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LA BATAILLE CONTINUE

(23 Septembre.)

L'ennemi est obligé de confesser qu'il a dû céder à la pression britannique. On sent combien ce recul lui est pénible quand on voit les efforts surhumains auxquels il se livre pour reprendre le terrain perdu. Ses contre-attaques se succèdent à peu près sans interruption, violentes, brutales et quasi désespérées. Ses pertes grandissent dans d'effroyables proportions. N'ai-je pas lu dans un récent ordre du j our signé Ludendorff, qu'elles devenaient inquiétantes et qu'il fallait à tout prix les modérer? N'importe. Le prince Ruprecht sent que la "charnière se brise, et il prodigue ses hommes pour tâcher de la consolider.

Il n'y parviendra pas, parce qu'il a affaire à un adversaire dont la méthode avisée, prudente et vigoureuse à la fois, défie ses impétueux revenez-y. Le mêmeLudendorff, dont je parlais tout à l'heure, se plaint de l'insouciance avec laquelle on jette impulsivement les troupes en avant et on masse les réserves dans des terrains trop exposés aux avions et aux canons. Je crois qu'il n'exagère rien et que ses objurgations ne sont point dénuées de justesse. Mais ce qu'il ne dit pas est que, même soustraites autant

que possible aux vues de l'adversaire et soigneusement cachées dans des cavernes artistement camouflées, ces réserves sont tôt ou tard découvertes par l'aviation anglaise, et généralement démolies avant d'avoir le temps de prendre leur formation de combat. Les communiqués anglais le font clairement entendre et ceux de l'ennemi eux-mêmes le laissent deviner. Devant ces constatations inéluctables, l'État-major allemand semble tout déconcerté.

J'espère donc que l'offensive anglaise se poursuivra, et que même elle en suscitera d'autres, dont le but serait d'alléger la résistance qu'elle rencontrera. Il faut exploiter la supériorité croissante que nous avons prise à peu près partout sur l'ennemi commun, et qui est confirmée tous les jours d'une façon plus évidente par l'inanité de ses oppositions toujours vaincues. Celles-ci coûtent à notre adversaire un prix énorme, près de 4.000 prisonniers déjà et un nombre au moins triple de tués et de blessés, rien que sur le front des Flandres. Croit-on qu'il soit en mesure, à l'heure actuelle, de soutenir bien longtemps de pareils frais? Ludendorff n'hésite

Lt-COLONEL ROUSSET

point à dire que non, et j'imagine qu'il est bien renseigné.

Aussi doit-on s'attendre à voir la diplomatie allemande — • je parle de celle qui s'excerce dans les sous-sols — multiplier les manœuvres extra-militaires pour btenir ce que les armes lui refusent. Elle

excelle dans les opérations de cuisine malpropre et dans les louches combinaisons.

Regardons ce danger en face, car il est plus menaçant que l'autre, et sachons nous en garantir, sans que nous arrête la rigueur des moyens employés.

Poste de secours britannique aux environs de Zonnebeke.

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