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RETRAITE RUSSE

Le San Gabriele est aux mains des Italiens. Si le général Cadorna n'a pas encore donné confirmation officielle de cet événement d'importance, c'est parce qu'une bataille très dure est en cours, aussi bien dans le nord du plateau de Bainsizza que sur le Carso, depuis Castagnevizza jusqu'à la mer. Or, on sait qu'il a pour habitude de ne faire de la publicité à ses succès que lorsqu'ils sont définitivement acquis et assurés. Mais déjà nous avons appris que, dans la seule journée de mardi, il avait fait aux Autrichiens plus de 2 000 prisonniers et que l'offensive prise par l'ennerrri dans le secteur méridional n'avait procuré à celui-ci aucun succès durable. L'avantage se dessinait donc nettement du côté de nos alliés.

La prise du San Gabriele leur donne dèsmaintenantdes bénéfices incontestables, d'abord parce qu'elle dégage les abords de Gorizia et préserve la ville de nouveaux bombardements, ensuite parce que les troupes qui ont franchi l'Isonzo plus au nord, étant désormais à l'abri d'une prise en rouage, pourront plus facilement avancer dans l'est de Canale. Quant au San Daniele, il est évidemment très compromis, et peut-être le massif de l'Hermada ne tardera-t-il pas à l'être à son tour. Il faut absolument que ces obstacles tombent avant que le commandant en chef des

forces royales prenne son parti soit vers Trieste, soit vers Laybach. Nous sommes heureux de penser qu'au moment même où se célèbre ici l'anniversaire de la victoire de la Marne, nos amis d'outre-monts s'apprêtent à lui donner ainsi un magnifique pendant.

Une autre affaire, moins satisfaisante à beaucoup près, est celle de Riga. Il n'y a pas eu, hier, de communiqué russe, mais les Allemands ont fait savoir qu'ils avaient pris Dunamunde, qui forme le front maritime de la place, et capturé des pièces de gros calibre, dont ils évitent de donner le nombre, sans doute parce qu'il est restreint. Les Russes, dont la résistance est toujours aussi faible, se sont retirés au delà de l'Aa livonienne, où ils semblent n'être poursuivis que mollement. Les troupes de von Eichhorn sont un peu étonnées de leur facile triomphe, car elles ne s'attendaient certainement pas à trouver clans les doctrinaires de la révolution des auxiliaires aussi utiles et aussi agissants. Mais voici qu'à Petrograd on commence à avoir la puce à l'oreille. « La perte de Riga ouvre la route de Petrograd, écrit la Novoié Vremia. Elle pose encore avec plus d'acuité le problème urgent de la réorganisation et de la régénération de l'armée pour la défense nationale. » Assurément. Mais il ne suffit

(Cl. Branger.)

Un village de la Meuse reconquis par nos troupes. - 1S8 —

Lt-COLONEL ROUSSET

pas que le problème soit posé. Il faut le résoudre. Et l'on n'y arrivera pas par de simples effets de rhétorique ou des adjurations plus ou moins pathétiques qui ne s'accompagneraient pas de rigoureuses sanctions.

En ce qui concerne le front occidental, je n'ai rien d'intéressant à dire, sinon qiie

les incursions des avions ennemis sur nos lignes intérieures et les villes de l'arrière deviennent un peu trop fréquentes. J'aime à croire que des mesures vont être prises, et, au besoin, des représailles organisées, comme celles de Trêves, pour obliger à rester chez eux ces frelons agaçants.

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