‹ La guerre allemandeChapitre 24 sur 59 · Le Tag du 17 mal · texte numérisé non relu

Le Tag du 17 mal

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L’aéronautique militaire enfin, cette cinquième arme encore inconnue huit ans auparavant, est renforcée et portée h son dernier degré de perfectionnement.

L’Allemagne, plus que jamais, est prête à confier à la force le soin de trancher son destin.

Mais quels adversaires appellera-t-elle h sa barre de fer? Et dans quel ordre et quand les appellera-t-elle?

C’est ici que ses hésitations commencent. Des alarmes que ses armements navals et militaires ont semées, de la réaction que ses tendances plus ou moins avouées à f hégémonie ont amenée chez les gonvernemeiits et les peuples, une atmosphère commune de suspicion s’est élevée partout autour d’elle. Cette Triple-Entente, qui n’était qu’à peine ébauchée en i^ÛT, et que d’ailleurs l’épuisement de la liussie dans les plaines de Mandchourie rendait inoffensive, va-t-elle devenir une nouvelle Triple-Ailianee? Cette lutte sur deux fronts, cauchemar de Bismarck, mais que rAllemagne contemporaine, confiante dans sa force, envisage sans effroi, va-t-elle se changer par fhostilité anglaise, en une gigantesque bataille contre trois adversaires, dont personne no peut prévoir l’issue, et dont rAllemagne ne pourrait sortir victorieuse que pour partie ?

Redoutable problème. D’autant plus pressant aussi que chaque mois, chaque semaine, chaque jour qui s’écoulent en font la solution plus urgente. L’immense peuple allemand grandit sans arrêt. Sa fortune s’accroît avec sa force productive. Son appétit dejouissances aussi, fl veut vivre sa vie. De plus^ en plus, ses intérêts lui paraissent des droits, et les droits des autres nations des notions périmées que le te progrès germanique doit emporter dans sa course victorieuse. Si ses gouvernants, avec la puissance militaire mise à leur discrétion, sont impuissants à assurer de nouveaux domaines a son activité, pourquoi lui avoir demandé tant de sacrifices?

DEÜX, OU TKOIS?

Ah ! si un seul des anneaux de cette coalition qui lentement se forme pouvait être détache ! Mais sur lequel porter ses eiTorts?

A Test d'abûrd, une entente avec la llussie devient plus problématique.

La Russie! Mais c'est le grand obstacle dressé contre le germanisme militant Lorsque Je chancelier, au mois d'avril 1913, a évoqué le péril slave, certes, ce n'est pas un vain fantôme qu’il a agité devant le peuple allemand. L'obstacle est réel, il croît tous les jours* Cet immense empire de 170 raillions d’habitants, qui seront demain plus de 200 raillions, passe rapidement de Tétape purement agricole k l’étape industrielle. La productivité de son sol, par de sages lois agraires, augmente. En même temps des usines monstres s’y élèvent, des banques! énormes s y édifient. Il n’achète plus seulement, voki qu’il se met à vendre. 11|s'avise même de concurrencer sur le marché métallurgique les produits de Tindustrie aile mande. Pour n’en citer que deux preuves, la production de la Russie méridionale seule a passé de 1900 à 1913, en charbon r de 11 millions à 26 millions de tonnes; en fonte : de 1.500*000 tonnes h 3.100.000 tonnes* L’empire des Tsars ne progresse pas seulement au point de vue économique, Son organisme politique devient chaque jour plus cohérent, son squelette administratif se fortifie. Un généreux empereur entreprend, contre toutes les routines, de guérir son peuple d’un vice destructeur, Talcoolisme. Peu importe que l'État tire de ce vice près d'un milliard de roubles par an, presque le tiers du budget de rEmpire. Le salut de la nation avant tout ! Une crise financière se surmonte, et bientôt l'État bénéficiera delà productivité décuplée par une situation sanitaire excellente. Au ministère de M. Kokovtzof, adversaire de la réforme, succède un ministère Goreraykiiie qui s'adjoint

LE BIVAL RUSSE

comme ministre des finances M. Bark, courageusement décidé à résoudre le grand problème national f

Y a-t-il au moins quelque espoir pour rAllemagne que ce nouveau gouvernement se montrera plus disposé que fautre à transiger, sur le domaine politique, européen ou mondial, avec les intérêts russes?

