LA VICTOIRE BRITANNIQUE
.Nos amis britanniques viennent démettre ime fois de plus à leur actif un fort beau succès. Ils ont entamé profondément, sur un front de 13 kilomètres, la ligne de mamelons que les Allemands occupaient entre le chemin de fer d'Ypres à Bruges et le sud du Tower-Hamlet. Ils débordent largement par le sud le bois d'Houthulst, si formidablement aménagé. Enfin, ils ont capturé, avec près de 4 500 prisonniers, un certain nombre de canons et un copieux matériel.
Leur méthode est toujours la même, faite de prudence et de précautions d'abord, de volonté irréductible ensuite. Cette fois, cependant, elle a comporté quelque chose de plus, je veux dire une célérité dans l'attaque
qui a confondu l'ennemi et paralysé ses dispositions. Celui-ci, en effet, se disposait à prendre l'offensive sur le front Zonnebeke-bois du Polygone, et il avait massé dans ce but, tout près des premières lignes, cinq grosses divisions, de quoi faire bondir Ludendorff, qui en tient, on le sait, pour l'échelonnement en profondeur et n'a peutêtre pas tort, si l'on en juge par les effets désastreux que produit l'ordre condensé... quand il ne réussit pas.
Toujours est-il que, prévenues et surprises en flagrant délit de mouvements, les divisions en question se sont tout de suite trouvées en prise à des feux de barrage extrêmement meurtriers, qui y ont jeté la confusion et le désordre, au point
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Carte du secteur Bagdad-Ramadié, où s'est effectuée l'avance anglaise.
Li-COLONEL ROUSSET
que non seulement il leur fut impossible d'attaquer, mais que, lorsque le flot des Anglais les atteignit, elles n'eurent pas les moyens de se défendre. Ce fut une sorte de réédition, causée par des motifs identiques, du désastre subi à Waterloo par le corps Drouet d'Erlon. Je ne sais même si celui dont je parle ne fut pas encore plus complet.
En somme, nos alliés ont poussé, au nord, jusqu'à l'église de Poelcappelle, au sud, jusqu'aux lisières occidentales de Gheluvelt, qu'ils occupent, et conquis toute une série de points d'appui, énumérés par leur communiqué, qui jalonnent la ligne entre ces deux localités. L'ennemi, comme de juste, a lancé plusieurs contreattaques, mais qui paraissent avoir été assez timides, et dont aucune n'a réussi, 11 avait été secoué de telle sorte que ses essais de réaction manquaient visiblement d'entrain.
Le fait évident, qui se dégage de ces opérations successives, est que la ténacité persévérante de nos alliés britanniques arrache peu à peu au prince Ruprecht toutesses positions dominantes. Il vient de perdre en particulier celle qui, à huit kilomètres d'Ypres, se dresse à quelque distance dans l'est du village de Broodseindeet donne des vues étendues sur la plaine de Roulers-Courtrai. Il en garde encore quelques autres, mais d'une façon précaire. Quand il les aura perdues, ce qui vraisemblablement ne tardera pas beaucoup, sa situation deviendra extrêmement difficile, car alors la grosse artillerie anglaise, ayant pris sur lui le commandement absolu, ne le ménagera pas.
Rien à signaler, d'autre part, que des: duels furieux d'artillerie sur la rive droite de la Meuse. Il faut croire que, de ce côté,, le kronprinz, malgré tous les insucès qu'il encaisse, ne se tient pas encore pour battu.