‹ La guerre allemande et le catholicisme--Chapitre 32 sur 37 · DE S. G. M"1* MIGNOT · texte numérisé non relu

DE S. G. M"1* MIGNOT

regarder comme des impies, des blasphémateurs dignes de tous les châtiments divins. Hélas! il est si facile el si commun, même chez les catholiques, de s'ériger en justiciers de Dieu. Aux yeux de certains groupes piétistes, nous sommes de vrais Amalécites, des Chananéens, des Hittites, des Phéréséens que Dieu a en abomination. Certes, nous sommes loin de dissimuler nos tares; souvent même nous nous faisons pires que nous ne sommes par bravade, légèreté, sottise, manque de sérieux, que sais-je encore? Mais n'y a-t-il d' Amalécites que chez nous? Les docteurs des universités allemandes sont-ils donc si orthodoxes? — Nous ne parlons, bien entendu, que des chaires de théologie protestante. — Ne sont-ils pas tous plus ariens que chrétiens? Combien y en a-t-il qui croient sincèrement, intégralement à la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ, à sa consubstantialité avec le Père, à la sainte Trinité? On se sert encore des mots chrétiens, mais à ces bons vieux mots un peu lourds, comme les appelait un de nos sophistes, on donne un sens rationaliste. C'est un acheminement vers le règne intellectuel de l'Antéchrist, vers le naturalisme pur, vers cette époque dont Notre Seigneur disait à ses disciples : « Quand le Fils de l'homme reviendra trouvera-t-il encore de la foi dans Israël? »

De plus, on fait croire aux populations que nous sommes les auteurs de la guerre, que nous voulons la ruine de l'Allemagne ; on cache soigneusement les pièces authentiques qui prouvent le contraire, ou on en altère le sens, on leur oppose des documents frelatés. On essaie, et non sans quelque succès, de tromper le monde entier; on a voulu tromper le Pape lui-même, à propos du bombardement sacrilège de la cathédrale de Reims. En dépit des protestations indignées du cardinal Luçon, de ses vicaires généraux présents, des attestations d'innombrables témoins, nos ennemis soutiennent encore qu'ils ont lancé leurs obus parce que les Français s'étaient installés dans ses tours pour les bombarder de là! En dehors des témoi-

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gnages irrécusables, on ne voit pas trop comment les Français auraient pu installer des batteries sur ces hauteurs.

Par malheur, ces mensonges répandus à profusion ont produit une impression fâcheuse dans les États neutres, et ce n'est guère qu'en ce moment que la vérité commence à se faire jour. Nous ne voulons pas cacher que des pays catholiques, dont nous attendions mieux, réservent leurs sympathies pour nos adversaires, sous prétexte que la France, ayant rompu ses relations officielles avec le Saint- Siège, n'a plus sa place dans le concert religieux des nations fidèles à l'Eglise. Quoi donc! Parce que, à la suite d'une déplorable erreur politique, le gouvernement français n'a plus, momentanément, de relations officielles avec la Papauté, on voudrait donner l'hégémonie religieuse, confier la défense de l'Eglise à un souverain qui hait le catholicisme, à un peuple qui crie : Loin de Rome! L'empire d'Occident reconstitué deviendrait le saint empire romain protestant? A quoi songent donc ces grands politiques?

Mais l'Autriche, dit-on, la catholique Autriche?

En vérité, est-ce par amour de la religion catholique qu'elle a partie liée avec la Prusse? Nous sommes loin, très loin de demander son démembrement, voire son abaissement, mais pourquoi ne se dégage-t-elle pas des serres redoutables de son terrible voisin? Entraînée dans cette orbite pour y chercher la vie, ne s'expose-t-elle pas plutôt à y trouver la mort?

