LE KAISER ET LA FEAKCE
Schoen yieot à Berlin assister à la fête des Ordres ^ Guillaijme II le reçoit longuement, cause avec lui des rapports franco-allemands. La pensée impériale, au moins M. de Schoen ralTirme-t-i 1 quelques jours plus tard est empreinte de sympathie pour la France. Guillaume U dit la bonne impression produite en Allemagne par la conduite courtoise des Français. D’importantes tractations d’ordre économique sont engagées entre les deux pays.,. Un congrès douanier franco-allemand s'est réuni à Paris a la fin de
éclairés dont le lieutenant-colonel de Winterfeldt a été entouré, ainsi que les vivus sympathies dont il a été Tobjet, a conféré un certain nonibie de décorations et des dons personnels,
a Le baron de Schcen, ambassadeur d’Allemagne, a remis récempent à M. Etienne, ministre do la Guerre,un portrait de l’empereur. Des distinctions bonoriüques ont été décernées, entre autres an général Graziani, au colonel Dupont et à plusieurs oUicîers de P étatmajor, au général de division Martin, au médecin en chef Gollinet à Toulouse, au préfet et au secrétaire générai de Tarn-et-Garonne, au professeur Hartmann, aux docteurs Boy et Voivenel et aux autres médecins civils et militaires qui ont prodigué leurs soins au blessé, au lieutenant Malick, au maire de Grisolles, k M. Massot, aux iniirmioES et ordonnances, aux gendarmes, aux agents, au garde cbampétre.
£^ L’empereur a en outre fait parvenir des souvenirs personnels à M. Massot, à M. Massot père, au docteur Roy, à Voivenel,
à Rongé, au lieutenant MaLck, A MM, Lavaste et Magnol, aux agents des postes de Grisolles, aux ordonnances, etc. Eniin il a fait remettre au maire de Gnsodes la somme de 6.ÛUÛ francs pour les œuvres de bienfaisance de la commune. »
1. Voici en quoi consiste la F te des Ordres : au mois de janvier, toutes les personnes décorées, nans l'année, d’un ordre prussien et résidant à Berlin ainsi que quelques provinciaux de marque, sont conviées au chOiU au royal de Berlin. Klles assistent le matin à une céréinoûie religieuse dans la cbapolle, et après la cérémonie, à un grand déjeuner w dinatoîre y, que préside l’empereur, et où elles s assoient, sauf les grands dignitaires auxquels une table d’honneur est réservée, les unes à côté des autres, sans distinction de rang ou de sexe, un laquais de la cour, par exemple* à côté d’un général. L’empereur fait ensuite le tour des tables et se fait présenter quelques-uns des convives.
2. Dans une allocution prononcée au banquet donné le 27 janvier par la colonie allemande de Paris pour fêter l’anniversaire de üuiliaume U,
AteKT, Agadir-Sûtajfiv0. g
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114 DEUX, OU TROIS
Dovembre dernier, il a émis des vœux importants pour U protection réciproque des marques d'origine. . Le i2û jaovier, le baron de Schoen offre, à rambassaded'AllemagEe, on dîner en Thonneur da Président de la République, L'amphytrion et sa femme, Belge de naissance, plus bourgeois que grands seigneurs, paisibles et amènes, sontpnrticulièrement estimés dans la société parisienne ; 1 hôtel Beaubarnais, ou le portrait de Guillaume 11 voisine avec les souvenirs de la reine Hortense, reçoit une foule d% vités comme on n'en avait point vue depuis les premiers temps de la mission du prince Radolin. Sans doute m manifestations sont-elles sans grande portée politique. Elles montrent au moins qu’une atmosphère de courtoisie et de muLüelle estime n’est pas impossible à créer... Delà détente à la confiance, et de la confiance à Pentente, leî distances ne sont point grandes.,. Pourquoi n’essaierail on puii de les franchir?
Oui, pourquoi?... Et le Hohenzollern songe.
triomphes sans violence lui apparaissent. Des visions d'apothéose, dans une réconciliation définitive, passeüt devant son imagination. Est-ce possible ?
