POLÉMIQUE DE PRESSE
productetirs russes.*. Ils élèvent la voix pour réclamer la révision d'un régime douanier qui les paralyse et les livre il la discrétion de leurs rivaux.
Ainsi le formidable bloc russe, semblable à une immense falaise soulevée par quelque irrésistible travail géologique, surplombe chaque jour davantage la plaiue où s'agite le peuple allemand.
Composer avec cette force de la nature, rAllemagne peut elle y penser ? Que pèsent, k côté de cette opposition irréductible, ces traditionnelles » relations dynastiques, sur lesquelles le cabinet de Berlin basait naguère encore sa conduite avec la Russie? Depuis que Nicolas U monta sur le trône des Romanof, que de désillusions l’attitude de rAllemagne lui a apportées 1 Pacifique, il Test toujours comme en DS96, comme en 1898 lorsqu’il conviait les nations à mettre lin à la folie des armements Mais il a lu dans le jeu allemand, et le Russe qu’il a toujours été s’oppose de plus en plus a rAllemand,
Non, décidément, aucune transaction ne parait entre l'Allemagne et la Russie. L’Allemagne doit envisager comme prochaine, si elle ne vent pas que l'adversaire soit devenu trop puissant, une lutte avec le grand voisin de Test. Et elle l’envisage ce effet, non sans une certaine appréhension, par conséquent non sans colère.
Pour préparer PopinioEi, un grand organe d’information ouvre le leu de la polémique* Le 3 mars, la Gazette de Cologrie expose en termes violents le danger russe. Sans doute ce danger n'est pas encore imminent* Mais il le sera en 1917, lorsque Tarmée russe aura réalisé toutes ses réformes. Alors l'Allemagne sera peut-être impuissante à arrêter l’invasion de la Prusse orientale.
D’autre part ajoute l’organe rhénan, on aurait tort de croire que le danger tle iroubles intérienrs diminue ia force ullénsive de J ai niée.
Sans s'arrêter à des considérations poü tiques, il est évident, quand on regarde la carte, que c’est contre rAllemagne que la politique
DEUX, OU TROIS
russe tournera le plus voloutiers ses armes. Si l’on songe t Tattitudè qu’eut rAllemagne en 1904, il ne serait pas exagéré de parler d’une ingratitude sans exemple. Nous permîmes alors aux Russes de dégarnir leur frontière polonaise ; ils nous attaqueront au contraire tandis que nous serons occupés à l'ouest Dans trois ans, lorsque nous négocierons un nouveau traité de commerce, lorsque la promesse donoée dans raccord de Posldam sera échue, la Russie cher* chera peut-être à provoquer des complications extérieures.
Et Tarticle, qui est daté de Saint-Pétersbourg, se termine sur ces injurieuses menaces *
Les messieurs qui dirigent la politique russe auraient peut-éljfi une autre attitude s'ils savaient qu’ils ne peuvent compter du côlé allemand sur la complaisance et la prévenance d'autrefois. Une grande part de la politique russe n'est que du Rlufî. 11 serait hoD, une fois pour toutes, que TaltiLude des milieux politiques russes officiels mît fin t la légende d’amitié historique de la Russie et de TAllemagne.
La catholique Germania précise etclarifierattaque. Que rAtlemagne arme jusqu’à être accusée par quelques Allemands de mobiliser en pleine paix, et elle ne fait que «consolider la paix». Mais que la Russie suive son exemple, voilà la véritable menace contre la paix ! Ce subjectivisme naïf s'étale sans apprêt :
Sous la pression de la France, écrit lo journal du Centre, on fait actuellement en Russie des préparatifs de guerre qui, en certaines circonstances, pourraient constituer une dangereuse menace poor la paix européenne. La chute de M. Kokovtzof et la nomination de M. Goremykine sont caractéristiques. Les chauvins et les violents ont de nouveau de l'influence.
