‹ La guerre allemandeChapitre 10 sur 59 · Voir l’apptjuaice H · texte numérisé non relu

Voir l’apptjuaice H

l.’At.NKMAilXE ET LA F RANGE

IJans le connu ainsi envisagé, quelle sera l’attitude de la France ?

M. de Betlmiann-Holhves est donc appelé, comme Bismarck en 1887, à aborder la question des rapports franco-allemands ; au point de vue officiel, il en est ici comme pour la Russie :

.Vos rapports avec le goiimrnemenl français so7Ubons. Dans $071 discours du il janvierBisma^xk a exposé quelle forme ees rapports ont pris, par suite du cours de niistoi 7 *e et dze ca7*actè7X ^lational des Fim^içais H disait alors :

« Sites Français sont décidés à attendre que 7ious les aUaqui 07 is^ nous sommes certahis que la paix est assuixe pour toujou7's. ?>

La situation n'a pas clumgé depuis. Dans les quarante dernières a 7 mées 7ious avo7is^ da7is les mo77ients c7"itiqt^eSf dominé à la Fra 7 ice et au mo7ide bien desprettves de^iotre désir de oivix avec nol7*e voisùt de l ouest côte à côte, séparés, 7 ïiaise 7 ipaix. Ce désir est trop C07mu pou7' qu H soit nécessaire de le fortifier en fexprîma7ït à nouveau.

Bismarck craignait autrefois U7ie attaque de la France au cas oü un gouvernement belliqueux et che7‘cha^it à rextérieur ime dive7*sio7i à ses difficultés i7ité- 7'ieures aiTîvef'àit au pouvow^ Bisnia7'ck C07i$idé7'ait la gueire coiîime possible si. à ce inomeiit, la Finance avait quelques 7 "aiB 07 is depe 7 iser qu elle nous était supérieiùre, soit par sa foixe tîiilitaù'e, soit pa7' ses alliances.

Aucune de ces éventualités ne s est p7*oduite tant que Bismarck est resté en charge. Aujourd'hui, j^ai toutes j^aisotzs de cj'oifx que le gouve 7 mement français actuel désùx vivix en paix avec nous. Personne 7ie sait quels changements l’avenir 7 ious rése7xe.

Si l'on compare 7 iotre époque à celle de 1887, les chances de gue^vx ont^ à 7non avis, plus décru gu aug-

POUlî VAINGriFÎ

menté. Aucun homme n"est en mesure de se rep7*ésenter les dimensions de la catastrophe dhine guei^re européenne l'étendue de celte œuvre de misère et de âeslruelion Toutes les guerres précédentes ne sont que des jeux d:enfants en compai^aison. Aucun homme d'Etat uesi assez fidüole pour appi'ocher la mèche du baril de poudj'e. La tendance qu'oji pouvait en avoir atUj^efois a bien diminué aujourdTmi.

Par conb^e la foi^ce de l*opinion publique s'est aecî^ue de 7iotre temps. Daiis cette opùiio^ipublique, les élémejits qui domhieiit sont toujours les phcs îmuyaiits- Plus les mslüîùtions sonl démoci'aliques^ plus les îninorités ont d'imporlance dans ces périodes de passions.

On saisit ici la pensée du chancelier. C'est celle de lopinîon publique allemande presque unanime. Gest par dessus tout celle du personnel gouyeniementaf.

Le grief essentiel de l'Allemagne contre la France, c’est que la France entend demeurer sur le même rang que l’Allemagne :

Cependa7itj aujourd hui, le phénomè^ie que Bismarck 7'edoulmt s'est produiL Dans les milieux fra^içais, je ne parle pas seulement des chauvms, mais des gens calmes et 7'éfléchis, on croit que la France est sinon supéi'ieuve à l'Allemagiie, du moins égale, grâce à l'exeelle 7 ice de son armée, à la co7iftance qu'on a en l'alliaiice russe et en Vespoir qif on place peut-être da7is fAngleteiTe.

Ceci, Messieurs, c'est f autre face, la face dangereuse du réveil du sentimeiit 7iatïo7ial fî'ançais. Les éléments chauvins 7ious 7no7Went souve^it et avec une certaine oste^itation que lem^s aspiralio 7 is sont dùngées contint V Allemagne.

L a7*mée française est bonne, très bonne même à e 7 t C7'mre les juge7ne7its militaires compétents. L'a 7 *mée est

l'ALLE&IAGNE et L.’AKGLE'fEiirïE

l’espoir de la nation, tous les partis, le peuple entier sont prêts à faire pour elle tout ce qui sem possible^

De l’autre côté des Vosges toîUe une littératw's chauvine a pris naissa 7 ice qui, en faisant Véloge de V armée, la compare à Pai^mée allema^ide^

On fait du tapage autour de la supé7'io?nté de l'artillerie française, sur ravanee de Vamation f7'a7içaise, sur la meiUeu 7 ^e éducation du soldat f 7 ^a 2 %çais, D’avance on voit nos campag7ies submergées sous les flots de la cavalerie et de Vinfa7iie7'ie fausses, les Français mec leur tempé7'a7Jie7it vif 07it vu dans défaites tmrgues de Kù'k-Kilissé et de lule-Bou7^gas, des défaites allema^ides, des victoù^es des msO^ucteurs fra 7 içais sur instmicleu^^s allemands.

