‹ La guerre allemande et le catholicisme--Chapitre 30 sur 37 · On a dit : « La guerre moderne est un art; la guerre · texte numérisé non relu

On a dit : « La guerre moderne est un art; la guerre

ancienne ri était qu'un instinct » ; nous pouvons ajouter : la guerre présente est à la fois un art et un instinct : un art très raffiné, un instinct très féroce.

Si féroce, que nous frémissons d'avance à la pensée du spectacle que nous aurons sous les yeux quand il nous sera permis de visiter la portion particulièrement éprouvée de notre diocèse. Là, que verrons-nous? qu'entendronsnous (1)?

Que verrons-nous là où il y avait des demeures intactes, des champs bien cultivés et partout le mouvement et la vie? Abattue, l'église; en ruines, le presbytère; en cendres, la plupart des autres maisons; abandonnés, les châteaux et les fermes.

Qu'entendrons-nous là où les habitants traitaient paisiblement de leurs intérêts, où une jeunesse enthousiaste et chrétienne s'encourageait au bien, où des fidèles nombreux et fervents chantaient et priaient devant les saints autels ? Est-ce que le silence n'est pas là où l'on a fait le désert ?

6. Et pourquoi parler de ce qui est en dehors de notre ville d'Arras, quand cette cité elle-même nous offre le plus lamentable amas de ruines qui se puisse imaginer?

Ces derniers jours, nous avons voulu relire les Lamentations du Prophète Jérémie pleurant sur les débris de Jérusalem, et faisant l'énumération des désastres accomplis (2). Hélas ! de tout ce qu'il déplorait, il n'est rien que nous n'ayons à déplorer nous-même. Les portes brisées, les gonds arrachés, les murailles jetées à terre, les plus beaux édifices détruits, les temples ravagés, profanés, fermés à la prière et aux cérémonies du culte, tout cela, Nous l'avons vu et le voyons. Comme lui aussi, nous avons vu le feu

(1) Nous n'aurons qu'à nous souvenir de la Pastorale du courageux Cardinal Mercier. Que l'archevêque de Malines daigne agréer Noire hommage fait d'admiration, d'estime et de respect.

.2) Nous avions d'abord pensé citer de nombreux textes de nos quatre grands Prophètes. Mais tout serait à reproduire. Que nos prêtres veuillent bien s'y reporter.

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s'acharner jusque sur des ruines ; des femmes et des enfants mortellement frappés ; des affamés cherchant un peu de pain, obligés d'acheter l'eau dont ils avaient besoin ; des familles fuyant un foyer ruiné sans savoir où elles trouveraient un autre abri ; nous avons vu des malades sans secours, et des morts sans sépulture convenable.

0 Arras, ville infortunée qui a cessé d'être belle et n'as point cessé de nous être chère! Qui pleurera jamais assez tes sanctuaires dévastés, tes demeures détruites, la fuite éperdue d'un grand nombre de tes fils, les souffrances de ceux qui n'ont pas pu, ou pas voulu te quitter? Plus d'une fois, tu as été éprouvée dans le passé; l'as-tu été aussi terriblement que de nos jours ? Tu as été saccagée par les Vandales et les Huns d'Attila au ve siècle, par les Normands au ive, par Louis XI au xve; toujours tes évêques ont pu te relever; aurons-nous le même bonheur?

7. Ce qui nous console, c'est que tant de souffrances auront leur terme et leur compensation, car nous n'oublierons pas de les supporter chrétiennement.

C'est là, Nos très chers Frères, un point essentiel digne de toute votre attention.

Personne de nous n'étant sans quelque faute, la peine subie peut être appelée un châtiment. Or, le châtiment est stérile, il ne sert qu'a torturer, si la victime succombe avec la résignation passive de l'être sans raison ; le châtiment se double d'une faute quand l'homme atteint par lui se révolte, et blasphème la Providence qui le permet; mais le châtiment change de caractère et de nom pour devenir cette grande chose qu'on nomme : Y expiation, quand la souffrance est chrétiennement supportée.

Et elle l'est par un grand nombre d'âmes. Celles-ci reconnaissent avec Lacordaire que « la peine toute seule n'expie rien », que « ce qui expie, c'est la peine avec le repentir », et elles se repentent; bien mieux, quelques-unes adorent joyeusement la main qui laisse s'échapper tant de maux, parce que c'est la main d'un Père qui ne cesse pas

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d'aimer ceux qu'il éprouve ; il en est qui, devant leur établissement en flammes, peuvent chanter le Te Deum, et nous en savons qui, au milieu des ruines de leur demeure dévastée, le cœur pourtant déchiré par des séparations cruelles, quotidiennement menacées de mort, chantent chaque matin la Bonté de Dieu.

8. Et c'est en cela que se montre le premier effet de l'action providentielle; action merveilleuse qui fait monter les âmes au plus haut degré de la vertu ; qui prend en nous notre misère pour en faire quelque chose de fécond et d'auguste ; qui s'empare de ce que les hommes redoutent le plus, pour en faire ce qu'il y a de plus souhaitable; qui nous relève par ce qui devrait nous abattre ; qui fait servir au bonheur d'une vie sans fin ce qui semblait ne pouvoir être bon qu'à une chose : hâter la mort.

Saluons cette action de la Providence, d'autant qu'elle a d'autres effets encore plus admirables : nous allons le voir dans une seconde partie.

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