‹ La guerre allemandeChapitre 16 sur 59 · UN ULTIMATUM · texte numérisé non relu

UN ULTIMATUM

qu'elle occupait. Il importait peu que la Serbie eût agi dans uii but de simple sécurité. Si elle ne se soumettait pas, 1 Autriche-Hongrie « agirait par ses propres moyens », Que l’Allemagne eût été au préalable avertie do geste comminatoire et isolé de son « brillant second », il est naturellement impossible de l’établir. Qu’elle en fût même satisfaite, il est permis d'en douter. Ce qui est certain, c'est que par sa presse et sa diplomatie, elle l'approuva et l’appuya. Jouant sur les mots, elle invoquait délibérément l’appui de THalie, dont l'intérêt était peut-être lié au maintien de TÉtat albanais, mais manifestement se trouvait lésé par une action isolée et trop violente de l'Autriche. La GazGiie de VAllemagne du toutefois, dans

son numéro du 19, sans cesser de soutenir ralliée, refusait de prendre l'affaire au tragique i te Le gouvernement allemand, disait l’organe officieux, a fait ces jours-ci à Belgrade des représentations aussi bien intentionnées qu'énergiques afin d’obtenir du gouvernement serbe, en plus du retrait de ses troupes, le respect de la convention de Londres, Le gouvernement serbe qui, à plusieurs reprises, a donné des preuves de sagesse politique et de juste discernement, peut, à condition d’agir rapidenient, éclaircir la situation.On a toutes raisons de croire que la Serbie prendra à temps des décisions conformes aux désirs des puissances ».

Cette confiance menaçante, une fois encore, se trouva justifiée.

Les puissances de la Triple-Entente pouvaient-elles donner àBelgrade autre chose que des conseils de patience et de modération ? Pacifiques jusqu'à l'extrême limite, elles avaient accepté, autant pour attester leur bonne volonté à l'égard de la Triple-Alliance que pour donner à favenir de l'Italie dans l’Adriatique une preuve d'intérêt, la création du paradoxal Etat albanais. Elles avaient fait mieux : elles avaient consenti que la souveraineté de ce

Albi», Agadir-Sarajevo, 5

GEUMANISME EN ACTION

nouveau royaume fût attribuée au prince allemand Guillaume de Wied, qui avait même reçu des promesses de concours financier. Les incursions des tribus albanaises en territoire serbe avaient beau constituer un juste motif d’occupation de quelques villages, si cette occupation devait servir de prétexte à une nouvelle tension européenne, mieux valait céder une fois encore.

La Serbie s'inclina.

Une note remise le 21 octobre par ses représentants aux cabinets des puissances, expliquait d’abord à la suite de quelles circonstances ses troupes avaient pénétré en terrb toire albanais, puis annonçait sa décision en termes dont la dignité n’excluait pas une grande franchise à fégard de f Autriebe-nongrie :

La Serbie a donc, par son attitude, donné uno preuve suffisante quelle n'a pas I jutenUon, par une voie arbitraire et par la force de modiaer les décisions des puissances. Cependant eette inteoLioa, du gouverne ment royal qui n'aurait touché en aucune façon les intérêts de quleonque n’a pas encore eu le temps d'étre exécutée que déjà l'Autriche-Hongrie nous adresse des reproches.

L'Autriche-Hongrie est mécontente do la déclaration du gouver. oeinent serbe et exige par un ultimatum que nos troupes se retirent de la frontière fixée par la conférence de Londres dans le délai de huit jours, ou dans le cas contraire qu'elle prendra des mesures qui réaliseront sa demande.

Le gouvernement serbe après cette démarche inattendue, fidèle à sa politique conciliatrice et dans le désir de renouveler la preuve de son attitude correcte et pacifique, ordonne aux troupes serbes de se retirer vers la frontière fixée par la conférence des ambassadeui's à Londres, laissant la responsabilité de cet acte à ceux qui pensent de cette manière forlilier la paix do TLurope.

