ACCALMIE
(30 Septembre.)
Les nouvelles militaires sont de plus «en plus succinctes et de plus en plus rares. En Russie, en Macédoine et ailleurs, les deux adversaires, postés l'un en face de l'autre, se regardent sans s'aborder. En Mésopotamie et en Judée, l'avance anglaise a été interrompue par le fait de la saison et de l'inertie russe, qui a également tout arrêté en Asie- Mineure. Ici même, depuis les dernières offensives, on se repose sur les lauriers acquis et on en revient aux simples coups de main.
Je me garderai d'épiloguer sur cette
inertie qui peut paraître singulière quand on se reporte au chiffre formidable des hommes mobilisés. Si nous conservons le droit de penser, nous avons perdu celui de nous exprimer franchement. Je crois cependant avoir le droit de dire que, si le troisième été de guerre s'est passé sans événement tirant vraiment à conséquence, ce fut, de notre côté, affaire de conception, — une conception qui pourrait se discuter comme toutes les autres, — et, du côté adverse^ affaire d'impossibilité.
Le recul effectué par Hindenburg sur ie front occidental n'était pas une simple
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Lt COLONEL ROUSSET
LES FAITS
Verdun. — La nuit a été marquée, sur les dçux rives Je la Meuse, par de violentes actions d'artillerie. Dans le secteur de Forges les Allemands ont tenté d'aborder nos lignes mais ils ont été bientôt rejetés dans leurs tranchées.
Front de l'Aisne. — Combat près de Berry-au Bac où l'ennemi parvient à occuper des éléments de notre ligne avancée, il en est délogé quelques instants plus tard par un retour offensif.
Dans les Flandres. — Les positions britanniques à Tower-Hamlet et au bois du Polygone sont assaillies à trois reprises différentes par de forts détachements de troupes d'assaut allemandes; après un vif combat et des alternatives d'avance et de recul l'ennemi abandonne la partie et laisse aux mains des Anglais un certain nombre de prisonniers avec des mitrailleuses.
Le duel d'artillerie s'étend à tout le front des secteurs d'Ypres et de Nieuport.
Verdun. — Sur la rive droite de la Meuse, après un violent bombardement, les Allemands attaquent entre le bois Le Chaume et Bezonvaux; ils réussissent à pénétrer dans notre première ligne où se déroule un combat très vif qui se termine ar la reprise de toutes nos positions.
Front britannique. — Bataille au nord de la route d'Ypres à Menin et à l'est du bois du Polygone; les Allemands lancent leurs troupes d'assaut sur un front de plus de 1*600 mètres et obtiennent quelques avantages partiels à la corne est du bois, mais ils sont battus sur tout le reste de la ligne.
L'aviation anglaise fait beaucoup de travail utile et jette notamment 1 1 tonnes de projectiles sur l'aérodrome de Gontrode, aux portes de Gand-
Le bilan des raids aériens sur Londres. — Du 1" janvier au 30 septembre 1917 on compte 191 tués et 749 blessés.
naanœuvre de circonstance. S'il ne cachait pas des projets d'offensive ultérieure assez larges, il équivalait à un aveu partiel d'impuissance, et ne méritait certainement pas les pompeux éloges dont l'a salué le kaiser. Or, depuis qu'il a été effectué, les Allemands se sont tenus parfaitement cois.
Ils comptaient, il est vrai, sur des résultats beaucoup plus immédiats de la guerre sous-marine. «'Nous gagnerons la partie si nous résistons aux attaques ennemies jusqu'à ce que les sous-marins aient accompli leur œuvre », avait dit en juin dernier le major-général allemand. Or, d'une part, l'ennemi résiste assez mal à nos attaques, — voir Verdun et les Flandres, ■ — ■ tandis que, de l'autre, il est obligé de déchanter. Le fameux capitaine Persius reconnaît avec un certain dépit que « de nouvelles difficultés sont créées sans cesse aux submersibles pour entraver leur mission ».
Or, Hindenburg n'est pas sans s'aper-
cevoir que les avantages rapides sur lesquels il comptait lui manquent. Alors, pourquoi ne bouge-t-il pas, après avoir tant dit qu'il bougerait? Pourquoi ne poursuit-il pas les Russes en plein désarroi moral? Pourquoi laisse-t-il le kronprinz user ses forces dans des coups de boutoir épars et stériles ? Et pourquoi, surtout , ne donne-t-il pas au prince Ruprecht les moyens de mieux résister à la pression des Anglais?
C'est parce qu'il ne le peut plus. Les champs d'action qu'il a choisis, avec l'idée qu'il y nettoierait tout en un tour de main, sont trop vastes. Ses vieilles troupes ont disparu, et les jeunes renâclent à la besogne, comme nous l'apprennent les correspondants de guerre dont les récits sur les incidents de Flandre sont absolument concordants. Il y a eu là des conscrits qui ont tourné le dos à la bataille. Ceux de 1813, les nôtres, faisaient une autre figure au feu.