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leur supplice. Avant de- les rendre à la liberté, les bourreaux du Kaiser avaient tenu ces deux nobles victimes couchées par terre, immobiles et muettes sous peine de mort!
Sur les crimes de Louvain, c'est un volume entier qu'on pourra écrire. Il faut ici se restreindre. Un dernier témoignage ; il est formulé par une des victimes : « Nous étions treize prêtres et religieux, dont l'ancien curé de Saint-Joseph, âgé de plus de 70 ans... On m'a poussé dans une porcherie d'où on venait de faire sortir un porc sous mes yeux. Étant dans la porcherie, j'ai été contraint à me déshabiller complètement. Des soldats allemands ont visité mes vêtements et ont enlevé tout ce que je possédais. Sur ces entrefaites, les autres ecclésiastiques ont été amenés dans la porcherie; deux d'entre eux furent déshabillés comme moi... Nos bréviaires furent jetés au fumier... » Et, après avoir signalé que plusieurs de ces prêtres furent volés de sommes importantes, le témoin termine : « Tous furent brutalisés et frappés. » Ce prêtre, obligé de se mettre à nu devant ces brutes, au milieu d'une étable à porcs, et livré sans défense à leurs mains pillardes, malpropres et violentes, n'ajoute pas un mot de plainte ni de colère. Il faut l'imiter. Les mots manquent.
Je devrai cependant plonger plus bas encore, au sein de ces ignominies.
Ces indignités, qui se sont répétées un peu partout — 89 prêtres ont été malmenés dans le seul diocèse de Namur — furent agrémentées parfois d'injures grossières, de supplices atroces, d'avanies immondes.
Coups et outrages! Ecoutez l'évêque de Soissons : Devant l'archiprêtre de la cathédrale, arrêté comme otage, c'est un officier supérieur qui qualifie les ecclésiastiques de s chiens de curés » ; et celui de Saint-Waast est, en effet, traité comme un chien. La Semaine religieuse de Nancy : L'abbé Thiéry, de Gondrecourt, est ligoté, comme un voleur ou un fou furieux. L'évêque de Verdun : L'abbé Beaudoin, curé de Pillon, arraché de son presbytère, est arrêté,
mis en joue, contraint de rester deux heures, tête nue, sous un soleil de plomb, devant sa paroisse et sa maison qui flambent, abreuvé de gros mots par les officiers, exposé finalement aux coups de la mitraille française. Les dépositions belges enregistrées par M. Mélot : A Sorinnes, on crache à la figure du curé; à Montigny-sur-Sambre, on cravache le vicaire ; dans la même commune, deux prêtres reçoivent en plein visage les bouteilles de cognac que leurs gardiens ont fini de vider, les os qu'ils ont gloutonnement rongés.
Les supplices : Tantôt ce sont des jeux odieusement cruels, dont je choisis deux cas dans la Semaine religieuse de Nancy : par trois fuis, le curé de Laneuveville-lez-Raon est l'objet d'un simulacre d'exécution; de longues heures durant, le curé de Nompatelize demeure emprisonné dans une cave, sous la menace d'être fusillé dès qu'il en sortira. Tantôt ce sont des raffinements sauvages, dont le compte rendu semble emprunté aux missions de la Chine ou du Continent noir. Armez-vous de sang-froid, pour écouter jusqu'au bout le récit des tortures infligées au curé de Schaffen-lez-Diest. Un témoin dépose : « Le révérend curé a été pendu deux fois. Lorsqu'il y eut danger de mort, les Allemands le laissèrent. Puis ils le tinrent durant une heure les yeux fixés sur le soleil ; s'il baissait les yeux, on le poussait avec la crosse du fusil... » Un autre témoin achève : « Ils ont forcé le curé à pénétrer dans une maison qui brûlait, puis l'en ont retiré... Vers six heures trois quarts, ils l'ont relâché après l'avoir frappé avec des cravaches. Il était en sang et gisait sans connaissance. Un peu après, un officier lui ordonna de se lever et de partir. A une distance de 200 mètres, les Allemands lui ont tiré une cinquantaine de coups. Il ne fut pas atteint. Il tomba comme mort. Ce fut son salut. »
A Florennes, ce fut un officier qui, selon la juste expression de M. Nothomb, livra un père jésuite à une bande de tortionnaires. L'infortuné religieux fut d'abord battu jus.
qu'à tomber évanoui ; ayant repris connaissance, il se vit frappé de nouveau, cette fois à coups de crosse et d'éperons ; après une seconde syncope, on le traîna nu, boueux et sanglant, dans le jardin où il resta demi-mort...
