SUE LA FRONTIÈRE EELGE
les dùûT pays, il avait fait venir au mois d*août à Petersbourg une mission qui ne comptait pas moins de vingt officiers français et à la tête de laquelle se trouvait le généralissime Joiïre, La collaboration technique prévue jadis passait de plus en plus dans la pratique courante. « Je fais des vœux, dit le grand-duc Nicolas dans un toast à Joffre, pour que les liens d'amitié réciproque et de cordiale fraternité qui unissent les deux armées alliées se resseiTent toujours davantage »,
Ainsi, à mesure que, suivant son destin, rAllemagne affirmait par une vertigineuse progression de ses armements sa prétention à fhégémonie, sur ses deux flancs la Russie et la France préparaient patiemment, sagement, la défense des nationalités menacées.
Les avertissements, entre des périodes de calme trompeur, se multipliaient d'ailleurs à la fin de Tannée tfllS.
11 en vint d'abord, et de quelle gravité ! du côté de la Belgique.
Profondément ému par les crises suGcessives qui avaient de plus en plus gravement affecté depuis quelques années les rapports entre la France et TAlleinagne, le laborieux et vaillant petit royaume envisageait avec une angoisse grandissante Téventualité d'un choc entre les deux pays, La main qu en J911 TAllemagne avait ostensiblement tendue à travers TAfrique vers le Congo belge lui avait appris à mesurer f appétit pangermaniste. Le long de la frontière de sa province du Luxembourg, la menace de Tinvasion s’inscrivait sur le sol allemand en travaux gigantesques : les voies ferrées, dont Tinutilité commerciale décelait le but stratégique, comme celle de Malmédy-Stavelot, se multipliaient ; les quais des stations les plus infimes s'allongeaient et s'élargissaient^; les camps d’instruction
i > La menace qui résultait de ces constructions était si évidente
GERMANISME EN ACTION
prenaient Taspect de camps de concentration permanente ; la répartition des troupes allemandes, si on la figurait en taches noires sar une carte, trahissait manifestement la direction que le grand état-major de Berlin avait décidé de donner à ses armées. Par-dessus les dérisoires frontières tracées par la main de Thomme, la bise venue de Germanie apportait le murmure des préparatifs guerriers et le bruit des invocations à un Dieu de conquête et de barbarie dont le christianisme n’avait changé que le nom.
Le plan s’avouait avec une telle netteté que, prévenus par leurs camarades belges, ies députés socialistes au Reichstag s’en étaient émus. Le 19 avril 1913, tandis que la Commission de l’armée discutait les projets militaires, plusieurs d’entre eux^ M. Ledebour notamment, avaient mis tour à tour le général von Heeringen, ministre de la Guerre, et M. de .îagow lui-même en demeure de s’expliquer sur leurs intentions à l’égard de la neutralité belge. L’un et l’autre avaient fait a l’indiscret questionneur des réponses dont la précision était purement formelle, mais dont le ton, les réticences par lesquelles elles se terminaient, en présence de la matérialité des faits invoqués.
^îu’tjllo donna lieu à des conversations entre Tattacbé militaire anglais à Bruxelles et des olficÉcrs belges en vue if une coopération éveiitueile de rAngleterre à la défense de la neutralité belge. Ce sont ces couve rsati on s dont le ctiancelier de Bethinann-Hollweg, pour justifier après coup la violation de la Belgique, a voulu faire un complot. Cette allégation a été lumineusement réfutée par ie Foreing-Office dans une note du â6 janvier lùlb, dont le passage suivant est saisissant : (X Si le chancelier allemand désire savoir pourquoi 11 y a eu des conversations sur des sujets militaires entre des ofàeiers anglais et belges, il peut trouver une raison de ces entretiens dans un fait bien connu de lui, A savoir que rAllemagne établissait un réseau complet de chemins de fer stratégiques allant du Rhin à la frontière de Belgique, à travers une région stérile et peu peuplée. Des che- Olin s de fer certainement construits pour permettre une attaque soudaine contre la Belgique, comme celle qui a été exécutée au mois d’août dernier,