LA METHODE ANGLAISE
(28 Septembre.)
Après une période de recueillement consacrée à la stabilisation de leurs conquêtes précédentes et à la préparation de celles qui devaient suivre, les Anglais sont revenus à la charge, dans la matinée de mercredi, avec une irrésistible vigueur ; et, devant celle-ci, les Allemands, d'ailleurs écrasés par une artillerie très puissante, ont cédé une fois de plus. La perte du bois du Polygone au' sud, et celle du hameau de la Tour, ou Tower-Hamlet, au nord, détraque profondément leur ligne et constitue une menace grave pour les deux points de Passchendaele et de Gheluvelt. Chose encore plus inquiétante pour eux, elle démontre que ni casemates, ni abris bétonnés, ni repaires de mitrailleuses ne peuvent tenir contre la méthode lente, prudente, mais immuable et incoercible, qu'ont adoptée nos alliés.
Naturellement, le prince Ruprecht, que cette nouvelle avance ne saurait laisser indifférent, a fait tout au monde pour l'enrayer. Des contre-attaques, poussées à fond et conséquemment très meurtrières, se sont répétées pendant toute la journée, sans donner de résultats appréciables.
Cependant quand les troupes qui se succédaient dans la fournaise ont été plus ou moins épuisées et hors de souffle, il a bien alflu s'arrtêer. La nuit s'est donc passée
tranquillement, et, sous son influence calmante, la fureur a fait place à la résignation.
Telle est, d'ailleurs, la conclusion • habituelle de ces levées de boucliers périodiques, que les troupes britanniques entreprennent à leur heure, quand le succèsest à peu près assuré d'avance par une savante et minutieuse organisation. Ayant devant elles un système redoutable dedéfenses qui s'eiichevêtrent et se flanquent les unes les autres, elles ne cherchent jamais à le faire tomber d'une seule poussée. Elles l'échancrent au contraire progressivement, et, quand il leur paraît suflB.samment disloqué, elles en font, sous unepoussée suprême. Céder les derniers morceaux. Peut-être pouvaient-elles aller plus vite, en risquant beaucoup. Mais elles préfèrent visiblement — et je ne crois pas que personne les en blâme — la certitude à la rapidité. J'ajoute qu'elles emploient fort utilement, comme je l'ai dit déjà ^ plusieurs reprises, une aviation remarquablement entreprenante. Il y a là, pour nous, une indication, que ceux qui travaillent ici au développement de la guerre aériennevoudront, j'espère, ne pas négliger.
Un simple mot maintenant des attaques que le kronprinz a cru devoir lancer contre nos positions du Chemin des Dames*
(Cl. Meurùie.)
Le roi d'Italie devant Saint-Qnentin, pendant sa visite au front français .
£i COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Dans les Flandres. — La bataille reprend par une attaque des troupes britanniques qui se développe sur un front de plus de 9 kilomètres du sud de Tower- Hamlet à l'est de Saint-Julien.
Au sud de la route d'Ypres à Menin, nos alliés achèvent la conquête de l'éperon de Tower-Hamlet. Au nord de la route, ilsenlèvent, aprèsune lutte acharnée, le bois du Polygone, le village de Zonnebeke- Enfin, à l'est de Saint-Julien, ils réalisent une avance de près de 2400 mètres. Deux compagnies de Highlanders, restées isolées au milieu des lignes ennemies depuis les combats d'hier matin et qui avaient tenu héroïquement pendant tingt-quatre heures, sont enfin délivrées. L ennemi Ja it lesplusgrandse0ortspour reprendre les importantes positions perdues; sept puissantes contreattaques sont lancées sur le front de Tower-Hamlet à la route Saint- Julien-Graventafel : elles sont repoussées après des combats prolongés.
Front occidental. — Dans les Flandres, les troupes britanniques consolident leurs nouvelles positions et les Allemands épuisés par les combats d hier ne tentent plus aucune réaction.
Trois attaques lancées parV ennemi prèsdu Four-de- Paris, au nord-ouest de Tahure, et à louest de la ferme de Navarin sont arrêtées par nos feux avant d'atteindre nos tranchées.
Le roi d'Italie en France. — Le roi Victor Emmanuel 111 est arrivé hier matin à Belfort où Vattendait le président de la République. Les deux chefs d'Etat ont commencé la visite du front français en passant la journée dans plusieurs des communes de l Alsace reconquise.
Aujourd'hui, ils débarquent dans la matinée aux environs de Verdun et passent une revue où figurent tous les drapeaux de T armée de Verdun.
Dans l après-midi, visite du front de Champagne.
On pourrait parfaitement les passer sous silence, car elles ne procèdent d'aucune idée tactique et n'aboutissent jamais qu'à •des résultats négatifs. Mais elles constituent pour les braves troupes qui les subissent et, malgré de furieux bombardements, les re-
poussent régulièrement sans jamais broncher, des titres répétés à l'admiration et à la reconnaissance publiques. C'est à ce titre seulement, et en manière d'hommage à la belle endurance française, qu'il convient de les enregistrer...