L'incident était clos. Petite alerte si Ton veut, mais dont le développement servira de modèle h la grande alerte qui déchaînera la guerre européenne l même action de violence, isolée en apparence de f Autriche-Hongrie contre la Serbie, même appui donné à cette action par

Cf INTÉRÊTS SPÉCIAUX )>

FAllemagne. Seulement, une derniÈre fois, la Triple- Entente aura réussi il reculer Texplosion.

Un mois après, le 19 novembre, le comte Berclitoîd, ministre des AtTaires étrangères de la Double-Monarchie, s’expliquant devant la commission de la Délégation hongroise, exposait en même temps et le point de vue officiel austro-hongrois dans les alîaires balkaniques et orientales, et son attitude envers la Serbie.

On aperçut alors ce qui restait de Tancien^évangile du Bail P la tz : ^ïidTcJiB S(ilQïii([U6* Les guerres balkaniques, en faisant apparaître la force des petits ÊT^ts de la Péninsule, avaient certes obligé l’Autriche à renoncer ouvertement hT tout projet avoué d’agrandissement territorial à leur détriment. Mais l’Autriche affirmait toujours ses inlèréts spécia ux d a n s 1 es B a 1 ka n s e n u n e fo r m u 1 e é q li i voque : une de ces formules diplomatiques qui prétendent résermr famnir. La souveraineté des États balkaniques, personne plus que rAutriche n’était fermement résolue L la respecter! Mais ce respect ne se concréterait en réalité que dans la mesure où cette souveraineté de deuxième zone s inclinerait devant les intéî^éts austro-hongrois.

Si I Autriche avait souscrit une préalable renonciation a tout agrandissement territorial, elle aurait compromis ces inîé^'éts spéciatùx^

Ainsi,^ subtilement, raisonnait le comte Bertchold, Et pins il s efïorçait de préciser, moins les déveioppements verbaux masquaient les réticences de sa pensée :

Ces intérêts spéciaux^ disait-il, peuveni se vésuniev dajis la création d'une Albanie autonome, dans F empêchement ffun déplacement de forces dans F Adriatique et dans la création de conditions de stabilité dans la péjiinsuie balkanique^ autant que possible par des moyens pacifiques.

Le ministre austro-hongrois ne faisait d’ailleurs aucune

GERMANISME EN ACTION

diffîcalté de reconnaître qu'à la conférence des ambassadeurs^ à Londres, la Triple-Entcute avait accédé à ses desiderata essentiels : la création d'une Albanie autonome, et Tattribution à la Serbie, non d'un accès politique sur l'Adriatique, mais d'un simple « débouche cornniercial ». Si, pendant les guerres balkaniques, rAutriche avait maintenu ses armées sur le pied d'une mobilisation permanentcj ce n'était donc pas, affirniait-il, dans une intention agressive, mais par mesure de précaution contre une agression venue du Sud)). Il évoquait même le spectre du passé, une prétendue menace de la petite Serbie au grand empire des Habsbourg :

Nous devions e 7 i nous rarppêle7% disait-il, qu uu iBïiips de lü Bos^iie-îleTzégovine^ la Serbie seule el sans être souienué par^mB grande puissanee avait fait contre nous des pi'éparatifs de guerre...

Mais rAutrichien 5 ayant retracé l'histoire de la crise orientale et de son dernier conflit avec le peuple serbe, était bien obligé de rendre hommage au rôle pacifique de la Russie, et cet hommage est à retenir, parce qu'il montre que de Saint-Pétersbourg aucune prévention absolue ne fermait définitivement la porte à la conciliatioo :

fai déjà eu Voccasion, dit le comte Berchtold, de signaler que ràpports avec Venipire russe sont restés corrects et amicaux pendant toute la du7^ée de la crise. dévolution de la situation dans les Balkans a écarté bie^i des tnoHfs de male^itendu e^iire les deux puissances voisines et a non seulement diminné les occasions de froisseme^it ent^^e elles, fnais aussi a produit sous beaucoup de rapports une heweuse haî^monie de conceptions et d'intéréts qui ne peut avoir qu'une excellente iniluence sur le développement de nos relations.

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