N. T. C. F., il nous en coûte de maudire; nous n'oublions pas la parole de Dieu : « La vengeance m'appartient : à moi de m'en servir. » Nous ne sommes pas de ces Juifs infortunés qui, arrachés à leur patrie et captifs sur les bords del'Euphrate, demandaient avec la poésie de l'indignation que la tête des enfants de Babylone fût écrasée contre la

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muraille; cependant, tout en faisant des exceptions qui s'imposent à des chrétiens et n'oubliant pas que Notre Seigneur a aboli la loi du talion, n'est-on pas en droit de demander à Dieu vengeance? On répand, vous le savez, à des millions d'exemplaires, adressés à tous les soldats allemands par un comité de femmes de Barnem en Westphalie, une courte brochure où sont condensés les cris de haine de nos ennemis : c'est du délire, de la folie furieuse qui va jusqu'au blasphème sous le vernis religieux. J'en cite un court extrait d'après un de nos journaux ; il est intitulé : Haine ou amour.

« J'ai vu sur sa croix Jésus-Christ — Qui est le père de tout amour, — Et qui sur la croix — Offrait encore son amour à ses ennemis. — Son doux visage me disait : — Allons, chante l'amour, ne hais pas. — Mais je me suis détourné. — J'ai pris ma plume dans ma main. — Et j'écris ceci : Je hais, Seigneur. — Du plus profond de mon cœur, je hais, Seigneur. — Et, te regardant en plein visage, je dis : — Ma haine ne cédera pas à ton amour. — ... Je hais mes ennemis jusqu'à la mort (1)... »

A ces cris sauvages, dont nous ne citons que quelques mots, n'avons-nous pas vraiment le droit de répondre par les imprécations inspirées du psaume 108e que nous récitons à none du samedi :

« Dieu de ma louange, ne garde pas le silence. — La bouche du méchant et du traître s'ouvre contre moi. — Il parle de moi avec une langue mensongère et il m'assiège de paroles de haine... — Que ses jours soient abrégés, qu'un autre prenne sa charge. — Que ses enfants deviennent orphelins et sa femme veuve, — Que ses fils aillent errer çà et là en mendiant, et quêter loin de leurs demeures en ruines, — Que le créancier s'empare de ce qu'il a, que des étrangers pillent ses épargnes, — Que personne ne lui vienne en aide, que nul n'ait pitié de ses orphelin, s — Que

(1) Cité parle Télégramme.

sa postérité soit exterminée, que leur nom soit effacé à la prochaine génération, — Qu'on rappelle devant le Seigneur les crimes de ses pères, — Que le péché de sa mère ne soit pas oublié. — Qu'ils soient sans cesse devant le Seigneur, qu'il fasse disparaître leur souvenir de la terre. — ... Qu'il soit revêtu de malédiction comme d'un vêtement. — Qu'elle pénètre comme l'eau au dedans de lui, comme l'huile à travers ses os, — Qu'elle soit le manteau dont il l'enveloppe et la ceinture qui ne cesse de l'entourer... »

Non, Seigneur, nous ne demandons pas que toutes ces imprécations se réalisent sur nos frères ennemis, malgré leurs cruautés; cependant, puisqu'ils se vantent de ne vivre que de la Bible, qu'ils n'ont pas honte d'appliquer à la pieuse Belgique qu'ils ont écrasée le passage relatif au refus opposé aux Hébreux par les Moabites, pourquoi n'appliquerions-nous pas à ces hommes de proie les anathèmes qu'ils méritent si bien?

Extrait de la lettre pastorale de Mgr l'Évêque de Versailles. Carême 1915.

Si la France tombait, si seulement son étoile venait à pâlir, l'équilibre européen serait rompu, la civilisation perdrait sa délicatesse et sa grâce, il y aurait sur le globe une effrayante diminution de lumière et de chaleur, l'humanité serait atteinte dans les meilleures portions d'elle-même... et surtout, suprême catastrophe, l'Évangile subirait un recul... et quel recul ! la sainte Église verrait lui manquer une de ses forteresses... et quelle forteresse !

