A LA GUERRE RIEN N'EST PERDU POURVU QUE
(8 Septembre.)
Cette affaire du San Gabriele est assez difficile à tirer au clair. Du moins n'est-il pas encore permis d'affirmer qu'elle soit résolue. Les Autrichiens prétendent, en effet, qu'ils ont repris le sommet fameux.
Aucun communiqué officiel italien n'a parlé encore de sa conquête définitive, j'ai dit hier pourquoi. Mais certaine dépêche l'a annoncée, sans recevoir de démenti. Comme, d'autre part, une lutte furieuse se déroule dans ses alentours, il est à supposer que celle— ci présente des alternatives d'avance et de recul dont le dénouement se fait attendre.
Si la vaillance et la fermeté de nos amis italiens nous est un garant de victoire, il s'en faut que la situation en Russie nous laisse aussi confiants. Là-bas, les troupes de Persky continuent leur retraite accidentée, et très rapide, hélas ! puisque celle-ci les a déjà conduites, le 5 septembre, vers le sudest de Wenden, à 120 kilomètres de Riga.
Toute la côte baltique est successivement occupée ou dominée par l'ennemi, et l'on se demande s'il sera possible aux fuyards de s'établir plus ou moins solidement sur le plateau compris entre lesdeux routes de Dwinsk et de Riga à Pskow, pour défendre celle de Petrograd.
On ne serait pas fâché non plus de savoir ce que sont devenus les élémentsqui occupaient, au-dessus de Friedrichstadt, les abords orientaux de la Dwina, et ceux qui formaient la garnison de Dwinsk. Si cette dernière ville pouvait être conservée, elle servirait à l'occasion de pivot pouF un changement de front en arrière, permettant d'établir un barrage entre la Dwina et les grands lacs.
Quand on se souvient cependant des heures de crise que nous-mêmes, pour des raisons il est vrai bien différentes, avons connues dans ces mémorables journées de^la Marne, dont le général Foch retra-
(Cl. Branger.)
£n attendant l'attaque au secteur du bois des Caurières .
£t-COLONEL ROUSSET
Front occidental. — Aucune action d'infanterie devant les lignes françaises. Les troupes britanniques exécutent plusieurs coups de main d'une certaine importance dans les secteurs de Lens et d'Armentières : elles attaquent et enlèvent une ligne de points d'appw au nord de Frezenhe-g , sur la route d'Ypres à Roulers'
Dans la nuit du 4 au 5 septembre une escadrille d'avions allemands a bombardé différents points en arrière des lignes anglaises et fait des victimes dans l'enceinte d'un hôpital.
Front d'Italie. — La bataille continue avec un extrême acharnement sur le San Gabriele.
A Paris. — Le drapeau américain offert à la ville de Paris par la ville de Philadelphie est arboré à l'Hôtel-de-Ville.
A Fère-Champenoise. — Commémoration de la bataille de la Marne. Discours de M. Ribot, président du Conseil.
Région de Riga. — Les armées russes continuent leur retraite au nord de la Dwina: leurs arrièregardes opposent une certaine résistance sur la route de Wenden.
L'empereur Guillaume II est arrivé à Riga.
M. Lloyd George parlant aujourd'hui à Birkenhead, dit qu'il faut avouer que les nouvelles de Russie sont alarmantes, mais, ajoute-t-il, «fai toujours pensé que la révolution aurait pour effet de retarder la victoire; je m'étais attendu cependcmt à un relèvement plus rapide: il faut néanmoins être patient avec un pays qui a été libéré par un coup de foudre de plusieurs siècles d'oppression... un peuple asservi a besoin d'autant de temps pour s'accoutumer à la liberté qu'un peuple libre pour se résigner à la Servitude... Tous les efforts des Allemands pour ^emer la discorde entre les Russes et leurs alliés ont jusqu'à présent cOTtplèlement échoué >,
çait avant-hier l'émouvant tableau en termes si sobres et à la fois si poignants ; quand on songe aux prodiges qu'a réalisés la 42e division d'infanterie pour jeter à temps dans la balance le poids de ses baïonnettes victorieuses et combler la brèche ouverte dans notre centre, on se rend compte qu'à la guerre rien n'est jamais perdu, pourvu que l'esprit commande à la matière et oppose à la force brutale des forces morales incapables de fléchir.
Le soldat russe valait autrefois presque le nôtre. II valait, en tout cas, mieux que le
soldat allemand. Lessophismes dont on l'a nourri et le poison qu'on lui a versé l'ont détraqué au point de le rendre méconnaissable. Est-ce donc chose si difficile d'employer des remèdes contraires, et de lui rendre ainsi la force et la santé?
Cette cure est encore possible. Mais il faut se hâter de l'entreprendre si l'on veut éviter de grandes catastrophes. Car les victoires de la Marne ne récompensent jamais que ceux dont la foi indéfectible et l'indomptable résolution ont su les méritei-.
PÉTROGRAD PEUT-SLLE