Enfin, les avanies immondes! Ici, le dégoût le dispute à l'horreur. Après la barbarie, le sadisme et la bestialité.
Je me borne à trois citations.
L'évêque de Verdun : « M. l'abbé Gillet, curé de Saint- Rémy, fut arrêté dans son presbytère, du 7 au 13 septembre, pris comme otage, frappé de coups de crosse de fusil, traîné à la mairie, souffleté, fouillé et déshabillé honteusement. Il eut toutes les peines du monde à défendre sa sœur, pieuse fille de trente-cinq ans, des derniers outrages. — M. l'abbé Menoux, curé de Jonville; M. l'abbé Alnot, curé de Mouilly; M. l'abbé Persenot, curé de Vaubécourt, et d'autres, ont subi à peu près le même traitement. »
M. Nothomb, d'après les témoignages de l'enquête officielle : « A Beyghem, des hommes de trente à trente-cinq ans, qui viennent de brûler les églises, et parmi lesquels se trouve, donnant ses ordres, l'ober-lieutenant Kùmer, conduisent leur proie, une jeune fille, à la cure, abusent d'elle devant la sœur du curé et le curé lui-même qu'ils ont déshabillé, qu'ils empêchent de fermer les yeux ou de tourner la tête; je néglige les détails immondes. »
M. Mélot, citant sans phrases une autre déposition : « A Asnoy, on emprisonna le curé ; deux soldats allemands amenèrent devant lui une femme, la dépouillèrent de ses vêtements et la violèrent. »
3° Assassinats.
Au delà de ces ordures, il n'y a plus que le meurtre. Et encore au delà ou en deçà?... Beaucoup de prêtres, en Belgique et en France, ont été assassinés — j'emploie le mot propre — par des soldats allemands, sur l'ordre de leurs chefs. Ce n'est qu'après la guerre qu'on en pourra
dresser la liste complète ; mais, dès aujourd'hui, l'on en connaît assez pour instruire le procès des assassins.
Déjà, la voix des évêques s'est élevée, douloureuse et justicière, pour pleurer les victimes et dénoncer les bourreaux. Le jour de Noël, le cardinal Mercier, archevêque de Malines, attestait : & Dans mon diocèse seul, je sais que 13 prêtres ou religieux furent mis à mort. » Le 13 février, l'évêque de Nancy publiait, dans sa Semaine religieuse, une liste de neuf prêtres, dont huit ont été fusillés par les envahisseurs et dont le neuvième a péri sous leur joug, en captivité ; et l'organe épiscopal exprimait la crainte que l'avenir ne dévoilât encore de nouveaux meurtres (1). Au mois de septembre, l'évêque de Saint-Dié, libéré de l'ennemi, avait déjà signalé l'assassinat de trois prêtres (2). De leur côté, les rapports belges ont énuméré 3 prêtres passés par les armes dans le diocèse de Tournai, 6 dans celui de Liège et 26 dans celui de Namur. Et les enquêteurs ont soin d'ajouter que ces listes sont forcément incomplètes; ils redoutent, en particulier, que dix autres prêtres de Namur n'aient subi le sort de leurs 26 confrères.
J'ai prononcé le mot d'assassinat. De quelle autre expression qualifier ces exécutions brutales, arbitraires, ordonnées maintes fois sans jugement, par la volonté haineuse ou capricieuse d'un chef, accomplies souvent sans l'ombre d'un prétexte ou sous un prétexte odieusement dérisoire? Au témoignage du rapport officiel français, l'abbé Thiriet, curé de Deuxville, en Meurthe-et-Moselle, est fusillé « pour avoir fait des signes ». D'après les dépositions recueillies en Belgique, c'est pour avoir soulevé le rideau de sa fenêtre, au passage des bataillons allemands, que le vicaire d'Olne est collé au mur; et le curé de Bligny, pour n'avoir pas empêché qu'on plaçât sur son église un poste d'observation.
(1) Appréhension justifiée! Deux autres victimes ont succombé depuis.