N'oublions pas que depuis quinze siècles la France est au poste d'honneur du catholicisme. Il fallait à Dieu ici-bas un peuple missionnaire, c'est-à-dire un peuple à l'esprit assez ouvert pour chercher l'idéal, au coeur afsez chaud pour s'en

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éprendre, à l'âme assez ardente pour tout lui sacrifier, — un peuple assez artiste pour plaire, assez puissant pour s'imposer, assez grand pour se faire admirer, assez généreux pour se faire aimer, assez entraînant pour se faire suivre. Il fallait à Dieu... la France! Et, de fait, dans le passé, n'est-ce pas la France qui a été la meilleure servante de Dieu, de Jésus-Christ et de l'Église? Dans le présent, depuis cent ans, n'est-ce pas encore la France qui envoie partout ses missionnaires et ses religieuses, qui fait resplendir la foi catholique en Orient, qui a planté la Croix à Pékin et en Cochinchine, à Alger et à Tunis, sur les rives du Niger et du Congo? Fénelon écrivait en 1700, entre les heures sombres de Malplaquet et les heures glorieuses de Denain : « J'espère que Dieu sauvera la France, parce que, dans la conjoncture présente, la France est un grand appui pour la catholicité. » Cette parole n'a pas cessé d'être vraie. La France de 1915 est comme la France de 1709 « un grand appui pour la catholicité », le principal contrefort de l'édifice divin, la meilleure propagatrice du règne de Dieu dans le monde.

En tout cas, si elle venait à perdre son poste d'honneur à l'avant-garde du catholicisme, ce n'est pas l'Allemagne qui la remplacerait dans cette sublime fonction. « La Prusse, a dit de Maistre, est le péché de l'Europe », et le péché de l'Allemagne est d'avoir subi et accepte l'intoxication de la Prusse. Les Allemands prussifiés se sont mis à la remorque de Luther et de ses héritiers légitimes : Kant, Strauss, Haeckel, Nietzsche, Harnack, tous foncièrement anticatholiques. Nous les voyons à l'œuvre en Belgique et dans nos provinces du Nord. On dirait qu'ils ignorent les lois de la morale chrétienne, et même de la morale naturelle. Ils ne respectent rien ni personne, ni le caractère sacré des obligations internationales, ni la faiblesse des enfants et des citoyens inofîensifs,ni l'honneur des femmes, ni la dignité des prêtres, ni l'immunité des villes ouvertes et des propriétés particulières, ni la majesté des monu-

ments qui sont le patrimoine commun de l'humanité. Quoi qu'ils disent, ils ne sont pas, au vrai sens du mot, des civilisés. Comment seraient-ils des évangélisateurs, des missionnaires et des apôtres? Comment voulez-vous que l'Eglise fasse son œuvre avec un tel peuple, qui ne croit qu'à la force brutale et qui obéit machinalement à l'impulsion de ses faux intellectuels ? Non, l'Allemagne luthérienne et prussifiée n'est pas, ne peut pas être dans le monde la servante et la messagère de la civilisation chrétienne.

C'est la France, la France catholique qui est le peuple élu de Dieu, ami du Christ, fils aîné et fidèle serviteur de la sainte Eglise ! Il est vrai que, dans ces derniers temps, la France a semblé renier son baptême et rougir de son passé. On a cru qu'elle allait renoncer définitivement à sa vocation religieuse. Mais ce n'était qu'une défaillance momentanée et superficielle, une aberration qui ne venait pas de son âme profonde et qui ne pouvait pas durer. Sous la pression de la souffrance et du patriotisme, un grand souffle de vie supérieure s'est levé sur notre pays, et la France s'est rattachée tout de suite à la plus vieille et à la plus nécessaires de ses traditions, à sa tradition catholique.

Sur les champs de bataille, nos soldats chrétiens se sont révélés beaucoup plus nombreux qu'on ne pensait. Les neuf dixièmes prient. Mêlés à nos régiments, 25.000 prêtres dressent partout la croix et l'autel à côté du drapeau.

Nous réclamions des saints pour sauver la France, quelques gouttes de sang très pur pour laver nos souillures nationales. A-t-on jamais vu tant de morts héroïquement chrétiennes, tant de victimes innocentes volontairement immolées pour Dieu et pour la Patrie ?

Nous étions déshabitués de la prière publique. Et voici que Paris s'est mis à genoux devant Dieu à Montmartre, à Saint-Étienne-du-Mont, à Notre-Dame, dans tous ses sanctuaires.

Ce qui s'est fait à Paris s'est fait en province, jusque dans

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