POÊTTIÛN DE LA RUSSIE
Ainsi en veine d'optimisme, le ministre austro-hongrois envisage même la possibilité dbme politique de conciliation envers les Etats balkaniques, la Serbie y comprise. Les transactions commerciales en formeraient la base. N'onLelles pas Tavantage de pouvoir se transformer à volonlé en irritantes querelles politiques? Et, sans doute dans cette arrière-pensée qui n*est pas de douceur, le comte Berchtold conclut a la nécessité de sacrifices militaires noiiveaus:; le vieux refrain de la paix armée fait, sur ses lèvres, écho au fifre prussien :
Si nous nous fortifions sans cesse au point de mie politique, si nous nous tenons p?'êi$ au point de vue militaire, et si nous ne 71 qus abandonno7is pas à l'Ulusi 07 i qu'une coopération ha7mi07iieuse et dévouée petU, à elle seule, 7%07is donner fo7'ce et pi^estige, et à rheu 7 ^e du da^tger, sécurité et eon/ia7ice en nous, alors nous pouiTons profiter xileinemeni des bienfaits de la paix pour 7iotre développeme7il économique et intellectuel, et 7'épa7*er les do7nmages économiqiùes qui furent la conséqurence 7 ialu 7 ^elle desg7*ands événements hisloj'iques qui sesoiildé^mUés sur nos frontièi'es.
D’aussi pressantes sollicitations ne restèrent pas sans effet. Tour h tour, les deux gouvernements autrichiens et hongrois acceptèrent, avec les accroissements d’effectifs et d’armements proposés, les charges financières correspondantes. Six mois après le vote de la dernière loi ailemande, la Double-Monarchie, dans la mesure de ses forces, s était mise à Tunisson de sa puissante alliée. L’impérialisme allemand pouvait compter sur une couverture aussi robuste que possible contre le slavisme du sud et de Test.
A son tour la Russie, à propos de laquelle le chancelier allemand avait invoqué le (c péril slave » pouvait-elle rester indilïérente au «. péril germanique ».
GERMANISME EN ACTION
Chaque année qui passait^ chaque mois, chaque jour, opposaient davantage l'empire des Tsars et les empires jumelés des Habsbourg et des HoheiizoÜern. Qu'il était loin, le temps où, de monter la garde on commun devant le tombeau de la malheureuse Pologne, une solidarité forcée ôtait née entre les trois empereurs î Les dernières lueurs de la SSainte-Alliance s'étaient évanouies. L'idée nationale remportait définitivement. L'Allemagne uiiiûée s’épandail sur le monde ; par elle-même ou pari Autriche, ses intérêts s'affrontaient toujours de plus près aux iiité^ rêts russes. Il s'agissait bien de frontières polonaises! En ürieiiL en Perse, et jusqu'en Chine, ses entreprises économiques défrichaient la route a ses desseins politiques* Ses agents ofdciels ou occultes multipliaient leur activité. Sur les rives du Bosphore comme a Téhéran ou à Pékin^ ie germanisme en action se dressait en face des vieilles positions de 1 influence moscovite. Accepter sans réplique, en Europe, la rupture d’équilibre qu'allaient produire les armements nouveaux de l'Allemagne et de rAutriche-Hongrie, c'était abdiquer dans le monde. La Russie, pas plus que la France, ne pouvait s'y résigner. L’avoir été faible en 1909, quatreans seulement après la paix de Portsinouth, l'empereur Nicolas U savait ce qu'il lui en avait coûté : i'ûbligation, sous la menace de rintervention allemande, de sacrifier à TAutriche son rôle traditionnel de protecteur des ïSlaves du sud. Cela ne devait plus arriver.
De grandes réformes militaires s'imposaient donc.