(2) Ii est à peine besoin de faire observer que, parmi les prêtres français fusillés, arrêtés ou maltraités, dont il est parlé dans ce travail, il n'est jamais question des prêtres-soldats.
Quant au curé de Pont-Brûlé, l'abbé Wouters, il n'avait commis d'autre crime que de défendre un vieillard prisonnier contre les coups d'un soldat allemand. Il faut citer enfin le cas du Père Dupierrcux, de Louvain. Le jeune jésuite avait griffonné, sur son carnet, la réflexion suivante : « Lorsque, autrefois, j'ai lu que les Huns sous Attila ont dévasté les villes, et que les Arabes ont bridé la bibliothèque d'Alexandrie, j'ai souri. Maintenant, je ne souris plus, depuis que j'ai vu de mes propres yeux les hordes de ce temps incendier les églises et la célèbre bibliothèque de Louvain. » Le père Dupierreux ayant été arrêté et fouillé, cette phrase est découverte ; aussitôt, de son autorité personnelle, un lieutenant prononce que le religieux est coupable d'excitation au meurtre et, quelques minutes après, l'infortuné s'écroule sous les balles allemandes, en face de ses confrères obligés de contempler son agonie.
Si le terme d'assassinat ne paraît pas trop fort, quand on apprend les motifs de ces condamnations, on le trouve encore trop faible, à considérer les horreurs dont elles furent souvent aggravées. La fièvre anticatholique et la brutalité tour à tour furibonde et voulue s'y déployèrent avec tant d'acharnement que l'exécution dégénéra en torture.
Quelques ecclésiastiques furent littéralement tués à petit feu, par une suite ininterrompue de mauvais traitements, qui s'arrêtèrent tout juste en face de leur agonie. Le P. Véron, aumônier militaire (dont je connus directement le supplice par son compagnon de calvaire), arbitrairement saisi comme otage, écrasé sous l'accumulation des sacs et des fusils prussiens, broyé d'outrages et de meurtrissures, privé d'aliments, relevé à coups de pied du talus de la route où il s'était affaissé, mit toute une semaine à mourir et expira en pardonnant à ses bourreaux. Le vieux curé de Varreddes, en Seine-et-Marne, eut à peu près le même sort. Il y a trois mois, le rapport officiel avait déjà mentionné son arrestation et sa captivité; plus récemment, des otages,
entraînés naguère avec lui, mais rendus enfin à la liberté, ont révélé que ce vénérable ecclésiastique, odieusement bousculé, rompu de coups et souillé de crachats, avait disparu en chemin, sans que ses compagnons pussent découvrir s'il était tombé mort ou s'il avait péri d'une balle allemande. Il avait 75 ans! L'abbé de Clerck, curé de Buecken, en Belgique, en avait 83! Et voici, d'après les témoignages enregistrés par l'enquête officielle et résumés par M. Nothomb, quelle fut son épouvantable agonie : « On l'attache à un canon qui le secoue à le briser. Quand on le détache, c'est pour le traîner à terre, tiré par les pieds, la tète rebondissant sur les gros pavés. A bout de forces, le vieillard ne peut retenir cette tragique prière : « Tuez-moi ! tuezmoi !... » On fit alors à ce martyr la grâce de l'achever.
Quant à la façon d'exécuter sur place, après une parodie de conseil de guerre ou sur l'arrêt d'un officier, elle varie infiniment. La lourde et rêveuse imagination teutonne se révèle ici pleine de ressources. Parfois, les ordonnateurs de la fusillade se délectent à jouer de leurs victimes. Ainsi les officiers qui interrogent le curé de Roselies feignent de croire à ses explications et lui délivrent un papier, que l'infortuné reçoit comme un ordre d'élargissement. C'est une sentence de mort. Les soldats, auxquels il doit le montrer, lui ricanent au visage, le poussent au mur et l'exécutent. Pour l'abbé Glouden, curé de la Tour, autre comédie. On le charge, avec plusieurs de ses paroissiens, d'enlever les victimes d'un précédent massacre ; à peine achevée la besogne, on le jette avec ses compagnons sur le bord de la route et on fauche tout le groupe à coups de mitrailleuse.
