AU CONSISTOIRE DU 22 JANVIER
Vénérables Frères,
Afin de pourvoir, avec la solennité requise, les diocèses vacants, il Nous a plu de vous convoquer aujourd'hui en Notre présence.
Elles ne sont pas peu nombreuses, les églises qui, dans ces derniers temps, sont restées privées de leurs pasteurs et, parmi elles, il en est d'assez importantes, par la dignité de leurs desservants, pour que Nous nous en occupions dans cette assemblée. Mais, tout d'abord, en vous voyant réunis ici, Vénérables Frères, qui, par le lien très spécial qui nous unit à vous, prenez une part si étroite à Nos pensées et à Nos sollicitudes, Nous ne pouvons Nous empêcher de verser de nouveau dans vos cœurs un peu de l'angoisse dont, vous le savez, Notre âme est oppressée.
Les mois, hélas! succèdent aux mois sans laisser luire l'espérance, même lointaine, de voir cesser bientôt cette guerre si funeste ou, pour mieux dire, ces massacres.
S'il ne Nous est pas donné de hâter la fin d'un fléau si grave, puissions-Nous au moins en atténuer les douloureuses conséquences. Nous nous y sommes employé jusqu'ici autant qu'il était en Notre pouvoir, vous le savez, et Nous ne manquerons pas de continuer à Nous y employer dans l'avenir aussi longtemps que la nécessité l'exigera.
Faire davantage, aujourd'hui, Notre charge apostolique ne Nous le permet point. Quant à proclamer qu'il n'est permis à personne, pour quelque motif que ce soit, de léser la justice, c'est, sans doute, au plus haut point, un office
qui revient au Souverain Pontife comme à celui qui est constitué par Dieu l'interprète suprême et le vengeur de la loi éternelle. Et nous le proclamons sans ambages, réprouvant hautement toute injustice, de quelque côté qu'elle ait été commise. Mais il ne serait ni convenable ni utile d'engager l'autorité pontificale dans les litiges même des belligérants.
A coup sûr, pour tout esprit pondéré, il est manifeste que, dans cet effroyable conflit, le Saint-Siège, sans cesser de s'en préoccuper avec une extrême attention, est tenu de garder une complète impartialité.
Le Pontife romain, en tant, d'une part, qu'il est le Vicaire de Jésus-Christ mort pour tous les hommes et pour chacun, en tant, d'autre part, qu'il est le Père commun des catholiques, doit embrasser dans un même sentiment de charité tous les combattants. Il a, de chaque côté des belligérants, un grand nombre de fils dont le salut doit lui causer une égale sollicitude. Il est, par suite, nécessaire qu'il considère en eux non les intérêts spéciaux qui les divisent, mais le lien commun de foi qui les rend frères .
S'il se comportait autrement, non seulement 11 ne contribuerait pas à la cause de la paix, mais ce qui est pire, Il attirerait à la religion des aversions et des haines et exposerait à des troubles fort graves la tranquillité et la concorde intérieure de l'Eglise.
Toutefois, tout en n'adhérant à aucun des deux partis, Nous Nous préoccupons pareillement de l'un et de l'autre comme Nous l'avons dit, et en même temps Nous suivons avec anxiété, avec angoisse, les terribles phases de cette guerre, d'autant plus à craindre que la violence dans l'attaque y dépasse parfois toute mesure. Notre pensée, cependant, comme il est naturel, se tourne plus souvent du côté où Nous trouvons }>lus vif V attachement respectucuc à l'égard du Père commun des fidèles, et cela regarde, par exemple, le bien-aimè peuple belge, témoin la lettre que