D'avance 07i escompte Vappui des États balkaniques, celui des Alsacie7is-Lo7'rains. Dans son ülusw7i, la France a déjà gag7ié la guet'i'e.

Avec TAngieterre, TAllemagne s’efforee de dissiper les malentendus nés des armements navals* M* Winston Chirchill a proposé de suspendre les armements pendant une année* Le chancelier ne croit pas possible de réaliser cette proposition, mais il considère qu’elle représente un grand progrès dans le retour àj la confiance dans les relations anglo-allemandes* L'espoir secret apparaît déjà ici^ de s’assurer, dans une lutte iuture, la neutralité du cc cousin y> anglais.

Et M. de Bethmann-Holhveg, pour conclure, développe cette pensée, qui est le suc de la politique impériale : «c La capacité de défense militaire d’un peuple est en dernière analyse la pierre de touche de sa force morale et matérielle 3D*

Trois jours de débats suffirent pour conduire la discussion jusqu’au bout de la première lecture* Les seules oppo-

Amw, Agadir-Sarajevo. 3

IHH'Jl V.ViNCllli:

sitions que rencontra le projet gouvernemental furent formelles et d'apparence \ Comme il était arrivé souvent dans le passé, elles vinrent des eoiiservateurs qui, tout en reconnaissant la nécessité do la loi pour des raisons faciles à deviner, repoussaient les modalités de la « couverture financière » proposée par le gouvernement. Des considérations Inverses rangèrent les socialistes dans la majorité : hostiles, disaient-ils, à raugmentation des armements, iU voteraient cependant les réformes fiscales que ia « couver^ tare )) nécessitait, parce que ces réformes s'accordaient à leur programme.

Le résultat, qui seul importait au point de vue international, futqu’cii moins de trois mois, malgré les bouleversements dont les moyens liscaiix proposés menaçaient la vie économique de rAllemagnc, le vote de ia loi militaire fut assuré.

Le 27 juin, le projet gouvernemental, auquel la Commission avait apporté quelques Limides tempéraments de détail, revenait devant le Reichstag pour la deuxième lecture. Le 30 à deux heures et demie, non seulement le projet était adopté, mais encore ces tempérament étaient supprimés et le texte primitif rétabli dans son intégrité.

Le soir même, \dL()azelte deCologne, dontle correspon* dant à Berlin prenait en matière de politique extérieure ses inspirations à la Wilhelmstrasse, après avoir constaté la sécurité queîa nouvelle loi valait h TAUemagne sur le continent, en avouait le but plus lointain : a Cette sécurité nous rend libre la voie vers une politique mondiale productive. Nous sommes encore tout à ses débuts. De longs

1. Au lîeidjstag allemand, ia prcrniCrc lecture représente ladiseuision générale qui précède le renvoi à la Coiiunission pour rcsaiiioa des articles. Lorsque la Coin mission a délibéré et statué, le projet de loi revient devant rassemblée pour la deuxième lecture, que clèt un scrutin déliiiUif.

UN AVKU'

3lî

t;heiiiins pleins de promesses s'ouvrent a nous en Asie et en Afrique » t.

Lorsqu'il s’efforçait d'expliquer à la tribune du Reichstag l’effort militaire sans cesse grandissant qu'il demandait au peuple allemand, le gouvernement impérial variait peu ses arguments. Par la bouche de M. deBethmann-IIollvvegj c’était toujours la voix de Bismarck qu’on croyait entendre. Le « péril slave » d’un côté, de l’autre Tes prit de revanche qui, en France, couvait sous la cendre, exposaient l’Allemagne k un risque redoutable : une guerre sur deux fronts.

Mais la pensée intime de rAHemagne s’exprimait librement hors de l’enceinte parlementaire. Ce qu’elle préparait c’était, avant qu'a Test, le continent russe eût pu préparer sa résistance organisée, une guerre préventive qui lui permît d^asseolr en Europe l’hégémonie dont elle entendait bien ensuite tirer dans le monde des avantages en rapport avec sa force.

Le kronprinzGnillaumej quelques semaines auparavant, en avait fait d'ailleurs l’aveu avec franchise :

« Ce n'est, avait-il écrit, qu'en nous appuyant sur notre brave épée que nous pourrons garder au soleil la place que nous devons y avoir, mais qu’on ne nous y accorde pas de bon gré. »

Et il avait ajouté :

« Dans tous les conflits politiques, l’épée restera jusqu’à la fm du monde le grand facteur du choix))

Aveu superflu ! Depuis longtemps l’Europe était avertie du danger qui la menaçait !

La Gazelle de Cologne est connue en Allemagne pour avoir fait avec le gouvernement impérial un pacte en vertu duquel, libre dans l'cïpression de ses opinions sur le terrain intérieur, elle reçoit des Informations de politique extérieure contre rengagement de tenir compte des directions qui lui sont données.

2. Extrait du livre VAllemagne en ,armes^ qui parut à Berlin au a lois de mai 1913, et dont la préface et deux chapitres avaient été écrits par le prince liéritier.

Page 1