Hélas \ La réalité dresse devant le rêve sa figure réba> bative. Le sourire de cette France, dont 1 empereur a peut^ être désiré l’amour, n’exprime qu’une superficielle courtoisie. Entre les dieux grandes nations, il n’y a point d’âme commune, et les cœurs ne connaîtront jamais le contad divin qui fait sourdre les chaudes sympathies. Maisâusstj quel étrange esprit règne en ce pays de l'esprit î Ce n’ pas assez que la France refuse d’incli ner un passé glorieui devant la jeune gloire d'un empire nouveau. Même le fait indéniable de la puissance matérieile, d’un hochementdt tète poli, elle le nie et lui oppose la puissance de ses idées, auxquelles elle semble se réserver la mission de donrei une forme universelle î En vérité, que voilà une singaV nation !
Niriir I;' I'
l’accord DD 15 FEVRIER 1914
Le maître de l'Allemagne, découragé, à son tour hoche la tête. L'irritation^ fille du regret, succède dans son cœur à la sympathie. La solution de Tiolence, décidément, il faut qu’il s'y résigne. Il est Allemand, d'ailleurs, avant tout; rintérét de rAllemagne au-dessus de tout ! DeulEchland über alleEl Avec la guerre contre la Russie, il doit envisager aussi, sans défaillance, une guerre contre la France* Et malheur à la Franceî Quand sonnera Theiire dû cette formidable lutte sur deux fronts, c'est contre la Russie que TAUemagne prendra ses assurauces d'un avenir sans menace slave, mais c'est de l’or français, d'un morceau du territoire français, des colonies françaises, qu’elle tirera le plus substantiel bénéfice Cette idée simpliste, le langage usuel de f Allemand moderne l'exprime même d'un mot français germanisé : profuiren.
Le parti colonial et militaire, celui dont le prince impérial s’est fait le chef avoué, conserve donc en réalité au début de cette année 1914 toute son influence, et raffîrme chaque jour davantage. Pour lui, la France reste l'ennemi héréditaire, celui qu'il faut abattre d'abord, Paris doit céder le pas à Berlin* Toutes les concessions que peut faire l'Anemagne ne peuvent être que provisoires. Si l'on consent encore à traiter sur le pied d'égalité, ce n'est qu’en attendant mieux, en attendant le jour ou l’on pourra librement pratiquer la politique de sa force, die poiüih Sêûirf MachL
D’importantes négociations, dont les chemins de fer de l’Asie Mineure forment l’objet, s’achèvent dans cet esprit à Berlin.
Dans cette partie de l’empire ottoman sur laquelle l’Allemagne élève une érudite revendication, les concessions françaises et allemandes s’enchevêtrent sans ordre et se contrarient. En outre, une ventilation financière s’impose. Des guerres balkaniques ont coûté à la Turquie la plus grande partie de son territoire européen, et, par suite, a
DEÜX, 00 TROIS?
disparu une notable partie des reTenus qu’elle a concédés pour former le gage des promesses de garantie d’intérêts accordées à certaines entreprises ou à certains créanciers. Mais cette ventilation ne peut s’opérer sans une entent* des « gagistes », parmi lesquels précisément figurent les concessionnaires français et allemands de voies ferrées construites ou en projet. Des négociations ont été entamées au milieu de l’année précédente, à Paris et à Berlin ; mais elles n'ont point donné de résultat. Reprises à Berlin sw des bases nouvelles par des négociateurs nouveaux, elles aboutissent enfin le IS février 1914 à un accord qui paraît donner satisfaction aux deux parties, mais qui, simplement paraphé, reste subordonné à la conclusion d’autres accords de la Turquie avec les puissances ou des puissancesentre elles.
Le dessin général de l’accord exprime la bon ne volonté de laFrance il l’égard des besoins d’expansion de l’Allemagne. La France renonce à toute demande de concessions dans la zone économique desservie par le rail aUemand, elnotamment par cette fameuse « Bagdadbahn », épine dorsalede la « weltpolitik ». L’Allemagne, en relour, reconnaît à la France la même exclusivité dans l’hinterland de la met Noire et dans le nord de la Syrie. Cet Orient moyen où le» rivalités prenaient naguère encore une forme si aigu5, peut-on espérer maintenant qu’il va devenir une raisoa d’apaisement et de concorde?