Rien ne permet de le penser.

Les rapports entre Berlin et Pétersbourg sont moins que cordiaux depuis le commencement de 1 année. La querelle née de la mission Liman von Sanders n'a reçu qu’une solation bâtarde, et le mécontentement, de part et d’autre, persiste. Chaque partie est restée sur des positions que l’autre devine provisoires. Le 9 janvier, après de confuses et laborieuses négociations menées simultanément par la Russie a Berlin et Constantinople, les pouvoirs de Liman TOU Sanders ont été modifiés : de commandant du corps, il est devenu inspecteur général. Mais sa situation, pour si peu qu'elle ait perdu en pouvoirs effectifs, a gagné en étendue; à la première alerte elle redeviendra ce qu'elle était. L’intérêt du bloc germanique est trop grand pour qu’il abandonne la partie : Une guerre avec la France, TAngleterre et la Russie, écrit la Gazelle de Francfort, aurait pour résultat immédiat d’interrompre tout transport par mer. Reste donc pour la Triple-Alliance Tunique voie menant par la Roumanie, la Bulgarie et la Turquie vers FAsie-Mineure. La Triple-Alliance doit être certaine que cette route lui sera toujouz^s ouverte ». Mais la Russie aussi est essentiellement intéressée à ce que les Détroits lui soient ouverts. La solution donnée par En ver pacha, ministre de la guerre, irrite donc à la fois Topinion des deux pays. L’officieux Lokal Anzeigerl^ traite de dictateur.

i. M, Horace Goreinykine succéda à M. KokovUof le 11 février 1914. N’appartenant à aucun parti politique* sorti de la carrière adininistmive, il avait déjà été président du Conseil en 1906. M. Bark oluit a.djoint au ministre du Commerce.

DEUX, OU TROIS

Les journaux conservateurs parlent d un succès pour la France et ta Russie* A Saint-Pétersbourg, le mécontentement n'est pas moindre. Ün per^toit les signes avant-coureurs d'une polémique qui pourrait glisser jusqu'au conflit.

Sur le terrain militaire aussi, la Russie persiste courageusement dans la voie de la résistance. Le principe posé et appliqué avec tant de rigueur par l’Allemagne que la puissance de l’armée doit être proportionnelle à celle de la nation, voici maintenant qu’il se retourne contre elle. L’immense Rassie, sans effort, met peu à peu ses forces en liannonie avec sa population, perfectionne son organisme militaire. Des bruits circulent, vagues d'abord, de plus en plus précis ensuite, sur une augmentation prochaine du chiffre de son contingent*

Cette puissance grandissante ne menace pas seulement enfin de réaliser cet équifibre européen dont rAflemagne a tout à redouter Qui sait si elle ne va pas compromettre à bref délai les avantages économiques que l’industrie, Tagriculture et le commerce allemands retirent de la Russie? L’empire russe, qu'on dit inconsistant, fournit un admirable champ d’exploitation. Quand on en parle entre Allemands, n'en dit-on pas avec un dédain affecté, qu1l est « une colonie allemande » ? En tous cas, les grands propriétaires prussiens y exportent en quantités croissantes le seigle et l'avoine, l'industrie ses produits les plus divers. Jusqu’ici, un traité de commerce conclu en i894 et renouvelé en 1904 a assuré aux exportateurs allemands une situation privilégiée^ Mais ce traité expire le 8i décembre 1916 Si la rivalité russo-allemande s’exaspère encore, si Tessor économique de la Russie s'accentue, l’agriculture et le commerce russes voudront s’affranchir de la tutelle allemande. Des barrières douanières vont s'élever *. Onej] parle déjà*.. Déjà la poussée du nationalisme slave, fuisaat écho au nationalisme germain, donne de l'assurance aui

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