LE DANGER ^MARITIME CONTRE PETROGRAD
(17 Septembre.)
Il n'y a pas à dire, les Allemands reculent en Livonie au lieu d'avancer. Le i^r septembre, ils tenaient une ligne sinueuse qui, partant de l'embouchure de la Nizoupe, entre Peterskepel et Espa, sur le golfe de Riga, coupait l'Aa livonienne à Zequevold, puis les deux chaussées à Pskow, à Bendina
et à Mitau, pour venir rejoindre la Duna à Kokenhousen, à une douzaine de kilomètres en amont de Friedrichstadt. Le 15, cette ligne était redressée au point de former à pevi près la corde du même arc, et devenait à peu près droite entre Gales, sur la route septentrionale de Pskow et
(Cl. Trampuj.)
Cadavre allemand sur le terrain de la lutte, auprès du bois des Caurières.
La Croix-Rouge italie
Les efforts du génie italien ont surmonté les immenses difficultés de transport qui paralysaient V action des troupes. Afin d'amener ravitaillement et munitions aux défen-
eiie dans la montagne.
feurs djs som-HHs abrupts, d»s téléphériques furmit instmllés. FrunchUsunt /e« pnè»inces, des bU»sis sont rapidantat ei o^npTtathlamMt 9va»mé« pur C9tte même v^i:
U-COLONEL ROUSSET
la, Duna. C'est donc une profondeur de dix. à douze kilomètres qu'ont gagnée les soldats de Parsky.
Est-ce une preuve que ceux-ci ont retrouvé leur valeur, ou même ne l'avaient point perdue, — car, d'après certains bruits qui courent, la chute de Riga serait due à des manœuvres encore plus monnayées que militaires, — ou bien que décidément von Eichhorn est retenu par la patte et à court de moyens? Il y a probablement des deux. Mais on peut, sans se compromettre, affirmer que les Allemands, au moment où s'accuse partout le déclin d'une puissance militaire fortement entamée en France, malgré le recul soi-disant génial d'Hindenburg, ne se soucient pas d'augmenter de 500 kilomètres leur ligne de communications orientale, et d'en mettre plus de 2.000 entre les deux fronts de l'est et de l'ouest. Ayant pris Riga, presque sans coup férir, ils s'en contentent et ne tiennent pas à se diluer davantage. D'ailleurs le voudraient-ils qu'ils ne le pourraient pas, comme nous le prouve la difficulté qu'ils éprouvent à conserver, en Livonie, leur premier élargissement.
Malheureusement, un autre danger existe pour les Russes. C'est celui de la mer. L'entrée du golfe de Finlande appartient non pas à eux, mais à lennemi. Or, de là à Cronstadt, il n'y a que quelques jours de route pour les vaisseaux du kaiser. Les mines semées çà et là et que l'on n'a guère
surveillées depuis que la flotte, l'armée et le peuple russes sont en ébullition, les arrêteraient d'autant moins qu'ils sont" en état de les relever. Une tentative brusquée contre Petrograd par la voie maritime n'a donc rien d'impossible ni d'invraisemblable. Je doute qu'en ce moment les équipages moscovites de la Baltique, si profondément imprégnés du virus anarchique, soient en état de l'arrêter.
Et c'est à quoi doit songer avant toutes choses M. Kerensky, investi maintenant de pouvoirs dictatoriaux. Malheureusement il en est toujours aux paroles. Il prodigue les manifestes, auxquels répondent ceux de ses ministres et d'autres personnages moins qualifiés. Je reconnais que ces divers documents ont tous un accent de patriotisme et de sincérité qui nous rassure sur les intentions du gouvernement révolutionnaire. Mais ils ne suffisent pas, ni pour maintenant ni pour plus tard, à remettre dans la voie droite les contingents qui s'en sont écartés. Et je ne sache pas que le trop fameux prikase aux soldats, facteur principal de tout le désordre, ait été rapporté.
Que le nouveau dictateur regarde donc vers la mer. C'est de là que peut venir le péril le plus grave qui menace la révolution et la Russie elle-même. Refouler quelque peu les Allemands vers Riga, c'est bien. Mais établir en avant de Cronstadt une barrière navale infranchissable, ce serait encore mieux.
(Cl. Trampus.)
Canon de 77 mm. allemand capturé pendant les combats au nord de Verdun.
Lt-COLONEL ROUSSET