VOTE DES « TEOIS ANS
nombre plus grand de soldats. Le chiffre des n est pas extensible. C'est en accroissant la paissance des réserves que vous arriverez au résultat qui importe : une aation mieux armée. Ainsi argumentèrent tour h tour H. Jaurès, socialiste, et M. Paul-Boncour, radical, et M. Messimy, lui-mème ancien officier et ancien ministre de la Guerre. Et les grandes lignes de leurs contre projets s'inspiraient de ces idées générales ^ période de présence sons les drapeaux réduite : un an, deux ans ou vingt-huit mois; augmentation, quant à la fréquence et k la durée, des appels de réservistes ; renforcement des troupes massées à la frontière et nommées « troupes de couverture )ï.
Le texte de la commission et du gouvernement ne trouva pas des défenseurs moins ardents. Des techniciens ou des « spécialisés » comme MM. Raiberti, Le Hérissé, Joseph Reinach, montrèrent une fois encore que la nécessité d'instruire des cadres suffisamment nombreux, d obtenir une mobilisation pins rapide et une plus grande cohésion des formations, imposaient les « trois ans m de présence effective, sans exceptions ni dispenses. Elargissant et élevant le débat, M. André Lefèvre, d'une main savante et démonstrative, disséqua et étala le plan militaire de rAllemagne : abattre la France rapidement, non seulement parce qu'il lui faudrait se retourner ensuite contre la Russie, mais encore parce que, malgré les précautions prises, elle no pourrait, au point de vue économique, résister à une guerre d'usure. Tout disait les projets d’aUaquû b 7 'usquée de Lad versa ire ; la ré parti Lion de ses troupes sur sa frontière ouest, la disposition de son réseau ferré, ses immenses gares d'embarquement à proximité de la France, du Luxembourg et de la Belgique. Et comaie cette attaque brusquée supposait une o/l'ensive diplomatiquef indispensable pour s'assurer la priorité des mesures préparatoires de la guerre^ il en résuUait pour la b rance, sous peine de menace de mort^ celte nécessité impérieuse :
être toujours prête à assurer, dans le niinimuiii de temps, à Tabri d’une k couverture indéfonçablc » la raobilisatioo la plus rapide possible. Cette nécessité, seuls les effectifs de présence fournis par trois classes pouvaient y pourvoir. Le 16 juin, la discussion générale fut close. Le 3 juillet seulement, trois jours après l’adoption définitive de la loi militaire allemande, les contre-projets étaient repoussés et le texte de la commission mis en discussion. Le 19 juillet enfin la Chambre votait rensemble de la loi, amendée en cours de débats de quelques nouvelle.s et graves dispositions : incorporation des recrues à vingt ans au lieu do vingt et un ans, durée de service égale strictement pour tous, allocations aux soutiens de familles nombreuses... Le Sénat, pour ne pas retarder l’application delà réforme, abrégea la discussion générale et lesdébats sur les articles, et le t août vota le texte de ,1a Chambre.
D émotion véi'itablc, on en chercherait vainement les tiaces dans la presse allemande. Profondément convaincue de la supériorité de son armée, l’.\Ilemagnc, dans son orgueU, oubliait le conseil avisé de Bismarck au Reichstag de 1887 : « Vous déprisez la force militaire de la France.» La loi^ militaire française laissait intacte sa foi aveugle dans I organisme qui devait, le grand jour venu, assurer la victoire allemande, au besoin sur toute l’Europe conlinentale, mais au détriment de la France. Tout au plus, put-on lire dans des leaders cette thèse paradoxale que l’effort nouveau de la France n’était qu’une nouvelle provocation, la manifestation d’une renaissance de chauvinisme, forme internationale de l’esprit de réaction !
.\u fond, l’Allemagne, quelque confiance qu’clie eût dans son armée, s’irritait de constater que la France refusait la place drapée de mépris aimable qu’on lui offrait au second rang des puissances.