Quelques personnes, peut-être, des deux parts, nourrissent un moment cette illusion. Kn France, M. Gaston Donmergue qui a succédé à M. Barthou comme président da Conseil et qui a pris le portefeuille des Affaires étrangères, ne passe point précisément pour un nationaliste ang#' leux^. Il a voté la loi de trois ans comme simple sénatc«f,
1. Le cabinet présidé par M. Barthou fut renversé parla Cbsmh»
des députés sw ia queslion de 1 emprunt-
Le ministÈre qui îui succéda fut formé le & décembre 1943 k 11 éüJi
RÉSEHVE PEESïSTANTE
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mais seulement pour des nécessités de défensive. Arrivé au pouvoir, c'est dans le même esprit qu'il s'est déclaré partisan de son maintien. .An fond, il est pacifiste et humanitaire. Quelle aubaine, si i'occasion s’offrait à lui, sans rien céder de la dignité du pays et de Tindépendance de sa politique extérieure, d'amener une détente durable avec le grand empire de Test!
Mais ce rêve est plus vaporeux encore que celui de Gaiilaufne ÏI. La rafale de la réalité a îùt fait de le disperser. Les polémiques et les manifestations, dont le vent venu d'Allemagne apporte le bruit, montrent vite de quel dédain le parti de la violence a accueilli cet accord asiatique du 15 février.
Dans les journaux les plus pondérés, la doctrine « néoallemande » d'une place au soleil proportionnelle à !a force de TEmpire traxissude entre chaque ligne, chaque jour plus abondamment, a Certes, dit un organe habituellement inspiré en matière de politique étrangère, un optimisme sans limite pourrait seul apercevoir sous des couleurs roses la situation internationale On peut dire cependant avec quelque raison que la nouvelle augmentation de l’armée allemande, la consolidation intérieure de la Triplice, nos négociations avec la France, avec la Turquie et avec rAngieterre nous ont fait faire un pas en avant sur la voie que nous tracent d'avance les conditions essentielles de notre politique extérieure. Nous pourrons délimiter Tiinportance de ce progrès quand nous saurons de quelle façon la France va accepter le service de trois ans, quand nous saurons si les assurances des hommes
âiDSi composé : Présidence du Conseil et A/fair es étrangères : M.Dou morgue; Juiisce : M, Bienvenu-Martiû ; Finances : M. J. Caiilaux ; Intérieur : M. Eené Hanouit ; Guej^re : M. Kouleus ; infirme : M. Monis ; Inslructîon publigue : M. Viviani Travau 3 > publics : M. Fernand David ; Commerce : M, Malvy ; Colonies : M. Lebrun; Agriculture .■ M. Raynaud; Travail : M. Métin.
OïCüXt ou TilOIS?
d’Etat russes ont bien la valeur et la force d’une politique durable, enfin quand nous aurons appris quel est le résultat des négociations eu Asie Mineure et dans l’Afrique centrale ^
Germania in nuce ! Toute la politique allemande esi dans ce passage saisissant*
Au premier rang des nations dont Tobédience est ainsi sollicitée, figure naturellement la France. Que pèse ce pauvre accord du V6 février dans la balance getmanique, au momentOLi écrit le rédacteur? L’essentiel c’est de malotenir la grande prétention h exiger que les autres peuples restreignent leurs positions et leurs droits acquis jusqu’à ce que le peuple allemand puisse se déclarer satisfait. Si la France ne veut pas de la gu erre allemande, qu’elle accepte « la paix allemande » î Et si la France refuse l’exercice du choix, alors il ne reste plus qu’à mettre l’opinion en présence du devoir à remplir! Tous les moyens soûl bons pour FéchaufTer jusqu’au degré voulu, toutes les réticences gouveraeinenlales légitimes, si elles assurent à TAliemagne des moyens efficaces de pression*
Les campagnes de presse redoublent donc, faisant chûrus avec les manifestations pangermanistes. ^
La vieille querelle de la Légion étrangère est raniméfi par les journaux les plus pondérés, le Berliner Tageblail en tête* Dans des conférences qui se multiplient aux quatre ■ coins de l’empire, cette institution est oiensongèrementet ^ sciemment représentée comme ff une honte pour la civili- i sation ». Des officiers à la retraite présentent à des fouleî ignorantes et passionnés de pseiidûdégionnaires a victimes j des atrocités françaises )j. Une ligue ad hoc obtient dans ^ plusieurs états confédérés l’autorisation d’afficher dans J les gares d’injurieux placards où les jeunes gens sont pré- , j venus du traitement qui les attend s’ils cèdent à la tenta- ^
1* La Gazelle de Cologne da mai d9i4.
