EN MESOPOTAMIE
1. Renforts de cavaliers britanniques se dirigeant vers le front, pendant l'attaque du 28 septembre. — 2. Abris turcs démolis par le tir de l'artillerie anglaise, lors de la récente victoire du général Maude.
LuCOLONEL ROUSSET
LES FAITS
Dans les Flandres. — Journée de victoire pour les armes britanniques et journée de bataille « exceptionnellement dure » pour les Allemands, comme le déclare leur communiqué.
Les Anglais partant de la région au nord ouest de Langemarck et jusqu'au sud de la route d'Ypres à Menin, attaquent sur un front de 15 kilomètres.
Les principaux foyers de la bataille sont Poelcapelle, les fermes situées à 3 kilomètres à l'ouest de Paschendaele, les bois à l'ouest de Becelaere et le village de Gheluvelt. Tous les objectifs sont atteints et notamment la hauteur qui domine Becelaere et la crête située à 8 kilomètres à l'est.
La victoire britannique est facilitée par la déroute de 5 divisions allemandes que l'ennemi venait de masser pour une attaque en force et qui se trouvent prises sous les feux de barrage de l'artillerie anglaise.
Verdun. — Au cours de la nuit une tentative allemande sur nos tranchées au nord-ouest de la cote 344 a donné lieu à un vif combat ; les assaillants après avoir pris pied dansnos éléments avancés, ont dû battre en retraite devant nos contre-attaques.
Dans les Flandres. — Les troupes britannique^ consolident leurs nouvelles positions et l'ennemi ne tente aucune réaction sérieuse. Les tanks ont joué un rôle important dans la bataille d'hier, en enlevant plusieurs postes solidement fortifiés qui avaient jusquelà résisté à tous les assauts.
Sur mer. — La statistique des pertes causées par les sous-marins donne pour le mois de septembre un total de 77 navires, y compris les bateaux de pêche, soit une moyenne de 19,2 par semaine; c'est le chiffre le plus bas qui ait été enregistré.
Front d Italie — Combats sur le plateau de Bainsizza et le San Gcbriele
ne date pas d'hier, — le haut commandement donne des instructions nouvelles sur la façon dont il lui « paraît que doivent être modifiées les méthodes rigides de défense appliquées jusqu'ici ».
Je fais grâce du document à mes lecteurs. J'ai eu d'ailleurs l'occasion de l'analyser récemment, d'après des renseignement venus d'autre source. Il me suffira de rappeler qu'il reconnaît la puissance dominatrice" de l'artillerie anglaise, qu'il est exclusif de toute prétention relative à des agressions de quelque envergure, qu'il entend substituer aux lignes continues une série d'entonnoirs contenant des mitrailleuses et soigneusement camouflés ; qu'enfin il préconise, comme je l'ai dit déjà, la ténuité des fronts avancés et un échelonnement en profondeur de plus en plus épais, le tout étant fait pour accentuer autant que possible une résistance devenue, à part quelques agressions de détail, l'unique forme de la bataille adoptée désormais par nos ennemis.
On s'explique, après cela, la fréquence des assauts diffus que mènent les deux kronprinz. Il s'agit de persuader d'abord aux badauds d'Allemagne qu'on n'a point perdu la liberté de la manœuvre, puis de procéder, sous la protection de ces coups de bélier successifs, à la prise du nouveau dispositif. On sait combien le procédé est coûteux, au regard des profits qu'il donne.
Quant . à la poudre aux yeux qu'on
voudrait jeter, elle a bienl'air de s'éparpiller en route. Ne voilà-t-il pas l'officieuse Gazette de Francfort qui excuse Hindenburg de ne pas faire mieux qu'il ne fait et de lutter vainement contre une situation qu'il subit?
Il a endossé, nous dit-on, un passif de deux années de guerre. Il n'a pas toujours été le maître. Avant lui, on avait connu « la campagne de Moltke en France, les formidables attaques de Falkenhayn en Flandre, la grande poussée de la Dunajec et enfin^ à Verdun, la défensive héroïque et lourde en sacrifices contre les assauts ennemis ».De ce qui se passe aujourd'hui, l'homme aux clous n'est donc pas responsable. « Ses troupes ne sont plus assez fraîches, et la guerre a pris une forme que même son souffle vivifiant est impuissant à modifier. »
Jecrois n'en avoir jamais dit davantage. J'ai cherché à démontrer, au moyen d'exemples, que nos adversaires étaient contraints désormais, par des raisons auxquelles leur présomption du début n'a. pas été étrangère, d'abandonner les vastes desseins pour s'en tenir à une guerre de résistance qui durera ce qu'elle durera. Le plaidoyer de la Gazette de Francfort jette sur cette situation des lueurs éclatantes. Il la définit et la précise avec une irréductible autorité.
Maintenant que la fureur teutonique, exaspérée par l'impuissance, s'exhale en attentats répétés, comme ceux de
Lt-COLONEL ROUSSET
Londres, de Bar-le-Duc et de Dunkerque, c'est à quoi il faut nous attendre. Des bombardements dirigés sur les villes allemandes y ont déjà répondu. On les renouvellera autant qu'il sera nécessaire, du moins jel'espère. En imprimant à la guerre un caractère
de sauvagerie inconnu depuis les temps médiévaux, nos ennemis nous mettent en cas de légitime défense, et nous obligent à les suivre sans hésitation sur le terrain qu'ils ont choisi dans le but, vainement poursuivi, de nous terroriser.