Si l'Allemagne invoquait sans cesse ses « frontières ouvertes n de tous côtés, réventualité à laquelle elle se trouvait ainsi exposée de conduire une lutte sur deux fronts, quels périls plus réels menaçaient la Russie ! Deux grands empires, en Europe, faisaient pression sur sa frontière occidentale. Au Caucase, 1 hostilité de la Turquie l'obligeait à maintenir non pas seulement des garnisons de gardiennage, mais des corps d’armée en forces et en
LA DÉFETfSIVE RUSSE
nombre suffisants pour entrer immédiatement en campagne. Au Turkestan et dans cette partie de fAsie centrale d’où étaient venues jadis les in vasions tartares, le caractère belliqueux des populations exigeait la présence d'etï'ecLifs importants. Dans Timmense Sibérie, enfin, la seule occupation immobilisait encore, surtout sur les confins de la Chine et du Pacifique, un ensemble de forces qui ne s'élevaient pas à moins de trois corps d'armée. L'étendue de fempire — le continent russe, ainsi qu'on Ta appelé — h la question deseiîeciifs ajoutait le double problème de la répartition et du transport des troupes, conditions d’une mobilisation suffisamment rapide. Sans doute, comme au temps de Napoléon, respace lui continuait sa redoutable collaboration défensive. Les nécessités de la stratégie moderne, nctauirnent féventualité d'avoir à combattre sur le front polonais et gaiicien l'Allemagne et l'Autriche- Hongrie, commandaient toutefois au moins une amélioration du réseau ferré de première et de deuxième lignes. Bref, pour donner à l'arniéê russe une puissance proportionnelle aui 170 millions d'habitants de l'empire et à la menace venie de trois fronts, il fallait non seulement poursuivre ^réorganisation de l'armée, l'amélioration des armements, mais aussi modifier ia répartition des troupes et les systèmes de transports, de manière à avancer sur les frontières occidentales la ligne de concentration.
Le goaverneraent et la Douma, dès que furent connus les projets allemands qnl aboutirent a la loi du 80 juin 1913, se mirent à l'œuvre dans une même pensée : s’efforcer, comme la France, d'assurer la paix dans la dignité en créait un contrepoids suffisant à la puissance militaire allemande.
Dès L mois de mars, une décision importante intervint : le nombre de corps d'armée serait porté de 38 à 4L Un mois après, le contingent annuel était élevé de 300.000 à 450.00(' hommes. L'elïectif global de l'armée étant d’envL
germakie^me en action
roD 1.400.000 hommes, il suffirait de garder sous les drapeaux une classe libérable pour avoir, sur le pied de paix, une armée de 1.830.000 hommes ! L’armement et l’organisation de cette masse imposante furent perfectionnes à leur tour; la Douma, par le vote d’importants crédits, assura au mois de juillet la mise au point progressive des services nouveaux dont la science moderne avait fait apparaître l’importance ; transports automobiles, aéronautique, télégraphie sans fil... Un ou deux ans encore, quelques mois peut-être, et l’armée russe serait en mesure de jouer un rôle à la taille du plus grand empire du monde...
Ce rôle, d’ailleurs, elle ne Passumerait point seule. Créée et entretenue pour une mission non d’attaque, mais de défense, elle pouvait compter sur la coopération, à 1 autre bout de l’Europe, de son alliée, l'armée française. M. Delcassé, nommé au mois de février ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg, s’employait activement à « pratiquer » cette alliance dont, vingt ans auparavant le grand Tsar Alexandre IH avait jeté les bases indestructibles. Une carrière déjà longue, partagée entre l’étude et l’activité politique, sept ans passés au quai d’Orsay, huit années de méditations isolées après le « coup de Tanger» avaient fortifié dans l’esprit de l’ancien ministre des Alîaires étrangères français cette conviction inébranlabh : un jour viendrait, qui approchait chaque jour, où, mue par le sentiment de sa force, persuadée que la force crée un droit,
l’Allemagne tenterait de réaliser cette hégémonie à laquelle
tous les' Allemands, depuis l’empereur^ jusqu’au plus humble de ses sujets, rêvaient tout éveillés.
M. Delcassé s’était donc employé à associer d’abord la puissance financière de la France au nouvel elfor; russe, en assurant la construction de voies ferrées stratégiques destinées à améliorer la mobilisuüon sur les frontières de Pologne et de Galicie. Puis, appliquant dans un esprit d’intimité grandissante la convention militaire qui liait