La pesanteur de Taftaque en ayant exagéré peut-être les effets voulus, le monde officiel allemand se résigne à un reniement timide. Mais sur Forigine de Tinspiration personne ne se trompe, en Allemagne surtout. Le mutisme de Fagence Wolff et de la Gazette de rAllemagne du Nord sont, au demeurant, significatifs. « Les révélations de la
incidents significatifs
Gazette de Cologne, écrit4a Taeglische Rundschau, n'oïit aucunement surpris nos milieux militaires. Depuis un an et demi, on observe en silence les préparatifs russes et on prend toutes les mesures nécessaires. On se rappelle la YÎsité du chef d’état-major général autrichien von Schemua, à Berlin, a la fin de décembre 1912. Cette visite avait précisément pour objet de convenir de^ mesures à prendre pour parer au nouvel effort de la Russie ».
Le monde cosmopolite et mêlé des financiers ne se méprend pas davantage sur la portée de faverlissemeni. Lui qui sera si bien informé quelques mois pins tard, il a va de suite danseette polémique les signes avant-coureurs d’inévitables complications. 11 s'émeut, il réalise. Les Bourses de Paris, de Berlin, de Saint-Pétersbourg, baromètres de leurs impressions, enregistrent des baisses subites. La lourdeur des marchés européens, depuis le coup d’Agadir, est devenue de la torpeur, puis de la paralysie. Les ventes diminuent, les achats se limitent aux transactions les pins urgentes. Maisde grands lancements, d'émissions nouvelles, il n'est plus question. L'argent se cache. Les taux s'élèvent. On ne fait plus d'affaires, gémissent des milliers d'intermédiaires découragés. Qu’on ne s y trompe pas! Ce monde international, dans lequel filtrentles informations les plus contldentielies, adiscerné le danger : une rivalité de nations est surtout redoutable, celle de l'Allemagne et de la Russie. Leur conflit doit entraîner un conflit européen généralisé. L’orage ne gronde pas encore, mais les nuages s'amoncellent à rOrient. Quelle force humaine serait capable de prévenir ce déchaînement de forces naturelles ?
En attendant le premier grand coup de tonnerre, les grondements souterrains sont perceptibles entre les rives de la Sprée et celles de la Néva. Les incidents menus et irritants se multiplient. On se croirait .evenu à vingtcinq ans en arrière, à cette époque lointaine où Bismarck,
DEUX OU TROIS
en face des velléités d'indéperLdance d'Alexandre 111, qui Texaspéraient d’autant plus que Tamltié soumise de la Rassie entrait davantage dans ses desseins, manifestait sa mauvaise humeur dans les rapports les plus banals de chancellerie à chancellerie. L'administration russe est accusée de se complaire avec indiscrétion dans Tespionnage Des arrestatious ordonnées à la légère — on ne peut croire que ce soit sans ordre supérieur — se succèdent en territoire allemand. Un capitaine d'artillerie nommé Poliakof, en mission officielle a Dantzig, est appréhendé pendant Jecarnavat, à Cologne, retenu en prison sous Tinculpation de vol, et relâché huit jours après, sans expli^ cations ni excuses, « L'Allemagne, dit le Novoié Vrémiu, se moque de la qualité de sujet russe et do la dignité d officier russe ^ » Quelques semaines plus tard, M, Popof, agent du ministère des voies de communications, subit le même sorti luais plus heureux, il est relâché au bout de trois heures. Les incidents de frontière ne sont pas moins nombreux. Bref, c'est la guerre de coups d’épingles.
NatureliemenL les ripostes de la Rassie ne font pas défaut. Mesures d'ordre économique d’abord, les plus sensibles à répiderme allemand : projet d’un droit de cinc| francs sur chaque quintal de céréales importé en Russie, commandes â l’indastrie métallurgique transtèrées en Angleterre, retrait des dépôts de fonds russes des banques berlinoises^. Les réponses de la presse moscovite