D'autres malheureux sont abattus par surprise. A Blauwput, un frère convers est arraché de la cuisine où il apprêtait un repas pour les troupes allemandes, et un feu de peloton le couche à côté d'un capucin. C'est au sortir de son église que le curé de Bovenloo est frappé d'une salve inattendue. A Louvain, c'est par paquets de quatre, étroitement ficelés, qu'on expédie tout un lot de prisonniers, prêtres
et laïques. Le curé de Spontin, d'après les dépositions recueillies par M. Mélot, est « pendu alternativement par les pieds et par les mains, percé à coups de baïonnette et enfin fusillé ». Le supplice de celui de Haccourt est ainsi raconté par M. Nothomb : « On le saisit avec deux de ses paroissiens, et, comme ils ne marchent pas assez vite, on les attache à un cheval qui part au galop. Quand ils arrivent devant l'église, ils sont de véritables loques humaines. On les dresse comme on peut contre le mur et on les fusille. » Quant à l'aumônier de Bouges, l'abbé Bilande, c'est à un autre condamné qu'on le ligotte et les deux malheureux sont culbutés, l'un sur l'autre, à la pointe des baïonnettes.
Mais, parfois, l'exécution consommée n'assouvit pas encore cette ivresse meurtrière et diabolique. On s'acharne sur les victimes. Le curé de Surice, étendu sur le sol au milieu d'un monceau de corps ensanglantés, est férocement broyé de coups de crosse ; quand on put relever son cadavre, on reconnut à peine sa figure, horriblement tuméfiée. L'abbé llottlct, curé des Alloux, et l'abbé Docq, mitraillés avec plus de 500 paroissiens de Tamines, n'avaient été que blessés par les balles. « La vue de ces prêtres encore vivants, rapportent les témoins du massacre, arracha aux Allemands des cris de rage. Les soldats, qui portaient l'insigne de la Croix-Rouge, achevaient les blessés en les perçant de leurs baïonnettes ou en leur assénant des coups de crosse sur la tête. C'est ainsi que furent achevés les abbés Hottlet et Docq. »
Plus révélatrices encore de la haine antiregieuse, les circonstances qui accompagnèrent l'assassinat de l'abbé Vouaux, professeur à la Malgrange, exécuté à Jarny (Meurthe-et-Moselle). Un journal de Nancy les précisa, d'après un témoin oculaire, et la Semaine religieuse, en les reproduisant, les reconnaît « malheureusement très vraisemblables ». Aligné contre un mur, avec trois compagnons de supplice, « l'abbé Vouaux porta vers ses lèvres un crucifix; mais le geste du prêtre déchaîna une explosion de
fureur sauvage : le chef du peloton arracha violemment l'image du Christ, et la jeta jusqu'à terre, la piétina en hurlant les plus ignobles blasphèmes ». Puis, ce fut le feu de peloton.
L'assassinat du curé de Roulers date du mois de mai 19i^. < Les Allemands ont interdit de sortir de chez soi après S heures du soir sous peine d'être fusillé. Il était 8 heures quand on est venu dire au curé qu'il y avait un mourant à administrer. Les Allemands font remarquer au curé qu'il est plus de 8 heures, mais celui-ci leur répond : « Je Je sais, niais je dois administrer ce mourant; laissez-moi le faire, et vous me fusillerez au retour, a Et quand le curé est revenu chez lui les Allemands, de sang-froid, l'ont fusillé. »
Le terme de martyre serait-il ici déplacé ? En tout cas, le cardinal Mercier, qui connaît exactement la valeur des mots et qui ne les emploie qu'avec un scrupule de théologien, n'hésite point, dans sa lettre pastorale, à déclarer : « Le curé de Gelrode est, selon toute vraisemblance, tombé en martyr. » Les témoins de ses tortures affirment, en effet : « On le somma de renoncer à la foi catholique, s'il voulait avoir la vie sauve. Il préféra mourir. » Et il fut mis à mort, sur le pont du Demer, après avoir été brutalisé jusqu'au sang.
4° Attentats contre les religieuses.
Que ce déchaînement haineux contre la religion ne se soit pas même arrêté devant la robe deux fois sacrée des religieuses, qui donc en serait étonné?
Epouses de Jésus-Christ, mères des orphelins, sœurs des malheureux, ces filles du cloître et de la charité peuvent forcer le respect des sauvages ignorants; elles devaient servir de proie à la barbarie cultivée.
