LE DÉNOUEMENT DE LA BATAILLE ENGAGEE SEMBLE PROCHE
(25 Septembre.)
J'ai parlé récemment des nouveaux procédés tactiques préconisés par Ludendorff dans le but de suppléer au défaut de résistance qu'accusent des troupes trop jeunes et insuffisamment aguerries. Il s'agit d'alléger autant que possible la première ligne, qui est la plus exposée, au bénéfice des suivantes, qui, mieux abritées et plus denses, ont moins de tendance à se disperser sous les coups de canon.
Nous apprenons que, dans la dernière bataille de Flandre, l'expérience de ce dispositif a été faite, et il est démontré, d'autre part, que les Allemands ne s'en sont pas trouvé beaucoup mieux que de l'ancien. Au reste, il ne constitue pas une
innovation ; j'en ai vu, pour ma part,, la description dans tous les traités didactiques, et Ludendorff aurait tort s'il prétendait s'attribuer un brevet d'inventeur.
L'échelonnement en profondeur constitue l'A B C. de la tactique moderne. Une seule chose pourrait nous surprendre. C'est qu'on ait, pour des raisons que j'ignore, interrompu son application.
Toujours est-il que, devant les Anglais, l'ennemi avait partout constitué trois lignes, de plus en plus épaisses et fournies, à mesure qu'elles s'éloignaient du front d'attaque. Des troupes choisies formaient, dans chaque secteur, une réserve spéciale, sans préjudice de celles qui oc-
U-COLONEL ROUSSET
LA nu ERRE AU JOUR LE JOUR
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UANb LES FLANDRES. - 1. Explosion d'un obus sur l'emplacement du bois de Glencorse. — 2. Ce qui reste d'an abri bétonné allemand.
U-COLONEL ROUSSET
cupaient les ouvrages et abris méthodiquement disposés sur le terrain pour opérer des flanquements protecteurs. Et le tout était couvert par une artillerie aussi nombreuse que possible, échelonnée à une distance variant de quatre à huit kilomètres du front.
Mais cette artillerie, comme nous l'a appris Ludendorfï en personne, est fatiguée. Nombre de ses pièces, plus ou moins hâtivement réparées, manquent de précision.
Quant à l'infanterie, elle paraît fort ébranlée par les ravages des canons britanniques, et les échelons de l'arrière n'ont pas tardé à être entraînés dans le recul de ceux de l'avant. Au total, il a suffi, d'un choc unique, nous dit le correspondant du Times, pour entamer profondément, en quelques heures, le système défensif allemand.
Mais entamer n'est pas rompre, et, avant d'obtenir ce dernier résultat, il faut s'y reprendre à plusieurs fois. C'est ce qui explique les interruptions forcées de la bataille, lesquelles sont plus ou moins
longues, mais ne constituent point un arrêt. L'ennemi possède encore des réserves générales, qu'il utilise pour des contreattaques dont il est assez prodigue. Il dispose surtout d'un grand nombre de mitrailleuses, qui lui permettent de tenir, avec peu de monde, les parcelles de terrain qu'il a pu conserver. Et avant toute sérieuse reprise d'action, il faut que cesmitrailleuses soient repérées et détruites. On voit quelle lenteur préside aux opérations. N'importe, ce qui est fait est fait, et confère à nos alliés des avantages indiscutables. Les Allemands ne sont plus installés que d'une façon instable sur les crêtes qui dominent la plaine de Menin, et s'ils viennent à en être chassés, comme c'est à prévoir, ils seront condamnés à un recul d'importance, souspeine d'être broyés. Le dénouement de la lutte engagée peut donc être assez gros de conséquences. Nos courageux alliés s'apprêtent à la provoquer avec cette patience qui fait une partie de leur force et le soin méticuleux dont ils sont coutumiers.