LA LÉGION ÉTBANGÉRE
lion de s’enrôler dans les « régiments maudits ». Un manifeste de cette ligue, publié au début du mois de mai 1914, recule les limites de la démence :
Parfois, dit-il, Tiio ou l’autre des légionnaires a assez de force morale pour se créer une situation assurée ; mais la plupart finissent dans la peau de mendiants ou d'assassins. Ils remplissent les atab lisse naents pénitentiaires ettombentà la charge de F as sis tan ce publiquCr 11 est incontestable que ces anciens légionnaires constituent uTi danger moral, car lorsqu’ils rentrent dans leur pays d’origine, ils y propagent les vices bonteuï de la légion.
Le scandale prend même un moment de telles proportions que les autorités allemandes sont contraintes d’intervenir. La Ligue contre la Légion a organisé, dans une salle de spectacle de Berlin, une représentation au cours de laquelle on peut voir un homme revêtu d’un uniforme rappelant la tenue de Larmée française et qui tient un rôle peu honorable. De violentes polémiques s’élèvent en Alleraague et en France. L’ambassadeur de France fait des représentations très fermes à la VVilhelmstrasse et le gouyernement prussien se décide à interdire les exhibitions des uniformes étrangers L
Ces manifestations d’animosité sont*elles au moins Texpressiûû de sentiments superficiels, sans corrélation avec
1. Il est juste d’indiquer que depuis un certain temps, et dans l'intérêt de l’ordre public, le gouvernement, on France, avait interdit l'nniforme allemand dans les spectacles publics.
Faut-il ajouter que toutes les accusations portées contre la Légion ton gère furent, à rexamen, reconnues fausses ? Quant à TaccusatiûQ dB raccolage en Allemagne, on peut 3a juger par Fiiicident suivant : lin député au Landttig bavarois ayant prétendu que le ministre de France à Munich favorisait des « agents recruteurs fut obligé de reconnaître publiquenient la fausseté de ses allégations et le bavarois esprima ses regrets à l’honorable diplomate.
Enfin, il n’est pas inutile de rappeler que le gouvernement français recula de 1& à 2û ans l’àge à partir duquel seraient acceptés les Êaoagements à la Légion.
DEUX, OU ÏBOIS'?
rétat d’esprit des milieux. gouYeroemeulaux^ Les faits les plus précis ne permettent pas de le supposer. Les actes de courtoisie de rautomne 1913, s’ils sont sincères, n’émanent que d’une fraction impuissante à imposer ses direc* lions. Le parti colonial la conjuration cc néo-allemandeu, voilà les véritables maîtres de Theure.
Aucune occasion n’est négligée de le rappeler à h France.
Au Maroc/l’Allemagne a eu beau signer un pacte de renoncement politique, elle maintient quand même un si grand nombre de revendications de tous ordres, que leur somme équivaut à un désaveu de la signature apposée sur le traité du 4 novembre 1911, Elle a bien reconnu à la France, avec le droit d’établir son protectorat sur T empire chérifien, la faculté de représenter le Maroc diplomatiquement; mais elle refuse de retirer son ministre à Tangei et de le remplacer par un consul. La poste allemande continué k fonctionner dans les grandes villes marocaines. Le gouvernement impérial, interprétant à sa faritaisw l’Acte d’Algésiras et la convention de 1911, émet la prétention que ses nationaux soient admis a soumissionner, noD seulement aux adjudications des travaux du gonverneraeot chérifien, mais encore des travaux d’édilité de toutesle! villes, n ne lui suffit pas que la porte marocaine demeure ouverte à son commerce, il entend se ménager m immixtion continue dans les administrations intérieure, fussent-elles municipales, du protectorat. Pis encore! Faussant l’esprit de faccord, il prétend maintenir au Mare^ avec tous les abus antérieurs, cette institution des protégR qui est la négation même du protectorat ».
Au demeurant! aucune affaire n’aboutit entre les chafr celleries des deux pays, ou^ si elle reçoit une solution, «
1. Uéclaration de M. Zimmermann, sous>secrétaire d'Etat,! 19 mai 1914, au Reichstag.