Je ne parle point des religieuses infirmières qui, dans les hôpitaux de Longwy, de Reims, d'Arras, d'Albert et dans d'autres encore, ont été déchirées par les éclats d'obus, au chevet des blessés.
Et si, pourtant, j'en parlerai! Le bombardement voulu de ces asiles sacrés doit trouver sa place à côté de la destruction des églises et de l'assassinat des prêtres.
Il est indéniable, en efïet, que, plus d'une fois, les ambulances ont été systématiquement visées, que dis-je, incendiées de sang-froid, par les Allemands. La Croix-Rouge, on l'a vu, ne défend pas contre eux les édifices abrités de son drapeau. Mais les enquêtes officielles ont enregistré des attentats plus directs encore. A Deynze, ville ouverte et non défendue, un Zeppelin jeta trois bombes sur le couvent de Saint-Vincent de Paul, habité par 200 malades, orphelines ou réfugiées. Ce fut pire à Termonde : les envahisseurs allumèrent l'hôpital, aspergé de pétrole, et avec une telle précipitation qu'un malade y périt dans les flammes. L'hôpital Saint-Jean, d'Arras, écrit le vicaire général du diocèse, a été « bombardé constamment. Une sœur y a été tuée; des blessés, des enfants y ont subi le môme sort ». A Reims, 5 religieuses ont péri dans les mêmes conditions. Tout récemment, ce fut l'hôpital civil d'Albert, isolé des maisons d'alentour et couvert de la Croix-Rouge, qui fut arrosé de bombes, après avoir été repéré par un avion : 5 vieillards y furent tués, la sœur supérieure grièvement atteinte.
Mais qu'importe, aux pointeurs et aux incendiaires allemands, que ces femmes soient écrasées sous les décombres ou déchiquetées par la mitraille! Elles n'ont rien, à leurs yeux, de sacré, ni de vénérable. Aucune exception n'est consentie en leur faveur. Au milieu du troupeau balayé de Louvain, les religieuses étaient bousculées avec la même brutalité que les autres fuyards ; comme les autres, elles devaient obéir à la grossière injonction des soldats allemands, quand ces brutes, interpellant tous ces « chiens de cochons », leur ordonnaient de tenir les mains en l'air. Une d'entre elles, vieille et cassée, dut être chargée sur une brouette et roulée par ses compagnons.
Souvent même ces saintes filles sont personnellement en
butte aux insultes et aux avanies de ce peuple chevaleresque. « A Jamoigne, affirme un habitant cité par M. Mélot, on a fait agenouiller toutes les religieuses du couvent, leur annonçant qu'elles allaient mourir, et on a tiré au-dessus de leurs têtes. » Ailleurs, au témoignage de M. Nothomb, c'est un commandant qui, pour obtenir un renseignement d'une sœur, lui appuie le revolver sur la poitrine et la menace de mort. Au village d'Apremont-la- Porêt, rapporte VÉclair, deux religieuses de la Doctrine chrétienne, sœur Saint-Hilaire et sœur Saint-François, sont brutalement traînées dans un groupe d'otages et détenues pendant dix jours.
Mais ni les injures, ni les mauvais traitements, ni la mort elle-même ne sont comparables à ces monstrueux attentats, dont la bestialité de l'envahisseur a meurtri et souillé quelques-unes de ces vierges. Ici, l'on touche à un tel basfond d'infamie et d'impiété que l'on voudrait se taire. Il faut cependant dénoncer ces forfaits innommables à la conscience indignée et stupéfaite de l'opinion catholique et du inonde civilisé.
Sur ces crimes, il est vrai, les rapports officiels observent une discrétion, dont on comprend trop bien les motifs. Les enquêteurs français n'ont voulu citer que cet exemple : « Dans une commune du département de Meurthe-et- Moselle, deux religieuses ont été, pendant plusieurs heures, exposées sans défense à la lubricité d'un soldat qui, en les terrorisant, les a obligées à se dévêtir et, après avoir contraint la plus âgée à lui enlever ses bottes, s'est livré sur la plus jeune à des pratiques obscènes. »
Plus sobres encore et plus réservés sont les rapports belges. En résumant les enquêtes et les dépositions dont ils sont nourris, M. Nothomb indique simplement que, parmi tant de femmes et de jeunes filles outragées par ces brutes à face humaine, on compte des religieuses. Encore une fois, les mots se dérobent à l'horreur et au dégoût!...