meilleure. Elle était divisée profondément, surtout dans les ques-

tions religieuses; mais les questions religieuses peuvent être résolues, et elles le seront, dans un esprit d'apaisement, de sagesse et de liberté. Fortifiée ainsi à l'intérieur, elle reprendrait l'apostolat des peuples infidèles et son action civilisatrice à travers le monde avec une activité nouvelle, d'accord avec toutes les forces d'expansion catholique qui surgiraient librement en Belgique, en Allemagne et partout.

L'Angleterre, qui a mis des milliers de ses fils en contact avec les catholiques populations des Flandres, avec leurs camarades français, avec nos prêtres, nos religieuses et nos dames de charité, sortira de là plus libre de préjugés et plus favorable encore au catholicisme que par le passé. Cette action est déjà visible. Et quelle force pourrait donner l'Angleterre à la propagation de l'Évangile!

Mais la Russie, 1' « orthodoxe » et intolérante Russie? Attendons! La Russie a déjà promis la reconstitution de la Pologne, avec la libre pratique de sa langue et de sa religion : elle ne saurait, cette fois, sans se déshonorer devant le monde entier, faire mentir une promesse aussi solennelle.

Le reste viendra en son temps, amené par la nécessité des situations et des circonstances.

A tout prendre, d'ailleurs, la Russie chrétienne ne vaut-elle pas mieux, aux yeux de Dieu et pour le salut éternel des âmes, que la Turquie musulmane et la luthérienne Allemagne?

... Non heec sine numine Divûm Eveniunt.

Nous ne sommes pas de ceux qui croient avoir Dieu

à leur service. Nous ne pensons pas non plus qu'il ait besoin de nous. L'idée ne nous est pas venue de Lui faire parvenir nos injonctions ou nos conseils. Lui seul voit! Lui seul sait!

Cependant, il est remarquable que tant de grandes questions, qui attendaient une solution depuis des siècles, surgissent à la fois, et nous aimons à croire que la Providence ne les a réunies que pour les traiter ensemble. Cette époque est une des plus solennelles de l'Histoire.

La première de ces questions est celle-ci : La civilisation gréco-latine, pénétrée par le Christianisme et couronnée par lui, doit-elle continuer à servir d'aliment intellectuel et moral au monde, ou faut-il entrevoir son absorption par la conception de la kultur allemande? — C'est, au fond, la raison ultime du conflit qui répand une si large nappe de sang sur les champs d'Europe.

L'heure serait-elle venue, aussi, où les diverses questions d'Orient vont être résolues ; où les populations balkaniques vivront en paix et satisfaites ; où le monde slave verra se lever la liberté pour les Catholiques; où la croix réapparaîtra sur Sainte-Sophie de Constantinople; où Jérusalem ouvrira ses portes aux Croisés du xx9 siècle..., et dont quelques-uns y rapprendront à faire le signe de la croix? Car la Providence prend souvent, pour exécuter ses desseins, des instruments et des moyens auxquels la sagesse des hommes n'eût jamais pensé...

Et la question de Pvome elle-même, de Rome et du Pape, n'est-elle pas à l'horizon?

Enfin, s'il faut terminer par ce qui nous intéresse directement, nous, Français, ne sommes-nous pas en

droit d'espérer que, débarrassés enfin du cauchemar de ce voisin redoutable qui nous tenait en permanence sous sa menace insolente, réconciliés clans une épreuve commune, guéris de nos divisions, purifiés de nos souillures, nous verrons se clore en noire cher pays cette ère de révolutions commencée depuis plus d'un siècle, qui nous épuise et qui nous discrédite?

Nous osons le croire !

Et c'est pourquoi, aux sinistres appels des prophètes de malheur qui, de près ou de loin, prédisent notre fin et s'en réjouissent, nous opposons avec une invincible espérance les paroles inspirées de Pie X, dont l'accomplissement était peut-être réservé aux jours que nous allons vivre :

« Le peuple qui a fait alliance avec Dieu, aux fonts « baptismaux de Reims, retournera à sa première « vocation... Les fautes ne resteront pas impunies, mais « la fille de tant de mérites, de tant de soupirs et de « tant de larmes ne périra jamais (1). »

Un Missionnaire.

(1) Allocution de S. S. le Pspe Pie X au Consistoire du 29 novembre

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